Séries TV

Abondantes séries

(Temps de lecture : environ trois minutes !)

Quelle chance pour les programmateurs que de si nombreuses séries soient souvent accessibles à des conditions financières avantageuses. Ce sont pourtant les séries américaines unitaires qui sont dans le viseur de ceux qui veulent que les chaînes allègent leurs contributions. Pour faire des économies substantielles, mieux vaudrait raboter dans les budgets du « 19h30 » !!! Et c’est ainsi que les responsables des achats de séries sont de précieux collaborateurs pour faire couler le robinet à images, dans un excellent rapport prix/temps de diffusion.

A qualité égale, pas forcément facile à déterminer, ma préférence personnelle va à la série récurrente présentée épisode par épisode, un par jour ou un par semaine. Ce « un-pas-un » n’est pas fréquent, tant l’habitude semble prise une fois pour toutes de retransformer deux épisodes d’une série de cinquante minute en un long-métrage de cinéma avec entracte. Combattre cette forme de programmation adoptée par la RTS est vain puisque il faut proposer toute émission inédite avant son passage sur une chaîne francophone concurrente : parts de marché obligent.

L’affiche de « J’ai 2 amours », une mini-série d’ARTE proposée le jeudi 22 mars 2018, sur laquelle retour sera proposé prochainement

Séries récurrentes

 Il est évident que la série récurrente est le plus grand apport à l’enrichissement de l’audiovisuel depuis quelques décennies. Les (bonnes) surprises y sont peut-être plus fréquentes qu’au cinéma qui (me) surprend de moins en moins. Leur accès est facile, du portable aux téléviseurs de salon de plus en plus grands et perfectionnés en passant par la tablette personnelle. Mais comment voir qu’une image est belle, bien composée, bien éclairée, bien construite sur son portable ?

A l’achat, ces séries nombreuses, souvent doublées en français, sont parfois peu coûteuses, dès cent francs la minute, même après doublage. Par contre, la production autonome est coûteuse, imposant plus ou moins de pouvoir vendre une série dans d’autres pays ou de procéder à des échanges pour en assurer la rentabilisation. Le récent « Quartier des banques » aura coûté à peu près cinq millions, le sixième venu de la co-production avec la RTBF, pour un temps de projection aux environs de trois cents minutes. Mais plus de quinze mille francs la minute reste un coût encore inférieur à celui de séries tournées dans de grands pays comme la France, la Grande-Bretagne et surtout les USA. Il n’en reste pas moins qu’une série même bien enracinée en Suisse romande devrait être exportable ou échangeable pour amortir son coût de production naturellement élevé. Une série romande n’est pas faite uniquement pour deux projections sur le petit écran romand : elle doit pouvoir être exportée, vendue à d’autres pays ou échangée.

L’offre d’un jeudi soir (22 mars 2018)

 Les offres en soirée, entre 20 et 23 heures, le 22 mars 2018, un jeudi soir à peu près comme les autres, observées sur RTS1, RTS 2, TF 1, France 2, France 3, M6, ARTE et TV5 Monde, huit des plus suivies en Suisse romande , sont intéressantes à observer. « TV8 » consacre à chacune d’elle une colonne d’informations dans sa présentation améliorée!

+ RTS1 – NCIS : deux numéros d’une série récurrente unitaire, de milieu de gamme. Les 7ème et 8ème épisodes de la quinzième saison sont incapables d’apporter une surprise même minuscule

+ RTS 2 -AMERICAIN CRIME : les deux premiers numéros de la saison 3, « balancés » après 23h30, sont proposés dans une case horaire en général peu fréquentée

Phooto RTS

+ TF1 – SECTION DE RECHERCHES : épisodes 7 et 8 d’une douzième saison d’unitaires. Ce n’est pas sur TF1 que l’on rencontre les séries les plus audacieuses !!!

+ France 2 – Pas de série ce soir-là, réservé à « Envoyé Spécial »

+ France 3 – HAPPY VALLEY: les deux derniers épisodes de la première saison d’une série de six numéros, intéressante, à classer entre le haut du milieu de gamme et la bas du haut ( environ 7 sur une échelle de dix).

Happy Valley : Sarah Lancashire (Ca therine Cawood) sur le terrain (Photo France 3/BBC)

+ M6 – Scorpion : deux épisodes unitaires de la saison 4 suivis de la reprise de deux épisodes en fin de soirée de la saison 3. Le principe d’une rafale de quatre avec reprise d’un duo de la saison précédente est peut-être intéressant.

+ ARTE – J’ai 2 amours. Texte sera mis en ligne prochainement.

+ TV5 monde – Pas de séries

Pour voir le tout, quinze heures au moins eussent été nécessaires. Il fallait donc faire un choix. J’aime bien les soirées d’ARTE du jeudi consacrées à des séries originales. Tentant était aussi « American Crime », mais entre 23.35 et 01h00, sur RTS2 : trop pour une même soirée. Il est possible de profiter du « play-TV », ce qui me reste à faire. Notons en passant qu’ARTE expose en premier rideau et en rafale ses séries récurrentes ambitieuses alors que la RTS les propose parfois tardivement en fin de soirée sur sa deuxième chaîne !

Ondes de choc

Nouvel événement sur RTS1, ( 21 février 2018) : en premier rideau, à une excellente heure d’exposition – 20h10 – présentation du premier numéro d’une collection, « La Vallée » de Jean-Stéphane Bron, l’un des quatre réalisateurs d’équipe de « Bande à part ».

Jean-Stéphane Bron, Lionel Baier, Frédéric Mermoud, Ursula Meier

Lors d’un entretien conduit par Jacques Pilet, pour « Bon pour la tête », Gilles Marchand, désormais patron de la SSR-SRG, a assez clairement mis en avant la nécessité de donner meilleure place à la fiction pour « raconter » des histoires de notre pays. On aura dans les semaines qui viennent suffisamment d’occasions pour apporter différentes pièces au dossier de l’espoir d’une accélération créatrice à travers la fiction.

« Ondes de choc » est une collection qui repose sur une démarche commune : à partir de faits divers dramatiques qui se sont produits en Suisse romande, les quatre réalisateurs et leurs équipes ont pu proposer leurs réactions face à ces événements en laissant place aussi à leur imagination.

La vallée ( mercredi 21.02.18)

La réalité sert donc de tremplin : en 2010, des jeunes Lyonnais débarquent en Suisse pour y voler des voitures de luxe. L’affaire tourne mal.

« La vallée », un film de Jean-Stéphane Bron Avec Ilies Kadri. Copyright : RTS/Philippe Christin

Mais notre première approche va d’abord rester générale : comment la notion de « collection » s’inscrit-elle dans la création audiovisuelle contemporaine. Sans la moindre hésitation, la collection peut être considérée comme une forme qui tient des exigences de la série. Pour mémoire, la série unitaire ( un sujet traité dans chaque épisode en principe par certains personnages récurrents) et la série récurrente (un même récit se déroule durant l’ensemble des épisodes) occupent de nombreuses heures de diffusion, en journée ou même parfois très tardivement. A première vue, la série récurrente est plus ambitieuse que la récurrente, dès lors qu’elle fait appel à la fidélité du spectateur.

La collection, qui n’est pas une idée nouvelle si elle reste plutôt rare, a parfois été mise en valeur, par exemple par ARTE.

« Boomerang » de Nicole Borgeat

 Raconter des histoires d’ici ? On peut même partir de deux personnages qui échangent leurs personnalités, un politicien aux idées xénophobes et une demandeuse d’asile kurde musulmane qui se réveillent dans la peau de l’autre pour aborder avec une réelle sensibilité le problème de l’émigration.

« Boomerang » entre dans une ligne assez traditionnelle de téléfilm. Il est encore possible de voir le film jusqu’au 9 mars 2017 :

https://www.rts.ch/fiction/9189813–boomerang-un-film-de-nicole-borgeat.html

Le « groupe cinq »

Plus, en remontant dans un passé tout de même lointain, on peut citer deux exemples au moins qui se sont développés en Suisse romande vers la fin des années 60 du siècle dernier, le « Groupe des Cinq » et « Quatre d’entre elles ».

Au début des années 70, Alain Tanner, Michel Soutter, Claude Goretta, Jean-Louis Roy et Jean-Jacques Lagrange, qui se sent tous « auteurs » de films, dans le sillage mondial des nouvelles écoles nationles ( les nouvelles vagues en France et en Tchécoslovaquie par exemple) proposent au directeur d’alors de la RTS, René Schenker, de mettre à leur disposition un budget qui permet de construire une co-production parfois ambitieuse.

René Schenker,(1920-200) ancien directeur de la RTS (1958-1973 puis de la RTSR ( 1973-1985)
( Photo RTS)

Voici deux références sur le site de la RTS

https://www.rts.ch/archives/tv/culture/cinema-vif/7947728-le-groupe-5.html

https://www.rts.ch/fiction/7878083-le-groupe-5-nouvelle-vague-romande.html

Quatre d ‘entre elles

Peu avant, quatre réalisateurs de courts métrages, au milieu des année 65, qui arrivent à tourner des courts métrages, faute de trouver des moyens de financements qui n’existent pas encore –l’aide fédérale à la fiction date de la fin de années soixante – Claude Champion Francis Reusser, Jacques Sandoz et Yves Yersin- tournent chacun un court-métrage faisant le portrait d’une femme, « Sylvie » 16 ans, « Patricia » 22 ans, Erika, 31 ans, Angéle,72 ans, en un collectif « Milos-films » ( en hommage à Milos Forman dont « L’as de pique », léopard d’or ). Les quatre films, regroupés en un long-métrage, « Quatre d’entre elles » fait très correcte carrière nationale et même internationale, tiré par sa meilleure partie « Angéle » d’Yves Yersin. C’était déjà une forme de collection, permettant à quatre courts métrages de bénéficier des portes mieux ouvertes sur grands et petits écrans à la durée du long-métrage. Les trois premiers parties durent 26 minutes ( deux fois treize ) et le quatrième ( 39 mn, trois fois treize) : la collection d’alors tenait ainsi de la mini-série.

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Bien entendu, nous allons être très attentifs à la collection « Ondes de choc »

+ La Vallée – Jean-Stéphane Bron ( 21 février)

+ Sirius –Frédéric mermoud ( 14 mars )

+ Journal de ma tête ( 4 avril )

+ Prénom : Mathieu ( 25 avril )

Il y aura donc encore des textes autour de cette « collection »…

Les « Dix Meilleurs » de 2017, en fiction

 ( Temps de lecture : un peu plus que deux minutes )

 Parmi les créations audiovisuelles, en fiction, y a-t-il une raison de ne pas prendre en compte, en plus des films qui passent prioritairement sur de grands écrans, le meilleur de ce qu’offrent les multiples chaînes de télévision, en particulier ces grands élans romanesques que sont souvent certaines séries récurrentes, lesquelles tiennent de roman de plusieurs centaines de pages alors que le film traditionnel ressemble plutôt à une nouvelle ne dépassant pas la centaine, selon un critère assez sommaire : une page écrite est équivalente à une minute de film?

Une échelle

Avec une échelle allant de 0 ( nul, mais la nullité absolue n’existe pas, sauf fondée sur une colère irrationnelle ) à 10 ( chef d’œuvre, que je continue de réserver à « Citizen Kane » d’Orson Welles, « Ivan la terrible » de S.M.Eisenstein, «  « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais) en passant par le bas de gamme ( de 1 à 3 ), le milieu ( 4 à 6 ) et le haut ( 7 à 9), cela donne pour mes visionnements de 2017, appuyés par la publication d’un texte au moins, version « papier » ou « internet »:

Robin Griffin ( Elisabeth Moss) et sa collègue Miranda (Gwendoline Christie), pas seulement de tailles différentes (Potho Arte), dans « Top of the lake »

9-10 : «Top of the lake » – Jane Campion, deux saisons – Australie

9       : « Un village français » – Frédéric Krivine, auteur principal, sept saisons- France

Les figurants « saluent » la série au début du septième épisode ( Photo France 3)

9      : « Twin Peaks » – David Lynch, trois saisons – USA (Canada)

9      :   « Visages, villages », Agnés Varda et JR- France

9      :   « La villa » – Robert Guédiguian – France

Comme un décor de théâtre : « La villa » de Robert Guédiguian ( PHoto Agora – Genève)

8-9  : « Paterson » -Jim Jarmusch – USA

8      : « Lumière, l’aventure commence » – Thierry Fermaux – France

8      : « L’autre côté de l’espoir « -Aki Kaurismaki – Finlande

7-8   : « 120 battements par minute » – Robin Campillo – France

7       : « La, la, land » – Damien Chazelle – USA

Légère culpabilité

En tête donc, trois séries récurrentes, certes avec deux noms de grands du cinéma, la néo-zélandaise Jane Campion et l’américain David Lynch. Pourquoi pas ? Depuis fort longtemps, je tiens la série récurrente comme le plus riche apport à la création audio-visuelle contemporaine, tous supports de création et de diffusions confondus. Donc plus de différence entre cinéma et télévision. Peut-être avec un léger sentiment de culpabilité, comme celui d’avoir trahi une initiale passion exclusive fort ancienne, celle pour le « cinéma-d’auteur » des années 60 du siècle précédent.

Déculpabilisé

 Certains festivals de cinéma, comme Cannes par exemple, ont su faire place à la série de création, récemment avec « P’tit Quinquin » de Bruno Dumont ou « Top of the lake » saison 2 de Jane Campion et « Twin peaks » de Lynch. Dans le jeu des « Dix meilleurs films » de 2017,  certains critiques de cinéma du journal « Le Monde » font apparaître en bonne place « Twin Peaks ». « So  film », de récente apparition, consacre un « hors-série » à de nombreuses séries. Et il y a « pire » : Les « Cahiers du cinéma » qui règnent presque incontournables sur la cinéphilie du cinéma d’auteur depuis les années cinquante du siècle dernier, parallèlement à « Positif », revue tout aussi exigeante, viennent de consacrer la couverture de leur 739ème numéro ( décembre 2017) à David Lynch, immense créateur s’il en fut, certes, mais dont ils classent en tête des dix meilleurs « films » de l’année la troisième saison de « Twin peaks », juste devant le « Jeannette » de Bruno Dumont, « film-de-cinéma » qui n’aura connu de carrière, pour le moment, que sur le petit écran.

L’affiche d’un film qui peine à trouver son public

Le clan des « sériophiles » prend enfin de l’ampleur

Séries : l’embarras du choix !

De plus en plus nombreuses, les séries envahissent les programmes « officiels » des petits écrans, à peu près toutes chaînes confondues.

Au soir du jeudi 30 novembre 2017, que peut bien faire l’amateur de séries qui préfère la série récurrente à l’unitaire, qui a déjà vu des épisodes de certaines d’entre elles et qui, pour les nouvelles, s’en réfère à des « intuitions » qui proviennent parfois de lectures. J’ai une forte tendance à accorder de l’attention aux présentations critiques proposées par « Télérama », « Le Monde » et parfois « Le temps », qui me permettent de prévoir avec plus ou moins de bonheur qu’elle sera ensuite ma réaction.

L’amateur de séries, ce jeudi 30 novembre, ne sait trop que faire. Pour ma part, j’ai décidé de suivre intégralement la fin d’« Un village français », deux derniers épisodes et surtout un documentaire sur la genèse de cette série qui connaît un succès international considérable.

Une simple liste suffit pour montrer l’embarras dans lequel se trouve l’amateur de séries. Pour ce survol, choix est fait de suivre l’ordre dans lequel TV8 propose les chaînes, le seul magazine romand qui offre quelque intérêt à lire certains textes associés aux programmes et aux contenus de différentes séries.

Font exception ce jeudi soir, France 2 avec sa grande émission politique autour de Jean-Luc Mélenchon, plus intéressant à écouter quand il doute que lorsqu’il assène ses certitudes et M6 qui flatte son public en lui confirmant entre 21h00 et 01h40 que la France à un incroyable talent, cocorico !

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Au choix, sur sept chaînes !!!

Rappelons tout d’abord le sens d’un « chiffre » qui permet de résumer la place accordée, dans une échelle de valeurs, à une série, unitaire ou récurrente, bien sûr reflet d’une appréciation personnelle qui n’est pas forcément partagée :

0 : nul  / 1 à 3 : bas de gamme / 4 à 6 : milieu de gamme / 7 à 9 : haut de gamme / 10 : chef-d’œuvre

Entre 6 et 7 : « Quartier des banques »– RTS 1 ( de 21h00 à 23h00 ) – Vus et revus les épisodes 1 à 4 / Episodes 5 et 6 en « replay » : ce sera pour vendredi. Priorité donnée à un grande, très grande série, « Un village français » (France 3, voir plus bas).

??? : « Rush » – RTS 2 ( fin d’une série de dix épisodes, entre 22h50 et 00h20

4 ou 5 – « Le tueur du lac » – policier – France 1 – ( de 21h00 – 22h55) – Vus partiellement quelques épisodes, confirmant une certaine allergie au tout-venant d’une généraliste commerciale dont la vocation est de vendre des plages publicitaires au meilleur prix devant le plus grand nombre possible de spectateurs !

4 – « Esprits criminels » – polars unitaires très américains- France 1 ( 22h55 à 01h25) – voir remarque ci-dessus, un 4 tout de même pour la qualité professionnelle de la réalisation, mais c’est un minimum.

9 – « Un village français » : saisons 1 à 7 ( France 3 ). Certains épisodes de la saison 7 parfois un peu difficiles à suivre avec les sauts temporels, une seconde d’attention impliquant une remise à l’ordre temporel. Très impatiente attente pour le « Mémoires dans les coulisse » qui joue en quelque sorte le rôle d’une « critique » de la démarche accomplie, contribution solide à l’Histoire de la France sous l’Occupation allemande, dénuée de moindre cliché, indispensable élément de haute valeur « universitaire »

entre 6 et 7, plutôt 7 ! – « Sherlock » – Conan Doyle bien adapté, avec son personnage incontournable, ici un acteur inattendu et sidérant, Benedict Cumberbach. Peut-on encore parler d’unitaire, quand un personnage occupe si bien la place principale, comme le « bon » Docteur House par exemple.

??? « King rising : au nom du roi », un téléfilm de deux heures précédant un autre téléfilm de deux heures, différenciés par 1 et 2 ( RTL 9 – entre 20h40 et 00h35)

7 au moins, espéré !!! : pas vu. « Le quatrième homme » est proposé en rafale, selon une mauvaise habitude d’ARTE, entre 20h50 et 23h55 ! Mais si une série scandinave, ici suédoise, n’entre pas dans le haut de gamme, c’est qu’il y a eu dérapage :

8 au moins : Excellente idée d’ARTE que de reprendre, même tardivement ( dès 23h50) les épisodes du « Top of the lake » saison 1,de la grande cinéaste australienne Jane Campion, donc on attend avec impatience la deuxième saison, urbaine, cette fois, dès le jeudi 7 décembre, sur ARTE.

Une preuve de plus que la différence de qualité entre le cinéma et la télévision des séries n’existe plus. Une série haut de gamme apporte le même plaisir que les plus grands films, ce que certains cinéphiles purs et durs peinent à admettre.

« Quartier des banques » : sur quatre axes

 Avant même de voir le premier épisode, un point très positif a déjà été mis en valeur : on quitte l’ambition cantonale du Tour de Romandie pour s’ouvrir à la co-production avec la RTBF. ( cf « Quartier des banques ? Mérite d’être vu ! » en ligne depuis le 12.11.17).

« Quartier des banques » est majoritairement suisse. La réciproque conduira certainement à une série majoritairement belge avec participation suisse romande minoritaire. La RTBF a tout de même un peu d’avance sur la RTS, aussi bien en quantité qu’en qualité : il suffit de rappeler l’existence de récentes séries belges comme « Beau Séjour », « La trève » ( saison 2 en cours de tournage), « L’ennemi public » ( saison 2 aussi en projet) pour s’en convaincre. Elles sont appréciées dans plusieurs pays, mais ce n’est pas sur la RTS, sauf erreur, que nous les avons rencontrées.

Pour mémoire, « L’ennemi public » : Chloé Muller (Stéphanie Blanchoud), enquêtrice efficace au passé mystérieux (Photo RTBF)

Les considérations qui suivent reposent sur une vision des trois premiers épisodes sur ordinateur personnel et d’une vision partielle lors du passage à l’antenne de deux premiers épisodes le jeudi 16 novembre 2017.

La série s’engage donc sur quatre axes :

1/ une saga familiale, celle des Grangier sur trois générations, enfants compris

La « Reine-mére » chez les Grangier ( Brigitte Fossey – photos RTS)

2/ une enquête d’esprit policier conduite surtout par Elisabeth qui ne croit ni à l’accident, ni à la tentative de suicide de son frère encore à l’hôpital dans le coma

3/ le fonctionnement d’une banque privée avec les flux d’argent qui vont et viennent, en particulier ceux d’une inquiétante cliente russe qui porte sur un bon nombre de millions

4/ les conséquences de la fin du secret bancaire sous la pression américaine, puisque nous sommes en 2012.

Le titre, « Quartier des banques », ne donne guère d’idée de ces quatre axes.

Sur chaque axe, on pourrait ou il faudrait s’interroger sur l’écriture, le jeu des acteurs et leur présence, sur la mise en scène qui se termine au montage pour finaliser l’organisation du récit. Mais peut-être est-ce s’imposer un trop complet chemin d’approche.

Laura Sépul (Elisabeth Grangier) et Féodor Atkine (Maître Bartholdy) : personnages forts interprétés par d’excellents acteurs…

Tout réside donc dans le poids de chacun des axes. Force est tout de même de constater, probablement dès l’écriture, que la saga familiale et l’enquête « policière » occupent plus de place, d’une manière assez lisible en général , que les flux d’argent et la disparition du secret bancaire. En même temps, les scènes « familiales » sont mieux conduites que les celles d’actions.

Détour par Berne

Une partie relative au secret bancaire est traitée au niveau fédéral, en particulier par des déplacements à Berne. La séquence de la rencontre avec une conseillère fédérale est assez peu crédible. On avait vu un « vrai » conseiller fédéral dans l’introduction, y compris alors qu’il faisait une déclaration. Fausse piste : difficile de penser même un peu à Mme Widmer-Schlumpff. Séquence peu crédible !

C’est évidemment se prononcer sur un choix fait déjà dans la phase d’écriture en regrettant que le secret bancaire et les flux financiers soient tout de même assez peu abordés alors que la saga familiale et l’enquête « policière » sont assez longuement traités et fort bien conduits. On en sait plus ainsi sur la famille et l’enquête que sur le fonctionnement d’une banque et la fin d’un secret qui aura fait le bonheur financier de « la » banque suisse.

Cette remarque qui reflète un regret personnel porte probablement sur des options faites au moment déjà de l’écriture.

Quartier de banques ? Mérite d’être vu!

 La série récurrente, un des secteurs où la télévision peut apporter beaucoup de créativité, n’est pas seulement américaine, anglaise, française, italienne ou allemande ( même si l’on connaît mal les deux dernières sous nos latitudes francophones). Elle nous vient aussi de chaînes de Belgique, d’Islande, de Finlande, de Norvège, de Suède, du Danemark, d’Israël, etc. La RTS est capable de proposer au moins une série ambitieuse par année, depuis 2010. Pour mémoire, citons (année du premier passage à l’antenne) : « Dix » (2010), « T’es pas la seule » (2011), « Crom » (2012), « L’heure du secret I » (2012), « Port d’attache » (2013), « L’heure du secret II » (2014), « A livre ouvert » ( 2014), « Station horizon » ( 2015), « Anomalia » ( 2016) : neuf séries en sept ans. Voici « Quartier des banques », six épisodes par duos, à voir les 16, 23 et 30 novembre 8 (RTS1- vers 21h00).

« DIX », série RTS 2010, Bruno Todescini

Tour de Romandie

Toute série originale est bien entendu destinée au public de son bassin de diffusion. La RTS s’efforce de satisfaire les différentes régions regroupées dans la RTSR. Elle a donc « promené » les personnages de ses séries à Genève(Dix), dans le vignoble de la côte vaudoise (T’es pas la seule), à Yverdon (Crom), dans le Jura neuchâtelois (L’heure du secret I et II), le Bas Léman (Port d’attache), Lausanne (A livre ouvert), le Valais (Station horizon) ou la Gruyère (Anomalia). Habile tour de Romandie, que ce savant mélange de cantons (auquel manque le Jura) ou de régions. Signe peut-être de « prudence » ou d’une certaine « timidité ».

Station horizon
Une moto, une station-service, un mas et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin – RTS)

Tentative de meurtre ?

Avec « Quartier des banques », nouvelle incursion à Genève. Mais il se pourrait cette fois, et ce serait très bien ainsi, qu’il s’agisse d’une ambition plus large, pour pouvoir s’inscrire dans une sorte de compétition internationale qui permet aux uns de découvrir les autres. Le « quartier » est situé à Genève. Mais il va s’agir d’une banque « locale, alors qu’en 2012, le secret bancaire est en train de céder sous les coups américains. La famille Grangier est à la tête d’un établissement privé, alors que Paul, « banquier-de-l’année », est dans le coma, suite à une prise d’insuline exagérée. Accident, tentative de suicide ? Elisabeth, éloignée de sa famille, revient pour enquêter : elle pense son frère a été victime d’une tentative de meurtre. Mais pouquoi ?

La fratrie Grangier et Me Bartholdy (PHOTO RTS)

Co-production avec la Belgique

Premier signe de cette volonté d’ouverture : les producteurs romands, dont la RTS, ont pour partenaires la RTBF. Il s’agit donc d’une co-production dont le coût dépasse les quatre millions de francs – aux environs de quinze mille francs la minute, plutôt dans le haut pour une chaîne de télévision de l’importance de la RTS. La co-production a aussi le mérite de garantir un passage ans un deuxième pays. Elle pourrait ouvrir la voie à une prochaine co-production avec la Belgique majoritaire.

« Quartier des banques » s’inscrit assez bien dans la série des séries honorables produites ces dernières années par la RTS, même sans atteindre les sommets.

Tournage « Quartier des banques », avec Virginia Grangier ( Lauriane Gilliéron, Photo RTS)

Finance, banque et enquête

L’écriture permet de mélanger les questions financières internationales à travers une banque privée genevoise tout en donnant à une famille et à ses problèmes beaucoup de place, l’intrigue reposant aussi sur une sorte de « polar » avec enquêtrice non-professionnelle. Parmi les personnages importants, on citera Paul, qu’on ne voit guère puisqu’il est dans le coma dans les premiers épisodes, sa sœur Elisabeth avec sa curiosité, bien interprétée par l’actrice belge Laura Sepul. Forte présence aussi de Féodor Atkine, dans le rôle de Me Bartholdy, le conseiller juridique de la famille Grangier.

Quartier des Banques:

Paul et Virginia  Grangier (Photo RTS)

Voici quelques-unes des raisons d’être curieux. Bien entendu, nous y reviendrons après le passage à l’antenne de deux premiers épisodes, en premier rideau le jeudi 16 novembre 2017 vers 21h00, pour parler qualités … et défauts.

 

Broadchurch, saison 3 : la grande forme

 Les deux premières saisons de cette excellente série britannique connurent un immense succès. La saison 1 fut proposée par la RTS fin 2013, début 2014 et la saison 2 projetée du 3 au 17 avril 2015. Surprise : pas de saison 3 sur la RTS, qui n’a ainsi pas su «prendre de vitesse » France 2, sa concurrente française comme si souvent elle parvient à le faire. Il serait intéressant de savoir pourquoi la RTS ne présente pas en avant-première cette troisième saison, annoncée par son producteur britannique comme la dernière. Elle se déroule trois ans après la deuxième.

D’une saison à l’autre

Première saison : meurtre d’un enfant. Deuxième saison : procès du meurtrier au dénouement inattendu et apparition de certaines révélations sur le passé d’Alec (David Tennant), capitaine de police qui forme un duo avec Elie Miller (Olivia Colman), lieutenant, parfaitement intégrée à Broadchurch, petite ville imaginaire du Dorset, au sud de l’Angleterre, en bord de mer proche de falaises qui dominent des plages de sable.

Elie et Alex : aussi pour la falaise ( Photos Fr 2)

Dans les deux premières saisons, l’affaire policière puis sa composante judiciaire, bien conduites, ne forment pas la composante principale du récit. Bien sûr, meurtre il y a, d’un enfant qui plus est, puis procès avec coupable qui se déclare non coupable. Le centre de l’intérêt se porte le duo d’enquêteurs, mus par leur professionnalisme et une amorce de respect mutuel, sur plusieurs habitants de la petite ville provinciale et ses superbes falaises maritimes.

La troisième saison commence par la découverte, un mardi matin, d’une femme hagarde, qui se tait . On comprend peu à peu qu’elle a subi une violence sexuelle en pleine nature. Mais le viol a eu lieu le samedi soir, lors d’une fête organisée dans une grande maison à l’écart de la ville. Les dix premières minutes se bornent à suivre une longue conversation entre les deux inspecteurs de police. Mais dès que l’enquête commence, on retrouve la ville, ses alentours, des personnages, comme clergyman et son église presque vide, la journaliste du quotidien local qui va cesser son activité, la famille Latimer qui reçoit une indemnité financière dérisoire après la mort de Danny, etc. Le téléspectateur ne se trouve pas en terre inconnue… Apparaissent aussi de nouveaux personnages, comme l’assistante de police, Katie (Georgina Campbell).

Deux jours de silence

Première démarche des enquêteurs discrets : pourquoi la victime, Patricia Winterman, attend-elle deux jours avant de se faire connaître. Sa mémoire est-elle obscurcie par la violence de l’acte ou masque-t-elle un comportement personnel bizarre ? Elle avait consenti le matin même du samedi à une relation sexuelle avec un partenaire dont elle refuse de donner le nom. Et elle décrit avec une précision éprouvante son viol du dimanche matin.

La victime de la saison 3

Certains des collaborateurs à l’écriture du scénario ont consulté des thérapeutes spécialistes du viol et de ses conséquences sur les victimes, sujet dont on parle beaucoup à l’heure actuelle. La série existait avant la vague qui déferle actuellement. Sa rigueur informative est à porter à son actif.

Un acte prémédité

Dans un premier temps, le viol n’est pas rendu public par les enquêteurs qui peuvent ainsi amorcer leur travail avec une certaine sérénité, avec des effectifs réduits. Mais il se passe des choses bizarres. Alec, avant Elie, acquiert assez rapidement la conviction que le violeur assistait à la fête du samedi soir, que son acte était prémédité, comme certains détails de son exécution le font penser. Il y a risque de récidive, donc nécessité d’être efficace. De ce qui s’est passé, certains ne sauront que ce que la police voudra bien dire dans une conférence de presse. Les enquêteurs suivent plusieurs pistes. Le téléspectateur finit par soupçonner un peu tout le monde. Cela fait partie du « plaisir » pris à « fréquenter » certains personnages souvent attachants.

Tournage

Les interprètes, et ce n’est pas une surprise, sont dans l’ensemble excellents. La mise en scène, souvent concentrée, dans certaines séries récurrentes, sur des dialogues, connaît aussi le poids d’un silence, le sens d’un geste, la richesse d’un regard. La deuxième saison, un peu dramatiquement dispersée, ne fut pas tout à fait au niveau de l’excellente première. La troisième, après ses deux premiers épisodes, semble bien rejoindre la première.

This is us

 Une accumulation de bonnes surprises, à travers cette série américaine qui s’installe tranquillement dans le haut de gamme. Pour un premier survol, des images pour présenter les personnages principaux,  des remarques qui devront être précisées au fur et à mesure que les personnages évolueront vers ce qu’ils tentent d’être.

Chaque personnage, ou presque, parfois solitaire, est à la recherche de ce qui lui manque. Kate souffre d’obésité, mais ne parvient pas à maigrir. Son copain, Toby, plutôt fort, la pousse à exposer en public la qualité de son chant. Kevin supporte mal son rôle sans nuances dans un sit-com populaire qui ne lui permet pas d’exprimer son talent. Rebeccca et Jack, parents des jumeaux, eurent peine à accepter l’enfant noir trouvé devant un hôpital qui servit alors de substitut au troisième bébé mort-né. Randall, pas très heureux dans l’exercice de son métier d’avocat, est à la recherche de son père adoptif. Ce sera William, qui finit par imposer au couple sa présence, mais révélera peu à peu une nature de grande richesse.

Les huit personnages principaux, de gauche à droite, Randall et Beth, Toby et Kate, Rebecca et Jack, Kewin et William

Les images insérées dans ce texte permettent de « faire connaissance » avec certains d’entre-eux. La première n’est pas tirée d’une scène de la série. C’est une photo de « famille », puisque six des huit personnages sont des Pearson, alors que quatre sont nés un 31 août, en 1944 ou 1980. 36 ans les séparent. Nous sommes en 2016, 36 ans plus tard!

D’autres remarques et images seront mises en lignes prochainement……

Un peu plus de séries suisses?

Bilan romand : trois tous les deux ans !

(Temps de lecture : environ trois minutes / Quatre images du tournage de « Quartier des banques », série RTS -Point Prod à l’antenne en novembre 2017)

Pour mémoire, citons les séries récurrentes de fiction de la RTS depuis 2010 ( année de projection) :

2010 : « 10 », « En direct de notre passé »

2011 :   « T’es pas la seule »

2012 : « Crom », « L’heure du secret I »

2013 :« Port d’attache »,

2014 : «  L’heure du secret II »,   « A livre ouvert »

2015 : « Station horizon »

2016 : « Anomalia »

2017 : « Quartier des banques »

En huit ans, onze séries ont été produites par la RTS, ce qui donne un rythme de trois séries tous les deux ans, mais une seule par année depuis 2015. Le budget d’une série d’origine entièrement romande peut dépasser les trois millions.

A noter que le Tour de Romandie des lieux d’action est à peu près complet : Vaud la Côte ( T’es pas la seule), Yverdon (Crom), Jura surtout neuchâtelois, deux fois (L’heure du secret), Lac de Genève (Port d’attache), Lausanne ( A livre ouvert), Valais (Station horizon), Fribourg ( Anomalia), Genève (Quartier des banques).

Faire des économies

 Serpent de mer au rendez-vous, décidément presque annuel, les économies : (« Le temps » – 23 août 2018 – dans un texte de Nicolas Dufour, intitulé « La RTS veut se rapprocher de son public » :

« Chargée de faire des économies, la RTS a notamment réduit son rythme de production de fictions. Cette année, une seule série sera lancée, mais sur laquelle la chaîne, avec des partenaires belges, mise beaucoup « Quartier des banques », drame familial en milieu financier ». (sortie probable le 9 novembre  2017)

 Booster la fiction

 En novembre dernier, au cours d’en entretien paru dans la « Tribune de Genéve » ( 26/27 novembre 2016), le futur patron de la SSR-SRG, Gilles Marchand disait :

J’aimerais booster notre offre de fiction, faire plus de films, plus de séries. C’est la capacité d’un pays à se raconter. Les Scandinaves ont réussi à développer une culture de la série. Mais cela demande des moyens, des partenaires. Je suis prêt à collaborer avec les cablo-opérateurs et les entreprises de télécoms pour y arriver(..) L’objectif serait d’avoir un peu moins de séries étrangères et un peu plus de fictions suisses.

 Entre le moment où la décision est prise de mettre en production une série, parfois après une longue période préparatoire, et l’apparition du résultat à l’écran, trois années au moins peuvent passer. Il n’y a pas de contradiction entre une seule série nouvelle sur l’écran de la RTS en 2017, toutes décisions à son propos prises par son directeur, et une déclaration d’intention pour le futur, qui ne peut pas être concrétisée avant 2018 ou même 2019. Il n’en est pas moins important de rappeler les intentions du patron de la SSR-SRG à moyen terme.

Viser l’international

 La production de séries, depuis assez longtemps déjà, prend une place de plus en plus grande dans le monde télévisuel de l’imaginaire. Mais une série peut aussi connaître une carrière économique intéressante, par des ventes ou des échanges avec d’autres chaînes.

 

Les USA, dans la fiction spécifiquement télévisuelle donc la série, dominent le monde, comme le fait le cinéma hollywoodien. Mais le petit écran et ses dérivés, avides d’heures de fiction, font bon accueil à d’autres fournisseurs. On connaît assurément mieux les séries venues d’Islande, d’Israël, de Belgique, tant francophone que flamande, d’Israël, de Norvège, de Suède et surtout du Danemark que le cinéma issu de ces pays.

Une série exportable finit par contribuer au financement d’une autre série. Les pays que nous venons de citer sont tous exportateurs. Les séries suisses, avec ses trois chaînes nationales basées sur trois langues, peinent à trouver des diffusions à l’étranger.

On peut donc, en prenant acte du « désir » de fiction exprimé par celui qui est désormais le patron de la SSR-SRG, souhaiter qu’une série suisse (romande) puisse conquérir non seulement le public régional en premier rideau le samedi soir, mais aussi des chaînes de diffusion dans beaucoup d’autres pays. Ce serait un moyen de « booster » la fiction produite par notre télévision.

« O.J.Simpson :Made in America »

Temps de lecture : environ trois minutes !

O.J.Simpson est né en juillet 1947 dans un quartier pauvre de San Francisco. Il est devenu célèbre surtout par sa rapidité, comme joueur d’un club universitaire de Los Angeles, dans le football américain, qui tient un peu du rugby, avec son numéro 32. La gloire est confirmée par le cinéma, même s’il n’a pas laissé d’impérissables traces comme acteur, mais aussi par la publicité où il incarnait des marques comme Chevrolet ou Herz. C’était peut-être une des premières fois qu’un « acteur » devenait représentatif d’un produit comme le fait aujourd’hui par exemple Georges Clooney.

D’une première union, avec une jeune noire, Marguerite, il a trois enfants. Après un divorce, il épouse une blonde blanche, Nicole Brown. Ils auront deux enfants. Il mène grande vie, se montre possessif, jaloux et violent. En 1994, son ex-épouse est assassinée en même temps qu’un de ses amis. Le procès dure plusieurs mois en 1995 : il est acquitté par une instance pénale mais condamné au civil à des amendes qui se comptent en millions. En 2008, il est puni d’une peine ferme de 33 ans pour un enlèvement et vol à main armée. Cette condamnation sévère de 2008 peut être comprise comme une sorte de compensation de l’acquittement plutôt inattendu de 1994.

Le couple Nicole Brownm- OJ (Made in america- photo fx/arte)

OJ est-il coupable ou non du meurtre de sa femme qui pouvait passer pour une exécution, y compris celle d’un témoin ? Ce n’est pas la question que se pose le réalisateur. Et même si c’était le cas, force est d’ajouter qu’il n’y a pas de réponse claire, face à des indices contradictoires. L’intérêt de cet étrange « objet » audiovisuel réside ailleurs, installé qu’il se trouve entre le cinéma, qu’il faut encore voir sur un grand écran dans une salle obscure avec d’autres personnes durant un temps imposé et limité et la télévision, qui se consomme par doses volontaires de durées très variables, dans une certaine solitude sur plusieurs supports.

Une occasion manquée

 Le public américain s’est passionné pour le procès, les blancs jugeant OJ coupable et les noirs innocent, en grandes majorités. Une série de fiction « American crime story », lors de sa première saison montrée en 2016, entre autres à la RTS durant l’été, intitulée « The people vs. O.J.Simpson » semble bien, d’après quelques lectures fiables, avoir été d’un assez bon niveau. Je regrette de ne pas l’avoir vue. Les résumés des dix épisodes font apparaître les mêmes personnages et faits que ceux qui survolent « Made in américa ». L’occasion eut été belle de se livrer à une démarche comparative entre la fiction portée par des acteurs et la documentation reposant sur des documents et reportages appuyés par des entretiens récents.

La gloire du sportif ( Made in america – photo ARTE)

Tout vient du montage

 Le titre de la série récente, «J.Simpson : Made in america », donne une première indications sur le double contenu , la personnalité de JOSimpson, certes, mais aussi son enracinement dans une société précise, l’Amérique qui peut « fabriquer » un tel personnage. Les cinq numéros, par leur titre, fournissent, eux aussi, une indication précieuse sur le contenu :

+ Je ne suis pas un noir. Je suis OJ

+ Dans cette ville de violence policières

+ Une défense sans scrupule

+ Un gant tient le monde en haleine

4ème partie : la preuve par le gant : Made in America
(PHOTO ARTE / FX)

+ Un acquittement par étapes

On saisit ainsi assez bien la structure qui part de Simpson en gloire, s’installe dans une ville marquée par des violences policières racistes puis observe le fonctionnement de la justice conduisant à un acquittement contesté. On passe ainsi d’un individu à une société, laquelle finit par être en quelque sorte responsable par son comportement d’avoir réservé une place à un tel personnage.

Cinéma et télévision

 Le cinéphile a une exigence de base devant le cinéma : il se fonde, dans la mouvance qui l’aborde comme un art, sur la notion d’auteur, généralement celui ou parfois celle qui donne vie à des personnages par des acteurs ou organise des documents avec son regard personnel. Pour le cinéphile, le cinéma de divertissement qui s’appuie sur des acteurs et la virtuosité du spectacle n’est pas souvent pris en compte comme « cinéma d’auteur ».

Il n’existe pas encore, en télévision, l’équivalent du cinéphile. On pourrait le nommer « téléphile » qui rechercherait prioritairement l’auteur de l’émission. On s’en approche dans le domaine des séries, le responsable du spectacle ( le showrunner) de plus en plus fréquemment mis en évidence comme raconteur d’histoire et organisateur chargé de maintenir l’unité des épisodes entre eux.

Un film de cinéma se regarde dans les meilleures conditions dans une salle obscure, avec d’autres spectateurs, durant en moyenne deux heures, des exceptions étant possible sans  dépasser trois heures.

Parmi les offres de la télévision, la série occupe une place originale. Elle apparaît de de plus en plus fréquente, sans aucune obligation dans la durée, allant de quelques petites minutes à plus d’une heure par épisode, le nombre de ceux d’une saison et de ces dernières variable eux aussi. Mais une série se consomme en solitaire, devant un petit écran ou les supports qui s’y rattachent, comme le portable par exemple.

Huit heures de projection

OJ SIMPSON est une série de cinq épisodes, chacun d’environ 9o minutes. Les premiers textes parus à son propos mentionnent un nom Erza Edelman, comme le responsable unique de la série. Le 26 février 2017, « OJSimpson, Made in America » obtenait l’Oscar du meilleur documentaire, dans une compétition assurément vouée au cinéma. Cette série, mais on pourrait tout aussi bien écrire ce film de 7h57 minutes, commandée par une chaîne sportive est une production pour le cinéma qui trouve son chemin à la télévision beaucoup plus souple avec le temps de projection.

«  OJSimpson : Made in America » est une œuvre audiovisuelle d’auteur que l’on peut considérer aussi bien comme un très long film que comme une série télévisée récurrente, issue de la documentation qui repose sur un montage créatif.

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Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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