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Un peu en marge de la votation sur la « redevance »
Peut-être faudrait-il changer le titre de ce sujet à rallonges, en remplaçant le « Un peu » par « De plus en plus » en marge de la votation sur la redevance!
5 mai : « Le Temps »
S’agit-il d’un hasard ou de la réalisation d’un plan de « communication »? En ce 5 mai 2015, en page 16 du journal « Le Temps », parait un long texte d’un membre de la rédaction, Emmanuel Garessus, qui se réfère en particulier à une récente publication en langue allemande, traduisible en « Moins d’Etat, plus de télévision, Service sans public ? », placée sous la responsabilité de René Scheu. Nous avons ainsi un reflet en Suisse romande de la position de ceux qui rejettent la nouvelle forme de redevance en profitant de l’occasion, bien suisse hélas, de ne pas parler de l’enjeu de la votation pour amorcer une réflexion sur la place de la SRG-SSR dans le paysage audiovisuel suisse. Il se pourrait bien d’ailleurs que la Suisse romande et le Tessin ne soient pas parties prenantes des débats surtout zurichois. Le titre du texte est presque limpide: « La SSR est au service de l’Etat et non du public ». Le texte met en cause la difficulté de définir « service public ».
Les partisans du « Non » rejettent le service public audiovisuel actuel, donc la SRG-SSR, plus, semble-t-il, que ses sociétés régionales, en Suisse romande la RTS. Mais on peine à trouver la description d’une nouvelle organisation! L’équivalent du service public dans les mains du privé, au moins en partie, avec « Tamédia » et « Ringier » unis? ( 05.05.15 – 11h00)
4 mai
En page d’accueil du site rtsr.ch, on peut prendre connaissance du communiqué de presse du comité romand « Oui à la LRTV ».
rtsr.ch/lrtv
rtsr.ch/actualite
29 avril – « Le Temps »
Yves Petitgnat, correspondant à Berne, à propos du lancement de la campagne par le comité « Non au nouvel impôt Billag sur les médias », sous le titre « Le procès de la radio-TV publique est engagé », signale que la révision de la loi « tourne au réquisitoire anti-SSR ». Une soirée a été récemment organisée à Zürich sous le thème « Moins d’Etat, davantage de télévision »… Il faut probablement entendre qu’il s’agit d’une télévision faite par d’autres que la SSR-SRG.
22 avril – « Le Temps »
Le titre, « Nous votons sur la redevance, pas sur le maintien du service public », donne une indication importante du sens des réflexions de Roger Nordmann.
21 avril : « Le Temps »
« Face à l’USAM, une large coalition pour défendre la loi radio-TV »: une information signée Yves Petitgnat.
19 avril – «Le Matin-Dimanche»
«Rime poursuit sa lutte contre la SSR»
Dans ce texte non-signé, on lit que M.J-F.Rime a des arguments contre un projet qui vise «à faire rentrer encore plus d’argent dans les caisses d’une SSR surdimentionnée et arrogante». Dans le message du conseil fédéral, il est affirmé que la nouvelle manière de prélever la redevance est globalement neutre, autrement dit qu’il y aura autant d’argent disponible après son éventuelle mise en vigueur qu’avant. L’affirmation n’est pas une information: c’est une hypothèse pas très bienveillante pour la SSR.
Dans un autre texte, paru dans «La Tribune de Genève» du 26 mars 2015, cité aussi dans le dossier introduit sur le site de la rtsr, on peut lire: « La SSR exigera désormais des PME jusqu’à 39’000 francs supplémentaires par année». Dans le message, on trouve en effet ce montant de 39’000 francs. Il concerne uniquement 345 entreprises qui réalisent au moins un chiffre d’affaires annuel de un milliard de francs. PME, pour mémoire, signifie Petites et Moyennes Entreprises!
40’000 francs par année ne représentent que quatre francs pour cent mille francs de chiffres d’affaires; il y a là de quoi profondément déstabiliser une «PME» a un milliard minimum de CA!
M.Rime ne conteste pas la nécessité de fournir «des prestations de base de qualité apportant des informations importantes dans les quatre langues nationales». Mais la SSR «devrait se concentrer sur les prestations nécessaires», sans dire lesquelles, «une redevance nettement inférieure à 400 francs suffirait aussi . (…) Des prestations du type casting-show achetées au prix fort et pouvant entrer dans les programmes de n’importe quel diffuseur privé ne peuvent être facturées au contribuable». Revoici probablement, sous une autre forme, les «shows insipides» de Pietro Supino, le patron de «Tamédia», une autre petite PME à un millliard de CA, qui veut, lui aussi priver la SSR d’au moins 25 pourcent de son budget.
Curieux arguments contre la SSR, Tamédia» et «USAM» réunis!
(Mise en ligne le 23.04.15 à 16:15-fyly)
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Rappel : lire aussi Le « Temps » de la polémique
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Le 14 juin 2015, le peuple suisse se prononcera, entre autres, sur une nouvelle formule de perception de la redevance en matière de radio-télévision. Pour les ménages, elle va probablement diminuer en passant de 462 francs à 400. Les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse le demi-million y seront assujetties. Le résultat ne changera rien au budget de la SSR-SRG.
Sans lien direct avec le prochaine votation, mais certainement avec quelques subtiles arrières pensées, une polémique vient de se développer en particulier dans le journal «Le Temps» (voir ci-dessous).
Nous avons déjà relevé quatre épisodes très, même très sommairement résumés :
+ le 31 mars, Pietro Supino, directeur de «Tamédia», prive la SSR de toute recette publicitaire ( le quart environ de son budget)
+ le 1 avril, Pascal Decaillet transforme la SSR en un diffuseur de produits fournis par le secteur privé.
+ le 2 avril, Gilles Marchand, directeur de la RTS, défend le service public attaqué par les deux précédents.
Ces trois interventions qui se suivent dans «Le Temps» sont probablement le fruit d’un scénario écrit par la rédaction du journal, dont l’actionnaire principal (près de 93 % ) est le groupe Ringier, le grand rival de «Tamédia».
A partir de là, on entre probablement dans une phase un peu plus improvisée, qui continue de ne pas aborder de front la votation du 14 juin.
+ le 8 avril, c’est au tour de Claude Torracinta, et de Guillaume Chenevière d’intervenir. Le premier apparaît à la télévision au milieu des années soixante et son apport ne se limite pas seulement à avoir fait de «Temps présent», une émission phare, qui le reste assez souvent aujourd’hui encore. Le second y arrive au milieu des années septante comme responsable du divertissement et de la culture avant d’en devenir directeur de 1992 à 2001. Tous deux savent parfaitement mettre en valeur les qualités de l’indispensable service public.
16 avril: Alain Jeannet et Luc Debraine dans l’Hebdo
+ Il faut attendre le 16 avril pour une assez curieuse relance. Dans «L’Hebdo», un autre fleuron du l’archipel «Ringier Romandie», le rédacteur en chef Alain Jeannet affirme que «Trop de SSR risque de tuer la SSR». Mais la lecture de son édito n’est pas suffisante pour comprendre le sens plus ou moins ambigu de sa formule. Pour éclairer le premier texte, deux pages signées Luc Debraine, expliquent assez bien le titre en lettres immenses, «RTS UN – Culture Zéro». Les émissions de la RTS consacrées à diverses formes de la culture sont plutôt rares et leur audience assez faibles. A se demander si cette faiblesse a pour conséquence une diffusion tardive et si c’est celle-ci qui explique ces audiences qui ne sont guère appréciées. Un vrai problème en effet, rendu peut être plus inquiétant par les comparaisons faites avec la situation en Belgique! Ceci dit, cette insuffisance dans le domaine culturel ne doit pas conduire à s’éloigner du service public, mais bien à oser être plus exigeant avec lui afin qu’il fasse aussi bien que dans ce secteur que dans les autres. Une chose est de procéder à de bons achats de produits terminés ou de réussir des paris en pré-achats à la lecture de scénarios sur le marché international de la fiction et de la documentation, une autre est d’observer leur diffusion à l’antenne, qui reste tout de même le plus important des accès aux programmes. Présenter une nouveauté après 23h00 c’est la condamner d’emblée à un part de marché insignifiante. Mais ceci est une digression provoquée par les considérations assez négatives de Luc Debraine qu’il faudra prolonger en une autre occasion.
16 avril : un expert, Patrick-Yves Badillo, « Le Temps »
Autre relance, le 16 avril, à nouveau dans «Le Temps», donc autre fleuron de «Ringier-Romandie», signée de Patrick-Yves Badillo, professeur à l’université de Genève, qui a participé à une étude mondiale sur l’information, considérée comme allant du meilleur au pire. Le pire réside dans un marché occupé par un monopole alors que le meilleur se compose d’un marché où les sources indépendantes les unes des autres sont nombreuses.
L’étude internationale permet de comparer 2004 à 2012. Durant cette période, la concentration dans la presse écrite suisse est en forte hausse. Dans le même temps, l’indice de concentration de la télévision suisse diminue, plus fortement en suisse romande qu’en suisse alémanique. De plus, ces indices d’ouverture sont bien meilleurs en Suisse qu’en France. Et l’auteur d’écrire: «Les résultats sont paradoxaux, car nous sommes loin de constater la toute-puissance d’un quasi-monopole de la SSR».
Tentative d’explication pour les variations relevées entre 2004 et 2012? Le nombre d’éditeurs de presse diminue, l’influence de quelques grands groupes s’accroit, celle bien entendu de «Tamedia» et de «Ringier», mais aussi en Suisse romande à travers le groupe «Hersant» qui conduit à de plus en plus de ressemblances entre des journaux du Valais, de Nyon, de Neuchâtel, qui vient de perdre son imprimerie au profit d’un centre vaudois et même de Fribourg.
Pour la télévision, la diversité des sources augmente. Parmi les nombreuses « petites » chaîne, les locales et régionales grignottent peu à peu, en Suisse romande, les parts de marché de habituels leaders, la RTS bien sûr, suivie de Tf1 ou M6 assez proches et de France télévisions. En Suisse, les « locales » touchent une partie non-négligeable de la redevance. Actuellement le quatre pourcent de la redevance nationale.
Amplifier le conflit entre les deux grands éditeurs et SSR—SRG, c’est courir le risque d’affaiblir les uns et les autres. En suisse alémanique, depuis plus longtemps qu’en Suisse romande, les fenêtres publicitaires ouvertes de l’étranger vers le public suisse ont contribué à un transfert de plus de 200 millions du marché national vers celui de nos voisins, desquels il faut déduire les commissions de sociétés suisses qui vendent sur les marché suisse les espaces publicitaires de chaines commerciales des pays voisins, Ringier Romandie et Goldbach medias. La puissance d’acteurs internationaux tels que Google est le vrai danger qui déstabilise le paysage audiovisuel suisse et justifie le titre du texte: «Médias, le modèle suisse sur le fil du rasoir».
17 avril : Frédéric Gonseth, «Le Temps»
Avec une ironie mordante assez délicieuse, Frédéric Gonseth, membre du bureau de la fondation romande pour le cinéma et président de l’association éditrice de CultureEnjeu compare la proposition de Pietro Supino à une corrida où le toréador aurait à combattre un taureau réduit à sa peau, ses sabots et ses cornes: La belle corrida audiovisuelle helvétique serait une chaîne de service public faite uniquement de ce que le secteur privé rejetterait. Gonseth fait à juste titre remarquer les Suisses lisent en majorité des journaux suisses, mais que leur consommation télévisuelle globale ne fait place aux émissions suisses que pour un tiers, alors que la proportion pour le cinéma tombe aux environs de cinq pourcent. Il signale aussi que des chaînes étrangères commerciales étrangères sont parvenues à capturer des budgets publicitaires qui échappent ainsi aux médias nationaux, journaux y compris. Mais il y a une dizaine d’années, Gilles Marchand s’est retrouvé un peu isolé dans son combat contre l’ouverture d’une fenêtre de M6 vers la Suisse. Affaiblir la SSR ne renforcera pas la position des éditeurs sur le marché national. Mieux vaudrait une forme de collaboration, par exemple par la création d’un fonds d’enquête et de dossiers pour la presse écrite, géré par la profession elle-même, et financée par les diffuseurs de contenus audiovisuels
L’idée est-elle nouvelle? Elle est à tout le moins un peu inattendue. En Belgique, les «cablo-distributeurs» participent au financement du cinéma. Pas en Suisse!
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PS : Voici le texte de l’appel lancé par «CultureEnjeu» au sujet de La presse
Sous régime privé, la presse écrite voit rétrécir depuis de nombreuses années son lectorat, sa diversité, sa qualité et sa liberté d’information. Bien sûr, de nombreux éléments concourent à favoriser cette inquiétante glissade. Il est nécessaire de rééquilibrer le paysage médiatique suisse et d’envisager un soutien public aux médias écrits. Une mesure qui pourrait mettre fin à la «guerre des publicités» entre la télévision et la presse, sans pour autant permettre à l’Etat de poser un pied dans les rédactions. Une des formes de ce soutien public pourrait être la création dans chaque région d’un fonds d’aide à l’enquête, permettant à des journalistes de toutes tendances et de tout domaine de recevoir une aide financière pour mener une enquête libre et solidement documentée sur un sujet jusqu’alors négligé ou peu traité par les médias (sans entrer dans les modalités plus précises de cette aide dans le cadre de cet appel).
Nous estimons qu’il convient d’alimenter un tel fonds d’aide à l’enquête en s’adressant en premier lieu aux diffuseurs de contenu audiovisuel (UPC-Cablecom, Swisscom TV, etc.) qui, bénéficiant d’une situation privilégiée, engrangent directement ou indirectement une partie des recettes publicitaires de l’audiovisuel. En deuxième lieu, on se rappellera qu’on a malheureusement laissé les grandes chaînes étrangères s’emparer d’une part importante du marché publicitaire audiovisuel suisse ces dernières années. Elles devraient, elles aussi, être mises à contribution en pourcentage des recettes de leurs «fenêtres publicitaires» suisses. Ces deux secteurs devraient être accompagnés à une hauteur moindre par la SSR sur ses recettes publicitaires, par des mécènes, des privés et les collectivités publiques (Confédération).
Nous appelons à lancer la création d’un fonds d’aide à l’enquête indépendant pour les médias écrits.
« Game of Thrones : 5ème saison en VO
Au-delà du gag : 173 secondes au « 19:30 » !
Mieux qu’un gag, les 173 secondes consacrées à la présentation lundi soir (13 avril 2015) peu après 22h30 de l’épisode 1 de la saison 5 de «Games of Thrones» en version originale sous-titrée, la RTS seule chaîne généraliste publique francophone à le faire! Bravo pour la promo; bravo pour les infos; voici enfin une reconnaissance de l’intérêt d’une série haut de gamme adressés à ce très précieux grand public! La pression exercée par le producteur HBO a tout de même joué un rôle puisque 170 chaînes firent hier la même chose, présenter la nouvelle saison moins de 24 heures après les USA. Il y aura donc quelques pirates de moins, au moins parmi les élèves d’une école romande de cinéma. C’est un progrès qui va contribuer à améliorer la part de marché! Tant mieux. Audace il y a donc, sur deux points: ne présenter qu’un épisode à la fois comme le font les américains initiateurs d’une série parmi les plus coûteuses jamais réalisées et admettre que les habitants de Suisse romande savent lire des sous-titres incrustés en français. Encore un petit peu d’audace en choisissant une heure de diffusion plus précoce! A en croire «Le 19:30», les pirates auraient été un million et non pas seulement cent mille comme signalé plus bas en gag baigné de rouge! Une fois encore, quelle est la source de cette information sur le nombre de pirates? J’allais oublier: la série en 5e saison conserve ses qualités! ( fyly – 14.04.15 – 08h30)
L’épisode est disponible durant 7 jours sur RTS.ch
Gag : lu dans «Le Temps» du lundi 13 avril 2015, en page 21, ce communiqué de l’AFP: Les 4 premiers épisodes de la saison 5 de la série de HBO Game of Thrones ont fuité sur internet dans le nuit de samedi à dimanche, à quelques heures de la diffusion mondiale du premier épisode, a révélé le site internet TorrentFreak. Les épisodes qui ont fuité auraient été téléchargés plus de 100’000 fois en juste trois heures. C’était bien la peine de prendre les précautions décrites ci-dessous. Mais à propos, et malgré le conditionnel, comment savent-« ils » qu’ils étaient plus de cent mille?? (fyly – 13.04.15 – 18h00)
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Lundi 13 avril 2015, RTS Un, aux environs de 22h30: premier épisode de la saison 5 de «Games of Thrones», en version originale sous-titrée, vingt-quatre heures à peine après la sortie aux USA de cette production de HBO. Une exclusivité mondiale? Disons oui , mais partagée par deux cent diffuseurs dans presque autant de pays, avec, certes, de nombreuses apparitions sur des chaînes payantes. Voici donc la réponse intelligente de HBO et de ses clients au piratage: un épisode à peine sorti aux USA qu’apparaissaient paraît-il des versions sous-titrées à la hâte dans la langue de chaque pays. Aux USA, il y eut 4,3 millions de piratages par épisode en 2012, passés à 8 pour la saison 4 l’année dernière (emprunt fait au TélétopMatin du 12 avril). Mais comment font-ils, ces Américains, pour mesure l’ampleur du piratage? Enfin, il y a là-bas de grandes oreilles qui écoutent et qui savent tout sur tout et tous….
Nombreux textes dans la presse
Et ça cartonne, un peu partout. Voici «Games of Thrones» en couverture de TVGuide, ce magazine suisse avare de textes de réflexions sur l’audiovisuel et les émissions. Voici presque une page dans «Le Temps», pour y tracer les portraits de cinq personnages importants. Peter Dinklage fait la une de «TéléOBS», l’hebdo des médias, appuyée par quatre pages rédactionnelles (et dans le même numéro, six autres pages richement illustrées dont cinq sur des séries nordiques et une sur la saison 2 de l’israélien d’«Hatufilm», série reprise aux USA en «Homeland», du reste avec l’auteur israélien Gidéon Raff).

Tirion Lannister (Peter Dinklage), personnage fort de la série, dans une image qui, pour une fois, met en valeur la qualité esthétique de la lumière (Photo RTS/HBO)
Dans son édition du «Monde» des dimanche 12 et lundi 13 avril 2015, trois pages entières. L’une raconte comment fonctionne le tournage de la série dans une dizaine de pays, qui savent accueillir des millions de dollars, y compris en accordant à la production des avantages fiscaux qui rendent timides certaines interventions cantonales romandes. Une autre page offre quelques clefs pour comprendre le royaume de Westeros et rappeler que la série adapte plusieurs romans de Georges R.R.Martin, les saisons 6 et 7 de la série en cours d’écriture alors que le romancier doit encore rédiger les deux derniers volumes de sa saga puissante.
La mise en scène quand on s’y perd
Une page entière, sous forme d’un tableau évoque «le jeu des sept couronnes», avec les huit capitales de fiefs, ce que l’on trouve au-delà du Mur ou en traversant des bras de mer. Ce remarquable résumé d’une situation très compliquée est fort utile pour qui s’est peu à peu perdu dans ces royaumes, avec ces dizaines sinon des centaines de personnages, parfois à ne plus toujours savoir qui est qui et où cela se passe. On peut alors aussi s’intéresser à la mise en scène, aux décors, aux cadres, aux couleurs dominées par les sombres du gris au noir en passant par le bleuté, le blanc de la lumière rappellant que l’on peut avec elle sculpter l’espace. Cela permet aussi d’apprécier le travail des acteurs dans une construction dramatique qui fait place évidente à la violence, aux surprises, aux retournements de comportements, aux plaisirs parfois partagés de la chair, à un temps qui semble dilaté, avec cette présence si forte des femmes dans un univers de parfois grandes «brutes» masculines. Il n’est donc pas même grave de s’y perdre puisque cela accentue le plaisir d’admirer la mise en scène qui se montre digne d’une écriture romanesque que l’on ose penser être d’intense richesse.
L’heure de diffusion
Les qualités d’une série sont une chose. Une autre est de s’intéresser au succès. L’heure de diffusion importe peu si l’on retient la part de marché en pourcent. Par contre, une estimation sur le nombre de personnes est plus intéressante. Il semble bien que, pour la RTS, vingt-cinq mille spectateurs en moyenne pour «The Knick» soit considéré comme bonne audience. La quatrième saison de «Games of Throne», qui vient de se terminer, aurait réuni en moyenne cinquante mille personnes. Les retrouvera-t-on pour la version originale? On ne devrait pas se poser une telle question: une chaîne généraliste de service public doit savoir prendre des risques, ici celui de la version originale, sans annoncer qu’elle poursuivra l’expérience seulement si «le public est au rendez-vous».
D’ailleurs, présenter une série de haut de gamme au succès mondial aux alentours de 22h30, c’est d’emblée renoncer au grand nombre, dans une partie de soirée où le nombre de spectateurs est en baisse rapide. Pour cent spectateurs qui regardent la TV entre 22 et 23 heures, il n’en reste plus que la moitié environ entre 23 et 24 et moins d’un quart entre minuit et une heure. Après? N’en parlons plus: que valent les estimations quand les nombres sont très petits? L’audace, ce serait parfois de placer en milieu de premier rideau des séries récurrentes de haut de gamme comme «Games of thrones» ou «Broadchurch» plutôt que d’en rester aux unitaires lassants à force de répétition genre «Candice Renoir», «NCIS», «Esprits criminels », «Les experts». Un épisode par semaine vaudrait mieux que les trios genre «Broadchurch» qui se terminait, ces dernières semaines, après une heure du matin! Ceci est une autre question sur laquelle nous reviendrons.
Le « Temps » de la polémique
8 avril 2015 : Claude Torracinta et Guillaume Chenevière
Quatrième épisode de la nouvelle série que l’on pourrait intituler : « Attaques contre la télévision suisse de service public » qui ne prend certes pas les proportions de celles qui viennent d’accabler « TV5 monde », probablement improvisé celui-ci, intitulé « Vouloir démanteler la SSR, c’est se tromper de cible ». Il est signé par Claude Torracinta et Guillaume Chenevière qui sortent heureusement d’une réserve pratiquée par tous les anciens dirigeants à l’égard de la radio/télévision de leurs successeurs.
Il s’agit pour eux de revenir sur l’intervention de Pietro Supino, directeur de Tamédia, qui veut priver la SSR de ses recettes publicitaires (31 mars- voir plus bas) et sur celle de Pascal Decaillet qui veut, lui, transformer cette SSR en un simple diffuseur d’émissions émanant de sociétés privées ( 1 avril – voir plus bas), tout en rappelant d’autres attaques, telle celle de l’USAM passant par un référendum contre la généralisation de la redevance qui demanderait à une minorité de grandes entreprises suisses de prélever quelques francs de plus sur leur chiffre d’affaires et certaines critiques plus anciennes d' »Avenir suisse ». L’intervention de MM.Torracinta et Chenevière complète celle de Gilles Marchand (2 avril, voir plus bas). ( fyly – 10.04.15 – 17h00)

Boardchurch (saison 2 – Photo France 2) – Autre nouveau personnage, Maître Sharon Bishof (Marienne Jean-Baptiste) Il s’agit de respecter le double jeu entre texte et illustrations à partir d’une série qui continue de s’inscrire dans le haut de gamme
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Il serait possible d’aborder ce sujet placé sous le signe de la polémique par une intervention dans des domaines secondaires, «râler» une fois de plus contre les pugilats qui sont pain béni pour «Infrarouge» ou regretter le sort fait par les responsables des programmes de la RTS aux séries haut de gamme en les repoussant à des heures tardives, les condamnant ainsi à de piètres audiences. Je ne savais pas comment illustrer ce texte: il faut profiter de l’occasion pour saluer quelques belles propositions et exprimer un regret.

Station Horizon : ambiance tournage. Reste le 7ème et dernier épisode d’une série « produite » par la RTS, pas « achetée », qui tient parfaitement la route, avec sa juste programmation pour une série récurrente, les numéros un par un! (samedi 11 avril à 20h10)
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«Le Temps» vient de publier une minisérie de trois textes consacrés au même sujet, la SSR-SRG en cette période où débats parlementaires et votations vont mettre en cause «notre» télévision, la redevance et «Billag».
Elle comprend trois épisodes, avec des textes qui ensemble comptent bien vingt-cinq mille signes, ce qui demande une bonne demi-heure de lecture attentive. On ne peut donc retenir que certains aspects de ces polémiques.
Il y a quelques mois encore, les deux grands éditeurs de suisse alémanique se partageaient la majorité du capital du journal «Le Temps». Aujourd’hui, Tamédia a cédé sa part à Ringier qui possède désormais le 92,5 % des actions.Mais ce ne sera pas au point de priver le premier du droit à un texte rédactionnel paru hors du courrier des lecteurs du second.

Mozart (Tom Hulce) et Salieri (F.Murrey Abraham) dans « Amadeus » de Milos Forman( photo Arte). La plus séduisante des propositions au soir de Pâques ; plaisir confirmé par une biographie, « Mozart superstar », qui permet de mieux sentir encore l’originalité de la fiction inventive, tout de même assez plausible pour permettre d’insérer plusieurs images de la fiction dans le document.
31 mars : Pietro Supino, Tamédia
Pietro Supino, éditeur et président du conseil d’administration de Tamédia, vice-président de l’association Schweizer Média affirme que «des shows insipides ou des séries achetées ne justifient pas le qualificatif de service public». Il n’y aurait donc à la SSR-SRG que des shows «insipides». Et toute série «achetée» serait sans le moindre intérêt? Voilà qui ne tient guère compte de la qualité dans le domaine du divertissement et fait volontairement table rase de toute valeur culturelle des séries haut de gamme. Les contenus dignes du service public pourraient ainsi être exclusivement financés par la redevance: inutile que la SSR-SRG prélève sur le marché publicitaire suisse entre 300 et 400 millions chaque année! Et qu’en serait-il du sponsoring ou de la promotion de produits? Priver la SSR-SRG de toute recette publicitaire profiterait-il aux journaux de nos grands éditeurs?
Ces quinze dernières années, les recettes publicitaires de le SSR-SRG se situent entre 300 et 400 millions par an, avec une vague hausse irrégulière. Celles des chaînes privées est en hausse régulière, mais lente. Les fenêtres publicitaires ouvertes de l’étranger sur la Suisse passent de 100 millions en 1999 à 200 en 2010, pour faire en 2011 un bond vers 260. TF1 et M6 y sont pour quelque chose. Et ces recettes ne partent pas entièrement à l’étranger. La moitié reste en Suisse et se partage entre Goldbach Média et Ringier, l’éditeur du «Temps» qui donne si gentiment la parole au patron de «Tamédia» !
Le chiffre d’affaires de la SSR-SRG s’élève, en 2013, 1,6 milliard environ; Tamedia tourne aux alentours de 1,05 milliard; comme Ringier! Le géant accueilli chez son voisin se sent prêt à alléger le plus grand! Bien entendu, les considérations de Pietro Supino sont fondées uniquement sur des exigences de haute valeur intellectuelle et de rigueur informative attendues de la SSR-SRG!

Boardchurch (SAISON 2-photo France 2):Olivia Colman (Ellie Miller) et David Tennant (Alec Hardy), les personnages principaux. A voir trois épisodes par trois épisodes tant sur FRANCE 2 (lundis) et que RTS1(vendredis) une programmation absurde, contre l’esprit même de la série récurrente !
1 avril : Pascal Decaillet
«SSR-éditeurs, une guerre qui n’est pas la nôtre» , tel est le titre d’un texte de Pascal Decaillet, entrepreneur audiovisuel, qui fournit passablement de matière à «Léman Bleu», la chaîne locale genevoise. Hésiode y remplace Hans Christian Anderson. Et Decaillet de dire pis que pendre de la SSR (ou de la RTS, on ne sait pas très bien). Il propose d’aller jusqu’à renoncer à la redevance ou mieux, de la consacrer non plus aux chaînes de la SSR-SRG de service public et généraliste, mais seulement à des émissions produites par des sociétés privées. Il ne resterait donc qu’à la SSR-SRG que le rôle de diffuseur.
Profité il y a quelques jours de passer un bon bout de soirée à pitonner d’une chaîne romande régionale à l’autre. Pas très «sexy»! Intéressant, amusant, pas de quoi rêver! Suis tombé sur une émission sportive où trois experts analysent la saison de la plupart des joueurs de Servette hockey-club: un peu longuet, même pour un genevois! Suivi aussi un débat où cinq invités répondent aux assez bonnes questions de… Pascal Decaillet, débat filmé de telle sorte que se dégage l’impression d’assister à des duplex s’il n’y avait de temps en temps un plan d’ensemble. Vu aussi un film comique lourdingue et américain!
Nous voici donc, en deux jours, avec une SSR-SRG (donc une RTS) singulièrement allégée: plus de publicité, plus de production propre. Seulement des diffuseurs de produits terminés (y compris des dvd de séries achetées, à cent francs la minute!).
Il faut tout de même signaler, en ne tenant compte que de la RTS , laquelle mérite toute notre attention même parfois peu bienveillante, que l’externalisation n’est tout de même pas une utopie. La RTS collabore avec d’assez nombreuses sociétés privées installées en Romandie, naturellement plus souvent à Genève qu’ailleurs. Decaillet enfonce une porte déjà entr’ouverte!

Boardchurch (saison 2 – Photo France 2) : Me Jocelyn Knight (rien moins que Charlotte Rampling), un nouveau personnage « fort », à voir sur France 2 entre 20h35 et 23h15, lundis) ou sur RTS1 (entre 22h55 et une heure trente du matin). Pour être le première, la RTS passe le plat quand tout le monde ou presque profite d’un sommeil réparateur. Une aberration qui mérite mieux qu’une légende dans un texte placé sous le signe de la polémique.
2 avril : Gilles Marchand
Le directeur de la RTS en profite pour rappeler les grands équilibres du système suisse: 75 % de recettes viennent de la redevance et 25% de la pub, du sponsoring et autres. La répartition nationale permet d’assurer l’égalité dans la qualité des programmes. La Suisse romande, 24% de la population, reçoit le 32% de revenus, système qui profite tout naturellement plus encore à la Suisse italienne sans léser la Suisse alémanique qui dispose de 45 % des revenus SSR. Des enjeux importants sont liés à la bataille qui se déroule autour du numérique, mais pas seulement sur un téléviseur dans un salon. De plus, les entreprises suisses de la SSR-SRG sont soumises à une forte concurrence de leurs voisins proches, d’Italie, d’Autriche et surtout d’Allemagne, de France. «Faut-il pour autant considérer que l’avenir des journaux ou des acteurs privés ne passe que par l’affaiblissement du secteur public?: bonne question posée par le directeur de la RTS! Pour tout défenseur du service public, y compris pour ceux de très longue date, la réponse est claire. Un secteur public fort reste indispensable, sur les canaux traditionnels qui sont encore tout de même plus fréquentés que les nouveaux.
Au début de son texte, Gilles Marchand donne une information intéressante: en 2014, le bénéfice avant impôt et amortissement du groupe de presse «Tamédia» s’élève à 20,7 %, avec une marge encore plus spectaculaire sur les plateformes numériques. Il n’y a pas d’information sur la situation de «Ringier».
La publicité commerciale n’est pas admise sur les sites internet de la SSR-SRG, pourtant de plus en plus consultés. Les éditeurs ont su jusqu’ici s’assurer d’une bonne protection. Serions-nous dans une constellation où éditeurs et entrepreneurs audiovisuels veulent pour eux le fameux beurre et l’argent du beurre. La relance des polémiques alors que s’approchent des discussions parlementaires et des votes populaires n’est certainement pas due un hasard……
« Station Horizon » : un « bon » audimate ?
Fin du 3ème épisode: que s’est-il passé dans les derniers instants de la course? Fin du quatrième: qui donne son rein? On joue bien sur le suspens pour assurer la fidélité d’une sage diffusion dans l’esprit de la série, un épisode par semaine! Les personnages continuent d’être « enrichis » par les événements qui restent nombreux et inattendus. On en sait un peu plus du passé de Joris, mais de loin pas tout. Les promesses du début sont mieux que bien tenues. Et la qualité trouve confirmation dans la « quantité », celle donnée par le sondage permanent.
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Télé Top Matin du 8 au 14 mars annonce que 183 mille romands «se la sont joué Far west en Valais». Information reçue à ma demande du service de presse de la RTS: 200 mille personnes. Bon début ! Mais 17 mille d’une mystérieuse différence entre les deux sources!
Il faut aussi savoir qu’un téléspectateur qui n’aurait regardé que la moitié de l’émission est compté comme un demi! Donc l’unité «spectateur» est une notion abstraite qui a du reste un sens. Comment se comporte le public pendant une diffusion, est-il plus nombreux au début, d’autres s’y ajoutent-ils en cours de route? Il ne faut pas être trop curieux: la RTS ne communique pas «les courbes d’audience des émissions»!
Va pour 200 mille qui a donc un sens. Est-ce un «bon» résultat ?
Premier critère, mais interne: la cible fixée par la direction de programmes est-elle atteinte? Encore faudrait-il la connaître!
Alors, trouvons d’autres informations.
Dans «Télé Top Matin», dans l’édition du 21 février, 103 mille pour les «Coups de cœur d’Alain Morisod» de la semaine précédente, dans celle du 14 février, 105 mille pour «Section de recherches». 183 mille pour «Station Horizon», c’est nettement mieux.
Autre critère : le premier épisode de la série RTS précédente, en août 2014, «A livre ouvert», avait retenu l’attention de 142 mille spectateurs. Qu’on les compare à 183 ou à 200, c’est nettement mieux pour «Station Horizon».
Autre piste, la part de marché en pourcent. Résultat pour le premier épisode: 33,9 % qui signifie que sur 1000 spectateurs qui sont devant leur écran le même soir au même moment, 339 regardaient la série. Pour le premier épisode d’«A lire ouvert», on en était à 299.
En 2014, la part de marché annuelle pour RTS 1 était de 26,7 %. Le 33.9 pourcent obtenu le 28 février 2015 est supérieur à la moyenne annuelle de RTS 1 pour toute l’année 2014. Comme il n’y a pas de raison que la moyenne annuelle de 2015 passe brusquement à 35 %, le résultat de «Station Horizon» est bon.
Certes, il faudrait pouvoir faire des comparaisons relatives au seul samedi soir. Je ne sais pas si le service de presse répond à cette question.
Certes, il faudrait connaître la manière dont le public suit le petit écran heure par heure, en moyenne annuelle, ou quotidienne, autrement dit du lundi au dimanche. Passons. Pas facile de comprendre ce qu’est un «bon» audimate.
Les informations relatives au deuxième épisode vont dans la même sens: 159 mille pour une part de marché de 27,7 %. A comparer avec «A livre ouvert», 2ème épisode: 82 mille pour une part de marché de 20.7 %.
Tous les signes relevés vont dans le même sens. «Station Horizon» semble bien faire un « bon » audimate , même s’il manque une définition de la notion même. Y aura-t-il une deuxième saison?
Du « vert » au « rouge » en passant par l' »orange »
Au carrefour, le feu rouge impose l’arrêt, le vert donne le passage et l’orange annonce l’arrivée du rouge. Pour l’automobiliste, la situation est claire – encore que l’orange puisse poser problème! La transposition dans d’autres domaines est possible: du vert pour la satisfaction, du rouge pour le refus; et de l’orange pour les nuances. Exemples:
« Vert » pour « Travelling »
«Travelling» est donc un remarquable « ménage-à-trois » dans le domaine culturel, celui de la cinéphilie, qui peut compter comme simple divertissement pour une partie du public. Le dimanche, un même film est largement commenté à la radio (dans l’émission «Travelling» à 10h, La 1ère). présenté en salle (Capitole à Lausanne à 15h avec reprise le samedi soit à 21h) et sur le petit écran (RTS2, vers 22h). La cinémathèque en assure la promotion par ses canaux culturels habituels! Le site consacré par la RTS à «Travelling» apporte de précieuses informations. Sur le petit écran, après une page de pub, le film tombe du ciel pourtant précédé d’un élégant logo. Ainsi jaillit (22.02.15) en noir-blanc de format presque carré, parlé suédois et sous-titré, «Le septième sceau» d’Ingmar Bergman. De quoi faire fuir le téléspectateur qui « traîne » alors sur RTS2!

Jeanne Moreau ( et Marcello Mastroianni) dans « La notte » ( 1961) de Michelangelo Antonioni / 12 avril 2015
L’ensemble aurait d’emblée mérité un vif feu vert pour le ménage à trois et la programmation dans l’esprit d’un ciné-club abordant l’histoire du cinéma, sonore pour le moment.
Dans une chaîne généraliste de service public, il doit y avoir aussi place pour la culture sous toutes ses formes, même si la préoccupation du divertissement (le sport par exemple) est largement et prioritairement prise en compte. Un programme culturel n’attire par forcément le grand public. Il peut toutefois être valorisé en prenant la peine d’informer le téléspectateur de ce qui va suivre, avant l’envahissante pub. Mais cette remarque ne vaut pas seulement pour «Travelling».

Les visiteurs du soir ( 1942) de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert, avec Arletty /19 avril 2015
Bonne nouvelle, présentation prochainement il y aura :
L’idée ne nous avait pas totalement échappé!
Ce sera chose faite dès la rentrée pascale, mais comme cela demande un peu de formation et de préparation, nous avons décidé de mettre Travelling à l’antenne dès la rentrée de janvier sans présentations pour ne pas attendre avril.
Avec mes meilleurs messages
Gilles Pache Directeur des Programmes
Avec cette information d’esprit culturel, la RTS s’inscrit dans la ligne d’ARTE ou de France 5 plus que celle de TF1 ou M6. Tant mieux!
“Rouge” pour “Le 19:30”
Samedi 14.02.15, “Fête du cinema suisse” à Genève, y compris avec présence du conseiller fédéral Alain Berset qui répond fort bien à la “lettre” envoyée par Jean-Luc Godard pour remplacer son absence physique: quatre minutes de Godard pur et dur, qui sonnent délicieusement dans le conformisme “sous-césars” et plus encore “sous-oscars” d’une cérémonie d’esprit SSR-SRG.
Bonne promotion faite par la RTS elle-même qui énumère ses co-productions “nominées” pour les quartz; elles sont nombreuses. Tout naturellement, “ Le 19:30” s’y attache en fin d’émission, avec un sujet de trois minutes au environ.

Toshi Toda et Isabelle Caillat ( meilleure interprétation féminine, quartz du cinéma suisse 2011) dans « All that remains » (2010) de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli,
Pierre-Adrian Irlé, entrepreneur audiovisuel et co-auteur, co-réalisateur et co-producteur de « Station horizon” rend hommage en passant à l’acteur Baptiste Gilliéron: sur l’image s’inscrit le nom de “Valentin Rotelli”.
Sous sa puissante barbe noire plus belle encore que celle de Bernard Yerlès, Romain Graf, entrepreneur audiovisuel et co-auteur, co-réalisateur et co-producteur de “Station horizon” répond à une question: sur l’image s’inscrit le nom de “Pierre-Adrian Irlé”.

Olga Rogosin et Travis Shakespeare dans « All that remains » de Valentin Rotelli et Pierre-Adrian Irlé, qui existe en bonne partie grâce à sa co-production avec la RTS
Passe une image de la piquante web-série, “Breaks-Up”, produite par Jump Cut Sarl: elle est attribuée à Pierre-Adrian Irlé, ce qui est juste, et Valentin Rotelli, ce qui est faux.
Voilà qui prouve, au “19:30”, une excellente connaissance de l’audiovisuel, fait par des trentenaires, qui se concocte à Genève!!
Ces informations reposent tout de même sur un ilôt de plausibilité: Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli sont co-auteurs de trois films, “961”, “Big sur” et “All that remains” qui ont contribué à leur formation sur le tas. Valentin Rotelli est associé à “Station horizon” comme monteur.
Quand on se plante dans la presse écrite, en général suit un erratum parfois assaisonné d’ un “comme tout le monde l’a remarqué….”! Comment fait-on quand on donne des informations fausses à des centaines de milliers de téléspectateurs? Je n’en sais fichtre rien.
“Orange” pour “26 minutes”
Vincent et Vincent, en radio, durant cent vingt secondes, enfin, à peu près, c’était joyeusement drôle et efficace. Avec trois clous et mille francs, enfin à peu près, ils se sont bricolés un petit studio et ont filmé leurs élucubrations transmises sur internet. C’était joyeusement efficace et drôle. Ils ont tourné en Suisse romande: le spectacle a été enregistré par la RTS. Ce fut, semble-t-il, un excellent reflet du mérité succès public.
Et la RTS eut l’assurément intéressante idée de prolonger ce succès sous forme d’une émission non plus de “Cent vingt secondes”, mais de “26 minutes”. Dans certains sketchs, il reste un peu de la saveur du bricolage de la radio filmée! Mais bon nombre de plans d’extérieurs font remplissage: où est l’intérêt d’une image prise d’hélicoptère? Duja? On aime ou on aime pas; passons! L’invité du jour ne sait pas s’il doit “vendre” sa marchandise ou entrer dans le jeu du duo. La version télévisée semble plutôt retenir l’impertinence spontanée du duo.

Vincent Veilllon lors du tournage de la maquette de « 26 minutes » à Lausanne en novembre dernier.Dans l’ombre guette le public ( Photo RTS/Jay Louvion))
Oui, mais ! Il y a la présence du public qui “participe” comme dans le “Club” du “mondial”. Ce public hurle sa joie, applaudit sur ordre et rit parfois bien timidement de certains gags. Pour les dizaines de milliers de téléspectateurs, ce public n’est pas un “plus”. L’est-il au moins pour les dizaines d “invités”? Peut-on vraiment parler de « participation »?
Station Horizon : avant l’épisode « 3 »
Revu, les samedis 28 février et 7 mars 2015, les prometteurs épisodes 1 et 2, dans d’excellentes conditions, autrement dit devant un téléviseur, en spectateur «lambda» ( quoique à l’horizontale), sans prendre de notes, sans arrêter la projection, ni revenir en arrière, simplement dans la continuité de ce pourquoi est faite toute fiction, se laisser aller au rythme du récit, ici durant une cinquantaine de minutes.
Confirmation : c’est vraiment bien: bien écrit, bien dialogué, bien filmé, en général bien joué par de bons acteurs, bien monté, bien fignolé autour d’excellentes images, avec une bonne musique, des sons agréables.
Auteurs et commanditaires ont tout lieu d’être satisfaits. La part de marché du premier épisode est mieux qu’acceptable, plus élevée qu’espéré, à trente-cinq pourcent. En principe, le premier épisode fait un score plus élevé que les suivants. Il sera donc intéressant de savoir comment se comporte l’audimate durant toute la série.
Juste en passant, une information: le plus récent des «Coups de cœur d’Alain Morisod» aurait retenu l’attention de cent mille romands un précédent samedi soir peu après vingt heures alors que le score du premier épisode de «Station horizon» tournerait autour des cent quatre-vingt mille.
Une certaine audace n’a pas fait fuir le grand public du premier rideau du samedi soir. Les actions se succèdent rapidement sans laisser aucune place à quelque temps d’arrêt qui imposerait au téléspectateur de s’interroger sur des comportements ambigus ou subtils de certains personnages. Occuper la case d’une chaîne de service public généraliste à l’heure de grande écoute du samedi soir impose une certaine prudence: l’action sans mort violente mais sans temps mort fait le compte avec un nombre de personnages intéressants dans des situations variées.

Jean-Marc Morel (Père Maurice, en activité, parfois aussi radiophonique, assez inattendu personnage « secondaire »
A propos des acteurs
Les personnages principaux ou même secondaires qui ne sont pas réduits à une silhouette sont presque une vingtaine. Dans la distribution, on trouve un comédien d’origine albanaise vivant en Italie (Klaudio Hila – Elvis), une italienne (Lavinia Longhi – Cheyenne), des belges ayant parfois fait belle carrière en France ( Alexandra Vandernoot- Nicole Héritier/ Bernard Yrlès – Joris Fragnière), une majorité de suisses, romands, parfois partiels émigrés, certains ayant aussi travaillé hors de nos frontières. Voici un bon ensemble de bons acteurs.
Un grain de sable pourtant, avec Anna Piéri, qui joue le rôle de Suzy Fragnière, «mère de famille pimpante et bipolaire»; c’est ainsi qu’elle est présentée dans le dossier de presse. La crise qu’elle doit interpréter dans le deuxième épisode est assurément exagérée, frétillante plus que frémissante, avec une diction si pointue qu’on en a presque envie de baisser le son. On peut voir actuellement dans «Homeland» un personnage bipolaire, Carrie, avec Claire Danes qui porte cette maladie en finesse, avec nuances sans en masquer la violence qui s’installe sans brusquerie.
Chaque jour, pendant le tournage d’une série, il faut réaliser cinq/six minutes de rushes utilisables dans la version finale. C’est beaucoup plus que pour un film normalement financé, où la norme tourne autour de deux minutes utiles. Qui est en cause dans ce cas: l’actrice trop rageuse, le metteur en scène qui n’a pas eu assez de temps pour refaire une prise?
Deux fois Bernard Yerlés
Le samedi 7 mars 2015, vers 21h00, fin de l’épisode 2 de «Station horizon». Le même soir, dès 20h50, sur France 3, un téléfilm, «Meurtres à l’île d’Yeu». J’ai donc glissé, grâce à une proche plus attentive que moi, de RTS 1 sur France 3, pour y retrouver avec sa barbe Bernard Yerlès, l’ancien détenu devenu capitaine de police menant une enquête criminelle.
Il est beaucoup plus intéressant, pour un acteur, d’interpréter un personnage qui reste à découvrir (pourquoi Joris était-il en prison?), qui ne se comporte pas tout d’une pièce (dans la relation amour/haine avec son frère), qui continue de surprendre par ses comportements, plutôt que dans le rôle d’un capitaine de police qui conduit une enquête criminelle tout en se sentant attiré par une navigatrice. Il «séduit» évidemment beaucoup mieux dans le rôle d’un personnage complexe que dans celui d’un enquêteur.
Certes, intervient alors un problème de préférences personnelles. J’aime mieux une série faite sur un amoncellement d’actions successives sans meurtre qu’une enquête de plus sur un crime plus ou moins sordide. J’aime mieux voir évoluer des personnages qui surprennent que d’en suivre d’autres dont la personnalité est noyée dans un côté «polar» qui ne varie guère durant tout le récit!
Episode 3 : Double jeu
“Station horizon” est fort bien mise en valeur par la RTS et aussi son service de presse, avec une triple présence à l’antenne
Samedi 14 mars 2015, sur RTS 1, à 20h10, pour grand public
Dimanche 15 mars, sur RTS2, à 01:40, pour noctambules
Lundi 16 mars, sur RTS 2, à 11:25, pour la ménagère de moins de cinquante ans préparant son repas ou pour pensionnaire d’EMS
Les épisodes restent ensuite encore accessibles sur le site
Voici comment le service de presse de la RTS résume le troisième épisode
Déstabilisé par le départ de Suzy, Charly commet des excès en tous genres. Joris, débordé, doit désormais s’occuper d’Axelle, de la station et préparer la course, lui qui développe une relation amoureuse avec Cheyenne, une danseuse qui lui fait tourner la tête. A la veille des hostilités, la relation entre les deux frères est plus tendue que jamais.
Jessy, une jeune fille en quête d’indépendance, est de plus en plus présente à la station. Eprise d’Elvis, elle le tire d’affaire en se mariant avec lui. Le matin de la course, alors que Charly est absent, Elvis prend les commandes de la voiture de Jessy et affronte Bernard et son bolide. Sur la ligne de départ, le regard que se lancent les deux hommes trahit des sentiments partagés. Sur la route des falaises, tout ne se passe pas comme prévu.
La poursuite en voiture, spécialité du cinéma de divertissement, on l’attend; au contour, bien sûr!
« Travelling » : un ménage à trois
A la fin de ce texte qui se termine par une suggestion , on trouve une remarque sur « 50 nuances de Grey » ( PSI) et on assiste à une tentative de sabordage dans le programme de RTS1 du mercredi 25 février 2015 (PSII)
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Il y a assez longtemps, la TSR refusait de parler du programme de la «Une» ou de la «Deux» pour proclamer l’existence d’un «même programme sur deux chaînes». Depuis quelques années, les hautes sphères de la SSR-SRG ont fait la découverte du rôle unificateur du sport qui réunit les Suisses des quatre régions linguistiques et des trois chaînes régionales devant le même programme, à pleurer en même temps et en direct quand un témoin échappe d’une main après un mètre de course sur quatre fois cent! Aujourd’hui, RTS2, la deuxième chaîne consacre une part non-négligeable aux sports, jusqu’à leur donner priorité aux heures de grande écoute télévisée, entre 19, 20 et 23h. RTS2 est devenue partiellement chaîne « sportive ».
Depuis une dizaine d’années, en Suisse romande, la radio et la télévision sont plus proches, et pas seulement par la structure de direction. Les collaborations, ni évidentes ni faciles, sont parfois heureuses. Ainsi l’excellent «120 secondes» radiophonique est-il devenu un «26 minutes» télévisé, avec un bonheur assez moyen. Il vaut la peine de s’arrêter sur une expérience récente, un ménage cinématographique à trois, entrainé par le « travelling » radiophonique.
La cinémathèque
Sous la direction de Frédéric Maire, depuis octobre 2009, la Cinémathèque suisse a renoué avec le grand public à Lausanne, en particulier pour les programmes proposés dans la salle «géante» du Capitole. Elle propose un intéressant programme avec des films de qualité souvent populaires, le dimanche à 15h, comme «Le septième sceau» (1956) d’Ingmar Bergman (22 février 2015), «Un homme, une femme» (1966) de Claude Lelouch, (1 mars), «Casino Royale» (1967), de Val Est, Ken Hughes et John Huston (8 mars). Le titre de cette offre ? « Travelling : de la 1ère à la cinémathèque en passant par RTS Deux » !
La « 1ère » et son « Travelling »
«Travelling», le dimanche entre 10h et 11h, permet à Catherine Fattebert d’apporter différents éléments qui éclairent le film présenté quelques heures plus tard par la cinémathèque. On y propose un résumé du récit, son examen sous divers angles, on y évoque la carrière de son auteur, des témoignages de celui-ci ou de certains de ses collaborateurs. On plonge ainsi dans les archives de la radio. Sont aussi proposés quelques extraits de la bande sonore, alors que le dialogue domine. On y ouvre même des parenthèses éloignées du film, genre information routière! «Travelling» est construit en chapitres qui sont indépendants les uns et les autres, avec d’utiles et courtes répétitions.
Il est intéressant d’entendre la voix d’un acteur, surtout si c’est la sienne qui est conservée au mixage. La comparaison entre une version originale et une version doublée pourrait être intéressante. Mais un dialogue en suédois, langue assez rarement parlée sous nos latitudes, finit par dégager un sentiment de longueur, même il s’agit d’un film comme «Le septième sceau». Il pourrait alors être intéressant de compléter une éventuelle traduction avec des informations sur l’image associée aux mots et aux sons.
Il est possible d’écouter et de ré-couter une émission de radio tout en se livrant à une autre occupation. Difficile de rester concentré pendant une heure sur un son seul. La télévision est tout de même plus exigeante puisqu’elle attire aussi le regard.
«Travelling» sur RTS 2
Et durant le même dimanche, c’est la télévision qui prend le relais de la radio et de la cinémathèque. Le film est proposé par RTS2,aux environs de 22h, horaire agréable qui a le mérite de n’être pas trop tardif. Mais il faut aussi que les droits pour la télévision soient disponibles et qu’ils entrent dans un budget de diffusion. On aura pas pu voir ou revoir «Les hommes du président» de Alan J.Pakula (8 février) et «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola (15 février), films produits par de grandes compagnies américaines, probablement pas particulièrement sensibles à l’aspect culturel d’une diffusion sur une «petite» chaîne de télévision.
«Silence-radio» sur la télé !
Epatant ménage à trois, sincèrement. La cinémathèque inscrit ce film dans la vaste offre faite désormais dont profite surtout le public de Lausanne. Sur internet, le site de «Travelling», bien construit, offre bon nombre d’informations. Le public en salle se compte au mieux par centaines, les auditeurs probablement par milliers. Celui du petit écran, même sur RTS 2, touche quelques petites dizaines de milliers de téléspectateurs.
La cinémathèque informe bien son public par ses canaux habituels, la radio s’appuie sur internet. Mais lancer sur le petit écran et ses dérivés, le 22 février 2015, «Le septième sceau», un film en noir-blanc, format presque carré, en version originale, avec sous-titres français par forcément faciles à lire, sans le moindre avertissement, c’est courir le risque de faire fuir un téléspectateur non-prévenu. Les cinéphiles purs et durs ne forment pas une confrérie très intéressante pour la télévision qui veut d’adresser le plus souvent possible au «grand» public. On pourrait au moins, dans une case comme celle dévolue à «travelling» sur TSR2 prendre la peine durant quelques dizaines de seconde d’avertir le public sur ce qui va se passer. Pour cela, il faudrait déroger au principe, la radio parle, la télévision montre.
Quand il s’agit d’une compétition sportive, on l’annonce à l’avance, on en parle avant et pendant qu’elle se déroule, on y revient parfois longuement après avec force reprises. En football, un goal marqué pendant la première mi-temps sera ainsi revu au moins deux fois le même soir !
L’original et précieux ménage à trois sous la houlette de «Travelling» serait plus harmonieux encore si la télévision acceptait de comprendre qu’un brin d’explication avant certaines émissions pourrait être utile pour remplir un peu mieux la «niche» réservée à une minorité. La cinémathèque dispose de collaborateurs qui connaissent bien le cinéma. Ils sauraient même traduire leur amour du 7ème art en quelques dizaines de secondes à l’aide d’une téléphone portable… Encore faudrait-il le leur proposer….
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PS I, qui n’a rien à voir
A propos des « 50 nuances de Grey »
Nous avons fait part de notre étonnement devant les quelques dizaines de secondes consacrées à «50 nuances de Grey», avant la sortie générale du film le mercredi 11 février 2015. C’est tout de même «bizarre» de consacrer du temps à un film alors que personne n’a vu.
Depuis lors, une seule nuance: un profond ennui. Ne mérite cinématographiquement pas le moindre attention. Une seule raison de s’y intéresser: pourquoi, dans les salles, cette majorité de femmes, de presque tous âges en dessous du troisième? En France, plus de quatre cents mille spectateurs chacun des quatre premiers jours. Mais une chute de près de soixante pourcent entre la première et la deuxième semaine. Comme si les lectrices déçues jouaient du bouche à oreille, sans composante sadique ni machiste!
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PS II, qui n’a rien à voir non plus :
Mercredi 25.02.15, 20h10: sabordage?
On le sait depuis fort longtemps: la force principale de la RTS réside dans son programme de 18h45 à 21h, presque uniquement composé d’émissions fabriquées par ses soins. Toute exception est une sorte de trahison de ce qui fait l’originalité de la programmation de «notre» télévision.
Mercredi 25 février 2015, à 20h10, une fiction américaine, «Le mytho» (2010, 110 minutes), d’un certain Dennis Dugan. Vu quelques minutes d’un film mal doublé, probablement insignifiant, qui ne remplace en aucune manière un des bons magazines du mercredi de la RTS. Mais je venais de découvrir dans une salle, ébloui, le lyrique, poétique, surréaliste, affolant «Birdman» d’Alesandro Inarritu, avec ses quatre glorieux «Césars» décernés par six mille professionnels américains qui ont osé couronner un produit qui n’entre pas dans la ligne courante d’Hollywood, le film d’un véritable auteur. La RTS commencerait-elle de se saborder? S’il faut être le seul à protester, alors je le suis !!!
« Station Horizon »: prometteur!
Au vu des deux premiers parmi les sept épisodes de 48 minutes chacun, pas de doute, c’est prometteur. Tout produit audiovisuel peut entrer dans l’une des trois catégories suivantes: l’insignifiant où les défauts dominent, l’intéressant où qualités et défauts s’équilibrent et le bon avec ses qualités dominantes. A l’intérieur de chaque catégorie, le bas, le moyen et le haut. Ce qui fait neuf degrés différents pour exprimer une appréciation globale, qui n’est pas uniquement personnelle. Mais il ne suffit pas alors de cent soixante signes pour fonder une analyse.

Une moto, une station-service, un mât et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin – RTS)
Juste à titre d’exemples: «Timbuktu» de Sissako, qui vient de rafler sept césars et «Américan Sniper» de Clint Eastwood se situent en milieu de haut de gamme. Par contre, «Cinquante nuances de gris» est à placer dans la bas de gamme, certes en haut pour ses qualités techniques. Ce qui ne suffit pourtant pas pour comprendre cet étonnant succès auprès du public féminin!
Dans ma hiérarchie établie pour les récentes séries de la RTS, «Station horizon» est aussi intéressant que «Dix», que j’hésite à mettre entre le haut du milieu de gamme et le bas du haut. Traduit en note sur 9, ce sera entre 6 et 7 à un demi-point près! «Crom» comme «L’heure du secret» (première saison) siègent en haut du milieu. Au début de «A livre ouvert», j’espérais ce haut de milieu, mais l’inspiration s’est vite dissipée pour frôler le bas de la gamme médiane.

Station horizon – Bernard Héritier, le fils ( Baptiste Gillièron – sa soeur s’appelle Lauriane!), personnage densément ambigu (photo Rebecca Bowring)
Les qualités
Deux fois l’an, au maximum, la RTS propose une série de fiction «maison». Il s’agit assurément d’un événement important. Entre l’idée initiale qui retint l’attention des responsables du programme et la décision de mettre la série en production, il se sera passé au moins deux ans. Et il aura fallu plusieurs mois avant de pouvoir tourner au cours de l’été dernier. Montage et finitions ont occupé des équipes bien plus légères que celles du tournage de septembre 2014 à janvier 2015. Une série de cette importance, pour une chaîne de télévision tout de même modeste, s’étend donc sur une période d’au moins trois ans. Normal, alors que l’investissement financier total se situe entre trois et quatre millions de francs, montant relativement modeste par rapport à des pays grands producteurs de séries de prestige, comme la Grande-Bretagne, la France ou le Danemark, assez loin derrière les Etats-Unis.
Roman Graf et Pierre-Adrian Irlé sont co-scénaristes, co-réalisateurs et co-producteurs de la série. «Station horizon» a donc deux auteurs associés à la série d’un bout de la chaîne à l’autre, ce qui est plutôt rare dans ce domaine. Ils font donc une apparition assez tonitruante sur ce marché de l’audiovisuel d’auteur où la série joue, depuis deux décennies environ, un rôle essentiel. La différence entre le cinéma et la télévision tend à s’effacer, chose qui n’est pas encore très largement admise ou comprise.
La diffusion, pour une fois normale – un épisode par semaine, le samedi en premier rideau – va donc durer sept semaines. On aura donc le temps de s’y intéresser sans trop s’occuper du résultat quantitatif, qui n’a que rarement un réel lien avec la qualitatif. Ce temps sera aussi mis à profit pour s’expliquer sur les qualités apparues dès les deux premiers épisodes.
Bonne structure de la construction d’ensemble, avec deux clans familiaux, les Fragnière et les Héritier, dans lesquels l’harmonie n’est certes pas parfaite, qui vont s’opposer avec vivacité lors du retour du fils plus ou moins prodigue, Joris Fragnière, qui sort de prison. Une dizaine de personnages importants sont entourés d’une vingtaine d’autres apparitions plus ou moins furtives. Rares sont ceux qui peuvent être caractérisés comme «tout-d’une-pièce»! Là réside un enjeu de taille: va-t-on s’intéresser, éventuellement s’attacher, à la majorité de ces personnages? Il faudra tout de même accepter quelques dialogues dont la verdeur pourrait bien être choquante pour des oreilles habituées aux dialogues lénifiants. Comme il faudra accepter qu’un homme puisse en embrasser un autre avec passion et que le curé du village soit assez peu conforme au rigorisme d’Ecône.
Le Valais…
Par la diversité de ses paysages, discrètement indispensables, le Valais est une mine d’or. La construction d’une autoroute, un des ressorts de la dramaturgie, y prend autant sinon plus de place quel la beauté des paysages alpestres. On reste souvent au fond de la vallée, en milieu rural – pas de ville à l’horizon! Ce qui va permettre d’imprimer au récit l’esprit du western par le comportement des personnages et leurs affrontements . Les scénaristes ont inventé un personnage qui s’intéresse aux chevaux, lesquels prennent moins de place que les motos et autres side-cars qui fascinent les amateurs d’espaces à parcourir. Les deux premiers épisodes mettent en place un défi motorisé à venir entre deux voitures qui devrait être fort différent des poursuites dans le centre d’une ville américaine.

Station Horizon – Joris et Charly Fragnière ( Bernard Yerlés et Gaspard Boesch ). Manque le « treize étoiles » sur le mât ( Photo Joy Louvin – rts)
Au passage, mais là aussi sans insistance, la Suisse est présente avec son système de surveillance après libération conditionnelle, la chasse à un travailleur clandestin menée par la police, les difficultés d’une radio locale à se faire entendre.
….et l’Amérique.
Qualité importante, pour qui souhaite qu’une série suisse romande ne ressemble pas trop aux autres séries, pas de ville importante, pas de mort violente, donc pas d’enquête avec fausses pistes pour découvrir un coupable.
On aura par la suite l’occasion de relever en quoi la série est aussi un hommage à un certaine Amérique, celle des espaces ruraux et montagneux, celle de personnages forts et contradictoires, celle d’une certaine sonorité qui passe aussi par la musique, qu’elle soit en situation dans le dancing local, issue d’un instrument «à- bouche» ou contribue à créer un climat.
«Station horizon» devrait confirmer le talent d’une équipe de trentenaires qui ont déjà quelques belles réussites à leur actif, (« Big sur », « All that remains », « Pixeliose » ) dans la cadre d’une jeune société qui va désormais compter dans la production cinématographique ambitieuse à partir de la Suisse romande.
De « Nuances » à « Virage nord » en passant par « Spartacus et Cassandra »
«Cinquante nuances de Grey»
Bel exemple récent, issu d’une chaîne généraliste de service public, d’une délicate forme d’hypocrisie: on y apprend qu’il faut tenir «motus et bouche cousue» à propos de «50 nuances de Grey» car «les studios x ont interdit toute critique» sur ce film jusqu’au matin du mercredi 11 février 2015.
On y parle d’un livre qui s’est vendu à des millions d’exemplaires, de sado-masochisme réservé jusqu’ici à une minorité qui s’intéressait à Bunuel ou Pasolini. Il n’y a que vingt minutes de sexe sur deux heures de film. On se propose déjà de porter à l’écran deux nouveaux épisodes. On voit quelques images de fiction, l’une au moins attribuée à un film de Barbet Schroeder, «La maîtresse», les autres sans indication de provenance – deux ou trois de «nuances»? Les invités qui s’expriment en marge du film ne disent rien de lui, respectueux d’une «interdiction» à laquelle il faut mettre des guillemets, puisqu’elle tient plutôt d’un embargo imposé! Par contre, le studio peut remercier la RTS pour ces cent cinquante secondes de promotion à l’heure la plus favorable. Il arrive que l’on signale en fin d’émission que celle-ci assurait la promotion de certains produits. Rien entendu de tel au soir du mardi 10 février 2015!
Spartacus et Cassandra
Presque à la même heure, sur une chaîne généraliste mais culturelle, alors qu’en France sort aussi «50 nuances de Grey», ARTE donne longuement la parole aux deux jeunes interprètes d’un document qui sort le même jour. «Cassandra et Spartacus», qui sont frère et sœur, d’origine rom, sont accompagnés par Camille Brisson, trapéziste, leur marraine légale, qui les a sauvés de la rue. Cela se passe en douze minutes qui donnent envie de voir le film de Iaonis Nuguet, probablement porteur de tendresse, de générosité, de rudesse, d’émotion. Mais attendra-t-il les écrans de Suisse?
Virage nord

Judith Davis (Alexandre Perucci) dans « Virage Nord », une mini-série en trois épisodes d’ARTE ( avec TV5 monde), signée Virgine Sauveur, meilleure fiction TV au festival de la Rochelle en 2014
«Le Monde» ( 8 et 9 février) consacre une page entière à «Virage nord», une mini-série de trois épisodes tournée dans le nord de la France . La réalisatrice, Virginie Sauveur, décrit son intention initiale: s’inscrire dans le monde du polar et du sport en nous focalisant sur ce qui nous intéresse avant tout: les personnages, encore les personnages, toujours les personnages. Et c’est bien là une condition nécessaire pour la réussite d’une série dont Marthe Delahaye souligne l’attention portée aux humeurs, silences et non-dits des personnages (qui) évoquent la patte des séries britannique ou scandinave de qualité. De quoi parier sur une réussite….
Pourquoi donc commander une minisérie si c’est pour présenter les trois épisodes l’un à la suite de l’autre, avec deux pauses? Incompréhensible. La réalisatrice aurait pu offrir, tirer quatre épisodes de son matériel. Elle se réjouit pourtant de cette programmation en rafale: «VIRAGE NORD ressemble (…) à ce que nous avions écrit, c’est à dire un film de trois heures.
« Made in Europe »
«Made in Europe» est le titre que la RTS réserve pour ses choix de séries récurrentes tournées en Europe, qui sont proposées le vendredi soir de 22h30 environ à plus de minuit, selon l’habitude trop bien établie d’une offre non par un épisode à la fois, mais deux. ARTE, chaîne généraliste et culturelle franco-allemande, met mieux en valeur ses cueillettes en les diffusant aux environs de 21h00, aussi du reste par duo, voire en trio! Ce titre, reflet d’un souci honorablement promotionnel, détourné, est ici utilisé pour évoquer trois productions, «Le Croque-mort» (Suisse), «Salamander» (Belgique) et «Meurtres à Sandham» (Suède).
Le croque-mort
(DRS, saisons 1 et 2, adaptation française présentée par la RTS du 8 janvier au 5 février 2015 peu après 21h00)
Ce qu’ARTE réussit souvent, associer l’Allemagne et la France, la SSR-SRG peine à y arriver entre suisses alémanique, italienne et romande. Ses sociétés régionales, qui insistent trop souvent que les «sensibilités» considérées comme différentes, restent happées chacune par son grand pays voisin. Alors, il faut saluer l’adaptation française d’une série qui fait un tabac en suisse alémanique, se féliciter de l’heure de programmation avantageuse, 21h00. L’audimate, quel qu’il soit, pourrait donner une indication sur l’esprit d’ouverture d’une région par rapport à un programme apprécié dans l’autre.

Le croque-mort : le patron Luc Conrad et son employé Fabio. Mike Müller, l’acteiur connaît de grands succès en Suisse alémanique.
«Le croque-mort» n’est pas générateur d’un grand enthousiasme au plan de la créativité. Ces récits unitaires qui veulent résoudre une énigme en moins de cinquante minutes en décrivant des milieux différents ne créent pas forcément un désir d’adhésion régulière. L’intérêt varie beaucoup d’un numéro à l’autre. Les personnages récurrents doivent tout de même évoluer pour s’inscrire dans un récit qui pourrait prendre une certaine autonomie. Mais les liens entre l’ancien inspecteur de police, son nouvel assistant «moderne», la policière et ses collègues, malgré des souvenirs communs et des coïncidences rendant le croque-mort proche de certains de ses anciens «clients» suspects, sont tout de même un peu ténus.
Prenons un risque, celui d’intercaler au niveau d’un jugement (ou sentiment) de qualité sur cette série alémanique entre certaines romandes de ces dernières années. «Dix» reste en tête, suivi de «Crom» et de «L’heure du secret», surtout la première saison. Vient alors «Le croque-mort» au même niveau que «Livre ouvert», assez clairement devant «Port d’attache» et les deux saisons de «T’es pas la seule».
Il est absolument normal qu’une telle série d’une chaîne suisse passe sur une autre chaîne suisse à une heure de grande écoute, pour des raisons de «cohésion» nationale, au moins dans le secteur de la télévision. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour lui trouver des qualités qui ne s’y trouvent pas pour lui permettre de s’inscrire dans le «haut-de-gamme», que seul jusqu’ici «Dix» a frôlé.
De plus, on se souviendra peut-être de « Six feet under », de l’intense vie de la famille Fischer, de la diversité des « clients » de la société « Fischer and Sons », les morts ne survenant pas dans des conditions nécessitant une enquête policière, en cinq saisons et soixante-trois-épisodes apparus il y a une dizaine d’années.
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Salamander
(RTS Un – vendredis aux environs de 22h30, 12 épisodes, du 9 janvier au 13 février 2105)
Pourquoi donc la RTS francophone ignore-t-elle ce qui se passe sur les petits écrans du Québec et de Belgique, accaparée par son obsession de présenter les séries généralement anglophones avant la chaîne française détentrice des droits, considérée comme concurrente qu’il faut prendre de vitesse. Ce n’est ainsi pas témoigner d’un souci culturel de programmation, seulement d’une recherche de succès qui se mesure quantitativement en parts de marché? Oui, pourquoi ce manque d’intérêt en général?
Petit miracle qui valait bien de mettre l’eau à la bouche: «Salamender» est une série belge! Oui, cela existe! Et puis surprise: ce n’est pas une série francophone. Elle est flamande si une bonne partie de son intrigue se à Bruxelles, la capitale du pays, beaucoup moins connue que Paris, et même que Rome, Londres ou Berlin.

Une affiche de « Salamander » en anglais : la BBC se propose de faire une adaptation de cette série flamande (Belgique)
«Salamander» est le nom d’une association plus ou moins occulte, une sorte de discrète franc-maçonnerie composée de notables belges de différents milieux de la haute bourgeoise d’affaire. Les liens entre-eux remontent à un passé trouble des derniers mois de la guerre de 39/45. L’argent qui donne le pouvoir et permet de manipuler le politique est carburant des comportements. Une efficace équipe de voleurs dérobent le contenu d’une soixantaine de casiers d’une banque qui ne contiennent pas d’argent, seulement des documents qui sont ou deviennent compromettants pour leurs titulaires. Mais qui donc agit en coulisses pour que ce vol ne soit surtout pas rendu public?
Paul Girardi, un des meilleurs d’une brigade d’enquêteurs, veut autant savoir qui est l’instigateur des vols que découvrir ceux qui font tout ce qu’il faut pour que subsiste le secret sur cette affaire. Mal soutenu par sa hiérarchie, de chasseur il se voit transformé en gibier. Sa femme est tuée dans l’explosion de sa propre voiture. Il doit tout faire pour protéger sa propre fille! Girardi est devenu non pas l’ennemi public, seulement l’enquêteur qu’il faut empêcher discrétement de trouver le fonctionnement des rouages de la «salamandre». Il ne peut compter que sur l’aide d’un ancien collègue qui fut brièvement l’amant de sa propre femme, devenu jardinier dans un couvent de religieux. Peut-il faire confiance au procureur qui semble vouloir lui permettre de poursuivre son enquête? D’un épisode à l’autre se posent des questions qui restent sans réponse ou m’en reçoivent que des contradictoires. On se trouve au cœur des pouvoirs du pays, politique, économique, judiciaire. Et même royal, au point d’apprendre que ce que veut le Roi sert un ordre incontournable, même si c’est pour couvrir les exploits sexuels avec mineure d’un membre de la famille. Tout puissant, ce roi des Belges!?
Cette série, assez remarquablement construite, bien interprétée, fait découvrir des paysages inhabituels, Bruxelles et certaines régions des Flandres, même si les immersions dans le passé ne sont pas d’une clarté exemplaire. C’est bien emballé, avec un personnage principal auquel on finit par s’attacher, en justicier pratiquement seul contre tous. Il n’y a de personnages positifs que lui, sa fille et sa femme; et encore. Le scénariste prend le risque de l’éliminer de mort violente, à mi-chemin. Mais les autres? Presque tous des salauds qui n’ont de raison d’agir dans leur seul intérêt, même si leur comportement peut les faire changer de clan. Si les secrets de la salamandre sont révélés au grand jour, c’est le pays tout entier qui n’existera plus, du Roi au plus humble des policiers qui mène une enquête de routine, en passant des détenteurs de divers pouvoirs. Mais quand on met en scène le Premier Ministre, certains de ses proches collaborateurs, des épouses plus ou moins fidèles, des banquiers, des gens de justice, dans un pays précis, on s’interroge sur la plausibilité de l’écriture. Tous pourris, vraiment! Trop de pourris, face à un seul «juste»? Trop c’est trop. Mais peut-on croire qu’il s’agit d’une pure fiction?
L’équipe flamande maîtrise son sujet dans une réalisation efficace qui passe de scènes d’actions tonitruantes à des affrontements à deux personnages en gros plans avec une certaine fluidité parfois surprenante. Une bonne surprise. Avec «Salamander», on s’installe dans le haut du milieu de gamme. Il n’y manque qu’une touche de plausibilité!
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Meurtres à Sandhamn
(ARTE, 29 janvier et 5 février 2015, saisons 1 et 2, six épisodes en trios)
Carte de la Scandinavie sur le site D’ARTE : un signe attire l’attention sur la présence d’une auteure de romans policiers. Une quarantaine en tout, dont vingt-cinq en Suède. Dans ce vivier, Viveca Sten, «grand succès mondial», ventes de trois millions d’exemplaires, pour ses «La reine de la Baltique» ou «Du sang sur la Baltique», adaptés par la télévision suédoise. La cinquième saison est en cours, les deux premières présentées récemment par ARTE dans un curieux attelage de trois épisodes à la suite qui finissent par ressembler à un long-métrage de deux heures qui serait coupé par deux inutiles et trop longs entr’actes. On peut ne pas apprécier cette forme de programmation en une courte rafale. Mais, puisque c’est scandinave, il y a de bonnes chances que cela soit inscrit dans le haut de gamme. Ce sera dans le bas du haut!

Viveca Sten, auteur de « Meurtres à Sandhamn »
http://nordique.zonelivre.fr/viveca-sten-biographie-et-bibliographie/
Inutile de revenir en détail sur les sujets: la première saison revient à savoir d’abord qui est le cadavre empêtré dans un filet retrouvé par Nora, une mère de famille qui prenait un bain de bord de mer avec ses enfants pour ensuite chercher à comprendre qui est le meurtrier. La deuxième raconte le coup de feu mortel porté à un équipier d’un voilier qui vient de remporter une coupe entre richissimes propriétaires et pourquoi il s’est fait occire. De toute évidence, les deux histoires d’enquête policières sont bien menées, de façon à retenir l’attention, la progression des informations suivant le rythme des acquis par l’inspecteur Thomas. A un récit policier, on demande bien entendu qu’il séduise par lui-même, sans sauter des étapes, dans une certaine logique qui passe d’hypothèses reposant sur des indices à des déductions qui s’avèrent efficaces.

Meurtres à Sandhamm
Thomas Anderson, inspecteur de police et Nora Linde, ( Alexandra Rapaport) mère de famille et juriste. ( saisom 2)
On est en droit de demander à une série plus qu’une histoire bien troussée. Alors intervient la séduction du paysage peu connu. Nous ne sommes ni à New-York, ni à Chicago, hauts lieux de bien des meurtres. Nous sommes sur une île proche de Stockholm, à trois heures en navigation, là où il n’y a pas une seule voiture. Seulement des voiliers ou des bateaux rapides qui relient l’île à la ville. De jolies maisons colorées tant de vacances que d’habitation pour les habitants (une centaine de résidents permanents sur l’île), donnant sur la mer, des plages de sable, des rochers, des forêts de pins rappellent au vieux cinéphile le séduisant cinéma de Bergman.
L’inspecteur, Thomas, connaît des pannes d’oreiller, avale des calmants, vit en solitaire. Il est donc du genre «à problème», comme un peu dans tous ces polars nordiques, dont on ne dévoile pas tous les aspects immédiatement. Mais il est du genre «sympa» avec sa jeune collaboratrice. Le spectateur ferait volontiers de lui un ami. Thomas, dans la première saison, reconnaît en Nora, qui a découvert le cadavre ficelé, une ancienne camarade d’école. Quelques signes vont ouvrir une piste, celle des retrouvailles d’un amour ancien resté exprimé. Nora amorce une crise qui va s’amplifier avec son mari, le couple proche du divorce à la fin de la deuxième saison, comme on pouvait le pressentir dès le début, à travers un regard, un geste. Seulement Nora s’ennuie un peu, au point de se mettre à jouer le détective qui enquête et apporte son aide à Thomas qui l’accepte d’autant mieux que cette complicité prend un aspect très personnel. Ficelle un peu grosse? Amorce d’une complicité entre Thomas et Nora pour rechercher les assassins lors des prochaines saisons? L’île compte moins d’une centaine d’habitants permanents… et paraît-il depuis les romans et ses adaptations des milliers de touristes….



















