Emissions RTS
« The night of »: mieux sans coupe pub!
Dimanche 4 juin 2017 : pris plaisir à revoir, même sur TF1, quelques moments d’un film d’animation délirant et très en couleurs, « Rio2 » de Carlos Saldanha. Au milieu de n’importe quelle séquence, coupe pub ; longue : normal pour une chaîne qui vit uniquement de recettes publicitaires. Mais difficile à supporter…
Vendredi 26 mai 2017 : RTS 1 proposait donc « The night of », série inédite, qui débute peu après 23h00. Vers 23h30, coupe publicitaire, assez longue, bien entendu placée n’importe où, dans une série tendue, fondée sur le comportement des personnages, non sur de multiples actions bondissantes. Est-elle acceptable, cette coupe, pour une chaîne qui certes trouve le 30 % environ de son financement à travers la pub et le sponsoring ? Encore une touche de pub, très brève, entre les deux numéros de la série. A 23 :30, le public se fait rare ; et plus encore peu après minuit. Insupportable coupe dans une fiction, qui plus est de plus de haute qualité ! Mais le principe serait le même pour une émission courante… Facture-on la seconde de pub proportionnellement à l’audience ?
Faut-il vraiment gâcher le plaisir d’une minorité de téléspectateurs par une interruption publicitaire mal placée? Il est regrettable qu’une émission, même en projection nocturne, soit interrompue par une plage publicitaire. Mais à qui s’adresser pour que cesse ce qui est simplement de l’incorrection à l’égard du téléspectateur?
Bonne impression confirmée
Vu les épisodes 3 et 4 de la série, non pas vendredi 2 juin, mais sur site de la RTS, en « replay », sans risquer d’interruption. Bonne impression initiale confirmée : le style de la mise en scène ne change pas, ni celui de l’écriture. Bien entendu, il ne s’agit pas de mettre l’accent sur la recherche du coupable, puisque celui-ci est en principe tout trouvé, comme le spectateur le sait. Plutôt que de résoudre une énigme, il s’agit d’observer comment fonctionne la société, avec coupable ou faux coupable dans son entourage familial, quel est le comportement de la police et de la justice, d’entrer dans une prison. Il y a aussi un avocat qui rode avec son exzéma !
Conseils ont été donnés à Nasir de dire la vérité, toute la vérité devant le tribunal. Et il dit exactement ce qui s’est passé. A la grande surprise de ses conseillers. Il raconte donc ce que le spectateur a vu durant le premier épisode. C’est aussi un exemple de la haute qualité de l’écriture et de la mise en scène, à travers le jeu des acteurs, malgré un doublage pourtant bien fait qui ne « sonne » pas toujours très juste, ne serait-ce que par son principe même.
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PS qui n’a rien à voir : il y avait grand vent, mardi 6 juin 2017 dans l’après-midi, sur Roland-Garros. Et de la pluie. Baczinszky-Mladenovic longuement remplacées par la reprise de Wawrinka-Monfils…. Il n’y a presque que le sport qui ose bousculer les horaires…Normal puisqu’il est « rassembleur »……
« The night of » : Une série à suivre!
A l’origine de cette mini-série ( huit épisodes d’environ soixante minutes, ce qui fait tout de même près de huit heures de diffusion), un série britannique, « Criminal Justice » dont on peut ignorer l’existence ce qui n’empêche pas de la mentionner.
Naz (Riz Ahmed), étudiant issu d’un milieu d’origine pakistanaise, « emprunte » un soir le taxi jaune (62P4) de son père. Une jeune femme s’installe sur le siège arrière et lui « ordonne » de se rendre au bord de la mer. Mais la soirée finit chez elle, avec alcools, drogues et rageuse relation sexuelle. Par jeu et défi, elle aura planté un couteau entre les doigts de sa main. Il en fait autant mais blesse ensuite sa compagne. Quelques heures plus tard, Naz se réveille et quitte l’appartement en oubliant la clef de la voiture. Il revient sur ses pas et découvre le cadavre de la jeune femme (court plan du corps presque totalement ensanglanté).
Un inspecteur et un avocat
Il commet une faute de conduite et se fait arrêter par une patrouille. Conduit dans un commissariat, il sera interrogé par le l’inspecteur Dennis Box (Bill Camp). John Stone (John Turturro), avocat, se trouve au bon endroit au bon moment, par on ne sait pas très bien quel hasard et si c’en est vraiment un. L’homme de loi s’impose à lui comme défenseur. Il lui inculque une règle difficile à respecter : silence total avec tout le monde.
Naz est très mal pris. Il finit par affirmer son innocence. Mais l’est-il vraiment ? Que s’est-il passé avant son réveil. Peut-être est-il coupable, même sans le savoir. Dennis reste très calme, tout en croyant probablement Naz coupable en lui laissant entendre le contraire. Stone gravite dans ce monde des avocats qui espèrent tirer de l’argent de n’importe quelle cause, avec cynisme.
Une série sobre et retenue
Pas d’actions retentissantes. Pas de rebondissements spectaculaires. Plus de silences que de cris. Cela se passe comme si le réalisateur cherchait à saisir les pensées, les émotions, les élans, les peurs plutôt que de décrire les événements. Tant de calme et de retenue dans la mise en scène, à part quelques rares accélérations, incite le cinéphile à se demander s’il ne se trouve pas dans un film de Robert Bresson, entre « Pickpocket » et « Le journal d’un curé de campagne ».
Référence insolite, voire accablante? On se trouve devant une série tendue, grave, sobre ( comme le fut « True detective » ), qui donne en vie de parler de mise en scène, et pas seulement des richesses et subtilités de l’écriture. De telles séries sont rares. Elles s’inscrivent aussi dans la lignée de David Lynch (« Twin Peaks ») ou Jane Champion (« Top of the lake ») tous deux présents à Cannes il y a quelques jours.
Eléments de mise en scène
Alors voici quelques exemples de mise en scène qui donnent à « The night of » une certaine originalité. Au volant de la voiture qu’il vient de débarrasser d’un PV, Naz est si nerveux qu’il tourne brusquement à gauche là où il est interdit probablement de le faire. Il attire ainsi l’attention d’un duo de policiers de la route, qui oublient pourtant de contrôler son degré d’alcool.
Au poste de police, il doit se déshabiller complétement et subir une fouille corporelle intime en partie suggérée. On lui tend ensuite une combinaison « officielle » de détenu mis en garde à vue. D’une voix timide, il dit « merci ». Alors qu’il ne comprend pas ce qui se passe, il surprend en disant tout à coup :« Je veux un avocat » ! Et cette attitude défensive prend ainsi valeur d’aveu.
L’avocat est embarrassé par un exzéma aux pieds. Dans un autobus, il s’en occupe en se grattant. Une voisine se lève et va s’asseoir, sans un mot, sur une place encore libre loin de lui. Avertis des ennuis de leur fils avec la police, ses parents se rendent d’abord dans à une fausse adresse. Le policier qui mène le premier interrogatoire est tout de même surpris par la présence de l’avocat qui est venu imposer ses services à Naz. L’inspecteur Stone semble donner à Naz des conseils presque amicaux sans que l’on sache quelle est son intime conviction? Il finira par dire à un collègue qu’il n’a aucun doute, alors qu’on croyait pouvoir deviner le contraire.
Cette énumération de petites scènes apparemment un peu anodines donne une première idée de l’esprit de la série, qui montre ce qui se passe entre les événements. Cet entre-deux finit pas être plus intrigant, plus passionnant à deviner, dans le temps qui s’écoule en silences que des actions multiples brutalement accumulées.
Diffusion (trop) tardive!
Les six prochains épisodes pourront-ils se maintenir au niveau des deux premiers ? Ce serait la confirmation d’une impression initiale très favorable à cette série. Qu’elle soit proposée par RTS 1 entre 23h00 et 01h00 finit par être un signal : les responsables de la programmation de « notre » télévision ont un don assez développé pour repousser les séries récurrentes les meilleures à des heures tardives, comme si le public n’était apte qu’à apprécier des séries unitaires qui apportent la solution à une enquête faite d’actions violentes, de coups de feu avec beaucoup de sang.
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PS1 à suivre: à propos du logo rouge
PS2, à venir aussi : une publicité incongrue!
Temps d’antenne doublé pour « TTC »
« TTC » lundi 22 mai 2017 et sur internet : voici quelques-unes des formules parlées ou écrites d’avant, pendant ou après l’émission: « Le duel Brabeck- Ziégler », « Emission spéciale », « L’internationale face à la multinationale », « Le grand patron de Nestlé face à l’homme de gauche qui voulait la Révolution », « Portraits croisés », « Un face-à-face inédit et en direct », 83 ans pour l’un et 72 pour l’autre, une émission de 57 minutes alors que « TTC » s’en tient habituellement à 27. Un événement ? L’eau mise à la bouche par l’allongement du temps d’antenne, une fois bue, était-elle rafraichissante ?
Déroger à la rigidité d’un horaire qui accorde d’une semaine à l’autre assez exactement le même temps d’antenne lors d’une émission qui fait apparaître régulièrement les petites fourmis jaunes qui vont dans tous les sens, c’est de l’iconoclastie. Voici donc une bonne raison d’y aller voir et même revoir sur internet : la TSR change ses habitudes, ne respecte pas ses sacro-saints horaires, comme si une émission d’information retrouvait le temps de la liberté comme n’importe quelle banale rencontre du sport roi rassembleur.
Un dialogue, pas un duel
L’idée de l’affrontement était donc assumée. Un duel, historiquement, pouvait aller jusqu’à la mort ! Mais il n’y eut pas de vainqueur, ni même de blessé. Point n’était-on dans le sillage Marine (Le Pen) – (Emmanuel) Macron, battue par elle-même. Pierre Brabeck n’aura pas souvent fréquenté les plateaux de télévision lors que Jean Ziègler compte parmi ceux qui peuvent se vanter d’un bon score annuel depuis bien des années d’années. Qu’importe : l’un n’était là pour démolir l’autre, ni l’animateur pour arbitrer un match de boxe avec vainqueur par KO ou aux points. Ce fut très bien ainsi sans tomber dans la suavité de l’indifférence. Un dialogue, avec parfois des éléments d’une surdité probablement volontaire, aura remplacé le duel annoncé pour « titiller » le client en l’incitant à améliorer la part de marché habituelle de TTC. Il serait intéressant de savoir si ce TTC allongé a atteint une part de marché au-dessus de sa propre moyenne annuelle.
Pas 27 minutes, mais 57 : donc un événement, au point de faire regretter que cette sortie de routine ne soit pas plus fréquente. On risquait donc la bonne surprise, comme on devrait les aimer. On y aura entendu plein de choses fort intéressantes, entre autres que l’un et l’autre aura été attiré par l’Amérique du Sud, que les bonus du premier ne furent pas en espèces sonnantes et trébuchantes mais en actions qui reflètent la valeur de l’entreprise, que le dettes du second restent imposantes, qu’ils sont tout deux locataires, le second dans la maison de sa femme, etc
Documents préparés
Une demi-douzaine de documents préparés à l’avance furent introduits dans l’émission, au détriment du direct, puisqu’ils occupèrent à peu près le quarante pourcent du temps d’antenne, ce qui est beaucoup pour une émission en direct. Pourquoi cela ? Pour apporter une valeur « spectaculaire » à l’émission ou un moyen de faire preuve de prudence, l’insertion du document permettant éventuellement d’éviter un dérapage durant le dialogue redevenu duel ?
Une improvisation sur « Macron » ?
On est en droit de supposer que la première question était improvisée, d’autant que la préparation de l’émission aura pris du temps pour obtenir l’accord de l’ancien patron de Nestlé : que pensez-vous d’Emmanuel Macron ? Que Jean Ziégler n’en pense que pis que pendre ne surprit point : un laquais de l’oligarchie ; le peuple français mené par le bout du nez, roulé dans la farine ; six millions de chômeurs, vingt millions de pauvres, c’est la faute à Macron, responsable de ces catastrophes ; tout cela était aussi dû à la presse qui a réussi à le faire passer pour celui de la rupture du système. Une telle intervention eut été excellent tremplin pour « Infrarouge ». Ce dérapage initial est resté sans conséquence. Pendant ce temps, un sourire de Peter Brabeck, amusé et calme.
« TTC », durée allongée, donc hors de son schéma habituel, aura proposé un duel devenu dialogue d’un réel intérêt. Précieuse sortie de rout..ine.
« Je ne suis pas votre nègre » : sur petit écran avant le grand
( Voir ci-dessous diverses remarques formulées le dimanche 30 avril 2017 )
Les émissions régulières sont organisées dans des cadres parfois très rigides. Il arrive pourtant que certains secteurs responsables de la programmation brisent ces cadres ou à tout le moins tendent à les bousculer. Un exemple : « 26 minutes » est en passe d’être adapté par la télévision de suisse alémanique, avec succès, en jouant entre autres sur le sous-titrage. Une expérience à observer.
D’habitude, une production pour le cinéma, même largement co-produite par la télévision, arrive d’abord sur grand écran pendant quelques semaines ou quelques moins avant d’apparaître sur le petit. Un spectateur qui paie sa place à l’entrée d’une salle contribue à financer tout la chaîne de l’industrie cinématographique (production, réalisation, distribution, projections). Cette priorité repose une approche financière légitime.

Raoul Peck, né en 1963 à Port-au-prince, réalisateur, scénariste, journaliste, producteur de cinéma est un ardent défenseur des droits de l’homme (Photo Arte)
Avec « Je ne suis pas votre nègre » de Raoul Peck, apparition du film sur certains petits écrans, qui sera suivie d’une sortie en salles.
Projections récentes
Lundi 21 avril 2017, RTS 2, 20 :35, heure d’excellente écoute.
Mardi 22 avril 2017, ARTE, 20 :50, heure d’excellente écoute.
C’est un document engagé, de colère parfois, du tristesse souvent, un cri aussi contre le racisme qui subsiste un peu partout, aux Etats-Unis, mais pas seulement, articulé autour de trois meurtres, ceux de Martin Luther King, Malcolm X et Medgar Evers, avec des textes et seulement eux de James Baldwin, dits par Joey Starr. C’est un très grand document; un document exceptionnel.
Sur internet pendant sept jours
Jusqu’au lundi 1 mai 2017, on peut revoir le film sur le site de la RTS
Jusqu’au mardi 2 mai 2017, on peut revoir le film sur le site d’ARTE
http://www.tv-replay.fr/redirection/25-04-17/je-ne-suis-pas-votre-negre-arte-12354584.html
Les sous-titres en Suisse romande apparaissent en blanc. Ils sont en partie jaune sur ARTE, qui doit présenter le film en français pour les uns, en allemand pour les autres.
Sorties en salles
En France, le film qui vient d’être diffusé sur ARTE sort dans les salles à partir du 10 mai prochain. Actuellement, on peut le voir à Genève ( Cinélux, Grütli) et à Lausanne (Zinéma). Peut-être ailleurs.
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(Dimanche 30 avril 2017 à 17h15)
Co-production avec la Suisse
Les génériques ne retiennent pas souvent l’attention des téléspectateurs. Il est tout à fait normal de signaler une présence suisse comme co-producteur d’un film qui est en plus en cours d’acquérir une belle reputation internationale, malgré sa haute exigence morale et formelle.
“Je ne suis pas un nègre”, produit par Velvet-Film, met en évidence une co-production entre ARTE France, la RTBF et la RTS, par son unité des films documentaires, Irène Challand et Gaspard Lamunière.La SSR-SRG, Sven Wäelti, est aussi associée à Close Up, société genevoise de Joëlle Bertossa. Il est normal de saluer ceux qui, en Suisse (comme ailleurs), prennent le risque de co-produire un document de haute valeur.
La présence de “Je ne suis pas un nègre” dans la case des “Docs du Lundi” est une première indication positive. La régularité d’une émission contribue à sa promotion. Sur cinq spectateurs qui suivent la RTS, un regarde RTS 2: l’audience n’est pas confidentielle vers 21h00!
Un étranger dans un village
Le lundi 24 avril 2017, la projection du film de Raoul Peck fut suivie d’un document de Pierre Koralnik, “Un étranger dans un village” ( 30 minutes environ) qui date de 1962. James Baldwyn s’est rendu dans un village valaisan au début des années soixante. Le document offre en alternance le visage de Baldwyn et quelques-unes de ses déambulations hivernales au cours desquelles il croise des habitants et s’attarde avec des enfants, sans qu’on saisisse leurs éventuelles conversations. En un français ciselé, en voix-off, Baldwyn s’interroge sur sa situation dans ce village, premier noir à s’y être longuement arrêté. On sent chez lui un malaise que l’on pourrait qualifier de respectueux pour prendre acte des différentes entre suisses et noir esseulé dans une communauté. Dans la deuxième partie, il se livre à des considérations sur la situation au Etats-Unis, beaucoup plus tendue que celle qu’il connaissait dans le village valaisan. Ce document tire des archives de la RTS peut très bien servir d’introduction à “Je ne suis pas un nègre”, qui prend en compte trois meurtres, ceux de Medgar Evers (1963), Malcolm x ( 1965) et Martin Luther King (1968).
Soirée thématique escamotée
Les informations dont je disposais le lundi 24 avril, en partie reprises sur le site de la RTSR dès l’ouverture de la page d’accueil, et qui s’y trouve encore, furent suffisantes pour attirer l’attention sur le film de Raoul Peck. Mais rien n’attirait vers le film de Koralnik avec sa force constituant une forte et troublante soirée thématique
Une chaine de télévision généraliste comme la RTS ne peut pas(ou plus?) faire savoir qu’elle dispose d’un programme souvent intéressant. Et quand ce programme s’inscrit dans une ligne où la dimension culturelle est prépondérante, ce qui sous-entend souvent une audience en-dessous de la moyenne, les moyens manquent pour le faire savoir. Certes, les reprises sur internet durant sept jours permettent de se livrer à certains rattrapages.
“Coopération” et Arte
Dans l’hebdomadaire “*Coopération” du 25 avril, une page est consacrée à la télévision “en collaboration avec Swisscom TV”. On y attire l’attention illustrée sur une “percutante leçon d’histoire”, le film de Peck. Mais il n’y a qu’une mention, celle consacrée à son passage sur ARTE. Rien sur le lundi de la RTS : oubli étonnant. A qui la faute ? Bien sûr, à la rédaction du journal et à Swisscom TV.
Mais peut-être aussi un peu à la RTS dont le service de presse devrait pourtant pouvoir attirer l’attention sur des soirées qui sortent de l’ordinaire, comme certaines du lundi sur RTS2.
ARTE édite chaque semaine un magazine d’une trentaine de page qu’on trouve aussi sur internet. Dans son numéro 17, qui couvre la période du 22 au 28 avril 2017, en plus de l’image en couverture, on trouve des informations sur Raoul Peck ( pages 3 à 5 ) et une présentation du film ( pages 18 et 19).
Est-il vraiment indispensable de programmer le plus systématiquement possible films et documents sur la RTS avant leur passage sur un concurrent français? Parfois, les audiences modestes d’ARTE provoquent des sourires condescendants de responsables de la RTS. On en arrive à des centaines de milliers d’exemplaires de “Coopération” qui font le promotion d’un film qui a passé sur ARTE après la RTS ? Il y a quelque chose qui quelque part de joue pas dans la promotion des programmes romands…..
Le sport-roi, rassembleur et envahissant!
Avertissement: cinq mille signes ci-dessous, temps de lecture entre trois et quatre minutes!!! (Illustrations, en vue d’aérer le texte, tirées deRTSSport!)
Au Roi, tout est permis. Y compris de mépriser ses sujets.
Le serpent de l’Engadine
Le samedi 11 février 2017, descente dames aux championnats du monde. Une couche de brouillard, sauf erreur connue sous le nom de «serpent de l’Engadine» traîne sur la piste, départ ainsi retardé d’on ne sait trop combien de temps! RTS Deux réalise alors un exploit de taille: de 12h35 à 13h35, un plan fixe (ou peut-être deux ou trois), un texte qui défile au bas de l’image, pour faire prendre patience. L’attente sera longue, sans un mot d’explication orale. Pas de sujet de réserve pour faire prendre patience. Mais qui était donc de garde, parmi les responsables du service des Sports, ce jour-là, pour faire face à un incident. Tous dans les Grisons ?
La finale tardive
Au soir du dimanche 19 mars 2017, dans l’avant-programme, on annonçait à 21h: «Tennis ATP 1000 indien Wells Finale En direct d’Indian Wells (USA). Seulement si Suisse», pour une durée de 180 minutes en direct. «Suisse» ce soir-là il y eut; et même deux. Non pas à 21h, mais peu avant 23h. Là au moins, l’intendance avait pris ses précautions, au cas où une autre rencontre importante se prolongeait. Réaction il y eut, avec la reprise, en premier rideau, respectueuse du «si Suisse» : Wawrinka en demi-finale. Longue attente, de près de trois heures, avant de voir Federer sourire de sa victoire. Et Wawrinka d’apprécier, plus ou moins, ce sourire….
Le respect des horaires
Pratiquement toutes les chaînes de télévision s’imposent à elles-mêmes un horaire plutôt strict. Un événement politique d’importance au moins nationale justifie un horaire bousculé. Mais le «19h30» respecte l’horaire annoncé à la minute près, la publicité à la seconde. Même les débats en direct doivent respecter les horaires. Sans forcément couper un orateur au milieu d’une phrase, l e(la) présentateur(trice) de service met parfois abruptement fin à son émission, même si on y parle de course à pied!
Le sport-roi est donc ainsi l’exception qui autorise, au nom du direct, des horaires très souples soumis à des incertitudes (football, hockey-sur-glace, sports de plein air comme le tennis, etc).
En Suisse, le roi est aussi choyé puisque rassembleur, autrement dit porteur de bonnes parts de marché qui pèsent sur la moyenne annuelle. On peut certes faire quelque infidélité à sa majesté quand un direct s’étire dans l’ennui ou se prolonge sans rien montrer en ayant à disposition de la lecture. Le commentateur joue alors d’un rôle important: sonner l’alerte quand il se passe quelque chose.
Le commentaire et ses risques
D’ailleurs, le commentaire pose parfois problème, avec des interventions souvent inutiles, à raconter avec retard ce que nous venons de voir. Chose personnelle, je consomme certains sports, quand l’envie me prend de me laisser bercer par l’eau qui coule, tiède, du robinet à image. Mais on peut aussi regarder autrement. Le hockey sur glace prend une saveur nouvelle en cherchant du regard l’arbitre qui s’efforce de ne pas intervenir dans le cours du jeu. Une épreuve de ski alpin donne rapidement le sentiment du «déjà-vu»: rien ne ressemble plus à un participant qu’un autre participant. Heureusement, il y a les temps affichés et surtout les écarts sur le meilleur, en rouge ou en vert. On peut donc plaisir à prévoir la couleur. Mais un dixième de seconde, cela ne se «voit» pas tellement. Le commentateur si préoccupé à combler le silence se trouve assez souvent démenti par la couleur des écarts. Le silence est aussi une vertu qui permet d’apprécier un beau geste!
Dans la cour du roi se trouve des personnages ennuyeux: le récent Vaduz-Lausanne en football n’a pas atteint les sommets. Faire partir en ski les meilleurs en dernier est habile astuce pour maintenir le suspens d’une épreuve en direct. Mais attendre pendant presque deux heures une finale de tennis, qui fut d’ailleurs de belle qualité, avec plus de coups gagnants que de fautes directes, ce fut bien long.
Trop de sport ne semble pas, pour le moment, tuer le sport. Encore que la discrétion soit grande sur les parts de marché, sauf quand elles atteignent un sommet! Et viendra le jour, peut-être pas si lointain, où le sport sera financièrement inaccessible pour les chaînes de service public généraliste. Il sera trop tard pour apprécier le rôle de la redevance annuelle qui entraîne la gratuité quotidienne!
Une vraie chaîne sportive
L’amorce d’une chaîne sportive existe déjà sur internet. Mais il semble que le coût à engager pour disposer d’un canal de diffusion supplémentaire n’est pas particulièrement élevé. A quand un canal suisse sportif, avec commentaire pour chaque région, qui permette de respecter les horaires promis aux minorités qui aiment suivre la documentation ou ont un faible pour la fiction, éléments constitutifs d’information ou d’enrichissement culturel.
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Un contrat sans détail
PS: la SSR-SRG vient de publier un communiqué annonçant que les sports motorisés continueront d’être présents ces cinq prochaines années. Mais les «partenaires ont convenu de ne pas divulguer les détails des contrats». Secret d’entreprise! Comme si on divulguait les contrats dans les autres sports…. Il ne serait pas inintéressant de connaître les coûts à l’heure ou à la minute des différents sports….
Elections en Hollande au « 19:30 »
Vu au TJ du jeudi 16 mars 2017, un sujet sur les élections en Hollande, assez attendues, puisque la droite extrême dont tout le monde parlait risquait de faire un coup genre «Trump» ou «Brexit»
Certes, dans un «C…à dire» ( ou «26 minutes» d’ARTE, je ne sais plus), Daniel Cohn-Bendit, encore dans certaines mémoires retenu comme une des têtes de Mai 68 en France, s’était à juste titre élevé contre les commentaires qui ne parlent que d’un parti de la droite extrême et de son meneur Wilders, qui pèse au parlement moins de 20%.
Il semblait tout de même en effet intéressant d’en savoir un peu sur cette élection en Pays-Bas. Une occasion de plus de prendre acte de la montée de la droite très à droite donc très nationaliste et très méfiante à l’égard des «étrangers» principalement musulmans!
Vu et entendu ce jeudi au «19h30» un sujet de la rédaction puis un commentaire d’Isabelle Ory, envoyée spéciale, qui a parlé entre autres du parti des animaux et du port des minijupes déconseillé.
Bizarre impression tirée de ces trois minutes environ: un montage de gens qui parlent, avec la tête de quelques personnalités y compris européennes mais surtout un petit tableau incrusté, celui des «4 principaux partis», la gauche socialiste, les verts, la droite au pouvoir actuellement et l’extrême-droite.
Premier sujet intitulé «Elections aux Pays-Bas: satisfaction en Europe», durant 125 secondes. Puis, le second sujet apparaît, intitulé «L’élection aux Pays-Bas: l’analyse d’Isabelle Ory» qui occupe 88 secondes. Pendant 16 secondes, on peut observer un tableau qui donne les sièges de ces «4 principaux partis».
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Sur le site:
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_n%C3%A9erlandaises_de_2017
le vendredi 17 mars 2017, on trouve un tableau donnant le résultat de cette élection en nombre de sièges pour les treize partis
Composition du Parlement nouvellement élu :
| Parti | Voix | % | +/- | Sièges | +/- | |
| Parti populaire libéral et démocrate (VVD) | 21,3% | 5,2 | 33 | 8 | ||
| Parti pour la liberté (PVV) | 13,1% | 3,0 | 20 | 5 | ||
| Appel chrétien-démocrate (CDA) | 12,5% | 4,0 | 19 | 6 | ||
| Démocrates 66 (D’66) | 12,0% | 4,0 | 19 | 7 | ||
| Parti socialiste (SP) | 9,2% | 0,4 | 14 | 1 | ||
| Gauche verte (GL) | 8,9% | 6,6 | 14 | 10 | ||
| Parti travailliste (PvdA) | 5,7% | 19,1 | 9 | 29 | ||
| Union chrétienne (CU) | 3,4% | 0,3 | 5 | 0 | ||
| Parti pour les animaux (PvdD) | 3,1% | 1,2 | 5 | 3 | ||
| 50 Plus (50+) | 3,1% | 1,2 | 4 | 2 | ||
| Parti politique réformé (SGP) | 2,1 % | 0,0 | 3 | 0 | ||
|
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| Denk | 2,0% | – | 3 | 3 | ||
| Forum pour la démocratie (FvD) | 1,8% | – | 2 | 2 | ||
| Autres | ||||||
| TOTAL | 100 | – | 150 | – | ||
Le tableau rapidement inscrit dans l’image du «19:30» » intitulé PAYS-BAS – ELECTIONS, sous-titré « 4 principaux partis » donnait :
Parti travailliste: 9 sièges, perte 29
Gauche verte: 14 sièges, gain 10
Parti populaire, le centre droit du premier ministre actuel: 33 sièges, perte 8
Parti pour la liberté, extrême droite conduite par Gert Wilders, 20 sièges, gain 5
Remarques
1/ Les principaux partis retenus au «19:30» totalisent ensemble 76 sièges – aucune mention n’y fut faite sur les 74 autres.
2/Les «4 principaux partis» au nombre de sièges occupent les rangs 1, 2, 6 et 7! Les partis qui occupent les rangs 3, 4 et 5 n’appartiennent donc pas aux «principaux»!
3/ Isabelle Ory a introduit dans ce qui est nommé «analyse» des mini-jupes et le parti des animaux (trois sièges). Elle a insisté sur le problème des immigrants.
En résumé : Pas de mention, jeudi, au «19 :30» sur le nombre de sièges. Une information inexacte, à propos des «partis principaux». C’est tout de même un peu léger. En trois minutes, on peut faire mieux.
Retour sur « Madam Secretary »
A ne pas manquer ce lundi 20 février 2017, sur RTS Un, vingt-quatre heures après la sortie aux USA, en version doublée, hélas un peu tardivement (22.40), une nouvelle série qui devrait s’installer dans le haut de gamme, « Big Little Lies », inscrite avec parait-il plus de noirceur dans la ligne de « Desperate Housewiwes », suivie du début de la troisième saison d’une série déjà installée dans le haut de gamme, « Les Américains », à une heure décidément maladroite ( 23h30!). Très bons choix, sauf les heures de diffusion. Presque comme d’hab! (Fyly)
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Le 3 janvier 2017, après les onze premiers épisodes sur les vingt-deux de la saison un, j’étais prudent mais bienveillant, relevant les atouts d’un sujet en principe bien traité. Dans l’échelle personnelle qui va de un, le bas du bas de gamme, à neuf, le haut du haut, j’étais à la hauteur six, au haut du milieu. Le 9 février 2017, RTS1 propose les deux premiers épisodes de la deuxième saison qui en comprend 23 ! Aux Etats-Unis, CBS proposait l’épisode 13 de la saison 3 le dimanche 29 janvier 2017 ( un par un, contrairement à la RTS qui imite par petites rafales ce qui se fait à Paris !). Conclusion : increvable la série. Et l’avenir pourrait bien être à elle : il suffira de procéder à une nouvelle élection présidentielle fictive pour que tout se poursuive autrement qu’avant. Ne vient-on pas dans un récent épisode de s’interroger sur les difficultés pour la mise en place de l’accord commercial entre pays qui bordent le Pacifique, alors que le nouveau président aura du moins pendant quelques jours fait savoir que cet accord devait être jeté à la poubelle.
Or donc le sujet permet de couvrir le vaste monde à travers la diplomatie conduite par la Secrétaire d’Etat, parfois en situation de conflit quand le rude proche collaborateur personnel du président Dalton, Russel Jackson, fait obstacle. Plausible historiquement ? La politique menée par le président de la série, est-ce celle de Bush ou d’Obama ? Plutôt celle de Bush ! Oui, mais on ne va pas demander à une série de divertissement « grand public » d’être une contribution entièrement fidèle à des événements politiques ou diplomatiques. On peut se contenter de croire que la réalité n’est pas totalement étrangère à ce que l’on voit. Mais il a bien fallu reconstituer les décors réels en studio, comme si la Maison Blanche était à disposition de la télévision ou du cinéma, pour éviter des frais de tournage ! Va donc pour la plausibilité, sans poser d’exigence d’exactitude. Le plausible fait affaire !
Après : faut-il rechercher si chaque personnage à un « modèle » dans la réalité. Y a-t-il un peu d’Hillary Clinton dans le personnage d’Elisabeth McCord ? Qu’importe. Toujours est-il que madame la secrétaire d’Etat de la fiction rencontre dans une courte scène, un jour de découragement, une certaine Madeleine Albright, dans le rôle d’une très sage conseillère, elle qui fut vraiment secrétaire d’Etat sous Bill Clinton de 1997 à 2001.
Il y a les politiciens en place, avec des intrigues, des crocs-en-jambe, même une mort mystérieuse. A coté du gouvernement, il y a une sorte de « cabinet de l’ombre » composé par la famille McCord et certains de ses proches, très au courant les uns et les autres de toutes les affaires traitées par maman, même si on est dans ce qui devrait tenir du secret d’Etat. Parfois, la réflexion sur la politique américaine se prolonge au lit dans les élans amoureux d’un couple d’âge mûr. Stevie, la fille ainée, largement adulte, a un petit ami qu’elle doit protéger d’une rechute dans la drogue, lequel n’est autre que le fils du président Conrad Dalton. Pourquoi pas ! Peut-être y a-t-il, dans le fait que cela ne gêne en rien notre adhésion au récit, une approche de la vraie réussite de la série, l’attention que l’on porte à tout ce qu’on nous raconte en allant des décisions sur l’avenir du monde au moindre petit détail d’une vie familiale.
Tout cela est non seulement bien construit, mais aussi bien joué, bien rythmé, bien filmé, bien mis en scène, à travers parfois quelques moments plus touchants que vraiment émouvants. Voici pourquoi on peut classer la série dans le bas du haut de gamme. Mieux vaudrait peut-être écrire « pourquoi JE classe la série…
La nuit américaine
Match nul!
Imaginons que le peuple suisse soit appelé à élire directement le Président de la Confédération pour quatre ans à la fin d’un processus ne retenant plus que deux candidats, par exemple, hier, un Christophe Blocher face à Ruth Dreifuss. Qui eut été élu? Les Américains viennent d’élire Donald Trump.
Hillary Clinton a obtenu 59,69 millions de voix, Donald Trump 59,49, autrement dit en pourcent 50,08 contre 49,92. Match nul, deux cent mille voix près! Seulement, il n’y a pas de match nul. On le sait: le système américain passe par les 538 «grands électeurs» issus des cinquante états, deux sénateurs par Etat plus un complément proportionnel à la population (3 en tout pour le Vermont et ses 600 mille habitants pour 55 en Californie pour 39 millions , un pour 200 mille contre un 700 mille).
On connaît un Suisse un même système déséquilibré quand la constitution exige une double majorité, de voix et de cantons. Ce système «protège» les plus petits; pas forcément les plus faibles. C’est la quatrième ou cinquième fois que l’élu, aux USA, n’est pas majoritaire en voix. En 2000, Al Gore avait obtenu cinq cent mille voix de plus que Bush qui fut pourtant élu ayant pour lui 271 grands électeurs assurés.
TV5+RTBF+RTS
Le mercredi 9 novembre 2016, long stage personnel devant la télévision, à pitonner volontairement entre chaînes francophones. Sur la RTS, presque une information en continu. Remarquable idée que d’associer TV5, la RTBF et la RTS, bel exemple de collaboration entre régions francophones qui permet aussi de faire aussi bien, sinon mieux, que les chaînes françaises. Le service public généraliste remplit ainsi très remarquablement son mandat. Et pour une fois, on prend acte qu’il existe aussi une télévision belge francophone…
L’occasion est à saisir pour ouvrir une parenthèse. Quelques politiciens de la droite suisse alémanique, probablement soutenus en direct ou en coulisses par certains grands éditeurs, viennent une nouvelle fois de proposer de faire des économies en coupant dans le crédit qui permet à la SSR-SRG d’être associée étroitement, en francophonie, à TV5, fenêtre ouverte sur des dizaines de pays, accessibles à plus de deux cents millions de téléspectateurs dans le monde entier. Une économie de deux millions par an! Génial!! Enfin, cela s’inscrit dans une ligne agressive, celle de l’affaiblissement de la SSR-SRG, donc aussi de ses relais linguistiques!
Haro sur les sondages!
Dans leur très grande majorité, les nombreux sondages donnaient Clinton élue, certes, avec un écart finissant par être de plus en plus étroit. Haro sur eux! Et coulent les explications pour expliquer cette erreur collective: les échantillons n’auraient pas su prendre en compte la colère de blancs au moins trentagénaires de la classe moyenne des Etats à majorité rurale.

Trouvé sur le site de « Géolopolitis »: en quinze minutes d’entretien avec François Heisbourg, conduit par Marcel Mione, une première approche intéressante pour demain « vivre » avec Trump…..
Tout sondage devrait être accompagné de différentes indications qui permettent de fixer une marge d’erreur. Dans la période préélectorale américaine, je n’ai ni lu, ni entendu (à la télévision) de marge d’erreur.
Une marge d’erreur de deux pourcent est assez fréquente. Un 49 contre 51 pourcent signifie donc plusieurs résultats possibles 47 à 53, 48 à 52, 49 à 51, 50 à 50, 51 à 49, trois situations de défaite pour le premier camp, un match nul ou une victoire. Un retournement n’a rien du raz-de-marée. Alors, quoi? Mettre en cause les seuls sondages qui n’auraient rien vu venir? Les «coupables» sont peut-être ceux qui les lisent et surtout ceux qui commentent, aveuglés par des valeurs prises pour absolues alors qu’elles ne sont que relatives.
Signalons en passant que la SSR, donc la RTS, impose d’associer à tout sondage la grandeur de l’échantillon, la date de l’enquête et la marge d’erreur. Cette règle est en général respectée dans les journaux télévisée. Ailleurs? On entend parfois mentionner la marge d’erreur à « C…dans l’air», plus souvent qu’à «Infrarouge»!
Trump président
Même à «chaud», que peut-on attendre d’une émission de débats comme « Infrarouge », le jour même où les USA viennent de voter? Qu’elle permette au téléspectateur de comprendre, un peu, ce qui s’est passé, d’entendre quelques hypothèses sur ce qui pourrait changer dans la politique américaine dès l’année prochaine, après l’intronisation de la nouvelle équipe.
Mais évidemment, si vous disposez d’une seule possibilité par semaine, que le principe même d’une émission, dès la conception du décor, consiste à diviser le monde en deux clans qui s’opposent, comme si tout réponse passait par un OUI ou un NON à toute question, même la plus complexe, on prend le risque du pugilat. Notons en passant que l’arbitre a des moyens de diversion: il peut, pour calmer le jeu, faire appel à des documents préparés, à des invités hors du studio, éloignés du ring.
Deux minutes à peine, ce 09.11.16: et c’est parti. Nous apprenons que Mme Clinton est un «produit avarié», que cette «femme la plus corrompue» devrait être «en prison». Chic: «Infrarouge», et encore à plusieurs reprises en cours de soirée, aura ainsi reconstitué, certes modestement, le premier affrontement Trump-Clinton de la récente campagne. Mme Yvelyn Joslain, annoncée comme une spécialiste de la droite américaine, s’est ainsi révélée ardente défenderesse de Donald Trump qui n’en demandait du reste pas tant. Peut-être même d’abord sidérée, Mme Calmy-Rey a tenté de protester contre une entrée en matière qui aura ensuite donné le ton à l’émission même. Faut-il s’en étonner? Mais peut-être qu’une telle émission a le mérite de titiller de belles parts de marché!
Bien entendu, peu après «Infrarouge», «C…à vous» sur France 5 abordait avec dignité le même sujet et permettait de commencer à comprendre une ou deux choses à savoir du nouveau président des USA.
Il faudra donc d’autres propositions, comme «Géopolitis», que celle d’ «Infrarouge» pour pouvoir comprendre comment un tout petit peu plus d’un sur deux américain a choisi de voter pour Donald Trump, dont nous ne connaissons pour le moment à travers le petit écran que le côté provocateur et vulgaire.
« Westworld » : dans le haut de gamme ?
(Avertissement: Ces lignes sont écrites après avoir vu le premier épisode le lundi 3 octobre 2016 à 22h45 et l’avoir ensuite revu sur le site internet/Temps de lecture, environ quatre minutes – se laisser guider par les intertitres).
Au pied de l’ascenseur, lire aussi quelques considérations sur le principe même de la programmation des séries : un par un. Et deux images de « Westworld » en plus!
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«H ome B ox O ffice»
HBO, société de télévision payante aux USA, associée à Warner Bros, vient de produire pour cent millions de dollars la première saison de «Westworld». Encore faudrait-il trouver confirmations de ce montant, la réalité risquant d’être plus élevée que plus basse.
Cela fait donc dix millions de dollars pour un épisode de soixante minutes, cent soixante mille dollars la minute (onze fois plus que «Station horizon» par exemple – beaucoup moins qu’un film hollywoodien moyen – un film suisse de fiction à dix millions, c’est plutôt rare).
Lire la liste des productions d’HBO, c’est tout de même y trouver des séries qui ont ces dernières années retenu l’attention (au moins la mienne!):
Dream one (1990-1996), Sex and the city ( 1998-2004), Les sopranos (19902007), Six feet Under (2001-1005), Sur écoute (2002-2014), Deadwood (2004-2006), En analyse (2008-2010), True Blood (2008-2014), Boardwalk empire (2010-2014), Games of Thrones ( depuis 2011 ), Girls ( depuis 2012), True detective ( depuis 2014 ), Silicon Valley (depuis 2014 ),Vinyl (2016)
Treize titres sur soixante-cinq: bonne proportion, en sachant aussi que bon nombre d’entre elles ne sont pas forcément parvenues, doublées ou non, sur les marchés francophones. Donc, à priori, l’attention s’impose quand apparaît au générique « HBO »
Une idée venue de loin
A l’origine de la série, il y a un film datant de 1973, «Mondwest». Il suffit d’entreprendre une recherche en tapant «Mondwest – Michael Chrichton». Bonne lecture! Mais, Wikipedia, ça existe, même si je n’ai aucun souvenir de ce film, très probablement pas vu il y a plus de quarante ans.

Yul Brynner dans « Mondwest » en 1973 ( Photo HBO by: Mary Evans/Ronald Grant/Everett Collection(10346668)
Situation de base
Dans un imposant laboratoire, enterré dans un désert, comme certains plans d’extérieurs permettent de le deviner, une équipe de scientifique fabrique des robots humains parfaitement crédibles et répare ceux qui sont malades ou blessés. Ces humanoïdes deviennent les habitants d’une bourgade de l’Ouest américain, avec shérif, saloon où l’on boit et croise des filles surveillées par une maquerelle, maison d’accueil, échoppe médicale, etc. De grands espaces extérieurs font le charme d’un western dès le premier épisode sans Indiens. Un tueur rôde. Chaque jour le train déverse dans la bourgade son flot de voyageurs.
Mais cette bourgade n’existe pas. C’est un parc d’attractions qui met en scène la vie telle qu’elle pouvait se dérouler au XIXème siècle, dirigé par les gens de la fabrique. Il s’agit donc d’un solide mélange de science-fiction avec une «réalité», qui est celle de la vie dans l’Ouest comme le cinéma l’a si souvent raconté – et parfois fort bien – avec un élément supplémentaire, les visiteurs.
Et c’est ainsi que «Westworld», série récurrente, met en scène la mise en scène d’un spectacle comme le cinéma peut le faire. L’équipe qui dirige la fabrique remplace le producteur qui dirige l’opération, avec son réalisateur, son scénariste, son responsable qui contrôle toutes les étapes. Des tensions internes surgissent. Il s’agit donc d’une parabole sur la création, avec le Dr Robert Ford (Anthony Hopkins), créateur et directeur du parc, Bernard Lowe (Jeffrey Wright), metteur en scène, Theresa Cullen (Sudse Babete Knudsen, mais oui, trouvée dans son «Borgen» danois), la scripte qui veille à tout, ou encore Lee Sizemore, le scénariste-dialoguiste.

Jeffrey Wright ( Bernard Lowe), directeur de la programmation du parc et Anthony Hopkins ( Dr Robert Ford, créateur de la fabrique et directeur du parc) (Photo RTS/HBO)
«Hôtes» et «Arrivants»
Les habitants du village sont donc les personnages traditionnels d’un western, que le personnel de création de la fabrique considère comme des acteurs qui jouent dans un western traditionnel sans Indiens, du moins dans le premier épisode. Ce sont les «Hôtes», auxquels viennent s’ajouter les spectateurs qui assistent au spectacle, que l’on ne montre pas dans un film traditionnel, les «Arrivants».
Il n’y a pas de doutes à avoir sur la nature des scientifiques qui dirigent la fabrique. Mais dès que l’on est dans le spectacle, tout peut devenir confus. La minutie de la reconstitution, autrement dit de la mise en scène du western est telle que les acteurs ne sont pas tellement différents des spectateurs. Mais les premiers sont des robots, les seconds des «vrais» gens. Et ils se ressemblent.
Un enfant noir «arrivant» demande à Dolorès Abernathy, séduisante jeune femme qui se pose de multiples questions, inquiète par la santé de son père si elle «en est vraiment une», mais sans dire quoi. Le train qui traverse le paysage ressemble à un modèle réduit qui se déplace sur une maquette. Les méchants tirent avec efficacité: une balle, et il y a un mort, qui survit sans la moindre blessure. Des robots vont se mettre à rêver. Mais pour se mettre à rêver, pour avoir des sentiments, il faut être capable de se souvenir. Il y a ainsi des «hôtes» qui souffrent risquant d’échapper à leurs créateurs.
Et le téléspectateur se met à être son tour à être sinon un acteur, du moins une sorte d’enquêteur mis dans l’obligation de saisir les signes souvent discrets de la détérioration des «Hôtes», pas tellement différents des «Arrivants». Le spectateur que nous sommes devant les écrans en général petits qui sont les nôtres va s’y perdre. Est-il vraiment possible que la touchante Dolorès puisse être sensible à une mouche sur son cou – elle la chasse discrètement, dernier geste du dernier plan du premier épisode…. Dolorès est-elle encore un robot ?
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Enfin une bonne programmation !

Thandie Newton (Maeve Millay, la belle maquarelle) et Rodrigo Santoro (Hecor escaton, le hors-la-loi ) : des robots, vraimen
Une série, surtout si elle est récurrente, est faite d’épisodes à voir un par un, de jour en jour ou de semaine en semaine. La durée d’un épisode est très variable, de quelques minutes à plus d’une heure. Les formats entre quarante et soixante minutes sont les plus fréquents. Présenter une série en duos, c’est s’en tenir à une durée qui reste celle du long-métrage cinématographique (entre 80 et 100 minutes). Ou alors, il faut pratiquer la «rafale»….
Dès lors, pourquoi «imiter» le film traditionnel avec une série récurrente montrée en duos? C’est une habitude en pays francophones, dans le sillage de la France. La RTS ne fait qu’imiter ses concurrents, même si elle précède leur jour de diffusion
Le «Un-par-un»!
«Westworld» s’inscrit dans ce qui tend à devenir une (bonne) habitude: proposer une série américaine vingt-quatre heures après la sortie aux USA, dans une version originale sous-titrée en français. Les américains comme HBO connaissent la force d’attraction des séries: les montrer un par un. Chaque épisode se termine donc sur une forme de suspens qui provoque assez de curiosité pour souhaiter voir la suite. Impossible, 24 heures après une diffusion unitaire aux USA de montrer deux épisodes en même temps. Et c’est ainsi que la RTS, comme la RTBF, souvent ignorée des téléréseaux et OSC en France, respectent l’esprit même de la série: la fin de chaque épisode est faite pour provoquer l’attente du suivant.
Subsiste un regret: l’heure tardive (22h45) choisie par la RTS. Mais placer les séries récurrentes haut de gamme à une heure de moyenne ou faible écoute est un principe bien installé dans la programmation de la RTS, même quand il n’y a pas de sous-titres. Hélas!
« Infrarouge » a fait son temps!
Temps de parole et « Mots-à-la-minute »
(Mercredi 28 septembre 2016 à 07h56)
On entend parfois, dans une émission de débat, mentionner l’égalité du temps de parole entre participants ou groupes comme élément de « justice » – c’est le cas à « Infrarouge ». C’est là bien piètre mesure. Il s’est trouvé, aux USA, des observateurs pour fournir quelques chiffres, cités par « Le temps » de ce jour. « Donald » a parlé pendant 44 minutes et « La secrétaire » (d’Etat, mais ancienne) pendant 41 seulement. Oui, mais le premier a prononcé 7870 mots, ce qui donne 179 mots-à-la-minute. Les 6181 mots de la deuxième se retrouvent à 151 en soixante secondes. Il est où, le bon critère : dans le temps de parole ou dans les mots prononcés en une minute ? Se trouverait-il dans la qualité de la construction d’une phrase? Quelle est l’influence des quantités de temps et de mots sur le public.
Ce que l’on appelle ailleurs sondage sorti des urnes a largement fait savoir que le soixante pourcent environ des quatre-vingt ou cent millions d’américains ayant suivi l’émission (la fourchette est large dans les estimations du nombre de téléspectateurs) pense que Clinton-la-secrétaire a battu Crumb-le-donald! Alors, l’égalité du temps de parole à « Infrarouge », pas très sérieux!
Incursion vers CNN
Et d’abord un bref complément au texte ci-dessous, «Autour de la notion de débat», dans la partie «interpréter le décor»: suivi sur CNN des commentaires après le premier affrontement télévisé Clinton-Trumb aux USA. Autour de l’animateur, il sont huit, quatre par quatre, assis derrière une table demi-ronde, chacun portant son titre mais sans opposer quatre partisans de l’une contre quatre de l’autre. Des experts, plutôt, ceux que parfois l’on accuse de bien interpréter la situation… après, dans un élan de démagogie! Et bien, personne ne coupe personne. Chacun y a de son intervention, qui peut être un complément à la précédente. A première vue, dignité dans le comportement… même Trump. Dans les idées…. Il est aussi très intéressant de regarder celui (celle) qui écoute autant que celle (celui) qui parle! On s’écoute tout de même pour répondre.
«Infrarouge» a fait son temps
Le programme est chose finalement différente de la programmation. Placer un débat à 21h30, c’est courir le risque de faire moins bonne part de marché qu’avec une habituelle enquête bâclée d’une série unitaire américaine, hawaïenne ou française. La RTS a fait juste en avançant l’heure du seul débat «politique» régulier de son offre. Même si elle perd quelques plumes avec cette présentation avancée, elle restera encore et pour longtemps largement la plus suivie dans sa région de prédilection. Une moyenne annuelle autour de trente pourcent de part de marché garantit d’être devant TF1 ou M6 qui sont installés à un peu plus que dix, 28 ou 29 tout autant ! A coup sûr, le nombre de téléspectateurs présents à 21h30 est supérieur à celui qui suit la tv à 22h30.
La part de marché reste une information intéressante. Il semble que dans sa nouvelle case, «Infrarouge» s’en tienne à un 17 /18 pourcent. Mieux qu’avant en pourcentage? C’est ainsi solliciter une information du service de presse – chose faite à travers ce texte! Dans la moyenne annuelle actuelle ou en dessous? Probablement un peu en dessous, en tenant compte des audiences moyennes les plus récentes en notre possession, qui datent de 2011(!). Là aussi réponse sollicitée.
Changer la formule de cet «Infrarouge» actuellement souvent proche du «pugilat» gauche contre droite? Cela n’améliorerait pas forcément la part de marché. Mais peut-être que le téléspectateur apprendrait des choses qu’il ignore ou comprendrait mieux les enjeux de la politique, plutôt que d’assister à un débat d’assez mauvaise qualité.




























