« Westworld » : dans le haut de gamme ?

(Avertissement: Ces lignes sont écrites après avoir vu le premier épisode le lundi 3 octobre 2016 à 22h45 et l’avoir ensuite revu sur le site internet/Temps de lecture, environ quatre minutes – se laisser guider par les intertitres).

Au pied de l’ascenseur, lire aussi quelques considérations sur le principe même de la programmation des séries : un par un. Et deux images de « Westworld » en plus!

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«H ome B ox O ffice»

HBO, société de télévision payante aux USA, associée à Warner Bros, vient de produire pour cent millions de dollars la première saison de «Westworld». Encore faudrait-il trouver confirmations de ce montant, la réalité risquant d’être plus élevée que plus basse.

Cela fait donc dix millions de dollars pour un épisode de soixante minutes, cent soixante mille dollars la minute (onze fois plus que «Station horizon» par exemple – beaucoup moins qu’un film hollywoodien moyen – un film suisse de fiction à dix millions, c’est plutôt rare).

Lire la liste des productions d’HBO, c’est tout de même y trouver des séries qui ont ces dernières années retenu l’attention  (au moins la mienne!):

série HBO

Souvenirs, souvenirs : Les sopranos (photo HBO)

Dream one (1990-1996), Sex and the city ( 1998-2004), Les sopranos (19902007), Six feet Under (2001-1005), Sur écoute (2002-2014), Deadwood (2004-2006), En analyse (2008-2010), True Blood (2008-2014), Boardwalk empire (2010-2014), Games of Thrones ( depuis 2011 ), Girls ( depuis 2012), True detective ( depuis 2014 ), Silicon Valley (depuis 2014 ),Vinyl (2016)

Série HBO

Deadwood : ce pourrait être aussi un plan de « Westworld » ( Photo HBO)

Treize titres sur soixante-cinq: bonne proportion, en sachant aussi que bon nombre d’entre elles ne sont pas forcément parvenues, doublées ou non, sur les marchés francophones. Donc, à priori, l’attention s’impose quand apparaît au générique « HBO »

Une idée venue de loin

 A l’origine de la série, il y a un film datant de 1973, «Mondwest». Il suffit d’entreprendre une recherche en tapant «Mondwest – Michael Chrichton». Bonne lecture! Mais, Wikipedia, ça existe, même si je n’ai aucun souvenir de ce film, très probablement pas vu il y a plus de quarante ans.

Yul Brynner dans "Mondwest" en 1973 ( Photo HBO by: Mary Evans/Ronald Grant/Everett Collection(10346668)

Yul Brynner dans « Mondwest » en 1973 ( Photo HBO by: Mary Evans/Ronald Grant/Everett Collection(10346668)

Situation de base

 Dans un imposant laboratoire, enterré dans un désert, comme certains plans d’extérieurs permettent de le deviner, une équipe de scientifique fabrique des robots humains parfaitement crédibles et répare ceux qui sont malades ou blessés. Ces humanoïdes deviennent les habitants d’une bourgade de l’Ouest américain, avec shérif, saloon où l’on boit et croise des filles surveillées par une maquerelle, maison d’accueil, échoppe médicale, etc. De grands espaces extérieurs font le charme d’un western dès le premier épisode sans Indiens. Un tueur rôde. Chaque jour le train déverse dans la bourgade son flot de voyageurs.

Mais cette bourgade n’existe pas. C’est un parc d’attractions qui met en scène la vie telle qu’elle pouvait se dérouler au XIXème siècle, dirigé par les gens de la fabrique. Il s’agit donc d’un solide mélange de science-fiction avec une «réalité», qui est celle de la vie dans l’Ouest comme le cinéma l’a si souvent raconté – et parfois fort bien – avec un élément supplémentaire, les visiteurs.

Et c’est ainsi que «Westworld», série récurrente, met en scène la mise en scène d’un spectacle comme le cinéma peut le faire. L’équipe qui dirige la fabrique remplace le producteur qui dirige l’opération, avec son réalisateur, son scénariste, son responsable qui contrôle toutes les étapes. Des tensions internes surgissent. Il s’agit donc d’une parabole sur la création, avec le Dr Robert Ford (Anthony Hopkins), créateur et directeur du parc, Bernard Lowe (Jeffrey Wright), metteur en scène, Theresa Cullen (Sudse Babete Knudsen, mais oui, trouvée dans son «Borgen» danois), la scripte qui veille à tout, ou encore Lee Sizemore, le scénariste-dialoguiste.

 Jeffrey Wright ( Bernard Lowe), directeur de la programmation du parc) et Anthony Hopkins ( Dr Robert Ford, créateur de la fabrique et directeur du parc) (Photo RTS/HBO)

Jeffrey Wright ( Bernard Lowe), directeur de la programmation du parc et Anthony Hopkins ( Dr Robert Ford, créateur de la fabrique et directeur du parc) (Photo RTS/HBO)

«Hôtes» et «Arrivants»

 Les habitants du village sont donc les personnages traditionnels d’un western, que le personnel de création de la fabrique considère comme des acteurs qui jouent dans un western traditionnel sans Indiens, du moins dans le premier épisode. Ce sont les «Hôtes», auxquels viennent s’ajouter les spectateurs qui assistent au spectacle, que l’on ne montre pas dans un film traditionnel, les «Arrivants».

Il n’y a pas de doutes à avoir sur la nature des scientifiques qui dirigent la fabrique. Mais dès que l’on est dans le spectacle, tout peut devenir confus. La minutie de la reconstitution, autrement dit de la mise en scène du western est telle que les acteurs ne sont pas tellement différents des spectateurs. Mais les premiers sont des robots, les seconds des «vrais» gens. Et ils se ressemblent.

James Marsden (Teddy Flood, un arrivant) et Evan Rachel Wood (Dolorés Abernathy) ( Photo HBO/RTS)

James Marsden (Teddy Flood, un arrivant) et Evan Rachel Wood (Dolorés Abernathy) ( Photo HBO/RTS)

Un enfant noir «arrivant» demande à Dolorès Abernathy, séduisante jeune femme qui se pose de multiples questions, inquiète par la santé de son père si elle «en est vraiment une», mais sans dire quoi. Le train qui traverse le paysage ressemble à un modèle réduit qui se déplace sur une maquette. Les méchants tirent avec efficacité: une balle, et il y a un mort, qui survit sans la moindre blessure. Des robots vont se mettre à rêver. Mais pour se mettre à rêver, pour avoir des sentiments, il faut être capable de se souvenir. Il y a ainsi des «hôtes» qui souffrent risquant d’échapper à leurs créateurs.

Et le téléspectateur se met à être son tour à être sinon un acteur, du moins une sorte d’enquêteur  mis dans l’obligation de saisir les signes souvent discrets de la détérioration des «Hôtes», pas tellement différents des «Arrivants». Le spectateur que nous sommes devant les écrans en général petits qui sont les nôtres va s’y perdre. Est-il vraiment possible que la touchante Dolorès puisse être sensible à une mouche sur son cou – elle la chasse discrètement, dernier geste du dernier plan du premier épisode…. Dolorès est-elle encore un robot ?

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Enfin une bonne programmation !

Thandie Newton (Maeve Millay, la mère maquarelle) et Rodrigo Santoro (Hecor escaton, le hors-la-loi ) : des robots, vraiment?

Thandie Newton (Maeve Millay, la belle maquarelle) et Rodrigo Santoro (Hecor escaton, le hors-la-loi ) : des robots, vraimen

Une série, surtout si elle est récurrente, est faite d’épisodes à voir un par un, de jour en jour ou de semaine en semaine. La durée d’un épisode est très variable, de quelques minutes à plus d’une heure. Les formats entre quarante et soixante minutes sont les plus fréquents. Présenter une série en duos, c’est s’en tenir à une durée qui reste celle du long-métrage cinématographique (entre 80 et 100 minutes). Ou alors, il faut pratiquer la «rafale»….

Dès lors, pourquoi «imiter» le film traditionnel avec une série récurrente montrée en duos? C’est une habitude en pays francophones, dans le sillage de la France. La RTS ne fait qu’imiter ses concurrents, même si elle précède leur jour de diffusion

Le «Un-par-un»!

Pour le paysage et l'Homme en noir (Ed Harris) : Pour le paysage

Pour le paysage et l’Homme en noir (Ed Harris)

«Westworld» s’inscrit dans ce qui tend à devenir une (bonne) habitude: proposer une série américaine vingt-quatre heures après la sortie aux USA, dans une version originale sous-titrée en français. Les américains comme HBO connaissent la force d’attraction des séries: les montrer un par un. Chaque épisode se termine donc sur une forme de suspens qui provoque assez de curiosité pour souhaiter voir la suite. Impossible, 24 heures après une diffusion unitaire aux USA de montrer deux épisodes en même temps. Et c’est ainsi que la RTS, comme la RTBF, souvent ignorée des téléréseaux et OSC en France, respectent l’esprit même de la série: la fin de chaque épisode est faite pour provoquer l’attente du suivant.

Subsiste un regret: l’heure tardive (22h45) choisie par la RTS. Mais placer les séries récurrentes haut de gamme à une heure de moyenne ou faible écoute est un principe bien installé dans la programmation de la RTS, même quand il n’y a pas de sous-titres. Hélas!

 

 

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