Séries TV
Conversations avec Mr. Poutine
Lundi 26 juin 2017, France 3 présentait les deux premiers épisodes d’une série de documentation/information tournée par un grand cinéaste, Oliver Stone en premier rideau, de 20h55 à 24h00, avec deux épisodes complétés par une première réflexion d’invités en fin de soirée.
Les épisodes 3 et 4 sont inscrits sont inscrits au programme des mercredi 28 à 23h30 et jeudi 29 juin à 23h40, comme s’ils n’étaient destinés qu’aux plus courageux des téléspectateurs insomniaques. Une fois de plus, une chaîne de télévision cherche à faire glisser ses « clients » vers internet accessible à toute heure.
Oliver Stone
Oliver Stone est un grand réalisateur américain né en 1946, à la riche filmographie, une vingtaine de longs-métrages, comme « Wall street » ( 1987 et 2010), « Platoon », « Né un a juillet », « JFK ». Il a aussi emprunté la voie du cinéma de documentation pour « Comandante » (des entretiens avec Fidel Castro – 2002 ), « Looking for Fidel » (2004- même interlocuteur, diffusé sur le petit écran). L’ensemble de son œuvre aborde, dans une totale liberté, des sujets qui concernent son pays dans un esprit critique assez sévère.
Comment un réalisateur américain parvient-il à obtenir du président d’un grand pays comme la Russie une douzaine d’entretiens de parfois plusieurs heures chacun, pour récolter plus de vingt heures d’images et de sons qui vont servir en bonne partie à élaborer une série de quatre épisodes d’une heure ?
Le réalisateur, qui maîtrise son montage, peut construire sa série en complétant les entretiens par différents documents américains ou russes qui s’en viennent corroborer des éléments des conversations. La structure centrale de ce que l’on pourrait appeler « témoignage audiovisuel » est fondée sur le verbe.
Le parti- pris
L’attitude du réalisateur qui ne prétend pas être journaliste est simple : il pose des questions autour de quelques grands thèmes, écoute les réponses qui amènent d’autres remarques. Au montage, il respecte l’unité de lieu. Il glisse d’un sujet à l’autre sans ajouter de commentaire qui lui permettrait de mettre en doute la réponse. Il ne s’agit donc pas d’un débat.
Poutine parle russe, Stone anglais. Entre eux, un troisième homme, discret, le traducteur. Sur la bande sonore, on entend sans avoir besoin de chercher à les comprendre, les interventions de chacun. La version proposée par France 3 restitue en français, avec une subtile fluidité, une conversation qui se tient dans deux autres langues.
Pour enregistrer ces conversations, il met en place un dispositif assez lourd : il dispose d’au moins deux caméras et micros. L’entretien s’effectue sous différents angles. A plusieurs reprises, on voit le trio principal entouré d’une équipe technique, dont la présence semble n’avoir aucune influence sur le trio formé du président, de son interlocuteur et du discret traducteur. Cet environnement technique ne gêne personne.
De la première à la deuxième partie, on sent une certaine évolution : plus le temps passe et plus les images se rapprochent des visages, les plans rapprochés remplaçant souvent ceux d’ensemble. Comme si on partageait une sorte de climat de confiance réciproque – de complicité même ? Le recours au montage de documents extérieurs ne nuit pas à la priorité attentive portée à la conversation.
Aux USA, reproche aurait été adressé au cinéaste questionneur d’une trop grande connivence frôlant l’obséquiosité avec son interlocuteur. Stone voulait donner à écouter ce que le Poutine dit de son pays et des relations avec les USA qui ne sont ni au beau fixe, ni à l’orage permanent. Il ne lui appartient pas de commenter les réponses qui lui sont données. Il se refuse à toute forme de polémique.
Un utile débat
Sylvie Kaufmann ( journaliste au « Monde »), Bernard Quetta ( « France Inter), Renaud Girard ( « Le Figaro », partenaire de France 3 pour cette série pour cette mini-série), Hubert Védrine ( ancien ministre des affaires étrangères ) et Oliver Stone ont participé vers 23 heures à un fort intéressant premier débat complétant sur plusieurs points la conversation, choisissant des angles d’approches différentes. « Conversations avec Mr Poutine » est tout simplement un excellent document audiovisuel, présenté en priorité et peut-être uniquement sur de petits écrans.
Une telle minisérie contribue peut-être à mieux comprendre la place de la Russie nouvelle dans le monde d’aujourd’hui. Il pourrait être intéressant d’y revenir….
« The night of »: mieux sans coupe pub!
Dimanche 4 juin 2017 : pris plaisir à revoir, même sur TF1, quelques moments d’un film d’animation délirant et très en couleurs, « Rio2 » de Carlos Saldanha. Au milieu de n’importe quelle séquence, coupe pub ; longue : normal pour une chaîne qui vit uniquement de recettes publicitaires. Mais difficile à supporter…
Vendredi 26 mai 2017 : RTS 1 proposait donc « The night of », série inédite, qui débute peu après 23h00. Vers 23h30, coupe publicitaire, assez longue, bien entendu placée n’importe où, dans une série tendue, fondée sur le comportement des personnages, non sur de multiples actions bondissantes. Est-elle acceptable, cette coupe, pour une chaîne qui certes trouve le 30 % environ de son financement à travers la pub et le sponsoring ? Encore une touche de pub, très brève, entre les deux numéros de la série. A 23 :30, le public se fait rare ; et plus encore peu après minuit. Insupportable coupe dans une fiction, qui plus est de plus de haute qualité ! Mais le principe serait le même pour une émission courante… Facture-on la seconde de pub proportionnellement à l’audience ?
Faut-il vraiment gâcher le plaisir d’une minorité de téléspectateurs par une interruption publicitaire mal placée? Il est regrettable qu’une émission, même en projection nocturne, soit interrompue par une plage publicitaire. Mais à qui s’adresser pour que cesse ce qui est simplement de l’incorrection à l’égard du téléspectateur?
Bonne impression confirmée
Vu les épisodes 3 et 4 de la série, non pas vendredi 2 juin, mais sur site de la RTS, en « replay », sans risquer d’interruption. Bonne impression initiale confirmée : le style de la mise en scène ne change pas, ni celui de l’écriture. Bien entendu, il ne s’agit pas de mettre l’accent sur la recherche du coupable, puisque celui-ci est en principe tout trouvé, comme le spectateur le sait. Plutôt que de résoudre une énigme, il s’agit d’observer comment fonctionne la société, avec coupable ou faux coupable dans son entourage familial, quel est le comportement de la police et de la justice, d’entrer dans une prison. Il y a aussi un avocat qui rode avec son exzéma !
Conseils ont été donnés à Nasir de dire la vérité, toute la vérité devant le tribunal. Et il dit exactement ce qui s’est passé. A la grande surprise de ses conseillers. Il raconte donc ce que le spectateur a vu durant le premier épisode. C’est aussi un exemple de la haute qualité de l’écriture et de la mise en scène, à travers le jeu des acteurs, malgré un doublage pourtant bien fait qui ne « sonne » pas toujours très juste, ne serait-ce que par son principe même.
*=*=*=*=*=*=*=*=*
PS qui n’a rien à voir : il y avait grand vent, mardi 6 juin 2017 dans l’après-midi, sur Roland-Garros. Et de la pluie. Baczinszky-Mladenovic longuement remplacées par la reprise de Wawrinka-Monfils…. Il n’y a presque que le sport qui ose bousculer les horaires…Normal puisqu’il est « rassembleur »……
« The night of » : Une série à suivre!
A l’origine de cette mini-série ( huit épisodes d’environ soixante minutes, ce qui fait tout de même près de huit heures de diffusion), un série britannique, « Criminal Justice » dont on peut ignorer l’existence ce qui n’empêche pas de la mentionner.
Naz (Riz Ahmed), étudiant issu d’un milieu d’origine pakistanaise, « emprunte » un soir le taxi jaune (62P4) de son père. Une jeune femme s’installe sur le siège arrière et lui « ordonne » de se rendre au bord de la mer. Mais la soirée finit chez elle, avec alcools, drogues et rageuse relation sexuelle. Par jeu et défi, elle aura planté un couteau entre les doigts de sa main. Il en fait autant mais blesse ensuite sa compagne. Quelques heures plus tard, Naz se réveille et quitte l’appartement en oubliant la clef de la voiture. Il revient sur ses pas et découvre le cadavre de la jeune femme (court plan du corps presque totalement ensanglanté).
Un inspecteur et un avocat
Il commet une faute de conduite et se fait arrêter par une patrouille. Conduit dans un commissariat, il sera interrogé par le l’inspecteur Dennis Box (Bill Camp). John Stone (John Turturro), avocat, se trouve au bon endroit au bon moment, par on ne sait pas très bien quel hasard et si c’en est vraiment un. L’homme de loi s’impose à lui comme défenseur. Il lui inculque une règle difficile à respecter : silence total avec tout le monde.
Naz est très mal pris. Il finit par affirmer son innocence. Mais l’est-il vraiment ? Que s’est-il passé avant son réveil. Peut-être est-il coupable, même sans le savoir. Dennis reste très calme, tout en croyant probablement Naz coupable en lui laissant entendre le contraire. Stone gravite dans ce monde des avocats qui espèrent tirer de l’argent de n’importe quelle cause, avec cynisme.
Une série sobre et retenue
Pas d’actions retentissantes. Pas de rebondissements spectaculaires. Plus de silences que de cris. Cela se passe comme si le réalisateur cherchait à saisir les pensées, les émotions, les élans, les peurs plutôt que de décrire les événements. Tant de calme et de retenue dans la mise en scène, à part quelques rares accélérations, incite le cinéphile à se demander s’il ne se trouve pas dans un film de Robert Bresson, entre « Pickpocket » et « Le journal d’un curé de campagne ».
Référence insolite, voire accablante? On se trouve devant une série tendue, grave, sobre ( comme le fut « True detective » ), qui donne en vie de parler de mise en scène, et pas seulement des richesses et subtilités de l’écriture. De telles séries sont rares. Elles s’inscrivent aussi dans la lignée de David Lynch (« Twin Peaks ») ou Jane Champion (« Top of the lake ») tous deux présents à Cannes il y a quelques jours.
Eléments de mise en scène
Alors voici quelques exemples de mise en scène qui donnent à « The night of » une certaine originalité. Au volant de la voiture qu’il vient de débarrasser d’un PV, Naz est si nerveux qu’il tourne brusquement à gauche là où il est interdit probablement de le faire. Il attire ainsi l’attention d’un duo de policiers de la route, qui oublient pourtant de contrôler son degré d’alcool.
Au poste de police, il doit se déshabiller complétement et subir une fouille corporelle intime en partie suggérée. On lui tend ensuite une combinaison « officielle » de détenu mis en garde à vue. D’une voix timide, il dit « merci ». Alors qu’il ne comprend pas ce qui se passe, il surprend en disant tout à coup :« Je veux un avocat » ! Et cette attitude défensive prend ainsi valeur d’aveu.
L’avocat est embarrassé par un exzéma aux pieds. Dans un autobus, il s’en occupe en se grattant. Une voisine se lève et va s’asseoir, sans un mot, sur une place encore libre loin de lui. Avertis des ennuis de leur fils avec la police, ses parents se rendent d’abord dans à une fausse adresse. Le policier qui mène le premier interrogatoire est tout de même surpris par la présence de l’avocat qui est venu imposer ses services à Naz. L’inspecteur Stone semble donner à Naz des conseils presque amicaux sans que l’on sache quelle est son intime conviction? Il finira par dire à un collègue qu’il n’a aucun doute, alors qu’on croyait pouvoir deviner le contraire.
Cette énumération de petites scènes apparemment un peu anodines donne une première idée de l’esprit de la série, qui montre ce qui se passe entre les événements. Cet entre-deux finit pas être plus intrigant, plus passionnant à deviner, dans le temps qui s’écoule en silences que des actions multiples brutalement accumulées.
Diffusion (trop) tardive!
Les six prochains épisodes pourront-ils se maintenir au niveau des deux premiers ? Ce serait la confirmation d’une impression initiale très favorable à cette série. Qu’elle soit proposée par RTS 1 entre 23h00 et 01h00 finit par être un signal : les responsables de la programmation de « notre » télévision ont un don assez développé pour repousser les séries récurrentes les meilleures à des heures tardives, comme si le public n’était apte qu’à apprécier des séries unitaires qui apportent la solution à une enquête faite d’actions violentes, de coups de feu avec beaucoup de sang.
*=*=*=*=*=*=*=*=*
PS1 à suivre: à propos du logo rouge
PS2, à venir aussi : une publicité incongrue!
« Critouites » pour séries récurrentes
Rappel : une critouite est un court texte servant de substitut à une critique sous forme de tweet, écrit « touite » en français, qui peut être traduit par « gazouillis »! Système de communication moderne, il est actuellement mis en valeur par le président d’un pays de 319 millions d’habitants (en 2014). Gazouillons en 140 signes espaces compris pour survoler différentes séries illustrées.
Critères
+ Il s’agit de séries entrant toutes ou presque dans le haut de gamme, choix assurément personnel, mais sans être seul à les tenir en bonne estime
+ Nous limitons nos choix aux propositions traditionnelles sur petit écran entre RTS1, RTS2, ARTE, France 2, France 3.
+ Pourquoi diable l’esprit de la série construite pour être découverte un épisode après l’autre, jour après jour ou semaine après semaines, n’est- il que rarement respecté ?
+ Préférence est donnée aux séries récurrentes plutôt qu’unitaires.
+ la RTS s’efforce de programmer une série sur ses canaux avant les généralistes concurrentes françaises. Grand bien leur fasse!
+ La RTS a le don de placer les séries récurrentes les plus exigeantes aux heures les plus tardives. C’est très regrettable!
Quelques titres
Le classement est fait selon les jours de la semaine. Il s’agit de séries à venir, en cours ou terminées. Pour chaque série, il y aura une photo et une « critouite » en légende (bleue).
Les Américains
( RTS1, en cours, lundis soirs, saison 3 entre 23h00 et 00h30)

Cà se passe sous Reagan, c’est déjà loin ! Un couple d’espions russes terriblement efficaces. Problèmes subtils avec la génération suivante.
Zone blanche
(France 2, lundis soirs, entre 21h00et 23h00 – avril 2017)

Une forêt inquiétante, des couleurs sombres, un côté « Twin Peaks ». Une enquête un peu bâclée par épisode. Une séduisante ambiance étrange.
Dix pour cent
(RTS1, mardis dès le 18 avril 2017, entre 22h00 et 24h00)
(France 2, mercredis dès le 19 avril, entre 21h00 et 23h00, suivis d’une reprise de la saison 1)

Succès presque garanti pour la 2ème saison autour d’une agence représentant des interprètes, entre la réalité assumée et l’imaginaire plausible.
True Detective
( RTS 1, mardis soirs, saison 1 en reprise, de 23h00 à 00h30 env)

Deux tempéraments d’enquêteurs plus importants que l’enquête pourtant passionnante qu’ils mènent. Le haut de gamme, aussi pour la réalisation.
Berlin 1956
(RTS1, les mercredis 5 et 12 avril 2017 de 22h30 à 01h00 avec comme titre Ku’Damm 56)
(Arte, les jeudis 6 et 13 avril de 21hoo à 23 :30)
Main basse sur Pepeys road
( Arte, jeudi 20 avril 2017, un trio en rafale dès 21h00

Messages anonymes (Nous voulons ce que vous avez) adressé aux habitants d’une rue de Londres. Excellents débuts; inégal. Personnages bien dessinés.
Madam Secretary
( Sur RTS 1, derniers épisodes de la saison 2, le jeudi 13 avril 2017)

Une tendance « Borgen », en politique américaine, avec accumulation de fonctions par une famille envahissante. Un tour du monde diplomatique
Homeland
( Saison 5, RTS1, vendredis soirs, entre 23h00 et 00h30)
Caïn
(France 2, vendredis soirs, entre 21h00 et 00h30)
Scénes de ménages
(M6, RTS en reprises diverses, toutes heures)
Retour, après détours, vers les séries
Je sens comme une sorte de frustration de passer presque trois semaines sans faire mention aux séries, à cause de trois brouillons restés dans le pipeline ! Il est pourtant facile de trouver parmi mes lectures quotidiennes un sujet qui permet d’amorcer ce retour. Voici le plus récent, en ouverture du TELEOBS,
MATTHEW WEINER
M A D M E N
LA MASTER CLASS
Oui, mais « Mad men » et ses sept saisons, c’est désormais un « classique », et des plus grands. Quatre pages denses à lire: cela reste à faire…
Autre page d’ouverture: POSITIF, la plus exigeante des revues consacrée au 7ème art, avec LES CAHIERS DU CINEMA, qui tardent du reste à prendre en compte les séries récurrentes, à quelques exceptions près («P’tit Quinquin») salue le cinéma fait en Suisse romande, avec sa couverture consacré à «L’opéra de Paris» de Jean-Stéphane Bron. Neuf pages à lire: cela reste à faire. Il faudra plus que la une d’une revue de cinéma pour faire un succès public même inscrit dans le lointain sillage de «MA VIE DE COURGETTE». Mais on peut tout de même saluer une première fois ce film qui a été co-produit par la RTS.
«Critouite»
Je ne savais pas ce qu’était une «Critouite». Si j’avais vingt ans, je le saurais peut-être! Alors, c’est quoi? C’est une critique d’un film dans le format du «tweet», autrement dit en cent quarante signes, espaces compris. Pas forcément le meilleur moyen de faire comprendre pourquoi on le défend. POSITIF a bien raison de consacrer plus que 140 signes à un magnifique film, «United States of Love» du polonais Tomasz Wasilewski. Mais allons-y d’abord d’une «critouite» :
Pologne dans les années 90, portraits de quatre femmes amoureuses contrariées. Très grand film. Le premier film polonais pornographique ?
Mon «Word count…» annonce 138 signes: Positif y consacre huit pages! Plusieurs autres sujets intéressants, «L’autre côté de l’espoir» d’Aki Kaurismäki (sept pages) ou «Félicité» d’Alain Gomis (deux pages), accessibles actuellement ou prochainement sur les écrans romands. Et impossible de résister au désir de prolonger la parenthèse.
Michael Moore (entre autres «Roger et moi» – 1989 / «Bowling for Columbine» – 2002 / «Farenheit 9/11» – 2004) disserte sur l’accession de Donald Trump à la présidence des USA. Il insiste entre autres sur l’importance des votes dans certains états : une analyse d’un solide lucidité en quinze mille signes environ. Oui, mais ce texte est d’abord apparu dans un blog publié ensuite dans The Huffington Post » ….. du 26 juillet 2016 !!!!
«Showrunner»
Déjà 2.800 signes à peu près, temps de lecture aux environs de deux minutes.
Et si on en revenait aux séries? Avec ceci au moins. A qui donc attribuer la paternité (ou la maternité) d’une séri ? Dans le domaine du cinéma, tel qu’il est couvert par POSITIF, LES CAHIERS DU CINEMA et quelques autres, l’auteur toujours cité est le réalisateur, présenté par «Un film de….». Dans les séries, surtout récurrentes, mais aussi unitaires, l’important pour tenir la durée réside dans l’écriture. Il y a donc souvent, autour d’un responsable appelé le «Showrunner», toute une équipe qui se répartit les travail, épisode par épisode ou même personnage par personnage. Lequel «directeur du spectacle» prend parfois la responsabilité de quelques épisodes et supervise le montage. A moins qu’il ne soit remplacé par le représentant de la chaîne productrice…. Le cinéphile accro au «cinéma d’auteur» se retrouve comme chatte sans ses petits quand il cherche le responsable de la création d’une série.
Alfred Hitchcock présente…
Pourquoi cette envie de remonter loin dans le passé? Un peu pour se payer le luxe du «il n’y a rien de nouveau sous le soleil». Dès 1955, CBS aux USA présente une série qui finira par compter 268 épisodes, chacun de 26 minutes, entre 1955 et 1962. Il s’est probablement bien amusé à en réaliser une petite vingtaine. Les sujets sont en général inscrits dans son esprit, dont il prend la responsabilité de justifiant le «Alfred Hitchock présente»…
Et il dirige cette «collection» durant des années où il trouve de grands succès, généralement publics, avec «Mais qui a tué Harry ?» ( 1955), «Le faux coupable» ( 1956), «Sueurs froides» ( 1958), «La mort aux trousses» (1959), «Psycho» ( 1960), à se demander si la producteur de télévision ne cherchait pas alors à bénéficier de la notoriété du très grand «auteur» de films.
La RTBF: un exemple pour la RTS?
En dissertant de séries récurrentes, le 3 mars 2017, nous avons décrit la politique de la RTBF mise en place depuis quelques années et pris en compte le «désir» de Gilles Marchand, prochain directeur de la SSR-SRG de «booster notre offre de fiction, faire plus de films, plus de séries». Dans ces considérations, priorité est donnée aux séries récurrentes de cinq épisodes au moins, chacun d’une durée égale ou supérieure à quarante minutes.

Bruno Todeschini, dans « Dix » (2010), la meilleure série de la RTS ces dernières années, avec « Station Horizon » (Photo RTS)
Des comparaisons entre la RTBF et la RTS méritent d’être faites.
Population
RTBF: 11 millions d’habitants, quatre millions environ de francophones, y compris à Bruxelles.
RTS: environ deux millions de francophones pour huit millions et demi d’habitants.
Chaînes
Belgique francophone: La Une, La Deux, La Trois / site internet
Suisse romande: RTS Un / RTS Deux / site internet
Parts de marché
RTBF, passe de 19 % il y a 5 ans à 25 % actuellement
RTS, assez stable, 33 à 34 % en premier rideau ( de 18 à 23 heures)
Budget (radio et télévision confondues)
RTBF , 300 millions ( en francs suisses)
RTS, 400 millions par an
Séries récurrentes
RTBF: en principe quatre séries de dix épisodes d’environ 50 minutes, ce qui assure 40 semaines à l’écran, en premier rideau le dimanche soir.

Angelo Bison (Guy Béranger, au centre), accueillli après sa sortie de prison, dans *L’ennemi public » (Photo RTBF)
RTS: trois séries tous les deux ans, donc dix épisodes de 50 minutes qui apparaissent en premier rideau le samedi soir.
Séries récurrentes
Coût d’un épisode de 50 minutes:
RTBF: 250 mille francs
RTS: 450 mille francs

« Staton Horizon », meilleure série de la RTS avec »Dix », aurait mérité de revenir en deuxième saison.
Coût à la minute
RTBF: 5000 francs
RTS: 9000 francs
Investissements en % sur les séries « récurrentes »
RTBF: dix millions pour quatre séries de dix épisodes (un peu plus de 3%)
RTS: Trois séries en deux ans, 4 millions pour une dizaine d’épisodes (1% environ)
*=*=*=*=*==*=*=*=*
Remarques
L’accueil du public suisse romand face à une série suisse romande est en général assez bon. Il est probable que l’accueil d’une série belge francophone par le public belge francophone le soit aussi.
Les séries récurrences de Suisse romande n’atteignent pas (pas encore?) de public international, sauf à travers TV5. Et la RTS n’indique guère la manière dont ses séries passent en Suisse alémanique et au Tessin: bizarre disrcrétion, signe d’un manque de considération d’une région à l’autre?

Un paysage du Semois, dans « La Trève* : la série a été présentée sur un grand écran d’une salle à Bruxelles en même temps que sur le petit, intéressante expérience ( Photo RTBF)
Deux séries récurrentes francophones belges , «La Trève» et «L’ennemi public» ont bien accueillies à l’étranger («L’ennemi public» dans un dizaine de pays).
La vente de séries à des pays étrangers est considérée par les responsables de la RTBF aussi comme une source de revenus. Même au tarif minimal de 100 francs la minute, dix pays représentent au moins mille francs la minute, donc le 20% de l’investissement de base ( cinq mille francs la minute). Autrement dit, le rendement international d’un quart des séries devrait permettre d’en produire une cinquième. La vente peut être remplacée par un échange: une série de cinq épisodes remplirait ainsi dix soirées!
Mais l’accès à un marché international n’a pas qu’une valeur financière. Il est évident que notre connaissance de l’Islande, du Danemark, de la Suède, de la Norvège et désormais de la Belgique est enrichie par la découverte de séries récurrentes, y compris sous un angle à composante «touristique».
Une série récurrente, opération coûteuse, ne doit pas seulement s’inscrire au moins dans la moyenne annuelle de la chaîne qui la diffuse. Elle devrait être assez audacieuse pour sortir des frontières du rayon de diffusion de la chaîne dont elle est l’émanation.
Pourquoi la Belgique francophone fait-elle mieux, actuellement, que la Suisse romande? Je n’en sais fichtre rien! A la RTS, le manque d’audace commence peut-être dès l’écriture freinée par l’obligation de la présence en premier rideau du samedi soir?
« Faire plus de films, plus de séries »? Une excellente « politique » pour un proche avenir, que seule une entreprise publique forte peut conduire…
« Désir » de séries récurrentes
En février 2012 apparaît sur ARTE (en même temps en Belgique) une série récurrente qui fera date: «Borgen», issue de la télévision de service public d’un pays de 5.7 millions d’habitants, le Danemark. Elle arrive sur RTS Un en septembre. Il se passe quelque chose: la série sera reprise dans au moins trente pays différents. Et d’être alors quelques-uns à poser la question: «A quand l’équivalent d’un «Borgen» en Suisse». Réponse parfois entendue: il faudra bien vingt ans pour y arriver!
«Booster notre offre de fiction»
L’attente pourrait être abrégée, à croire certaines déclarations précieuses du futur Directeur de la SSR-SRG, Gilles Marchand qui, dans la Tribune de Genève (26-27 novembre 2016), parlait de sa future politique des programmes en ces termes:
J’aimerais booster notre offre de fiction. Faire plus de films, plus de séries. Car c’est la capacité d’un pays à se raconter. Les Scandinaves ont réussi à développer une culture de la série. Mais cela demande des moyens (…) Il faut savoir qu’une fiction américaine achetée nous coûte 100 francs la minute. Une fiction produite en Suisse, c’est 14’000 francs ( … ) L’objectif serait d’avoir un peu moins de séries étrangères et un peu plus de fictions suisses..
Où en est-on, dans quelques «petits» pays, avec les séries récurrentes, celles que l’on peut classer dans au moins le haut du milieu de gamme? Quelques exemples:
Pays par pays
Islande: 330 mille habitants, deux séries, «Trappel» et «Meurtre au pied du volcan» ont brisé les frontières pour s’exporter dans un plus ou moins grand nombre de pays.
Suède: 9.7 millions d’habitants, «Meurtres à Sandham» et surtout «Reals humans» ont fait parler d’eux à l’international. Pour la Norvège, 5.2 millions, ce sont: «Lylihammer», «Occupied», «Mammon».
Danemark, 5,7 millions: la liste est longue, qui commence il y a vingt ans avec «L’Hôpital et ses fantômes» et s’enrichit de «Borgen» dès 2010, «Bron», «Killing», «1964», «Traque en série», «Norskov», «Follow the money», parfois en plusieurs saisons.

Sidse Babett Knudsen (Brigitte Nyborg), la magnifique actrice en présidente dans « Borgen » la meilleure des séries citées dans ce texte
Il faut retenir côté flamand de la Belgique, «Salamander» et le très attendu « Beau Séjour» (dès le 02.03.17 sur ARTE qui joue un précieux rôle de défricheur dans ce domaine des séries non-américaines), côté francophone «La Trève» et «L’ennemi public» qui vient de terminer sa carrière sur TF1, qui n’est pas particulièrement habituée à montrer une série récurrente exigeante en premier rideau.

« Beau Séjour », une mise en scène réaliste, presque comme dans un reportage, pour une morte qui enquête sur sa propre mort : à coup sûr, intéressant, mais …. ( photo ARTE)
La plupart des séries citées ont été exportées, donc «vendues» ou «échangées», dépassant ainsi la seule présentation sur la chaîne d’origine. Les informations à leur propos permettent d’affirmer que ces séries sont généralement bien accueillies sur le marché régional ou national dont elles sont l’émanation. Le passage à l’étranger est ainsi tout bonus
Côté Suisse, en Romandie, deux titres: «Dix» et «Station horizon». Il est difficile d’y ajouter le «Croque-mort» alémanique. On ne sait pas grand chose, ici, de séries tournées à Zürich ou Lugano, si tant elles qu’il en existe! La communication audiovisuelle en télévision n’est pas une préoccupation prioritaire!
L’exemple de la bilingue Belgique
Depuis la mise en ligne du texte qui précède celui-ci sur le blog, il m’a paru intéressant d’aller chercher des informations complémentaires sur ce qui se passe actuellement en Belgique francophone, sous la direction de François Tron, un français issu de France 2 devenu responsable des antennes puis directeur général de la RTBF. En novembre 2016, «Téléobs» lui faisait passer par écrit un «grand oral». Voici quelques informations glanées dans ce texte et ailleurs.
En 2013, la RTBF ne vouait guère d’attention aux séries récurrentes. Décision fut alors prise, entre francophones y compris ceux de la région de Bruxelles, potentiellement 4 millions d’habitants, de lancer un appel à projets de séries récurrentes. Il y eut 140 propositions. Une dizaine fut retenue. Chaque projet était enraciné dans une partie du pays mais son sujet avait potentiellement une force romanesque qui lui permettait d’éventuellement retenir l’attention hors des frontières linguistiques nationales.
Décision fut prise de financer un pilote d’une dizaine de minutes pour ces projets. Quatre furent finalement retenus. Deux sont terminés, «La Trève» qui a déjà intéressé plusieurs pays, dont les USA par le groupe Netflix et surtout «L’ennemi public» dont TF1 vient d’achever la diffusion, déjà vendu dans une dizaine de pays.
Cette volonté de sortir de la région de production est un calcul clair. La RTBF s’est interrogée sur la télévision au début des années 2020. Il est apparu que l’apport de la publicité (le 25% du budget en Belgique, comme en Suisse) risquait bien de diminuer, celle-ci de plus en plus tournée vers internet et les réseaux sociaux. Dès lors, décision fut prise de produire quatre séries de dix épisodes d’un peu moins d’une heure pour occuper l’antenne durant quarante semaines. Et d’emblée, «la Trève» et «L’ennemi public» auront brisé les frontières linguistiques nationales. Réussir à exporter une série, c’est aussi faire une bonne affaire et contribuer au prestige de la création audiovisuelle du pays d’origine, quelle soit due à la télévision et/ou au cinéma.
Intéressante comparaison à faire – prochainement – entre la RTBF et la RTS, avec ce salut à « L’ennemi public » qui vient d’être présenté de manière un peu surprenante sur TF1:
Séries belges
Que sait-on de la Belgique et de sa partie francophone si l’on dispose, comme source d’information, de la seule télévision romande? A dire vrai, pas grand chose: Bruxelles n’a pas le pouvoir attractif de Paris. Que sait-on de la RTBF, la télévision d’environ quatre millions de francophones parmi les onze de belges? Pratiquement rien: les cablo-distributeurs, attentifs à proposer de nombreuses chaînes françaises, ignorent la télévision généraliste de service public de Belgique. C’est regrettable: la francophonie pourtant existe! Les cablo-distributeurs de Belgique consacrent deux euros par abonné pour alimenter un fonds de création audiovisuelle. Faire comme les Belges ne conduirait pas les sociétés suisses de distribution à la ruine!
( Vient de paraître, LE MEDIATIC no 195 -Mars-Avril 2017. En pages 4 et 5, intéressant entretien avec le futur Directeur Général de la SSR-SRG, Gilles Marchand. A propos de l’investissement actuel de 27.5 millions de francs chaque année pour soutenir le cinéma suisse, M.Marchand dit :
La création d’un fonds permettant d’irriguer de manière plus dense qu’aujourd’hui la production cinématographique suisse serait la bienvenue. Je souhaite que des diffuseurs comme Swisscom ou Cablecom, qui font profit grâce à nos programmes, y contribuent. De même, les fenêtres publicitaires pourraient laisser une petite partie de leur marge en Suisse pour nous aider à faire plus de co-productions. Je vais essayer d’agir dans ce sens.(..)
Et si la RTSR soutenait une telle démarche???? ( 23.02.17 – 15h05)
Connaît-on la production des séries de Belgique? Mal; assurément moins bien que les nombreuses séries de France atteintes directement sur les chaînes françaises ou proposées souvent en priorité sur les écrans de la RTS.
Hasard du calendrier, découvert lors d’une lecture de « Télérama » il y a quelques instants (Edition du 22.02.17 – page 73) : le jeudi 2 mars dès 21h, ARTE présente les deux premiers épisodes d’une série de la Belgique flamande, « Beau Séjour ». Le résumé, dit « pitch », est assurément séduisant: Une adolescente assassinée recherche son meurtrier, dans une campagne hors du temps. Une première image intrigante: (23.02,17 – 16:00)

La série de la télévision belge flamande a été récompensée à « Séries Mania 2016 » d’un Prix du Public ( photo ARTE)
Le budget annuel de la RTBF se situe aux environs de trois cents millions d’euros, pour un public potentiel de quatre millions sur onze, budget couvert à 75 % par l’Etat et 25 % par la publicité. A première vue, situation assez semblable à la RTS, mais avec un public potentiel francophone belge double du romand!
Dans le domaine des séries, on a pu glaner ici ou là plusieurs productions entièrement ou partiellement belges. «The Team» associait dans une enquête sur la mort de trois prostituées les télévisons du Danemark, d’Allemagne et de Belgique, avec une participation montagnarde de l’Autriche. On y trouvait un acteur suisse, Carlos Léal. (Juillet/août 2015 sur RTSun vers 22h30).
«Salamander» , tournée en 2012, sortit en janvier 2015 sur la chaîne romande: cette série fort intéressante, mais touffue, d’origine flamande serait restée inédite dans la partie francophone de son pays d’origine. Il en fut question dans ce blog le 10 février 2015.
«La Trève» a été présentée par la RTS en juin et juillet dernier 2016. Le fil rouge décrit les conséquences de la mort d’un jeune footballeur d’origine africaine. Durant cette période fleurissait l’Eurofoot!
Ces trois séries oscillent, au gré des souvenirs, entre le haut du milieu de gamme et le bas du haut. Elles méritent donc d’être citées.
Voici une nouvelle série belge, incontestablement à inscrire dans le haut de gamme, «L’ennemi public», qui apparaît de manière inattendue sur «TF1» qui n’a pourtant pas l’habitude d’introduire dans son premier rideau des fictions qui ne craignent pas les complications nées de personnages ambigus et contradictoires. Il faudra revenir sur ses évidentes qualités de cette série.

Les trois plus importants personnages de « L’ennemi public », Chloé Muller (Stéphanie Blanchoud), Guy Béranger (Angelo Bison) et Lucas Stassart (Clément Manuel) ( Photo RTBF)
Compliqués, ces lundis soirs qui offrent actuellement trois épisodes de «L’ennemi public» entre 21h et 00h10 sur TF1, un seul de «Big little Lies», très attirante série américaine sur RTS Un entre 22h40 et 23h30, puis, toujours sur RTS Un, un numéro un de la troisième saison de «Les américains» entre 23h30 et 00h15. Cruel embarras du choix! Heureusement, il y les présences sur internet en «play-tv» durant sept jours. Il faudra donc revenir sur ces trois offres, deux inscrites dans le haut de gamme, trois en pariant sur les qualités de «Big little Lies».
Retour sur « Madam Secretary »
A ne pas manquer ce lundi 20 février 2017, sur RTS Un, vingt-quatre heures après la sortie aux USA, en version doublée, hélas un peu tardivement (22.40), une nouvelle série qui devrait s’installer dans le haut de gamme, « Big Little Lies », inscrite avec parait-il plus de noirceur dans la ligne de « Desperate Housewiwes », suivie du début de la troisième saison d’une série déjà installée dans le haut de gamme, « Les Américains », à une heure décidément maladroite ( 23h30!). Très bons choix, sauf les heures de diffusion. Presque comme d’hab! (Fyly)
*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*
Le 3 janvier 2017, après les onze premiers épisodes sur les vingt-deux de la saison un, j’étais prudent mais bienveillant, relevant les atouts d’un sujet en principe bien traité. Dans l’échelle personnelle qui va de un, le bas du bas de gamme, à neuf, le haut du haut, j’étais à la hauteur six, au haut du milieu. Le 9 février 2017, RTS1 propose les deux premiers épisodes de la deuxième saison qui en comprend 23 ! Aux Etats-Unis, CBS proposait l’épisode 13 de la saison 3 le dimanche 29 janvier 2017 ( un par un, contrairement à la RTS qui imite par petites rafales ce qui se fait à Paris !). Conclusion : increvable la série. Et l’avenir pourrait bien être à elle : il suffira de procéder à une nouvelle élection présidentielle fictive pour que tout se poursuive autrement qu’avant. Ne vient-on pas dans un récent épisode de s’interroger sur les difficultés pour la mise en place de l’accord commercial entre pays qui bordent le Pacifique, alors que le nouveau président aura du moins pendant quelques jours fait savoir que cet accord devait être jeté à la poubelle.
Or donc le sujet permet de couvrir le vaste monde à travers la diplomatie conduite par la Secrétaire d’Etat, parfois en situation de conflit quand le rude proche collaborateur personnel du président Dalton, Russel Jackson, fait obstacle. Plausible historiquement ? La politique menée par le président de la série, est-ce celle de Bush ou d’Obama ? Plutôt celle de Bush ! Oui, mais on ne va pas demander à une série de divertissement « grand public » d’être une contribution entièrement fidèle à des événements politiques ou diplomatiques. On peut se contenter de croire que la réalité n’est pas totalement étrangère à ce que l’on voit. Mais il a bien fallu reconstituer les décors réels en studio, comme si la Maison Blanche était à disposition de la télévision ou du cinéma, pour éviter des frais de tournage ! Va donc pour la plausibilité, sans poser d’exigence d’exactitude. Le plausible fait affaire !
Après : faut-il rechercher si chaque personnage à un « modèle » dans la réalité. Y a-t-il un peu d’Hillary Clinton dans le personnage d’Elisabeth McCord ? Qu’importe. Toujours est-il que madame la secrétaire d’Etat de la fiction rencontre dans une courte scène, un jour de découragement, une certaine Madeleine Albright, dans le rôle d’une très sage conseillère, elle qui fut vraiment secrétaire d’Etat sous Bill Clinton de 1997 à 2001.
Il y a les politiciens en place, avec des intrigues, des crocs-en-jambe, même une mort mystérieuse. A coté du gouvernement, il y a une sorte de « cabinet de l’ombre » composé par la famille McCord et certains de ses proches, très au courant les uns et les autres de toutes les affaires traitées par maman, même si on est dans ce qui devrait tenir du secret d’Etat. Parfois, la réflexion sur la politique américaine se prolonge au lit dans les élans amoureux d’un couple d’âge mûr. Stevie, la fille ainée, largement adulte, a un petit ami qu’elle doit protéger d’une rechute dans la drogue, lequel n’est autre que le fils du président Conrad Dalton. Pourquoi pas ! Peut-être y a-t-il, dans le fait que cela ne gêne en rien notre adhésion au récit, une approche de la vraie réussite de la série, l’attention que l’on porte à tout ce qu’on nous raconte en allant des décisions sur l’avenir du monde au moindre petit détail d’une vie familiale.
Tout cela est non seulement bien construit, mais aussi bien joué, bien rythmé, bien filmé, bien mis en scène, à travers parfois quelques moments plus touchants que vraiment émouvants. Voici pourquoi on peut classer la série dans le bas du haut de gamme. Mieux vaudrait peut-être écrire « pourquoi JE classe la série…
Madame la Secrétaire d’Etat
Le titre est clair en français. Il est plus court en anglais, «Madam Secretary», mais moins clair. Cette série de trois saisons et près de soixante épisodes est produite par CBS, une des grandes chaînes commerciales américaines. Elle est écrite sous la direction de Barbara Hall, paraît-il fort connue à Hollywood: repéré dans sa filmographie sa participation à l’écriture de «Homeland», saison 3.
Vu le jeudi 8 décembre sur RTS 1 les trois premiers épisodes, de 20h15 à 23h45, avec entr’actes publicitaires et saluts répétés aux sponsors. Intéressants et intéressé, mais sans plus. Première impression d’alors: on se trouve dans le haut du milieu de gamme (dans un système allant du «bas-du-bas» au «haut-du-haut», le haut du milieu étant ainsi au sixième étage.
Une structure habile
Bien entendu, il s’agit d’une pure fiction, avec des personnages aux noms inventés, qui ne cherchent même pas à faire ressembler à un quelconque «modèle». La Secrétaire d’Etat américaine, donc la ministre des Affaires Etrangères, est naturellement amenée à avoir des contacts avec des délégations étrangères qui se trouvent aux USA, éventuellement pour une session de l’ONU et à entreprendre de multiples voyages à l’étranger. Dans les onze premiers épisodes, on se rend ou rencontre des diplomates de nombreux pays: Syrie, Yemen, Pakistan, Chine et Japon, Iran, Afrique Occidentale, Inde, Irak, Venézuéla: presque un par épisode! Ensuite, on va passer par la Turquie, le Mexique, le Brésil d’Amazonie, la Bolivie, la Grèce, la Russie (sans les probables oublis de résumés survolés). On comprend comment il sera possible de tourner plus de soixante épisodes. Que voilà un sujet habilement choisi pour permettre de tenir la longueur et de faire du «tourisme» international.
Après la mort qui ne se révélera pas accidentelle de Marsch, le président Conrad Dalton, que l’on ne voit guère, nomme une nouvelle secrétaire d’Etat, Elisabeth Faulkner McCord (Téa Leoni), ancienne de la CIA qui enseignait à l’Université comme son mari qui continue de le faire. Elle n’appartient donc pas au sérail politique et dispose ainsi d’une belle indépendance. «Madam Secretary» met en place le milieu familial d’Elisabeth, trois grands enfants adolescents, l’entourage de la Secrétaire, avec ceux de la nouvelle équipe qui vont affronter les anciens, l’enquête sur la mort de Marsch, la vie quotidienne des uns et des autres inscrite dans les événements de la politique du pays, les intrigues tous azimuts, les surveillances réciproques, les alliances d’un jour défaites le lendemain, et ainsi de suite. On ne peut dès lors que s’incliner devant la multiplicité des situations rendues possibles par le choix du milieu dans lequel évoluent une bonne dizaine de personnages importants. On y trouve bien sûr, personnage central, celle qui donne le titre à la série, mais elle n’est pas constamment présente.

Elizabeth (Téa Leoni ) et Henry McCord(Tim Daly) avec Michael Boatman , Directeur du FBI (Keith Doherty (Photo RTS)
Le scénario de «Madam Secretary» est porteur de multiples promesses d’actions et de confrontations bien menées, sans temps morts. Mais se produisent assez souvent des événements trop prévisibles. Il manque à la mise en scène des moments de gravité, d’émotion dans la délicatesse, de vraies surprises, des gestes inattendus. Tout ce qui était dans le «Borgen» venu du Danemark. Peut-être la différence de ton entre le service public généraliste d’un petit pays et une chaîne commerciale d’un géant de ce monde.
Cruels choix du jeudi soir!
Pour qui s’intéresse aux séries, le jeudi, c’est cruel: trois épisodes le jeudi 8 décembre 2016 avec «Madam Secretary» sur RTS1, trois de «Profilage» sur TF 1, cinq «Murder» sur M6 (de 21h00 à 01h15), trois de «Cannabis» sur Arte. Idem les jeudis 15: «Léo Mattei» remplace «Profilage» sur TF1. Le 22, M6 fait une pause informative, Arte passe à «L’héritage empoisonné». Le 29, RTS 2 propose cinq épisodes de «Outlander» (de 22h30 à 03h20!!), France 3 ouvre «The Collection» ( «The», c’est plus attirant que «La» !!). Et le 5 janvier 2017, cela continue sur «RTS1», RTS2 ( avec cinq épisodes en reprise de «The Knick» – de 22h00 à 02h10 ), «Section de recherches» en trio sur TF1, M6 en pause.
On devrait parler plus souvent des programmatrices et programmateurs, dont on ne parle pas assez souvent, qui imposent le tir en rafale, trois épisodes (au moins) l’un après l’autre. C’est une absurdité par rapport à l’esprit même de la série récurrente qui devrait, comme sur le continent américain, jouer sur l’impatience de suivre le récit d’une semaine à l’autre, épisode par épisode. La RTS s’aligne sur ses voisins, les chaînes généralistes françaises, en s’efforçant de les précéder, ne serait-ce que de quelques jours. Il est dès lors impossible de respecter le principe même de la série récurrente: le «un-par-un»!
Le «sériophile» doit choisir? Pour tout voir, il doit être retraité survolté et surmené, pour supporter les «trois-par-trois». Il peut revenir à l’unité en profitant de la mise en ligne sur internet ou enregistrer la série. Pour ma part, je suis de plus en plus lassé par les enquêtes policières, les enlèvements, les agressions, les meurtres. Préférence, en alternance, pour «Madam Secretary» (politique) et «The collection», (la mode avant les années cinquante), faute de trouver actuellement du haut de gamme actuellement. Il doit bien y bien «The Young Pope»: mais où?















