La RTBF: un exemple pour la RTS?
En dissertant de séries récurrentes, le 3 mars 2017, nous avons décrit la politique de la RTBF mise en place depuis quelques années et pris en compte le «désir» de Gilles Marchand, prochain directeur de la SSR-SRG de «booster notre offre de fiction, faire plus de films, plus de séries». Dans ces considérations, priorité est donnée aux séries récurrentes de cinq épisodes au moins, chacun d’une durée égale ou supérieure à quarante minutes.

Bruno Todeschini, dans « Dix » (2010), la meilleure série de la RTS ces dernières années, avec « Station Horizon » (Photo RTS)
Des comparaisons entre la RTBF et la RTS méritent d’être faites.
Population
RTBF: 11 millions d’habitants, quatre millions environ de francophones, y compris à Bruxelles.
RTS: environ deux millions de francophones pour huit millions et demi d’habitants.
Chaînes
Belgique francophone: La Une, La Deux, La Trois / site internet
Suisse romande: RTS Un / RTS Deux / site internet
Parts de marché
RTBF, passe de 19 % il y a 5 ans à 25 % actuellement
RTS, assez stable, 33 à 34 % en premier rideau ( de 18 à 23 heures)
Budget (radio et télévision confondues)
RTBF , 300 millions ( en francs suisses)
RTS, 400 millions par an
Séries récurrentes
RTBF: en principe quatre séries de dix épisodes d’environ 50 minutes, ce qui assure 40 semaines à l’écran, en premier rideau le dimanche soir.

Angelo Bison (Guy Béranger, au centre), accueillli après sa sortie de prison, dans *L’ennemi public » (Photo RTBF)
RTS: trois séries tous les deux ans, donc dix épisodes de 50 minutes qui apparaissent en premier rideau le samedi soir.
Séries récurrentes
Coût d’un épisode de 50 minutes:
RTBF: 250 mille francs
RTS: 450 mille francs

« Staton Horizon », meilleure série de la RTS avec »Dix », aurait mérité de revenir en deuxième saison.
Coût à la minute
RTBF: 5000 francs
RTS: 9000 francs
Investissements en % sur les séries « récurrentes »
RTBF: dix millions pour quatre séries de dix épisodes (un peu plus de 3%)
RTS: Trois séries en deux ans, 4 millions pour une dizaine d’épisodes (1% environ)
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Remarques
L’accueil du public suisse romand face à une série suisse romande est en général assez bon. Il est probable que l’accueil d’une série belge francophone par le public belge francophone le soit aussi.
Les séries récurrences de Suisse romande n’atteignent pas (pas encore?) de public international, sauf à travers TV5. Et la RTS n’indique guère la manière dont ses séries passent en Suisse alémanique et au Tessin: bizarre disrcrétion, signe d’un manque de considération d’une région à l’autre?

Un paysage du Semois, dans « La Trève* : la série a été présentée sur un grand écran d’une salle à Bruxelles en même temps que sur le petit, intéressante expérience ( Photo RTBF)
Deux séries récurrentes francophones belges , «La Trève» et «L’ennemi public» ont bien accueillies à l’étranger («L’ennemi public» dans un dizaine de pays).
La vente de séries à des pays étrangers est considérée par les responsables de la RTBF aussi comme une source de revenus. Même au tarif minimal de 100 francs la minute, dix pays représentent au moins mille francs la minute, donc le 20% de l’investissement de base ( cinq mille francs la minute). Autrement dit, le rendement international d’un quart des séries devrait permettre d’en produire une cinquième. La vente peut être remplacée par un échange: une série de cinq épisodes remplirait ainsi dix soirées!
Mais l’accès à un marché international n’a pas qu’une valeur financière. Il est évident que notre connaissance de l’Islande, du Danemark, de la Suède, de la Norvège et désormais de la Belgique est enrichie par la découverte de séries récurrentes, y compris sous un angle à composante «touristique».
Une série récurrente, opération coûteuse, ne doit pas seulement s’inscrire au moins dans la moyenne annuelle de la chaîne qui la diffuse. Elle devrait être assez audacieuse pour sortir des frontières du rayon de diffusion de la chaîne dont elle est l’émanation.
Pourquoi la Belgique francophone fait-elle mieux, actuellement, que la Suisse romande? Je n’en sais fichtre rien! A la RTS, le manque d’audace commence peut-être dès l’écriture freinée par l’obligation de la présence en premier rideau du samedi soir?
« Faire plus de films, plus de séries »? Une excellente « politique » pour un proche avenir, que seule une entreprise publique forte peut conduire…