Fictions
« Travelling » : un ménage à trois
A la fin de ce texte qui se termine par une suggestion , on trouve une remarque sur « 50 nuances de Grey » ( PSI) et on assiste à une tentative de sabordage dans le programme de RTS1 du mercredi 25 février 2015 (PSII)
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Il y a assez longtemps, la TSR refusait de parler du programme de la «Une» ou de la «Deux» pour proclamer l’existence d’un «même programme sur deux chaînes». Depuis quelques années, les hautes sphères de la SSR-SRG ont fait la découverte du rôle unificateur du sport qui réunit les Suisses des quatre régions linguistiques et des trois chaînes régionales devant le même programme, à pleurer en même temps et en direct quand un témoin échappe d’une main après un mètre de course sur quatre fois cent! Aujourd’hui, RTS2, la deuxième chaîne consacre une part non-négligeable aux sports, jusqu’à leur donner priorité aux heures de grande écoute télévisée, entre 19, 20 et 23h. RTS2 est devenue partiellement chaîne « sportive ».
Depuis une dizaine d’années, en Suisse romande, la radio et la télévision sont plus proches, et pas seulement par la structure de direction. Les collaborations, ni évidentes ni faciles, sont parfois heureuses. Ainsi l’excellent «120 secondes» radiophonique est-il devenu un «26 minutes» télévisé, avec un bonheur assez moyen. Il vaut la peine de s’arrêter sur une expérience récente, un ménage cinématographique à trois, entrainé par le « travelling » radiophonique.
La cinémathèque
Sous la direction de Frédéric Maire, depuis octobre 2009, la Cinémathèque suisse a renoué avec le grand public à Lausanne, en particulier pour les programmes proposés dans la salle «géante» du Capitole. Elle propose un intéressant programme avec des films de qualité souvent populaires, le dimanche à 15h, comme «Le septième sceau» (1956) d’Ingmar Bergman (22 février 2015), «Un homme, une femme» (1966) de Claude Lelouch, (1 mars), «Casino Royale» (1967), de Val Est, Ken Hughes et John Huston (8 mars). Le titre de cette offre ? « Travelling : de la 1ère à la cinémathèque en passant par RTS Deux » !
La « 1ère » et son « Travelling »
«Travelling», le dimanche entre 10h et 11h, permet à Catherine Fattebert d’apporter différents éléments qui éclairent le film présenté quelques heures plus tard par la cinémathèque. On y propose un résumé du récit, son examen sous divers angles, on y évoque la carrière de son auteur, des témoignages de celui-ci ou de certains de ses collaborateurs. On plonge ainsi dans les archives de la radio. Sont aussi proposés quelques extraits de la bande sonore, alors que le dialogue domine. On y ouvre même des parenthèses éloignées du film, genre information routière! «Travelling» est construit en chapitres qui sont indépendants les uns et les autres, avec d’utiles et courtes répétitions.
Il est intéressant d’entendre la voix d’un acteur, surtout si c’est la sienne qui est conservée au mixage. La comparaison entre une version originale et une version doublée pourrait être intéressante. Mais un dialogue en suédois, langue assez rarement parlée sous nos latitudes, finit par dégager un sentiment de longueur, même il s’agit d’un film comme «Le septième sceau». Il pourrait alors être intéressant de compléter une éventuelle traduction avec des informations sur l’image associée aux mots et aux sons.
Il est possible d’écouter et de ré-couter une émission de radio tout en se livrant à une autre occupation. Difficile de rester concentré pendant une heure sur un son seul. La télévision est tout de même plus exigeante puisqu’elle attire aussi le regard.
«Travelling» sur RTS 2
Et durant le même dimanche, c’est la télévision qui prend le relais de la radio et de la cinémathèque. Le film est proposé par RTS2,aux environs de 22h, horaire agréable qui a le mérite de n’être pas trop tardif. Mais il faut aussi que les droits pour la télévision soient disponibles et qu’ils entrent dans un budget de diffusion. On aura pas pu voir ou revoir «Les hommes du président» de Alan J.Pakula (8 février) et «Apocalypse now» de Francis Ford Coppola (15 février), films produits par de grandes compagnies américaines, probablement pas particulièrement sensibles à l’aspect culturel d’une diffusion sur une «petite» chaîne de télévision.
«Silence-radio» sur la télé !
Epatant ménage à trois, sincèrement. La cinémathèque inscrit ce film dans la vaste offre faite désormais dont profite surtout le public de Lausanne. Sur internet, le site de «Travelling», bien construit, offre bon nombre d’informations. Le public en salle se compte au mieux par centaines, les auditeurs probablement par milliers. Celui du petit écran, même sur RTS 2, touche quelques petites dizaines de milliers de téléspectateurs.
La cinémathèque informe bien son public par ses canaux habituels, la radio s’appuie sur internet. Mais lancer sur le petit écran et ses dérivés, le 22 février 2015, «Le septième sceau», un film en noir-blanc, format presque carré, en version originale, avec sous-titres français par forcément faciles à lire, sans le moindre avertissement, c’est courir le risque de faire fuir un téléspectateur non-prévenu. Les cinéphiles purs et durs ne forment pas une confrérie très intéressante pour la télévision qui veut d’adresser le plus souvent possible au «grand» public. On pourrait au moins, dans une case comme celle dévolue à «travelling» sur TSR2 prendre la peine durant quelques dizaines de seconde d’avertir le public sur ce qui va se passer. Pour cela, il faudrait déroger au principe, la radio parle, la télévision montre.
Quand il s’agit d’une compétition sportive, on l’annonce à l’avance, on en parle avant et pendant qu’elle se déroule, on y revient parfois longuement après avec force reprises. En football, un goal marqué pendant la première mi-temps sera ainsi revu au moins deux fois le même soir !
L’original et précieux ménage à trois sous la houlette de «Travelling» serait plus harmonieux encore si la télévision acceptait de comprendre qu’un brin d’explication avant certaines émissions pourrait être utile pour remplir un peu mieux la «niche» réservée à une minorité. La cinémathèque dispose de collaborateurs qui connaissent bien le cinéma. Ils sauraient même traduire leur amour du 7ème art en quelques dizaines de secondes à l’aide d’une téléphone portable… Encore faudrait-il le leur proposer….
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PS I, qui n’a rien à voir
A propos des « 50 nuances de Grey »
Nous avons fait part de notre étonnement devant les quelques dizaines de secondes consacrées à «50 nuances de Grey», avant la sortie générale du film le mercredi 11 février 2015. C’est tout de même «bizarre» de consacrer du temps à un film alors que personne n’a vu.
Depuis lors, une seule nuance: un profond ennui. Ne mérite cinématographiquement pas le moindre attention. Une seule raison de s’y intéresser: pourquoi, dans les salles, cette majorité de femmes, de presque tous âges en dessous du troisième? En France, plus de quatre cents mille spectateurs chacun des quatre premiers jours. Mais une chute de près de soixante pourcent entre la première et la deuxième semaine. Comme si les lectrices déçues jouaient du bouche à oreille, sans composante sadique ni machiste!
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PS II, qui n’a rien à voir non plus :
Mercredi 25.02.15, 20h10: sabordage?
On le sait depuis fort longtemps: la force principale de la RTS réside dans son programme de 18h45 à 21h, presque uniquement composé d’émissions fabriquées par ses soins. Toute exception est une sorte de trahison de ce qui fait l’originalité de la programmation de «notre» télévision.
Mercredi 25 février 2015, à 20h10, une fiction américaine, «Le mytho» (2010, 110 minutes), d’un certain Dennis Dugan. Vu quelques minutes d’un film mal doublé, probablement insignifiant, qui ne remplace en aucune manière un des bons magazines du mercredi de la RTS. Mais je venais de découvrir dans une salle, ébloui, le lyrique, poétique, surréaliste, affolant «Birdman» d’Alesandro Inarritu, avec ses quatre glorieux «Césars» décernés par six mille professionnels américains qui ont osé couronner un produit qui n’entre pas dans la ligne courante d’Hollywood, le film d’un véritable auteur. La RTS commencerait-elle de se saborder? S’il faut être le seul à protester, alors je le suis !!!
« Station Horizon »: prometteur!
Au vu des deux premiers parmi les sept épisodes de 48 minutes chacun, pas de doute, c’est prometteur. Tout produit audiovisuel peut entrer dans l’une des trois catégories suivantes: l’insignifiant où les défauts dominent, l’intéressant où qualités et défauts s’équilibrent et le bon avec ses qualités dominantes. A l’intérieur de chaque catégorie, le bas, le moyen et le haut. Ce qui fait neuf degrés différents pour exprimer une appréciation globale, qui n’est pas uniquement personnelle. Mais il ne suffit pas alors de cent soixante signes pour fonder une analyse.

Une moto, une station-service, un mât et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin – RTS)
Juste à titre d’exemples: «Timbuktu» de Sissako, qui vient de rafler sept césars et «Américan Sniper» de Clint Eastwood se situent en milieu de haut de gamme. Par contre, «Cinquante nuances de gris» est à placer dans la bas de gamme, certes en haut pour ses qualités techniques. Ce qui ne suffit pourtant pas pour comprendre cet étonnant succès auprès du public féminin!
Dans ma hiérarchie établie pour les récentes séries de la RTS, «Station horizon» est aussi intéressant que «Dix», que j’hésite à mettre entre le haut du milieu de gamme et le bas du haut. Traduit en note sur 9, ce sera entre 6 et 7 à un demi-point près! «Crom» comme «L’heure du secret» (première saison) siègent en haut du milieu. Au début de «A livre ouvert», j’espérais ce haut de milieu, mais l’inspiration s’est vite dissipée pour frôler le bas de la gamme médiane.

Station horizon – Bernard Héritier, le fils ( Baptiste Gillièron – sa soeur s’appelle Lauriane!), personnage densément ambigu (photo Rebecca Bowring)
Les qualités
Deux fois l’an, au maximum, la RTS propose une série de fiction «maison». Il s’agit assurément d’un événement important. Entre l’idée initiale qui retint l’attention des responsables du programme et la décision de mettre la série en production, il se sera passé au moins deux ans. Et il aura fallu plusieurs mois avant de pouvoir tourner au cours de l’été dernier. Montage et finitions ont occupé des équipes bien plus légères que celles du tournage de septembre 2014 à janvier 2015. Une série de cette importance, pour une chaîne de télévision tout de même modeste, s’étend donc sur une période d’au moins trois ans. Normal, alors que l’investissement financier total se situe entre trois et quatre millions de francs, montant relativement modeste par rapport à des pays grands producteurs de séries de prestige, comme la Grande-Bretagne, la France ou le Danemark, assez loin derrière les Etats-Unis.
Roman Graf et Pierre-Adrian Irlé sont co-scénaristes, co-réalisateurs et co-producteurs de la série. «Station horizon» a donc deux auteurs associés à la série d’un bout de la chaîne à l’autre, ce qui est plutôt rare dans ce domaine. Ils font donc une apparition assez tonitruante sur ce marché de l’audiovisuel d’auteur où la série joue, depuis deux décennies environ, un rôle essentiel. La différence entre le cinéma et la télévision tend à s’effacer, chose qui n’est pas encore très largement admise ou comprise.
La diffusion, pour une fois normale – un épisode par semaine, le samedi en premier rideau – va donc durer sept semaines. On aura donc le temps de s’y intéresser sans trop s’occuper du résultat quantitatif, qui n’a que rarement un réel lien avec la qualitatif. Ce temps sera aussi mis à profit pour s’expliquer sur les qualités apparues dès les deux premiers épisodes.
Bonne structure de la construction d’ensemble, avec deux clans familiaux, les Fragnière et les Héritier, dans lesquels l’harmonie n’est certes pas parfaite, qui vont s’opposer avec vivacité lors du retour du fils plus ou moins prodigue, Joris Fragnière, qui sort de prison. Une dizaine de personnages importants sont entourés d’une vingtaine d’autres apparitions plus ou moins furtives. Rares sont ceux qui peuvent être caractérisés comme «tout-d’une-pièce»! Là réside un enjeu de taille: va-t-on s’intéresser, éventuellement s’attacher, à la majorité de ces personnages? Il faudra tout de même accepter quelques dialogues dont la verdeur pourrait bien être choquante pour des oreilles habituées aux dialogues lénifiants. Comme il faudra accepter qu’un homme puisse en embrasser un autre avec passion et que le curé du village soit assez peu conforme au rigorisme d’Ecône.
Le Valais…
Par la diversité de ses paysages, discrètement indispensables, le Valais est une mine d’or. La construction d’une autoroute, un des ressorts de la dramaturgie, y prend autant sinon plus de place quel la beauté des paysages alpestres. On reste souvent au fond de la vallée, en milieu rural – pas de ville à l’horizon! Ce qui va permettre d’imprimer au récit l’esprit du western par le comportement des personnages et leurs affrontements . Les scénaristes ont inventé un personnage qui s’intéresse aux chevaux, lesquels prennent moins de place que les motos et autres side-cars qui fascinent les amateurs d’espaces à parcourir. Les deux premiers épisodes mettent en place un défi motorisé à venir entre deux voitures qui devrait être fort différent des poursuites dans le centre d’une ville américaine.

Station Horizon – Joris et Charly Fragnière ( Bernard Yerlés et Gaspard Boesch ). Manque le « treize étoiles » sur le mât ( Photo Joy Louvin – rts)
Au passage, mais là aussi sans insistance, la Suisse est présente avec son système de surveillance après libération conditionnelle, la chasse à un travailleur clandestin menée par la police, les difficultés d’une radio locale à se faire entendre.
….et l’Amérique.
Qualité importante, pour qui souhaite qu’une série suisse romande ne ressemble pas trop aux autres séries, pas de ville importante, pas de mort violente, donc pas d’enquête avec fausses pistes pour découvrir un coupable.
On aura par la suite l’occasion de relever en quoi la série est aussi un hommage à un certaine Amérique, celle des espaces ruraux et montagneux, celle de personnages forts et contradictoires, celle d’une certaine sonorité qui passe aussi par la musique, qu’elle soit en situation dans le dancing local, issue d’un instrument «à- bouche» ou contribue à créer un climat.
«Station horizon» devrait confirmer le talent d’une équipe de trentenaires qui ont déjà quelques belles réussites à leur actif, (« Big sur », « All that remains », « Pixeliose » ) dans la cadre d’une jeune société qui va désormais compter dans la production cinématographique ambitieuse à partir de la Suisse romande.
Pleins feux (colorés) sur des séries
( Mise en ligne du 24.12.14 à 09h00 : « Downton Abbey »)
Une dizaine de sujets parfois vastes mis en ligne dans ce blog ces deux derniers mois, sur des thèmes associés à l’actualité des programmes (vieillesse, votations fédérales), des problèmes de principe ( emploi du logo rouge, case-horaires des séries), portraits de créateurs ( Picasso, Truffaut), hommage à un grand classique du cinéma (La grande illusion de Jean Renoir), avec bien entendu le reflet d’une forte addiction personnelle pour les séries ( « The Knick », le retour salué d’ « Un village français », un à première vue sur « Masters of sex » ).
Bleu pour vert, noir pour orange, rouge pour rouge!!
Vu, bien sûr, beaucoup de séries, un genre qui continue d’être propice à la fiction créative ! Envie d’y revenir, même en rappels ou avec des remarques parfois brèves ! Volonté d’établir une hiérarchie personnelle, argumentée même brièvement, en feux colorés, bleus souvent, noirs parfois et rouges rarement, ceci pour éviter que le vert-orange-rouge de la circulation routière choque certaines sensibilités. Le rouge pourrait être utilisé pour une bonne partie des séries unitaires que TF1, M6 ou la RTS exposent avantageusement entre 21 et 23 heures, les « Camping paradis », « Castle », « Mentaliste », « Grey’s anatomy », « Esprits criminels », « Léo Mattei, brigade des mineurs », « Motive, le mobile d’un crime », etc, en général des « polars », avec personnages récurrents qui n’évoluent guère d’un numéro à l’autre, des intrigues souvent compliquées et mais résolues en quatre petites dizaines de minutes, plutôt bien faites en général, mais oubliées à peine vues.
Premières listes, en ordre décroissant de préférences, pour des séries sorties depuis mi-octobre 2014 (en gras = présenté par la RTS / )
« P’tit Quinquin » (ARTE), « The Knick », « Silex and the city » (ARTE) , « Un village français »(France 3), « Ainsi soient-ils », « Downton Abbey », « Luther », « Rectify »(ARTE)
Faible représentation américaine actuellement (deux), bonne présence française (quatre) et britannique (deux)!
« La petite Dorrit »(ARTE), « Lilyhammer »(ARTE) , »Masters of sex », « Girls ».
« Motive, le mobile d’un crime »
RTS avec sept mentions, ARTE cinq et FRANCE 3, une !
Une fois par jour en semaine (Silex, à 20h45)), une fois par semaine (The Knick, vers 23h00), en duos pour tous les autres, entre 21h00 et 23h00 ( Arte quatre fois, France 3 une fois, RTS une fois – « Motive), entre 23h00 environ et presque une heure du matin (RTS, cinq fois).
Pas besoin de commentaire; ce sont là des informations !!
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Bleu (très pour)
Downton Abbey
La sixième saison de cette série britannique est en cours de réalisation, le cinquième a déjà été présentée sur ITV en Grande-Bretagne. La quatrième, qui se déroule en 1922, se termine sur RTS1 en duos dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 décembre 2014. Télé Monte-Carlo vient d’en débuter la diffusion, en trio, le 20 décembre et enchainera dès janvier avec la cinquième saison.
On s’est donc installé chez les Crawley dans leur château, depuis 1912, entre aristocrates (« upstairs) et domestiques (« downstairs »). On y évoque politique, classes sociales, fin d’un monde et conflits individuels. Certains personnages féminins commencent à s’affirmer. De grands acteurs, de splendides décors, le mobilier, les vêtements, les meubles contribuent à la réussite. Et la plupart des quarante personnages sont présentés avec subtilité. Ce sera l’objet d’un prochain texte.
L’heure de diffusion
L’heure de diffusion joue un grand rôle pour assurer la liaison entre une création audiovisuelle de haut de gamme avec le public qui s’y intéresse. TMC place la série en premier rideau, à partie de 20h50, programmation plutôt à contre-courant pour une chaîne du groupe TF1 qui ne se livre pas souvent à de très subtils choix qualitatifs. La RTS s’en tient à ce qui semble bien être pour elle une règle qui ne souffre presque pas d’exception : a-t-elle acquis les droits de la projection prioritaire d’une série récurrente de haut de gamme à fort valeur ajoutée qu’elle la « condamne » à passer à des heures tardives où, tout naturellement, le public se fait rare. Après minuit, même « Plus belle la vie », « Top Models y perdraient une grande partie de leur public
Ce vendredi 26 décembre 2014, un record est battu : « Downton Abbey » commence à 23h30 pour se terminer vers 01h30 du petit matin. Il faut en effet faire place, en premier rideau, à trois épisodes d’une série unitaire insignifiante présentée habituellement en duos, aussitôt oubliée à peine vue, « Motive, le mobile d’un crime ». Aberrant ! Ridicule ! Méprisant pour la qualité ! A moins que l’on tienne « Motive » pour qualitativement supérieur à « Dowton », si tant est que la part de marché espérée soit le critère de qualité !!!

Downton Abbey – Deux personnages importants, la douariére, comtesse Violet Crawleyy (Maggie Smith) et la demeure familliale
Mieux servir la qualité
Mais vaut-il la peine de pousser des « coups de gueule » au royaume des sourds et des sourdes obnubilés par le chasse au « grand public » dont on attend qu’il fasse de belles parts de marché ?
Solution il y a : on pourrait présenter à 21h00 un épisode de « Motive » et vers 22h00 un épisode de « Downton Abbey », quitte à proposer à 23h00 une reprise d’une autre série. La moyenne annuelle en parts de marché n’en serait guère affectée !
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Silex and the city
Arte diffuse actuellement la troisième saison de quarante épisodes de chaque fois trois minutes, en semaine, à 20h45, d’après les albums de Jul, éditions Dargaud, adaptés par Jérémie Hoarau et Jean-Paul Guigne.
A la fin de l’an 2014 de l’ère chrétienne, nous en sommes à la troisième glaciation en ayant dépassé la trentaine pour rester en quarantaine. On aura connu « 50 nuances de graisse », passé quelques jours en « silex and sun », bataillé durant « La guerre des Etoiles(de feu), fréquenté une « Néandertaule », assisté à des « Jeux Paléolympiques », dansé au rythme de « New-RocK, New-Rock », baguenaudé sur le « Paléollywood Boulevard » avant l’ouverture du « Festival de Carne » où l’on y présente « Bachirmama mon Zemmour ».
Ces quelques (cha)titres cinématographiquement choisis donnent d’emblée une première idée de l’usage à faire de ce « Silex » dans la ville : on y jongle avec les mots, dans la petite famille des Dotcom, maman Spam, papa Blog, fifille Web, fiston Url et grand’père Julias, absent sur la photo.
En vérité, cela se passe quarante mille ans avant JC, lequel plus tard marchera sur les eaux, dans une vallée qui résiste à l’évolution. Les dessins sont animés avec simplicité et efficacité, tenant parfois de la caricature. La famille Dotcom a reçu d’on ne sait où un don, celui de dévider à la mitrailleuse chaque soir une salve de jeux de mots allusifs impossible à saisir dans leur totalité.
Mieux vaut avoir au moins soixante ans pour comprendre la valeur du compliment comparatif qui suit: « Silex and the city » est aussi génialement savoureux que les ancêtres « shadocks » de Rouxel nés en 68 en leurs deux cents huit déclinaisons.
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Rappel : « P’tit Quinquin »
Un cinéaste d’une extrème et presque hautaine rigueur, Bruno Dumont, que l’on peut inscrire dans la « descendance » cinématographique de Robert Bresson, signe pour Arte la meilleure série de l’année 2014. « Les cahiers du cinéma » ( no 703- septembre 2014), « Positif (no 643 – Septembre 2014), les deux revues les plus exigeantes de langue française, faites par et qui s’adressent à des cinéphiles purs et durs, font entrer la série dans leur ghotta des meilleurs films. Mieux encore : en décembre, chacun des quinze rédacteurs des « *Cahiers » désigne ses dix meilleurs films de l’année. Grand vainqueur, mentionné quatorze fois, « P’tit Quinquin ». La série télévisée d’ARTE, qui aura en principe une suite, vaut à Bruno Dumont de devancer Jean-Luc Godard, Jonathan Glazer, David Cronenberg, Hayao Miyazaki, Lars von Trier, Xavier Dolan, Ira Sachs, Alain Cavalier, Hong Sang-soo, illustres inconnus du grand public des premiers rideaux télévisés.

P’tit Quinquin ( Alain Delfage) et Eve (Lucy Caron), deux des enfants qui se comportent et s’expriment comme de « vieux » adolescents amoureux, (Arte, 18 et 25 septembre 2014, une des meilleures audiences de l’année 2014)
Rappel : The Knick ( A suivre)
Noir( pour et contre à la fois)
Rouge (fortement réservé)
Alain Delon préféré à Jean Renoir sur RTS2
Zapping intime – Raymond Vouillamoz
Vient de paraître, aux éditions Favre, sur trois cents pages, en sept chapitres, avec quatre-vingt sujets écrits récemment ou tirés d’un « journal personnel », évoquant une vie dans un ordre (presque chronologique), les débuts dans la presse écrite comme critique de cinéma, une arrivée à la télévision où le journaliste devient réalisateur, producteur puis responsable de programmes en Suisse, en France puis en Suisse avant de redevenir réalisateur la retraite atteinte. La lecture attentive reste à faire. Entre prometteur et passionnant, parfois provocateur, surtout pour qui sait souvent de quoi et de qui parle l’auteur. Survol et premiers arrêts sur textes suffisants pour recommander ce récit sans langue de bois inscrit à l’intérieur de la TSR. (Mardi 9 décembre – 10h30)
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« La grande illusion » (1937)
« La grande illusion » est un film format normal proche du carré, en noir et blanc, qui date de 1937. Lors de sa sortie, ce fut un beau succès public. Son affiche met en valeur, naturellement, les acteurs alors les plus connus, Jean Gabin, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim et Dita Parlo, reléguant en caractères plus discrets Marcel Dalio. Les lieutenants Maréchal, « titi » parisien (Gabin) et Rosenthal d’origine juive (Dalio), sont des personnages plus importants que le capitaine de Boëldieu ( Fresnay) et le commandant von Rauffenstein ( Von Stroheim). En paysanne allemande ,Elsa (Dita Parlo) est lumineuse..
Le sens du titre
Plusieurs interprétations du titre sont possibles, l’illusion en 1916 que la guerre ne durerait pas, que ce puisse être la dernière par la force du pacifisme et la conviction que les classes sociales sont plus importantes que les nations. Il n’est pas surprenant que le film ait été interdit dès 1940 autant en France qu’en Allemagne. Il fut souvent cité, jusque dans les années 70-80 parmi les vingt meilleurs films du monde. Son auteur, Jean Renoir, continue d’être considéré comme un cinéaste essentiel de l’histoire du cinéma. Truffaut, dont on vient de se souvenir trente ans après son décès, a par exemple su reconnaître ce qu’il lui doit. Renoir y dirigeait un autre cinéaste génial, mais maudit, Eric von Stroheim
La parole donnée
Ce film dur, humaniste, généreux, ne montre pas un seul personnage négatif. Von Rauffenstein porte minerve et cultive un géranium à fleur dans sa chambre de commandant d’une forteresse regroupant des officiers prisonniers de plusieurs origines. Ce n’est pas pourtant une bluette sentimentale fade et sirupeuse. Sa bande sonore est tout simplement sublime : elle donne à la mise en scène un espace qui dépasse celui de l’image. Boeldieu et Rauffenstein évoquent un engagement sur parole. Que vaut celle d’un Maréchal, ou d’un Rosenthal se demande Rauffenstein? Elle vaut la nôtre dit tranquillement Boëldieu, seul personnage qui , créant une diversion musicale, accomplira de son plein gré un acte d’héroïsme, qui permettra la réussite d’une évasion. Il fallait bien citer quelques raisons qui permettent de continuer de se sentir bien en spectateur d’un film tourné il y a presque quatre-vingt ans.
Souvenir du bon vieux temps des cinés-clubs
Quand nous étions petits, disons dans les années soixante/septante, dans ce bon vieux temps où les ciné-clubs permettaient de découvrir que le cinéma avait une histoire, jalonnée par des films immenses, « La grande illusion » était un juste objet d’admiration. Et puis, il arrive même qu’aujourd’hui, de jeunes cinéphiles connaissent la grandeur d’un Jean Renoir
Alors, quand apparaît sur un petit écran, coulant du robinet à images ouvert souvent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par hasard et sans que rien n’attire sur lui l’attention, un film comme « La grande illiusion », il faut en profiter. Ce qui fut fait le mercredi 3 décembre 2104 sur RTS2, mais entre 22h55 et 00h50, en un temps qui égare la moitié du public quand sonnent les douze coups de minuit.

Marcel Dalio, Jean Gabin et Pierre Fresnay, trois officiers français prisonniers des Allemands dans « La Grande illusion » de Jean Renoir ( 1937)
23 :53 : pub !!!
Au beau milieu d’une projection d’un film qui tisse entre le spectateur et le film des liens de sensibilité, de complicité, voici, avec une exquise délicatesse, une plage publicitaire A vous faire détester les annonceurs, qui ne sont pas responsables de cette règle interne qui permet de couper un film par la pub. Les responsables de la programmation devraient parfois prendre l’initiative de renoncer à cette publicité dont le rendement ne représente que le quart du budget annuel de la SSR-SRG. Gâtés, les fidèles de ces publicités suisses si séduisantes dans leur mixture à double culture peuvent alors s’en aller, comblés, au dodo. Les admirateurs de Renoir disposent encore d’une heure pour se remettre dans le film. Ce genre d’interruption est un manque d’élégance. Mais peut-on parler d’élégance quand la RTS ressemble alors beaucoup trop à Tf1 et M6 !
Priorité à Delon
Sans surprise, le chef-d’œuvre de Renoir en noir/blanc qui aurait très bien pu être inscrit dans l’ensemble des émissions rappelant la guerre de 14-18 est rejeté à des heures où les spectateurs sont rares sur la seconde chaîne qui ne représente qu’au mieux le quart de l’audience globale. Bien entendu, à l’heure de relativement grande écoute, entre 21 et 23 heures, place est faite le même soir à un produit de consommation tout à faite courante, « Le battant » (1983), en couleurs, avec un acteur tellement plus important que ceux de Renoir. Alain Delon ne fut grand acteur sous la direction de Luchino Visconti, Jean-Pierre Melville, Alain Cavalier, Joseph Losey, Michelangelo Antonioni, Valerio Zuirlini ou même Henri Verneuil, Jacques Deray, Pierre Granier-Deferre, tous tant qu’ils sont nettement supérieurs au réalisateur de ce « battant » …. Un nommé Alain Delon
Au niveau programmation, dans le choix des heures de diffusion, il serait possible sans se torturer, de faire parfois un petit peu mieux.
« A livre ouvert »: dès-enchanté !
Voir ci-dessous dans « Ainsi soient-ils : deuxième saison », une adjonction qui permet de comparer la programmation par la RTS d’ « Interventions », série médicale de TF1, avec celle d’ « Ainsi soient-ils », série proposée par ARTE.
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Lors de sa sortie et même avant, « A livre ouvert » a été plutôt bien accueilli par la presse qui s’intéresse à la télévision, qualifié ici et là de « jolie série. « Jolie », en effet ; c’était mérité en ses premiers épisodes. Mais pas plus que « jolie » !
Hélas, la suite est décevante. Certes, les acteurs restent plutôt bons, les dialogues assez incisifs, plutôt bons eux aussi. Mais pourquoi usent-ils presque tous d’une diction à la mitrailleuse, en alignant les mots les uns sur les autres ? On se croirait dans l’increvable série de France3 , « Plus belle la vie », dont on peut voir de temps en temps sans déplaisir un épisode mais sans me sentir obligé de les voir tous !
L’intrigue ? Elle avance, avec quelques surprises. Mais l’enquête sur les détournements de fonds n’est guère passionnante. Les petites combines de Régina et ses proches en spéculation immobilière sont peut-être plus amusantes à suivre que le million disparu. Cynthia, la fille de Michèle, coincée avec de la drogue qu’elle doit cacher pour rendre service à son petit ami Franck, est un brin inquiétante et inattendue. Mais les personnages les plus importants, quand on arrive à la fin de la série, ressemblent beaucoup à ce que l’on pressentait d’eux lors des deux premiers épisodes prometteurs. Edouard na guère de talent d’écrivain, mais le texte de Christiane est-il vraiment de grande qualité ? Et le lapin ? Il est vrai que mettre en scène un animal pose des problèmes de direction d’ « acteur » qui peuvent être amusants à résoudre. Finalement, il n’y a qu’un personnage à la fois trouble et un peu surprenant, Bruno.

A livre ouvert – pas tellement « délabrée », la bibliothèque de quartier ! Véronique Reymond et François Morel
Certaines séquences du cinquième épisode m’auront plongé dans la perplexité. Michèle est enceinte ; mais oui, à son âge et avec son expérience de vie. Elle supporte mal physiquement cette grossesse. De là à s’en aller en toute urgence vomir dans une corbeille à papier au vu des autres, il y a un pas dur à supporter. Et Bruno semble bien construire un parc pour bébé longtemps à l’avance avant de le détruire dans un acte de colère.
Dans chaque épisode, on a droit à des plans d’ensemble de Lausanne, sans surprise. Il faut bien que l’on reconnaisse la ville d’accueil de la bibliothèque de quartier. Mais chose frappante : les personnages n’apparaissent que rarement dans ces plans. On aurait pu filmer n’importe quelle ville de n’importe et raconter le même histoire. Les plaques de voiture et leurs occupants ont doit à une identification « VD ».
« A livre ouvert » avait assez de force pour s’installer durant trois ou quatre épisodes. Le sujet est un peu léger pour en faire six ! Dans le dernier épisode, apparaît une histoire de chalet de montagne de plus de cinq millions négocié à un prix de complaisance. On a revu le lapin blanc. La bibliothèque ne sera pas fermée. Mieux, elle sera transformée en fondation créée par la famille de Régina qui dirige une puissante régie immobilière. Un roman à fort tirage connaît un beau succès, mais ce n’est toujours par Edouard qui le signe. Les millions détournés sont un peu oubliés? Dutoit doit bien y être pour quelque chose. Mais on vient de trouver son corps, noyé. Suicide ? Meurtre ? Bruno et Michèle pourraient bien filer le parfait amour. « C’est toi » demande Michèle à Bruno. Pas de réponse ? Voilà qui laisse ouverte la porte à une autre saison….
Je suis sincèrement triste de ce « dès-enchantement » ! « Crom » et « L’heure du secret » restent, avec l’assez exceptionnel « Dix », supérieurs à ce « A livre ouvert » !
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Considérations estivales : III
Dans ces troisièmes considérations estivales, ce mardi 13 août 2013, deux sujets,
ci-dessous, le jeu avec gain « Cash à mille francs pour dix questions »
et plus bas le très et trop américanisé « Box-office à la carte«
Voir aussi « Considérations estivales II » et « Considérations estivales I«
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8/ « Cash » à mille francs pour dix questions
Les jeux télévisés s’inscrivent naturellement dans la volonté de divertissement de toute chaîne de télévision. On les quitte parfois en ayant appris quelque chose de plus, pas très souvent, mais au moins en s’étant un peu amusé durant quelques minutes, mission alors remplie par l’émission. « Cash » ( RTS1 – lundis peu après 20.00 durant une vingtaine de minutes). Et l’éventuel « fan » de l’émission qui peut-être existe peut la voir et revoir sur internet.
Le décor change plus que les plaisanteries
Il est assez fréquent qu’un jeu offre à des participants une récompense en argent, même si parfois cela tient du jeu de hasard. Vanesse et Enzo, selon l’habitude en divertissement qui réduit les gens à l’intimité d’un seul prénom, animent ensemble l’émission, le premier plus bavard que la seconde agréablement souriante. D’une semaine à l’autre, les plaisanteries restent un peu les mêmes si le décor, heureusement, change.

Enzo Y, présentateur de « CASH » avec un billet mieux que grandeur nature. Photo RTS – Kearney Anne.
Difficultés grandissantes des questions
Un jeu est réussi s’il permet au téléspectateur de jouer de son côté, en un acte d’activité timide mais honorable. Mais pour que ce téléspectateur puisse se comparer aux participants sans être écrasé par eux, mieux vaut tout de même poser quelques questions dont les réponses sont à la portée d’un assez large public. Ainsi les dix questions de « cash » vont-elles en croissantes difficultés. Pour ajouter un brin de sel ici ou là, voici la question 5 qui permet de demander au public la réponse, la 7 qui impose de choisir celui qui va la poser, l’un porteur d’une question facile, l’autre d’une difficile. La 9, elle, demande que l’un mime en muet quelqu’un au quelque chose que l’autre doit reconnaître. Et le duo des concurrents, au bout de dix minutes, reçoit deux fois cinq billets de cent francs en équitable partage pour ceux qui ont franchi les dix obstacles. Il arrive même que les animateurs doivent donner des indices pour que le jeu ne s’arrête pas à la question deux !! Bien sûr, d’une question à l’autre, d’une semaine à l’autre, Enzo tente de faire monter le suspens en faisant attendre son verdict « juste » ou « faux »!
Evidemment, les émissions se ressemblent beaucoup d’une semaine à l’autre, au point de provoquer une sorte de lassitude – mais ce problème du canevas sur lequel on brode n’est pas l’apanage des seuls jeux. « Un diner à la ferme », dans sa structure, doit tenir toute une saison et ne varie que peu d’une année à l’autre. « Cash » est une émission plaisante si on ne la voit pas trop souvent !
Les visages de ceux de l’ombre
Toutefois, on change de lieu et, avec deux caméras et une équipe d’une dizaine de personnes, on peut s’en aller faire quelque promenade touristique intéressante dans la localité choisie. Une formule originale pour le générique de fin : montrer dans le lieu d’accueil certains des collaborateurs qui font l’émission ce qui permet de faire découvrir au public des visages et pas seulement un nom dans le générique de fin que du reste personne ne lit quand il n’est pas coupé. Les « petites mains » méritent d’être tirées de l’ombre. Une émission ne se réduit pas à ses seuls présentateurs !

Enzo présentateur de Cash à Caribana, ambiance tournage 2010. Les images proposées par le rts médiapress privilégient les présentateurs. En voici tout de même une qui montre l’existence d’un de ceux de l’ombre, un caméraman qui reste pourtant anonyme.
Appel ou SMS à 80 centimes
L’argent est donc introduit dans la majorité des jeux. Il arrive même que ce soit le sponsor qui le mette à la disposition de la production. Reste que cette production pose aussi une question au téléspectateur qui semble avoir ainsi une chance de gagner cinq cents francs. Pour dire si XAMAX était un club de football associé soit à la ville de Berne, / taper un) ou à celle de Neuchâtel ( taper 2), il en coûte 80 cts par appel ou sms. En principe, il doit y avoir une répartition de ces 80 centimes entre différents partenaires. Combien de personnes – faut-il écrire de pigeons – pour répondre à des questions en général d’une grande facilité ? Un millier et c’est une recette de huit cents francs. Cinq mille et la recette se monte à quatre mille francs. Il en revient cinq cents au gagnant bien sûr par tirage au sort. Voici une forme de loterie qui pourrait bien être d’un rendement pour l’organisateur nettement supérieur à celui de la LORO, à laquelle les petits jeux de questions tellement faciles font probablement concurrence peut-être même déloyale !
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PS personnel
Bien entendu, le jeu y gagne quand on joue chez soi. Il y a trois positions possibles face à un jeu de connaissances larges plus que de culture générale qui ne se réduit pas à une réponse en un seul mot :
+ connaître immédiatement la bonne réponse
+ l’ignorer
+ mais avec l’âge qui progresse, le plus désagréable est de savoir que l’on sait répondre sans savoir retrouver les justes mots !!
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7/ « Box office » à la carte
Du lundi 1 juillet 2013 au 19 août, il y a bien huit semaines. Des milliers de téléspectateurs, probablement, ont choisi un film sur deux proposés chaque semaine. Nos remarques ne prennent pas en compte la décision finale du public, seulement le choix qui lui est offert. La RTS répète que son public fait son propre programme. Un peu court comme liberté de programmation ! Quel est le montant des recettes financières pas négligeables à coup de 80 centimes par message? Communique-t-on le rendement financier des appels ?
Sur seize films offerts, un purement français, « L’arnacoeur » de Pascal Chaumeil, attribué à la France en 2010. ( 19 août 2013)
« The ghost writer » est un film attribué à « G-B / Fr /(All ). C’est un grand film de Roman Polanski tourné en anglais avec une distribution presque totalement anglophone. Une certitude, le film ne peut pas être attribué aux USA. (5 août 2013).
« The tourist » est le titre français d’un film réalisé par l’allemand Florian Henkel von Donnersmarck en 2010 avec une distribution comprenant Angelica Jolie, Johnny Depp, Timothy Dalton. Il a coûté cent millions de dollars et en a ramassé paraît-il près de trois cents au niveau mondial. Il y a certes un co-produteur français, CANAL +. (19 août). Cela permet à la RTS dans son avant-programme de le faire passer dans la catégorie France.
Résumons : seize films proposés, treize incontestablement venus des USA, deux anglophones et un français. On ne peut pas dire diversité! Le premier rideau pour les anglophones même doublés en français !
Bernadette Lafont
Bernadette Lafont vient de quitter notre monde à 74 ans. Des mots pour saluer celle qui nous aura donné, à la fin des années cinquante, quelques-unes de nos plus belles émotions de jeunes cinéphiles, elle qui passait pour l’ « égérie » de la Nouvelle Vague des années soixante ? Très peu, surtout quelques images :
Celle-ci d’ab0rd, dans un des plus beaux films de la « Nouvelle vague », « La maman et la putain » (1973), dont Jean Eustache, son réalisateur, disait que c’était un film fait pour ses acteurs. Heureuse réaction d’une chaîne généraliste de service public qui prend au sérieux sa mission dans le domaine de la culture. On a pu revoir sur le film le 29 juillet, avec près de quatre centa mille personnes en France.
Voici d’autres beaux souvenirs en images :

Bernadette LAFONT dans « Paulette » de Jérôme ENRICO (2012), son dernier rôle de vieille dame indigne qui se transforme en dealeuse d’une troublante efficacité.
Considérations estivales II
Au fur et à mesure des idées, des envies, il faut profiter de l’été pour vagabonder, ne pas vouloir coller à l’actualité sans pourtant la négliger. L’été, à la RTS comme ailleurs, ce sont des programmes, disons » allégés », tournés plutôt vers le divertissement, entre autres à travers les fictions, que la réflexion sur le monde qui nous entoure.
Voici l’état actuel de cette « production » estivale
6/ Vous avez dit « Diversité » (bis)
28.07.13
5/ Sur RTS1 : mardi soir 23.07.13
27.07.13
4/ Co-productions de la RTS au 66ème festival de Locarno, 7-17 août 2013
Voir ci-dessous « Considérations estivales I »
2/ Vous avez dit « Diversité »
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6/ Vous avez dit « Diversité » (bis) ?!
Dans ce titre, après lecture, faut-il garder « ? », ou « ! » ou les deux ?
Les mois d’été venus, la RTS laisse croire à ses adeptes qu’ils peuvent faire de la programmation, les lundis soirs, dans « Box office à la carte ». Il s’agit, moyennant finance, de choisir entre deux films de durées à peu près équivalentes. Et de ces quatre-vingt centimes par appel ou SMS, que fait-on s’ils sont des milliers ?

Roman Polanski, un des rares auteurs parmi les responsables des vingt-deux films présentés dans « Box office », avec ou sans carte.
Mais la durée n’est pas le seul élément d’équivalence. La RTS édite en couleur verte des avant-programmes. Ces documents en principe reflètent la réalité des programmes définitifs. Du lundi 1 juillet 2013 au lundi 12 août 2013, sept semaines furent consacrées au « Box office à la carte ». Sur quatorze films proposés treize proviennent des USA. Et le quatorzième n’est autre qu’un film tourné avec des acteurs britanniques en anglais par Roman Polanski, interdit de séjour aux USA.

Affaire très personnelle : une image de « The ghost Writer » de Roman Polanski, le meilleur film d’une série de vingt-deux films alignés par « Box office » du début de mai à mi-août 2013.
C’est l’été, période exceptionnelle ? Elargissons la période d’observation. Toujours selon les avant-programmes verts, du lundi 6 mai au lundi 24 juin, huit semaines, sur huit films, sept américains.. L’exception, cette fois, est française : il s’agit de « La fille du puisatier » de Daniel Auteuil.
Bilan : quinze semaines, vingt-deux films dont vingt américains. Vous avez dit « Diversité » ?

Intérieur – extérieur : un plan révélateur de la mise en scène de Roman Polanski pour « The Gost Writer »
Il faudrait que le patron de la RTS, que son responsable des programmes fassent quelque remarque à leur programmatrice de service, sinon on sombrera comme Titanic dans cette exclusivité à nonante pourcent américaine.
La lecture des noms des réalisateurs des films fait apparaître quelques présences d’auteurs connus ou reconnus : Roman Polanski, Clint Eastwood, Oliver Stone, Ridley Scott, Daniel Auteuil. Dix-sept autres noms peu ou pas connus : là au moins, dans ce cinéma de divertissement, il y a diversité.
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5/ Sur RTS1 : mardi soir 23.07.13.
« Exemplaire » : on se croirait sur TF1 !
« Le client » à 20 :40
Un ancien champion de Formule1 veut épouser la très jeune Mélanie qui attend un enfant de lui. Fred, hélas, est encore marié et celle qui n’est toujours pas son ex refuse le divorce. C’est gentillet, inoffensif, un peu amusant ; çà s’appelle « Le client ». C’est une production de TF1, proposée le mardi 23.07.13 par RTS 1 en premier rideau à 20h40. Vu le en entier, avec ennui devant l’anodin ! Cela passe pour un « téléfilm humoristique ». Je crois avoir lu au générique qui passe rapidement que la « RTS » était partenaire à je ne sais quel titre.
« Bienvenue aux Edelweiss » à 22 :05
Une femme en instance de divorce s’invente un nouveau fiancé pour que sa mère cesse de la harceler. C’est la première partie d’une mini-série de trois épisodes. Cà s’appelle « Bienvenue aux Edelweiss ». C’est une production de TF 1 proposée par la RTS1 ce mardi 23.07.13 à 22 :05. C’est donné comme un téléfilm humoristique inédit sur la chaîne romande. Pris assez rapidement la fuite devant trop d’anodine gentillesse !
« Opération Casablanca » à 23 :40
« Opération Casablanca » de Laurent Négre est une production suisse qui a coûté dans les quatre millions de nos francs. C’est, dit le dossier de presse de film, « l’aventure rocambolesque d’un jeune immigré maghrébin devenu pour un délit de faciès le suspest no 1 d’un complot terroriste mondial », traitée en comédie qui se veut décomplexée. Le rythme, inégal, manque de fluidité. C’est un film plaisant, pas une grande réussite.
La RTS et les produits-maison
La RTS, radio et télévision, ont fait bon accueil à ce film, en particulier lors de sa présentation aux Journées de Soleure en janvier 2011. Normal que la RTS soutienne la sortie d’un film dont elle est co-productrice dans une proportion que je ne connais pas – renseignements suivent ! Le public n’a pas très bien suivi, lors de la sortie en salle.

Il fallait veiller jusqu’à près de minuit pour voir cette image d' »Opération Casablanca », sur RTS 1, le mardi 23 juillet 2013…
Dans tous les secteurs, la RTS offre un excellent horaire de diffusion à ses produits maison et à ses co-productions, à deux exceptions près. Les séries à forte valeur ajoutée sont repoussée en fin de soirée. Le cinéma d’auteur et, dans cet ensemble le sous-ensemble suisse souvent co-produit par la RTS, subit le même triste sort. Les environs de minuit sont la norme.
Néfaste influence de TF1 !
Une anodine comédie produite par TF1, peut-être associée à la RTs, en début de soirée ! Une série anodine produit par TF1 en milieu de soirée ! Un film suisse inégal co-produit pasr la RTS pratiquement en nocturne ?C’est un exemple, mais hélas pas le seul !! Dans le domaine du cinéma d’auteur et celui de séries haut de fema, le modèle pour les horaires vient tout droit de TF1. Néfaste influience ! Le service public généraliste suisse, avec sa volonté de diversité, devrait s’en éloigner ! Oui, mais…
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4/Co-productions de la RTS au 66 éme festival de Locarno, 7 – 17 août 2013
Fière à juste titre, la RTS annonce la présence de sept films qui ont obtenu son soutien lors du 66èME Festival de Locarno qui se déroule du 7 au 17 août 2013. On trouve dans la page d’accueil du site de la RTSR le communiqué de la RTS.
Locarno sera donc l’occasion d’entendre parler sinon de tous du moins de certains d’entre eux, en particulier des trois longs-métrages très attendus, sur la Piazza Grande (« L’expérience Blocher » et « Les grandes ondes ») et en compétition principale (« Le tableau noir »).
Sources de financement
Sans argent, sauf extraordinaire exception de minimalisme, et encore, pas de film. Alors, pour une fois parlons argent mis à disposition des producteurs par les trois principaux soutiens du cinéma national, la RTS qui est aussi client puisque ces films apparaitront dans les programmes, le récent « Cinéforum » romand regroupement des forces de la Loterie romande, de quelques villes et des cantons et l’Office fédéral de la culture à travers sa Section du cinéma.
Voici, en milliers de francs, les apports de ces trois grands groupes en un tableau récapitulatif :
Locarno 2013 – les films romands RTS CINFO OFC
L’expérience BLOCHER – J.S.Bron (D) 130 182 260
Les grandes ondes- Lionel Baier (F) 350 800 900
Le tableau noir – Yves Yersin (D) 150 225 300
Sous total ( 3 LM) 620 1’207 1’460
4/L’harmonie – Bernard Harrisson(D)(60mn) 30 21 —-
5/Bonne espérance – K.Schlitknecht(F-court) 10 26 40
6/Hasta Santiago – Maura Cararo(Amin court ) 30 56 —-
7/La fille aux feuilles – Marina Rosset(Amin court) 9 25 36
Sous-total ( 1 MM / 3 CM) 79 128 76
8/A iucatta – M.Penetta (D-court) 35 67 45
9/Sortie de route – T.Aymon(F-court) —- 35 —-
Vigia – Marcel Barelli (Amin-court) 45 42 60
Sous-total ( 3 CM) 80 144 105
Totaux 789 1’479 1’641
Répartition en % arrondis à l’unité 20 38 42
Ces montants ne sont qu’une partie du reste fort importante – le 66 % – du coût total de ces dix films qui s’élève à 5’893 mille.
Considérées comme un tout, ces trois sources de financement, la RTS, le Cinéforum et la Confédération représentent donc un vingt pourcent pour la RTS, un peu moins du double pour le Cinéforum et un peu plus pour la Confédération. A noter que la confédération n’intervient que dans sept des dix films et la RTS dans neuf sur dix. Il est en effet important que des films puissent exister sans cette forme d’aide fédérale du reste précieuse. Il faut aussi observer que la télévision est un partenaire important, mais moins que le Cinéforum et la Confédération.
Il convient enfin de souligner une qualité essentielle dans ce domaine de la création audiovisuelle : les montants de l’investissement de la RTS et des aides romande et fédérale sont annoncés de manière transparente.

Version ancienne du « Tableau noir » ( 117 minutes), d’Yves Yersin « La montagne initiatique » durait plus de trois heures.
Exemples de coût à la minute
On peut donc sans trop de peine calculer, pour la télévision, le coût à la minute qui est un très important critère de mesure :
+mille trois cent francs la minute pour les 100 du document consacré à « L’expérience Blocher » par Jean-Stéphane Bron ( diffusion suisse, Frenetic – sortie 30 octobre 2013 )
+quatre mille cinq cents francs environ pour les 80 minutes des « grandes ondes » de Lionel Baier (diffusion en suisse Monopole Pathé – sortie 18 septembre 2013)
+ mille trois cents francs environ pour les 117 minutes du « Tableau noir » d ‘Yves Yersin ( diffusion en suisse par Filmcoopi, sortie romande le 20 novembre 2013).
A titre de comparaison, rappelons que la RTS investit entre douze et quinze mille francs la minute dans une série comme « L’heure du secret » alors que le tournage de la deuxième saison se déroule actuellement et en partie au Locle. Mais si vous désirez savoir combien coûte à la minute le « 19 :30 », « JO », « Les coups de cœur d’Alain Morisod », le « Tour de France » ou la « Formule 1 », la réponse risque d’être « on ne sait pas » ou « On n’a pas le droit de le dire par contrat » faute de dire franchement « On ne veut pas le dire ». La transparence, au moins dans la création audi0visuelle, est vertueuse.
Cinéma et télévision désormais égaux !
Dès le vendredi 24 mai à 20h10, durant cinq semaines, la RTS propose une nouvelle mini-série de cinq fois quarante-cinq minutes, « La part de l’autre » de Christophe Chiesa. Le tournage en immersion s’est déroulé durant trois mois aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUV). Certes, il s’agit d’une médecine de pointe. Mais plus encore de comprendre ce que donner ou recevoir un organe représente, dans un pays comme le nôtre où les donneurs sont trop rares.. Voici une première image :
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Notes de lecture.
Dans la livraison de mai 2013 de la revue POSITIF ( no 627), on trouve en page 26 un texte de Jean-Philippe Domecq sur le film « Les Anonymes » de Pierre Scholler ( « L’exercice de l’Etat »). Ce film produit par Canal + a été diffusé sur le petit écran seulement. En principe, cette priorité devrait rendre sa diffusion sur grand écran difficile sinon impossible.
Michel Ciment
Très content de pouvoir saluer une personnalité aussi incontestée que Michel Ciment, responsable donc de « Positif » dont la qualité dépasse désormais celle des « Cahiers du cinéma » d’hier, critique au « Masque et la plume » depuis vingt ans, responsable sur France Culture de « Projection privée », une encyclopédie radiophonique cinéphilique où « il se consacre essentiellement à de grands entretiens avec des réalisateurs, des comédiens mais aussi des musiciens, des producteurs et des historiens de cinéma » ( Hélène Delye dans « Le Monde Télévisions » du dimanche 12- lundi 13 mai 2013)
De plein droit à l’histoire du cinéma

Deux séries françaises ont su évoquer la guerre de 39-45 avec réalisme : « Un village français » et « La maison des bois », bien lointaine puisqu’elle date de 1971, signée d’un grand cinéaste, Maurice Pialat
Très sereinement, Michel Ciment écrit : il nous semble de plus en plus artificiel de séparer ce type de réalisations ( donc « Les anonymes ») des films distribués en salle. « Twin Pinks » de David Lynch, « Milfred Pierce » de Todd Haynes, « Les Mystères de Lisbonne » de Raul Ruiz, « Carlos » d’Olivier Assayas, « Boardwalk Empire » de Martin Scorsese, « House of Cards » de David Fincher, « Top of Lake » de Jane Campion ( sensation du festival de Berlin 2013) comme jadis « La Maison des bois » de Maurice Pialat, « Les Aventures de Pinocchio » de Lui Comencini ou « Berliner Alexanderplatz » de Rainer Werner Fassbinder appartiennent de plein droit à l’histoire du cinéma.

Une première image de la série « Top of Lake » de Jane Campion avec l’actrice Elisabeth Moos , la Peggy Olson de « Mad Men »
Le grand bond en avant avec les séries
Pas évidente, cette prise de position très claire de Ciment, quand une partie encore assez large de la critique qui se consacre au seul cinéma emploie l’expression « téléfilm » pour rejeter tout film qui lui semble n’avoir aucun intérêt.
Mais incontestablement juste, tant il est vrai que l’audiovisuel contemporain a fait un grand bond en avant avec les séries qui permettent de retrouver les élans de la grande littérature romanesque.
Choix personnels récents
Voilà qui me met l’aise pour résumer quatre par quatre mes plaisirs personnels de mars et avril 2013 procurés par des œuvres audiovisuelles rencontrées ces derniers mois, sans ordre de préférences :
Films de cinéma
« The place beyond the Pines » – Derek Gianfranco – USA
« Wajda » – Haifaa Al Mansour – Arabie saoudienne (Allemagne)
« The Grandfather » – Wong Kar Wai – Hong-Kong
« L’écume des jours » – Michel Gondry – France
Films pour la télévision
« Le métis de Dieu » -Ilan Duran Cohwn – France
« Les Silences de l’Eglise » – Dewin Baily – France
« The gatekeepers » – Dror Moreh – Israël,
« La Chine, le nouvel empire» – Jean-Michel Carré –France
Séries
« Mad Men » – USA – saisons 4 et 5
« Homeland » – USA – saison 2
« Real Humains » – Suède – saison 1
« Hatufim » – Israël- saison 1
Oui, ce furent là mes plus grands plaisirs en mars et avril 2013, uniques ou à répétition avec les séries télévisées.
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PS qui n’a rien à voir….
Dans le même numéro, « Positif » consacre dix pages à la « trilogie », (« Paradis :amour », « Parardis : foi » et « Paradis : espoir ») d’un cinéaste autrichien provocateur, Ulrich Seidl. Michel Ciment rebondit sur l’affirmation d’un de ses collègues, Jacques Mandelbaum, qui demandait dans « Le Monde » : « Pourquoi cette culture autrichienne, en cela unique au monde, produit-elle des antagonistes aussi extrêmes que Wolfgang Amadeus Mozart et Adolf Hitler ? ». Il complète la liste des duos antagonistes de quelques pays, Espagne ( Franco et Velasquez), Allemagne ( Goering et Beethoven), Angleterre ( Jack l’Eventreur et Shakespeare), Etats-Unis ( le sénateur MCCarthy et Hémingway), Italie (Mussolini et Michel Ange), Russie ( Staline et Stravinski), Chine (Mao et Confusius), et même France (Landru et Marcel Proust). Un exception toutefois : face à un choix entre Klee, Honegger, Ramuz et Giacometti, impossible de trouver un tueur en série compétent ! Cela valait bien un détour qui n’a rien à voir avec le sujet du jour. Flatteur, Michel Ciment
Le métis de Dieu
Un pape polonais, Jean-Paul II et un cardinal français d’origine juive, deux amis qui doivent s’occuper d’un couvent de carmélites installé à Auschwitz. « Le métis de Dieu » est un téléfilm français unitaire, tout simplement un grand film.
Présenté le dimanche 24 mars à 22h10 sur RTS1. A voir le 29 sur Arte à20h50 puis sur « ARTE sept + » pendant sept jours.
Un « Pyrénée d’or » à Luchon
On ne parle guère des nombreux festivals consacrés à la seule télévision qui pourtant touche chaque jour un public beaucoup plus large de le cinéma. Se déroule à Luchon depuis une quinzaine d’années une manifestation consacrée aux « créations télévisuelles ». Seize films unitaires participaient à la dernière édition du 13 au 17 février 2013. Le « Pyrénées d’or », prix principal, vient d’être attribué au « Métis de Dieu » présenté dès 22h15 par RTS 2 le dimanche 24 mars et proposé le vendredi 29 par ARTE en début de soirée. Il sera ensuite possible de le voir sur ARTE + SEPT durant sept jours, mais pas sur le RTS qui ne dispose pas des droits si tant est qu’ils aient été demandés.
Jean-Marie Aron Lustiger
Ilan Duran Cohen en est le réalisateur qui signe le scénario et les dialogues avec Chantal de Rudder. Comme tout un chacun, je connaissais vaguement l’existence du cardinal Lustiger ( 1926-2007) énergique et non-conformiste. Le téléfilm m’apporte ainsi des informations nouvelles. Mais il s’agit d’une fiction. Il est toujours intéressant de savoir quelles peuvent être les libertés prises par une fiction à l’égard du vécu de personnalités connues du public. Un rapide passage sur internet pour y trouver les grandes lignes d’une vie permet d’affirmer que les faits mis en scène sont conformes à la réalité. Mais ce survol n’a pas permis de trouver trace de la cousine Fanny du cardinal ! Et il faudrait être un parfait « vaticanologue » pour savoir comment se sont déroulés certains entretiens entre le cardinal français d’origine juive et Jean-Paul II, son patron et ami polonais . Entre eux, dans le film, ils emploient le « tu ».
Choix indispensables
Pour raconter toute une vie, nonante minutes ne suffisent pas ; bien entendu. On pourrait s’en approcher mieux en construisant une série. « Le métis de Dieu » aurait pu donner lieu à une série du même esprit qu’ « Ainsi soient-ils », récente succès d’ARTE qui ne faisait pas de référence à une prêtre connu.
En rester à un « unitaire », c’est faire d’indispensables choix. Un certain nombre de séquences annoncées par des dates et des lieux permet de prendre acte de la rapide montée en puissance de celui qui allait devenir cardinal. Cela permet de mettre en évidence la forte personnalité de Jean-Marie Lustiger qui avait abandonné son prénom d’enfance, Aron. A quatorze ans, en 1940, l’adolescent juif se convertit au catholicisme, démarche que son père ne comprit guère. Sa mère est morte à Auschwitz. Le cardinal catholique a pourtant toujours revendiqué son ascendance juive. Il était juif E T catholique !
Le couvent des carmélites polonaises d’Auschwitz
La seconde moitié du film traite dès lors d’un événement qui créa de sérieux remous entre les communautés juives et catholiques, l’installation dans le camp d’Auschwitz d’un couvent de quelques carmélites polonaises au milieu des années 80. Les tensions furent alors intenses. Le « métis de dieu » accorde une grande place aux négociations religieuses et politiques qui amenèrent le départ des carmélites en 1994.
Dans un entretien, le réalisateur dit avoir, avec sa scénariste, « imaginé » ce que Jean-Paul II et son ami Lustiger avaient pu se dire dans le privé. On y montre en effet le pape polonais très préoccupé par la nécessité de la chute du communisme autoriser le cardinal à négocier le retrait des carmélites puisque le Mur de Berlin allait tomber
Une mise en scène à l’énergie
Impossible et peut-être pas très intéressant de savoir quand s’arrête la réalité et où commence, sinon la fiction, du moins l’interprétation des comportements liés à cette réalité. « Le métis de dieu » se présente en spectacle dominé par l’énergie d’un homme, curé qui roulait en moto, évêque qui prenait des leçons de conduite, qui peinait presque à suivre le pape franchissant à pas rapides les couloirs du Vatican, plongeait avec lui dans la piscine que Jean-Paul II saurait fait aménager dans la résidence de Castel Gandolfo.
Cette énergie est assurément celle du scénario qui joue admirablement bien sur les tensions dramatiques nées des confrontations religieuses et politiques, associées aussi à certaines ambiguïtés polonaises à l’égard de Juifs. Mais la vertu spectaculaire tient aussi à l’énergie dégagée par les interprètes, Laurent Lucas ( Lustiger) et Aurélien Recoing (Jean-Paul) en particulier.

Deux amis face à face, le Pape Jean-Paul II et le cardinal Lustiger ( Laurent Lucas et Aurèle Recoing)
Pourquoi pas sur grand écran ?
Il y a longtemps que pareille journée ne s’était plus déroulée pour moi ce dimanche 24 mars 2013. Se tenait à Neuchâtel le traditionnel « Festival du sud ». J’aurai vu ce jour-là quatre films, tous au moins bons, trois sur grand écran, un sur le petit, que j’énumère dans un ordre personnel croissant de préférences :
« Les enfants de Sarajevo » d’Aida Bégic – Bosnie- un frère et une sœur mal dans leur peau, la sœur constamment cernée de près par une caméra portée qui la prive presque de liberté en la faisant prisonnière
« Ai weiwei » Never story » d’Alison Klayman, USA, qui rend compte du comportement, du talent et du combat d’un opposant au gouvernement de Chine
« Wadjda » de Haiffa Al Mansour, une réalisatrice qui signe le premier ou deuxième long métrage de fiction d’Arabie saoudite bénéficie d’un excellent scénario, de remarquables interprètes mais aussi de sons appuis internationaux, les festivals de Sundance et Rotterdam, de techniciens du cinéma allemand pour la qualité technique et esthétique de l’image et de son qui ont facilité son accès aux publics.
Je mets au même niveau que « Wadjda » ce « Métis de dieu » présenté ci-dessus.
Wajdja, (Waad Mohammed), 12 ans, rêve de posséder un vélo, dans le film de Haifaa Al Mansour ( photo Praesens), qui mérite d’être vu !
« Wadjda » connaît un beau succès public, du moins en France. Les deux autres risquent bien de faire une brève carrière numérique, quelques rares séances marginales dans un nombre de localités peut-être plus grand qu’au temps de la pellicule. Sur le petit écran, « Le métis de Dieu » comptera tellement plus de téléspectateurs qu’il n’aurait rencontré de spectateurs. Mais se trouverait-il un distributeur de cinéma pour chercher à diffuser ce film en salle que ce serait un véritable miracle.
Souillé par la pub
Incident malencontreux lors du passage sur le petit écran romand dimanche dernier. Le cardinal Lustinger se rend à Auschwitz où l’émotion s’empare de lui au souvenir de sa mère qui y mourut gazée en 1943. Coupure brutale : voici une place publicitaire durant le récit de deux minutes au moins. Fin de la pub : à genoux devant l’entrée principale du camp, au milieu des rails, le cardinal n’arrive pas à prier, ni selon le rite juif, ni selon le Notre père chrétien. Cette brutalité est tout simplement scandaleuse si elle est, dira-t-on, légale : on peut couper une projection de plus de soixante minutes par des plages publicitaires. On pourrait aussi parfois se passer de le faire, mais il faudrait que quelqu’un qui a la responsabilité des programmes donne des directives à la régie qui gère les diffusions sur le plan technique.



































