Considérations estivales I
Au fur et à mesure des idées, des envies, il faut profiter de l’été pour vagabonder, ne pas vouloir coller à l’actualité sans pourtant la négliger. L’été, à la RTS comme ailleurs, ce sont des programmes, disons » allégés », tournés plutôt vers le divertissement, entre autres à travers les fictions, que la réflexion sur le monde qui nous entoure.
Voici l’état actuel de cette « production » estivale
2/ Vous avez dit « Diversité »
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3/ « Person of interest ( RTS 1, dimanches dès 20H45)
Voudrait-on répondre à son addiction pour les séries en regardant chaque jour toutes celles qui sont proposées sur des dizaines de chaînes qui ravitaillent notre seule « étrange lucarne » qu’il faudrait que les journées durent plus de vingt-quatre heures. Dès lors, il faut bien disposer d’un certain nombre de critères pour établir un programme personnel. Il est possible de faire un premier tri des lectures, un second en tenant compte de recommandations amicales. Voici mes zigzagues pour parvenir à « Person of interest ».
Le « Ben » de « Lost » sur « Tf1 » ?
En mars dernier, Miriam qui connaît pourtant mes goûts et mes allergies prend le risque de me signaler qu’elle a vu un truc assez bizarre sur TF1 en premier rideau avec un acteur qui fut l’inquiétant Benjamin Linus de « Lost ». Faible attention, ce jour-là, pour cette info sur une série au titre étrange et un peu paresseux « Person of interest ». Je ne me nourris pas au biberon TF1 en premier rideau le mercredi soir, surtout quand on y aligne trois épisodes de suite, ce qui va à l’encontre du principe même de la série qui doit en principe être dégustée un par un, en provoquant le désir plus ou moins insupportables de le suite. Et puis, TF1 n’a tout de même pas la réputation de soutenir les séries récurrentes à scénario un peu trop complexe qui s’adressent en priorité à la spectatrice et consommatrice idéale, la ménagère de moins de cinquante ans !
Swonden et la « NSA »
Dans mon hebdomadaire lecture de l’avant-programme vert de la RTS, face au 7 juillet 2013, devant « Person of interest », un immense « ? ». Passage à l’acte le dimanche 14 !
C’est quoi, cette machine qui sait tout plein de choses sur des gens qui vont commettre un crime ou en être victime ? L’ambiguïté régnerait-elle sur cette imposante inquisition dans une série qui a démarré aux USA en 2011, apparue en Belgique puis sur TF et seulement en juillet 2013 sur la RTS qui pourtant se spécialise dans le passage avant toute chaîne française ?
Edward Swonden, actuellement en terrain neutre dans l’aéroport de Moscou a dénoncé l’espionnage universel mis en place par la NSA ( la Sécurité Nationale Américaine). Un traitre pour l’Etat américain, un héros, pour beaucoup de monde, qui ne prise guère l’existence même de « Brother ». Un système qui indigne les pays « amis » surveillés par les USA. Ressemblances étranges ! Prémonition, puisque la série date de 2011, le projet remontant encore plus le temps ?
J.J.Abrams
Et puis, ceci, important pour un mordu de série : un nom au générique, celui d JJ. Abrams ? Le créateur s’en est allé chercher dans « LOST » Michael Emerson, le Ben devenu Harold Finch, toujours aussi bizarre et inquiétant. JJAbrams, en séries, c’est, entre autres, « Alcatraz » ( 2012 – une seule saison, donc un échec pour le créateur), « Alias » ( 2001-2006 -5 saisons), « Lost : Les disparus » ( 2004-2010 – 6 saisons), « Fringe » ( 2008-2013 – 5 saisons), « Person of interest » ( en cours, 3 saisons). Abrams est chef de projet de série, producteur, scénariste, réalisateur,etc,,, c’est selon !
Une revue pointue et exigeante, « Les Cahiers du cinéma » (no 690 – juin2013), vient de consacrer de nombreuses pages, avec une précieuse filmographie qui concerne un réalisateur, un scénariste, un chef de projet de séries, à JJAbrams.
Faire connaissance avec Harold Finch
Vient alors une autre étape pour en savoir davantage, lequel va assez rapidement occuper deux bonnes heures sur internet aux bons soins du précieux camarade « google » : faire connaissance avec certains personnages. Harold Finch, le riche et boiteux ingénieur qui a conçu la machine, a pour assistant de plus en plus proche John Reeves : Avec l’inspectrice Carter vont se tisser des liens d’un épisode à l’autre donnant à « Person of interest » cette précieuse unité qui dépasse les séries unitaires avec leurs personnages certes récurrents mais figés.

Michael Emerson joue le rôle d’Harold FINCH, le propriétaire de la machine de « Person of interest ».
Voilà suffisamment de raison, même pour prendre un train qui est déjà en marche dès le cinquième épisode. La réflexion viendra après le visionnement à faire le dimanche 21 juillet. La tendance va vers la positif.

Taraja P Henson ( l’inspectrice Jess Carter) et Brennan Brown ( Nicolas Donnelly, personnage secondaire) dans « Person of interest ».
Un dernier détour : INDECT ?
Encore une rencontre faite dans cette promenade sur internet. Il existe un système financé pour l’Union européenne dit de surveillance intelligente se basant sur images et de sons recueillis par la vidéo surveillance. La machine qui observe des « comportements suspects » devrait être au point au début des années 2020. Ce système s’appelle I N D E C T. Il a déjà provoqué des manifestations contre cet esprit espionnage anonyme, sous forme d’affiche dénonciatrice ou de manifestation protestation.
Il y a entre la NSA ou INDECT et « Person of interest » des différences, mais aussi un point commun : « Big brother », inventé par George Orwell dans « 1984 » guette….
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2/ Vous avez dit « Diversité »
Dans le «Médiatic no 177 (juillet, août, septembre), ce texte en rubrique « papier d’émeri » » (page 11) de 7oo signes, espaces compris :
La concession oblige la SSR à la diversité. Dans l’ensemble des programmes, c’est chose acquise. Mais pas pour le cinéma suisse pourtant largement soutenu par le « pacte de l’audiovisuel » : sur la RTS, bon nombre de documents et la majorité des films d’auteur doivent poliment attendre 23h00 pour être montrés. Dans le domaine de plus en plus prisé des séries, le premier rideau de RTS1 (après 20h00, avant 22h30) est envahi par les polars unitaires américains. Les séries à forte valeur ajoutée, défendues par le Conseil du public, sont presque systématiquement rejetées à 23h00 ou même plus tard. Qui doit-on remercier pour cet étrange et original respect de la diversité à composante culturelle ?
En 2.1 – Deux semaines en juillet
Un exemple ou deux ne peuvent pas être considérés comme un échantillon de valeur scientifique. Mais quand on connait la rigidité des grilles de pratiquement toutes les chaînes de télévision, il y a fort à parier que les choses ne vont guère changer changer durant la période estivale qui s’étale sur environ deux mois.
Du 6 au 12 juillet, durant environ 1950 minutes en une semaine entre 20h30 et environ 01h00, on a trouvé mille trois cents minutes de produits d’origine américaine et cinq cent pour des produits européens. Plus de nonante pourcent du temps d’antenne pour la fiction divertissante, films et fiction. Et dans cette fiction, 68 % pour les USA. (voir ci-dessous, en 2.2, « semaine du 6 au 12 juillet 2013 )
Du 27 juillet au 2 août 2013, toujours sur RTS 1, toujours entre 20h30 et environ 01h00, sur les 1950 minutes, le même dépouillement donne 1440 minutes de produits américains et 400 autres, donc plus de nonante pourcent du temps d’antenne. Là, dans la fiction, les USA s’offrent le 77 % par rapport à tous les autres, suisse, danois et japonais. Une série intitulée « Crossing line 2 » a été classée dans le groupe USA.
En 2.2 – Semaine du 6 au 12 juillet 2013
Voyons comment la fiction s’empare des soirées de RTS1 entre 20h30 et 01h00 du matin environ, avec invasion américaine aux deux-tiers du temps disponible.
L’exemple d’une semaine prise parmi d’autres a de bonnes chances de se répéter ces deux prochains mois. RTS 1, de 19h00 à 20h30 environ, maintient heureusement et rigoureusement la présence d’émissions « maison », des téléjournaux ou la météo au « Dîner à la ferme » en passant par « Bye bye la Suisse » et « Temps présent ».
Ensuite, on entre dans des soirées thématiques divertissantes, sans s’occuper de dire si oui ou non on peut y trouver des qualités et les défendre ou flétrir des défauts avec une verve aussi percutante que celle d’Alix Nicole — bienvenue au club des critiques de télévision qui ne compte pas beaucoup de monde — pour « flinguer » dans “Télétopmatin du 16.06.2013, ‘DallasO.2″ qui n’est d’ailleurs guère enthousiasmant. il vaut la peine de savourer ce texte qui est une analyse assez acceptable de « DallasO.2 » :
(..) les producteurs ont perdu l’esprit de l’ancien « Dallas »: on ne retrouve pas le côté vénéneux de l’époque, çà manque d’aspérités. Il y a un trop grand décalage entre les vieux acteurs et la nouvelle génération. Des gamins dobybuildés côtoient un J.R presque grabataire. On essaie de mélanger l’eau et l’huile, du coup la sauce ne prend pas. (..) En voulant attirer les nostalgiques tout en draguant les jeunes, la série part dans tous les sens et on se demande à qui cela pourrait plaire. Les fans d’hier seront déçus et les autres n’y trouveront pas leur compte.
Il eut été intéressant de lire notre notre consoeur à propos d’une série de TF1, « JO », où la RTS apparait dans le générique.
Alors, en route pour goûter ce qui se passe sur RTS1 sept jours de juillet durant entre 20h30 et 01h00, environ 1950 minutes
Côté USA
- samedi 6 juillet : trois films, environ 310 minutes
- dimanche 7 : sept épisodes de séries, environ 250 minutes
- lundi 8 : choix en début de soirée entre deux films américains de 105 minutes chacun, plus trois épisodes de séries pour 140 minutes, en tout 245 minutes
- Mercredi 10 : cinq épisodes de séries, pendant 205 minutes
- Jeudi 11 : trois épisodes de séries, 110 minutes
- vendredi 12 : deux épisodes et un film d’horreur nocturne, 185 minutes
Total des produits américains : mille trois cents et cinq minutes
Les exceptions européennes, partiellement culturelles
- Mardi 9 : trois films français, 285 minutes
- Jeudi 11 : un portrait de cinéaste et un film suisses : 110 minutes
- Vendredi 12 : deux épisodes d’une série danoise, 110 minutes
Total des produits européens : cinq cents cinq minutes
Voici le 72 % aux USA et le 28 % à l’Europe réduite à un trio français, danois et suisse pour les mille et huit cents dix heures de fictions audiovisuelles. Le solde est occupé par la pub, les tirages de loterie et autres bandes de lancement De plus, les horaires octroyés aux présences suisse et danoise sont tardifs, à partir de 22h45 ou 22h35 pour prendre fin après minuit !
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1/ Un été nordique
Sous ce titre, « Le temps » ( Samedi 6, dimanche 7 juillet 2013) vient de consacrer près de trois pages à la Scandinavie, Danemark, Norvège, Suède et Finlande. Il va de soi que le sujet de l’édito de Pierre Veya, intitulé « Ces pays qui peuvent nous inspirer », devait forcément faire quelque allusion à l’audiovisuel. Et peut-être bien que les 5,6 millions de Danois, 5.0 de Norvégiens, 9,5 de Suédois et 5,4 de Finlandais forment un entité culturelle plus étroite et attentive les uns aux autres que nos quatre suisses, rétho-romanche, alémanique, italienne et française.
Deux allusions à l’audiovisuel :
(..)un dynamisme culturel insoupçonné comme le prouvent le triomphe des séries TV danoises, le succès planétaire des polars suédois » (..) (Pierre VEYA )
« Rayonnement mondial dans le domaine des séries TV, à commencer par les danoises ( The Killing, Borgen) (page 3).
Imaginons un tel texte paru dans les années soixante à quatre-vingt : on y aurait trouvé le nom d’Ingmar Bergman. Et dans les années nonante d’autres noms s’y seraient ajoutés, celui du Danois Lars von Trier, du finlandais Aki Kaurismaki. D’ailleurs les cinéastes cités ont tous travaillé ou collaboré avec des chaînes de télévision. Et avec la série « L’hôpital », Lars von Trier avait exploré en pionnier la voie désormais royale des séries haut de gamme.
Confirmation d’un fait désormais incontournable : on ne peut plus parler de créativité audiovisuelle sans s’arrêter aux séries télévisées. En Suisse, on est encore assez loin des scandinaves pour les séries, mais on sent monter l’envie….




