Crossing lines : un « Blockbuster » ?
Ce texte se compose de trois parties qui présentent l’audiovisuel comme une industrie, se demande si « Crossing lines » est un « blockbuster » et finit par voir dans cette série franco-américaine plus américaine que française un pudding européen. On peut lire une partie indépendamment des deux autres.
*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*
Des images de « Game of thrones », indéniable « blockbuster » illustrent les deux premières parties et d’autres de « Crossing lines » la troisième. Le choix de la première série veut rendre hommage à la perfection du spectacle riche et dense de « Game ». Il attire l’attention sur un des rares personnages féminins vraiment autonome, la blonde femme aux dragons. J’avoue une allergie à une accumulation de violences ( têtes coupées, épées plantées dans ces corps, femmes méprisées par des guerriers avides de profiter d’elles ). Je peine à me souvenir qui est qui, dans lequel des sept royaumes l’on se trouve. C’est un aveu de paumé devant tant de perfection formelle !!!
*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

Une afffiche pour la série
« game of thrones », en 2ème saison : JE PRENDRAI CE QUI M’APPARTIENT AVEC LE FEU ET LE SANG dit Daenerys Targaryen,fille d’un fou déchu de son trône, enceinte à 14 ans, ayant décidé d’abolir l’esclavage. C’est la femme aux trois dragons….
1/ L’audiovisuel est une industrie
L’audiovisuel est aussi une industrie puissante qui manie des millions et des millions, disons tout de même en priorité, de dollars. Les grands groupes ont compris, nettement mieux que les critiques figés dans leur conviction de la supériorité du 7ème art, que cinéma et télévision sont désormais très proches et souvent économiquement confondus. Le groupe américain de médias « Time Warner », au milieu de cette année, est euphorique. Sur grand écran, avec « Gabsy » et « Superman », il accumule de fructueuses recettes. Mais il se déclare aussi fort satisfait de ses activités télévisées : la troisième saison de la série « Game of thrones », produite par HBO, liée à Time Warner, vient de s’achever aux USA avec une hausse d’audience de plus de vingt pourcent. Et pour la télévision généraliste commerciale, l’audience et les recettes sont étroitement liées.
Fort budget et hauts revenus !
En audiovisuel, « Gabsy », « Superman », le très récent « Lone Ranger, naissance d’un héros » de Gore Verbinski, ce « Game of thrones » ou dans une moindre mesure « Crossing lines » fortement soutenu par TF1 sont des « blockbusters ». Rappelons en passant qu’un « blockbuster » est censé être un produit audiovisuel à fort budget et hauts revenus, production exceptionnelle sur les plans financier, matériel et humain.
Il arrive parfois que les hauts revenus soient aux abonnés absents. Il se pourrait par exemple que l’actuel « Lone ranger, naissance d’un héros », avec ses 250 millions d’investissement, connaisse l’échec dans son pays d’origine. Mais Walt Disney a les reins assez solides pour faire face à un éventuel échec.
2/ « Crossing Lines » en est-il un « blockbuster »?
« Crossing lines », qui retient ci-dessous notre attention, peut-il vraiment être considéré comme un « blockbuster » ? Certains indices permettent de le croire. Ces indices doivent assurément être apportés par le produit diffusé sur le petit écran. Ils tiennent aussi à des conditions de production, lesquelles sont parfois révélées par une lecture attentive des génériques, dont du reste la grande majorité des spectateurs se moquent allégrement. Mais y regarder de près permet parfois de comprendre comment fonctionne l’audiovisuel contemporain à travers sa diffusion sur téléviseurs et écrans associés – donc tout ce qui existe à l’exception du grand écran des salles de cinéma !
Importance du lancement
Pour préparer l’arrivée sur les grands écrans d’un « blockbuster », il faut investir des millions à la promotion. Difficile de dire, pour le moment, comment cela se passe quand il s’agit d’un produit audiovisuel pour les seuls écrans associés à la télévision.
On voit pourtant poindre certains signes. Admettons donc que « Crossing lines» soit porteur de l’ambition d’être à sa manière un « blockbuster ». Voici quelques conditions nécessaires pour vérifier cette ambition. Elles ne sont pas suffisantes. Et évoquons surtout « notre » télévision.
Premier moyen à disposition de toute chaîne: l’autopromotion, à travers une ou des bandes de lancements et surtout la répétition fréquente de leur passage à l’antenne. C’est ce que vient de faire et fait la RTS pour « Crossing Lines ». Cela tient d’une forme de matraquage.
Certaines séries, de loin pas toutes et pas forcément les plus intéressantes, sont proposées ensuite sur le site de la RTS durant sept jours, quand les droits ont été discutés et obtenus. Cette possibilité prolongée de les voir est aussi un signe de l’effort de promotion qui les met ainsi bien en valeur. A noter en passant que le dimanche 11.08.13 à 10 :00, «Le dernier élément » ( épisode 3) avait été vu 724 fois et « Sortie de route » ( épisode 4 ), 547 fois. Ces chiffres ne sont pas très élevés, mais il est difficile de les interpréter. C’est beaucoup ? Peu ?
Dans la presse et sur internet
Parallèlement, le produit soit être bien reçu dans la presse qui consacre tout ou partie de ses préoccupations à l’audiovisuel, cinéma et télévision confondus. C’est ainsi que le romand TV8, le meilleur des trois qui se battent sur le marché, vient de consacrer une couverture et deux pleines pages à cette série ( 20 juillet 2013)
« Télérama », le plus complet des hebdos consacrés à la culture en France, a donné beaucoup de place à cette série le 26 juin dernier.
« Le polar « Crossing lines» reste dans les clous » est accessible à travers un moteur de recherche en tapant « Télérama – Crossing line ». Je n’ai pas retrouvé l’équivalent du texte sous sa forme « imprimée ». Mais il est évident qu’internet est devenu une source d’information riche et précieuse, au point de se demander si nous ne sommes pas peu à peu entrés dans l’ère »google ».
Ecriture dans le sillage d’ « Esprits criminels »
Deux exemples parmi d’autres qui permettent de tirer les grandes lignes qui font l’originalité plus ou moins grande de cette série. Le responsable principal de l’écriture est Edward Allen Bernera, dont la sommet de la carrière est sa participation importante à la série increvable des « Esprits criminels », des dizaines d’épisodes indépendant les uns des autres. Aux USA, la série a trouvé l’appui de NBC qui a pourtant annoncé une audience de 4.38 millions pour les deux premiers épisodes liés, de 3.71 pour le non 3 et et 2.9 pour la 4.
En Europe, le principal partenaire n’est autre que TF1, qui ne passe pas pour la chaîne la plus originale dans le choix de ses séries. Et le générique nous apprend que le tournage a eu lieu en Tchéquie.
L’Europe des enquêteurs
L’idée de base est de créer un groupe de policiers formés d’un représentant par pays qui vont traquer les criminels qui ne connaissent pas de frontière pour accomplir leurs exploits. Ce groupe reçoit ses ordres de mission d’un représentant du TPI qui a son siège à la Haye. Les acteurs principaux viennent des Etats-Unis, d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, de Grande-Bretagne, de France, etc. De grands noms, Marc Lavoine ( France), Donald Sutherland (USA), William Fichtner ( un des personnages essentiels de « Prison break ») font monter l’eau à la bouche. La version originale est anglaise. Chaque acteur y participe paraît-il avec une pointe d’accent et parfois les mots de son pays. La version doublée pour TF1, elle, fait parler chacun dans un même français en limant des accents.
Et voilà assez pour pressentir le résultat : un plutôt fade et décevant pudding européen. Contrairement à « Game of Thrones », fort honorable « Blockbuster », « Crossing lines » traîne derrière lui des regrets ? La faute à TF1 ? Peut-être bien.
3/ Pudding européen plutôt indigeste….
( à suivre )



