Cinquante millions en une année pour la production externe

Vendredi 30 août 2013 : vous aimez les séries, surtout les récurrentes à grande valeur ajoutée pour atteindre le haut de gamme? Peu-être avez-vous lu le LE TEMPS avec  cinq sujets signés par Nicolas Dufour en pages 1 et 3 :

Les écrans de la RTS envahis par les feuilletons américains 

Editorial : Diversité en séries 

Séries américains, l’overdose ?

La RTS choisit les méthodes des grandes chaînes privées ( un entretien de Nicolas Dufour avec Matthieu Béguelin, président du conseil du public) 

Plus que TF1

Ces différents articles sont à lire en suivant ce lien

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

1/ Cinquante millions par année à la RTS pour la production externe ? Aucun lien avec la réalité. Un petit jeu de fiction financière : que pourrait-on faire avec cinquante millions par année ? Par grand chose, sauf d’acheter à tour de bras des séries américaines pas très ambitieuses déjà amorties sur le marché national. Tout de même une occasion de parler coût de production, de savoir un peu « combien çà coûte » ?

*=*=*=*=*=*=*

2/ « Passe-moi les jumelles » ( plus simplement « Paju ») existe depuis vingt ans déjà. Cette émission contemplative honore la RTS qui la présente en premier rideau ( dès 20 heures, avec ses émissions originales.) Un hommage en images est introduit dans le texte.

*=*=*=*=*=*=*

Troisième saison pour la remarquable série danoise, « Borgen ». Là aussi, dans le texte, un hommage par quelques images. Il faut protester contre la provocation faite par les responsables de la programmation qui n’exposent pas cette série avant 23h00 pour se terminer à près d’une heure du matin. Voilà comment l’on traite la qualité au royaume de la quantité reflétée par les parts de marché !

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

Le téléspectateur devrait fonctionner au « coup de cœur » pour se laisser guider vers ses émissions préférées. A chacun de faire ses choix. Mais il faut aussi parfois aborder l’audiovisuel contemporain rationnellement. Il est facile de répéter qu’il y a trop de sports à la SSR-SRG., souvent installés en priorité sur RTS 2. Il l’est tout autant de regretter la place envahissante prise par les séries unitaires américaines aux meilleures heures, dès le milieu premier rideau, dès 21h00, sur RTS1, le « navire amiral », l’armada formée par les autres moyens modernes, internet, le portable, etc.

 

2013- le Weisshorn, là où la fête aura lieu pour le 20ème anniversaire

2013- le Weisshorn, là où « Paju » célèbre son vingtième anniversaire.

L’impossible transparence

Il vaut la peine de s’interroger sur ce que peut proposer la RTS, sur ses deux chaînes, durant quarante heures chaque jour de l’année. Il y a un problème d’argent, dont on entend rarement parler si le montant de la redevance est une sorte de monstre du Loch Ness ! Le souci de transparence n’est pas prioritaire. Combien çà coûte, une minute de « Téléjournal » ? Combien çà coûte, une minute de « Temps présent », ou de « Paju » dont on va dignement fêter le vingtième anniversaire ? Le sait-on vraiment ? Et si on le sait, accepterait-on de le dire ? Il n’est pas facile de répartir sur chaque émission les coûts de la rénovation de la Tour, de l’achat du matériel, du salaire du directeur des programmes, de de celui de l’assistante de la secrétaire de la responsable des achats des séries !

2001 Manuella Maury et 2001 : Manuellla Maury et Benoît Aymon. Mais qui reconnaît la vraie vedette sur cette image ?

2001 : Manuellla Maury et Benoît Aymon. Mais qui reconnaît la vraie vedette sur cette image ?

Le coût-minute de l’externalisation

Réponse possible, dans un domaine au moins. La télévision sait à peu près ce qu’elle dépense lorsqu’elle externalise sa production ou qu’elle procède à des achats d’un produit audiovisuel qui existe sans son intervention. On peut plus ou moins correctement estimer le coût pour une minute d’antenne.

Imaginons qu’une chaîne comme la RTS dispose de cinquante millions par année pour l’externalisation. Que pourrait-elle offrir, réponses approximatives données en heures annuelles de diffusion ou en minutes par jour ?

Les séries romandes du samedi soir

La RTS réserve quelques-uns de ses samedis soirs à des séries récurrentes. On attend pour cet automne la deuxième saison de « L’heure du secret » dont le tournage est pratiquement terminé. Admettons que l’ordre de grandeur du coût à la minute tourne autour des quinze mille francs. Cinquante millions permettraient de proposer trois mille trois cents minutes de programme :

55 heures pour une année entière ou 9 minutes par jour.

Objectif équivalent à « Borgen »

Un objectif à cinq ans devrait s’installer dans l’esprit des décideurs,  pour arriver à faire en Suisse romande l’équivalent de « Borgen »,  il faudrait probablement pouvoir investir vingt-cinq mille francs la minute et décider de prendre le risque d’une programmation courageuse, au moins en milieu de premier rideau plutôt que le samedi soir à 20h00. Il y en aurait pour deux mille minutes :

33 heures pour l’année, entre 5 et 6 minutes par jour.

_____________________________________________________________________________

 La diffusion de la troisième saison de la splendide série danoise débute sur RTS 1 le vendredi 30 août 2013, à 23.15, le deuxième épisode se terminant à 01h00

Brigitte Nyborg - Borgen saison 3 - èpisode 1

Brigitte Nyborg – Borgen
saison 3 – épisode 1

Une fois de plus, cette programmation tardive est une provocante marque de mépris à l’égard de tous ceux qui tiennent en haute estime les séries récurrentes à forte valeur ajoutée qui prennent place dans le haut de gamme

________________________________________

Co-production cinématographique : « Les grandes ondes » de Lionel Baier

La RTS a investi 350 mille francs pour les 85 minutes du film de Lionel BAIER qui vient de faire une première réussie sur le Piazza Grande de Locarno. Cela fait donc un peu plus de quatre mille francs la minute. C’est un assez gros investissement. Les cinquante millions permettent alors de proposer

 210 heures annuelles, environ  35 minutes par jour.

Temps présent

Il est plausible d’estimer qu’un « Temps présent » de cinquante minutes coûte cent mille francs, donc deux mille francs la minute. On pourrait donc offrir vingt-cinq mille minutes

 415 heures annuelles, un peu moins de 70 minutes par jour.

 

Brigitte et Philippe /Borgen Episode 10

Brigitte et Philippe /Borgen
Saison 1 – Episode 10

Côté «  docs » avec « L’expérience Blocher » et « Le tableau noir »

Tant pour le premier (cent trente mille francs pour cent minutes) que pour le second (cent cinquante mille francs pour cent dix-sept minutes), on est autour de mille trois cents francs la minute. On disposerait alors de

 615 heures annuelles,  105 minutes par jour.

 Le tout venant de la série unitaire américaine

Les séries américaines, qui sont  souvent produites par des chaînes à péage, comme certains films du reste, arrivent sur les marchés européens parfois entièrement amortis. C’est du « tout bénéfice ». Il n’est pas absurde d’effectuer un premier calcul en prenant un coût plausible de base de cent francs la minute.

Avec cinquante millions de francs suisses, on s’offre un cinq cent mille minutes d’antenne, de quoi remplir un canal 24 heures sur 24 :

8.500 heures annuelles,  un peu moins de 1.400 minutes par jour.

BORGEN - Episode 20 - Saison 2

BORGEN – Episode 20 – Saison 2

Contribution à de bonnes parts de marché

Mille quatre cents minutes, ce sont  à peu près vingt-quatre heures par jour. La conclusion est claire. Avec  cinquante millions pour les achats et les séries américaines les plus commerciales déjà amorties, on peut faire tourner une chaîne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. De plus, les séries majoritairement américaines contribuent à maintenir une bonne moyenne pour les parts de marché.

Répéter qu’il y a trop de séries américaines, c’est être un doux et utopique rêveur. Ces séries sont indispensables pour faire fonctionner le double programme de la RTS ; hélas !!

 Il faut se battre pour une plus grande diversité dans l’origine des séries et des films de cinéma afin que certaines sources européennes, mais pas elles seulement, remplacent les sempiternelles américaines. Il faut que les séries à haute valeur ajoutée du haut de gamme soient plus souvent accueillies à des heures de meilleure écoute, par exemple en milieu de premier rideau (un peu après 21h00) plutôt qu’aux environs de minuit. La part de marché risquerait-elle d’être en baisse ? Mais que mesure l’audimat ? La quantité. La qualité est une valeur culturelle qui n’est pas prise en compte par une présentation de  « Borgen » à 23h15 !!! Dit autrement : la RTS, qui s’aligne beaucoup trop  sur l’esprit de TF1, devrait s’autoriser à « concurrencer » plus souvent ARTE.

La programmation de la fiction audiovisuelle est le point faible de « notre » télévision ! Elle est presque complétement l’esclave  des parts de marché !! Doit faire mieux ! Mais le veut-on ?

 

 

Les commentaires sont fermés.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives