Des images puis des mots…

La mort de BenLaden

Il y a quelques jours, un efficace commando professionnel d’Américains élimine Ben Laden. Pour certains, l’absence d’image du mort apparaît comme un manque de preuve. Une autre image qui circule sur le web est assez vite rejetée puisque truquée. Une photo de groupe, elle, fait probablement le tour du monde. Autour du président Obama, une douzaine de personnes assistent en direct à l’assaut donné contre la maison où habite Ben Laden. Ou regardaient-ils une bonne moitié d’un épisode de « 24 heures chrono » ? Les retouches de détail faites à ce cliché en améliorent la portée. Les « communicants » sur la politique de la Maison Blanche et du Président ont clairement choisi l’absence d’image du défunt.

DSK : des images qui le condamnent

DSK est à peine en garde à vue que certaines images font le tour du monde. Le patron du FMI, probable candidat à la présidentielle française, y apparaît visage décomposé, mains dans le dos liées par des menottes, entouré de beaux gars qui ne sont plus ses gardes du corps. Cette totale exhibition publique conduira à une sorte de mise à mort professionnelle et politique. Cela peut étonner en francophonie où la discrétion faite parfois de connivence est chose ordinaire. Les commentaires font donc largement état du comportement de la justice américaine qui avant même une inculpation rend publique des images de personnes soupçonnées, qu’il s’agisse d’un petit délinquant genre voleur de canettes ou d’une personnalité mondialement connue, qui elle ne vole pas presque rien. La présomption d’innocence est ainsi mise à mal. La Police et la Justice des USA n’adoptent pas le même attitude que le Politique.

Le tourbillon des mots

Bien vite s’ajoutent aux images les mots des commentateurs, parlés ou écrits. Les sons qui accompagnent les images filmées restent rares. Plus tard, la musique illustrera des images en mouvement, parfois même une photo, image instantanée figée. Tombent ainsi drus les commentaires des spécialistes dans le grand jeu du tout-sur-tout-tout-de-suite. L’absence de recul accentue la volonté de spectacle adressé au consommateur. Le citoyen qui regimbe dispose d’un champ de résistance face à l’audiovisuel  de l’instant : la lecture des journaux.

Temps de lecture et d’écoute

Lu, le mardi 17 mai 2011, trois quotidiens romands, l’un de proximité, un « people » et un dit « incontournable ». Sur l’affaire DSK, temps total de lecture, plus d’une heure, le plus court pour le people. Lu « Le monde » daté du mercredi 18 mai : à lui seul, sur le même sujet, pendant plus d’une heure. Assisté aussi, mardi 17 en fin de premier rideau, au débat d’ »Infrarouge » : une heure encore. Entré aussi sur le « forum » associé à l’émission ! A première vue, trop de choses pas très intéressantes.

Qualité de l’information : évidemment, avantage au « Monde » et ses huit pages de textes denses sous des angles d’approches variées. Avantage aussi aux trois quotidiens romands face à « Infrarouge ». Avec une demi-douzaine d’invités qui ne s’écoutent guère, Esther Mamarbachi n’évite par les couacs.

De la connivence

Le direct même différé tient du spectacle. Le spectacle s’adresse à un consommateur. L’information qui se met au service du citoyen demande du temps de recul pour la réflexion. L’audiovisuel reste pourtant avide de vitesse. Dans le cas DSK s’est posé le problème de la connivence entre les médias et les détenteurs du pouvoir sous toutes ses formes. DSK détenait un réel pouvoir économique et politique. En France, la discrétion à propos de son comportement à l’égard de femmes tient de la connivence. Mais on savait qu’il se voulait séducteur, exemples à l’appui

Edwy Pleynel, repoussé loin du « Monde », créateur d’un journal sur le web, Médiapart, spécialiste souvent consulté par les journalistes de la radio et du petit écran, avait probablement raison de rappeler qu’affirmer de quelqu’un qu’il est un séducteur n’est pas une information.

Quel est l’apport d’ »Infrarouge »?

Important alors de se poser une question sur ce direct différé. Sur son site, « Infrarouge » propose un montage de six minutes des moments les plus importants de l’émission. Que Mme Mamarbachi voulant impérativement savoir ce qui s’est passé dans la chambre soit considéré comme un « moment » important signifie très clairement que le « people » prend le dessus.

Supposons qu’une équipe de « Mise au point » dispose de quelques jours de montage pour tirer des soixante minutes un résumé : intuitivement, je « sens » qu’il ne durerait pas tellement plus de quinze minutes. Et qu’il ne ressemblerait guère à la version de six minutes proposée sur le site d’ »Infrarouge ».

Le forum

Ce mardi 23 en mettant un terme à ces lignes, j’esquisse un pas sur le forum d’ »infrarouge ». Sont annoncées 57 interventions, l’un des intervenant menant le bal avec près de six mille interventions à son actif ! Ces interventions induisent près de 230 réponses qui sont parfois réponses à des réponses. Manque de temps pour lire tout cela. Il faudrait pourtant s’y mettre pour savoir si ces forums en vrac apportent quelque chose d’intéressant.

Qu’on se réjouisse : « Infrarouge » remet çà le 24 mai, sous le titre « L’Affaire DSK : le choc des civilisations ? » Le spectacle continue

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