True détective : premières remarques

Vu au soir de lundi 29 juin l’épisode no 2 : confirme les lignes ci-dessous, le côté « polar » faisant place aux personnages et à leur comportement! (01.06.15)

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Décision : éviter le petit jeu des comparaisons. Mais se rappeler que la première saison de « True détective » a été saluée comme une immense réussite dans le haut de gamme. Et rendre hommage par une image au duo :

True detective - saison 1 Woody Harrelson ( Martin Hart) et Matthew McConaughey (Rust Cohle)

True detective – saison 1
Woody Harrelson ( Martin Hart) et Matthew McConaughey (Rust Cohle)

 Film ? Téléfilm ? Il ne doit rester que quelques critiques pour proclamer encore la supériorité de la fiction du cinéma sur celle de la télévision, laquelle avec les séries récurrentes s’inscrit tout simplement dans les plus belles réussites de l’audiovisuel contemporain. Niveau récit, le long-métrage de nonante minutes tient de la nouvelle, la série récurrente de la saga littéraire. Et voici une notion à retenir : l’anthologie, « Recueil de morceaux choisis d’œuvres littéraires ou musicales » selon Larousse ; ajoutons-y « audiovisuelles ». Mais peut-être à prendre à son deuxième sens possible : « mémorable, historique, qui restera dans les annales ».

nic pizzolatto -  true détective

En commun d’une saison à l’autre ? Nic Pizzolatto, écrivain, scénariste, producteur de télévision, « showrunner ». Mais aussi produit par HBO, tourné en extérieurs aux USA. A la réalisation, Justin Line remplace Cary Jojo Fukunaga (entre autres un plan séquence de six minutes à la fin de l’épisode sauf erreur quatre).

Le générique

 La « séduction » s’installe dès le générique, comme une suite de tableaux richement colorés, esquissant une image qui se retrouvera dans l’un des épisodes, avec l’appui d’une musique et des paroles de Léonard Coen, scandées comme en un poème.

Résumé

Vinci, une ville qui n’existe pas, mais sans le moindre doute elle se situe en Californie, dans une banlieue industrielle de Los Angeles (probablement), avec la mer qui n’est pas bordée de plage de sables mais d’espaces verts avec des demeures modestement confortables ou tapageusement luxueuses

L’espace est donc celui d’une ville industrielle à la vie animée, avec ses établissements, le commissariat de police, des restaurants élégants ou cabarets douteux, lieux de réunion ou de rencontres, maison plus ou moins close. Pour quelques routes « départementales », des autoroutes avec leur nombreuses pistes, encombrées de véhicules, la nuit brisée par des phares, et ces échangeurs aux élégantes courbes presque abstraites jouant dans l’espace. Des plans de route, de zone industrielle servent d’habiles liaisons entre séquences.

Synopsis

Dans un milieu de bourgeoisie d’affaires proche du pouvoir politique local, un projet de ligne de chemin de fer à grande vitesse devrait permettre à quelques-uns de faire de bonnes affaires, moyennant combines et arrangements. Promoteur de cette opération, Franck Semyon. Ben Caspare, concepteur du projet, est étrangement absent. Trois policiers, parmi d’autres, se retrouveront sur les lieux où sera découvert un cadavre. Au premier degré, un polar. Mais d’emblée plus aussi !

Quelques personnages

Le premier épisode permet de faire connaissance avec les personnages et leurs proches dont on devine qu’ils vont être les plus importants. Il y aura certes des solitaires, mais ils le sont par choix ou contre leur gré. L’univers des affairistes s’inscrit autour de Franck Semyon dont l’épouse pourrait bien être beaucoup plus impliquée dans les affaires de son mari qu’il ne le semble au premier abord.

Un bref « retour sur le passé » au début de l’épisode donne quelques signes pour comprendre le lien entre Franck le promoteur et Ray Vercoro.

true detective, saison 2 Colin Farrell et ? , une scène du film, pas une pose d'acteur

True detective, saison 2
Franck (Vince Vaughan) et Ray (Colin Farrell), le promoteur et le policier au bout du rouleau, « duo » principal dès le premier épisode.

On découvre peu à peu trois principaux policiers dans l’exercice de leur fonction et avec leurs proches. Ray, à première vue, pourrait bien être un affairiste parmi les autres. Sa femme a été violée. Il s’occupe de celui qu’il considère comme son fils en surcharge pondérale en le protégeant avec excès. Il se montre d’une inouïe violence à l’égard du père d’un camarade de classe du garçon.

Vétéran de guerre, Paul Woodrugh est plus amoureux de sa moto, son instrument de travail qui lui permet de se laisser aller à l’ivresse de la vitesse que de sa compagne qui le préférerait dans son lit. Il la fait attendre un long moment après avoir avalé une pilule. Ina Bezzerides pratique son métier avec intransigeance, mais elle porte sur ses épaules les problèmes qui accablent sa sœur, donne à une sorte de gourou mystique des conseils qu’il n’arrive pas à suivre pour elle-même.

Le hors-champ

Dés le premier épisode, on pressent que les personnages vont prendre le dessus sur le développement des enquêtes. Leur complexité, leurs contradictions se trouvent au centre de l’écriture. Mais la mise en scène met finement en évidence aussi ce qui se passe hors du champ de la vision.

Un exemple : Paul le motard arrête une voiture dont la conductrice a commis une faute. Celle-ci lui fait comprendre qu’il serait bien aimable de la raccompagner chez elle pour qu’ils puissent « discuter ». On retrouvera peu après le policier face à un supérieur hiérarchique qui lui explique les raisons de sa mise à pied. Il ne reste alors à Paul, pour plaider sa cause, que de s’appuyer sur son « amour » de la moto.

Un autre : descente de police rapide avec entrée violente dans une maison familiale. La caméra reste à l’extérieur. Un store vénitien se met à trembler. On ne voit rien de ce qui se passe à l’intérieur, mais on devine la brutalité de l’intervention. On pourrait en citer d’autres encore.

Ainsi à l’image filmée des événements qui est parfois contemplative mais toujours dense s’ajoute que l’on ne voit pas. Le spectateur est ainsi invité à devenir actif en acceptant l’invitation qui lui est faite d’être un partenaire créatif. Une bonne raison pour choisir une heure de diffusion trop tardive ?

Prometteur, sans surprise : à « déguster » épisode par épisode, en version originale sous-titrée, le lundi soir.

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