« Le temps d’Anna »: attachant téléfilm
C’eut pu être une série. Mais il faut quatre millions pour tourner six à huit épisodes de quarante minutes au moins (autour de quinze mille francs la minute). La RTS ne peut plus en produire actuellement qu’une par année ; c’est fort regrettable.
Petit écran prioritaire
Ce projet s’est mué en un téléfilm de nonante minutes : aux alentours de vingt mille francs la minute, avec solide participation de la télévision (RTS, SSR, ARTE). C’eut pu être un film qui serait parti à la recherche d’un public de base dans les salles. Ce n’est pas le cas ; c’est peut-être regrettable. Parce que « Le temps d’Anna » est un beau film attachant. Un film d’auteur, certes, à rythme calme. Mais ce ne sont pas là éléments qui attirent aujourd’hui les foules dans les salles. Va d’abord pour une sortie sur le petit écran de RTS1 le mercredi 16 mars 2016, à une excellente heure, en premier rideau (20h15), avec risque heureusement pris de surprendre le public par un excès de délicatesse!
De Schaeren en Schaeffer
La scénariste et actrice, Noémie Kocher, a découvert l’existence d’une arrière grand-mère et d’un arrière grand-père horloger, créateur d’une entreprise, Mido, qui entre autres choses fit progresser l’horlogerie de la montre-bracelet étanche. Elle y raconte sans s’interdire d’être inventive une belle histoire d’amour entre Jean Schaefer et Anna von Rohr. qui aurait pu ne pas commencer, mais qui commence bien, entre autres avec quatre enfants, Louis, Emma, Charles et Marguerite, pour glisser vers des temps difficiles, ceux de la maladie d’Anna. Le fondateur de Mido, aujourd’hui dans le groupe Swatch, s’appelle Georges Schaeren. Schaeren, Schaeffer ? Entre similitude et différence, c’est peut-être signe de la famille découverte par la scénariste et de la vie réinterprétée. La mère du réalisateur d’origine polonaise Greg Zglinski était psychiatre, ses grand-mère et arrière grand-père horlogers. Une addition scénariste – réalisateur heureuse, avec un bel apport de sensibilité différentes pour revivre ce temps d’Anna et Jean.
Reconstitutions minutieuses
Du projet initial, la série, subsiste la durée, puisque le récit se déroule durant nonante minutes entre 1917 et 1933. Et l’histoire d’un couple s’appuie aussi sans ambiguïté sur une amie commune, Elisabeth Grimm. Costumes, intérieurs de fabrique, appartements confortables sont reconstitués avec minutie et fidélité souvent en décors réels. Avec Anna, qui monte son cheval avec facilité, on passe à la calèche tirée par aux automobiles décapotables. Dans chaque plan ou presque apparaît la minutie sans lourdeur de la reconstitution d’une époque.
Les silences d’Anna
Par quelques allusions en scènes plus ou moins longues, l’histoire est présente : contrebande de charbon contre des montres bracelets en 1917, allusion à des luttes ouvrières avec une réaction fort brutale d’un patron, difficultés financières des années trente. On y ajoute une allusion aux événements du 9 novembre 1932 où l’armée tira sur les ouvriers ( c’était à Genève). Il y a un peu de maladresse dans cette dernière intervention qui repose sur le montage. Les soins donnés à Anna permettent de fournir quelques indications sur la médecine associée à sa thérapie. La bande sonore associe d’étranges croassements sur l’image reprise d’un arbre solitaire, les accents du jazz accompagnent les débuts des années trente. Etranges, ces silences d’Anna, plus ou moins inquiétants, ou de brusques élans qui sont les premiers signes discrets de la maladie.
Un bouchon de champagne
La volonté de Jean, inventeur doué, la finesse de son acharnement de minutieux d’horloger permettent enfin d’obtenir une montre vraiment étanche et fiable, même s’il faut en passer par la forme d’un bouchon de champagne. La conquête du progrès par la recherche ne va pas sans douleur. Elle repose sur de nouvelles méthodes, la beauté et l’élégance des gestes. Effet collatéral inattendu : des milieux d’affaires chinois vont se servir du film pour faite connaître l’horlogerie dans leur pays !
Raconter un couple avec enfants, une recherche industrielle, un milieu médical, les suivre pendant près dans de vingt ans en évoquant des événements qui plongent le récit dans l’histoire demandait de s’appuyer sur une écriture solide, des paysages séduisants pour que la conduite du récit avec ses rebonds temporels offre une continuité sans heurts.





Excellent film, triste mais tellement réaliste. Un très bon moment de cinéma et une très belle histoire d’amour.
Très beau film. Je l »ai regardé ce soir. Je suis très émue et ai pleuré plusieurs fois.
Film très émouvant et merci à la réalisatrice d’avoir utilisé le sujet de l’horlogerie.
Bravo, bravo, bravo
Merci merci! Heureuse que cette histoire vous plaise!
Noémie