Parlons «fooot»… et censure!

On en parle beaucoup, mais parlons-en tout de même en allant regarder ailleurs, dans les marges! En cette fin de semaine, on a vu toutes les équipes: chacun peut faire son pronostic. Un dernier carré avec la Hollande, le Portugal, la Croatie et x ( x = Espagne ) ne manquerait pas de charme. Et tant pis si ce n’est pas cela.

Alors, parlons marge, à l’occasion du bouquin de l’ami Denis M. et sa séance de signature : un autre regard sur le foot, à travers une passion envahissante. Un regard amical qui sait avoir la rudesse de l’acier.

Club de l’Euro 2008

Bien filmé ce foot, en général, par les multiples caméras des huit stades sous la responsabilité de l’UEFA qui détient le «cut final»! Mais celle qui se promène au plafond montre les présentations d’avant les rencontres en des cercles tordus par l’insuffisance des répétitions. Un premier coup de chapeau à la TSR avec tardif «Club de l’Euro 2008» (toute le semaine sur TSR 2 vers 23 :00) tardif, comme une série «pointue» américaine, au ton décalé, avec un humoriste en cage, qui aboie sans mordre, son ton décalé. La réussite tient pour beaucoup au fait d’ouvrir l’éventail des invités, qui sont choisis ailleurs que parmi les notables spécialistes du foot!

Vendredi 13 juin 2008

Encore faut-il que ceux-ci jouent le jeu du jeu que devrait rester le foot. Au soir du vendredi 13 juin 2008, Frédéric Maire, qui passera de Locarno à la cinémathéque prochainement, entra dans les vues de la puissance invitante, d’autant plus que l’invité annoncé, Pierre Naftule, était paraît-il pris dans les embouteillages de Genève, chose qui arrive fréquemment à ceux qui ne connaissent pas cette ville. Ne restaient en renfort externe plus qu’une invité de marque, Marie-Thérèse Porchet née Bertholet. Exhibitionniste, la dame, qui parla surtout elle-même, insistant avec lourdeur sur ses prochains spectacles, son humour manquant de légèreté, alors que Klopfenstein restait presque muet dans sa cage. Comme quoi une erreur de “casting” peut diminuer la portée d’une bonne idée

 

La première impression favorable donnée par « Le club de l’Euro 2008 » fut formée de bribes d’émission en début de semaine dernière. Il fallait dès lors confirmer ce sentiment positif par le visionnement d’une émission en entier. Ce qui fut fait le vendredi 13 ! Manque de pot : la grave erreur de « casting » provoquée par la présence de Joseph Gorgoni déguisé en Marie-Thérèse conduit à de fortes réserves.

Samedi 14 juin 2008

Il fallait remettre çà : ce qui fut fait samedi 14. Excellente émission, cette fois, toujours sous la direction de Laurent Bastardoz, avec Jean-Philippe Rapp, le caricaturiste Hermann, le hockeyeur à casquette Gil Montandon et en cage Meury. Rapp dit pourquoi il aime le football, Hermann explique qu’il n’est pas facile de caricaturer le jeu alors que cette caricature fonctionne bien quand le sujet est tiré de l’entourage. Gil Montandon donne une explication sur l’énergie des dernières minutes d’une rencontre qui peut faire basculer un match (et même un quart de finale de hockey-sur-glace quand le neuchâtelois inscrivit un but qualificateur de demi-finale contre le CP Berne il y a quelques mois ! – Il me semble pas tellement apprécier qu’on le lui rappelle constamment!).

On continue d’ouvrir des rubriques, de lancer des sujets préparés, Bastardoz interroge les uns et les autres sur leurs occupations actuelles, hors-football : compléments intéressants ! Mais surtout une remarque riche de développements possibles formulée par Gil Montandon. L’arbitrage laisse à désirer en cet Eurofoot 2008, semble-t-il plus encore que ces dernières années ! Et chacun d’y aller d’un exemple récent au moins. Et voilà que, fort calmement, Gil M. demande si l’arbitre a vraiment vu une main qui pourrait bien avoir été placée dans son angle mort de vision. Il a parfaitement raison de poser ce problème. L’arbitre tout puissant ne peut pas tout voir. Des milliers de spectateurs et peut-être parfois un milliard de téléspectateurs en voient beaucoup plus que le seul arbitre, les angles morts différents autour du stade et presque annulés par les trente caméras placés sur un stade en 2008 avec le direct augmenté de différé. Un sujet qui mérite d’être développé, qui met en cause la télévision qui n’a rien à voir avec le regard de l’arbitre et diffère par la variation des distances de ce que les spectateurs d’un stade voient à distance constante.

Futurofoot

Et voici une opération a un petit peu moins de un million, nommée «Futurofoot», dix fois six minutes plus environ chaque jour une de génériques – ce qui met la minute à douze mille de nos helvétiques balles – beaucoup de monde, à lire le générique de fin… que personne ne lit… parce qu’il est illisible. Un arrêt sur image à l’aide du DVD permet d’arriver à une centaine de noms divers! Programmation: pas chaque jour, sur la chaîne maîtresse de la TSR (la 1, bien sûr) juste après la météo, entre deux rencontres, avec reprise après minuit (!).

Chang Shihyl, l’assistante du professeur Blotter et Pierre Mifsud, un des bons joueurs de l’équipe CERFA

 Directeur du Centre Européen de Recherches pour un Football d’Avenir (CERFA, tiens, ce truc qui finit et FA, on l’a déjà vu ailleurs) le professeur Blotter (Jean-Luc Bideau), qui porte un drôle de nom venu du Haut-Valais, avec ce «a» changé en «o») dit avec le plus grand sérieux en croyant délicieusement à ce qu’il dit un assez bel assemblage d’énormités sur le foot. Un sujet par jour, quatre ou cinq sous-titres pour des thèmes différents: souvent excellents quand la réalité se profile en arrière-plan, pas forcément crédibles dans les excès de délire. Des images d’actualités plus ou moins anciennes alternent de manière souvent très fluide avec celles de l’équipe de la Crefa mise en scène dans la grand stade de Genève. Derrière Bideau au premier plan, il se passe plein de choses – que les adeptes de la télévision sur téléphone portable ne verront pas en miniature. Voici un exemple: au premier plan, Bideau parle, à sa droite, son assistante suit l’entraînement du meilleur joueur en jeu de tête, le ballon bondissant dans un tube de verre; tout au fond, une image en mouvement sur un écran de contrôle.


Un exemple, avec le pénalty. On imprime au ballon une trajectoire encore plus compliquée que la balle de plomb qui tua Kennedy en 1966. Le ballon se dirige vers le gardien, s’envole, fait des loopings, joue au boomerang et jette au sol de tireur. Ce fut écrit avant 2008 et la série tournée au début de l’année. Savait-on à ce moment que le ballon officiel allait suivre des trajectoires parfois bizarres qui donnent des sueurs froides aux gardiens? Le ballon qui s’émancipe est une réalité. Exagérer, en faire donc trop, c’est la solution choisie dans «futurofoot». Y transposer la réalité la déformer à peine, c’est renforcer l’humour par la plausibilité.

Deux versions

Petits problèmes avec cet «Futurofoot . Pour les numéros, 4, 5 et 10, il existe deux versions, une pour 20h05 en plein premier rideau grand public et une intégrale pour la reprise au milieu de la nuit. A noter que la communication faite par la TSR n’a pas caché l’existence de ces deux versions : les cartes sont sur la table.

Voici du reste un courriel reçu en réponse à une demande d’explication :

Pour la diffusion de prime time (tout public), nous diffusons la version tout public (par exemple, vignettes paninis floutées) et le soir la version sans floutage.

Ceci afin de ne pas “heurter” la sensibilité des enfants qui pourraient se trouver devant la télévision en début de soirée.

Meilleurs messages

Mathilde Boillat

Chargée de communication Fiction, Multimédia et Audience

Franche confirmation, donc, de la clarté des explications !

Plus encore : le DVD mis à notre disposition par le service de presse parle de « version censurée ». On ne va donc pas renoncer à ce mot « censure ».

Il aura tout de même fallu quelques dizaines de minutes pour noter exactement les suppressions ou modification. Les voici :

No 4 : partie intitulée « L’art contemporain »

Deux plans de vignettes qui rappellent, bien entendu sans mention directe, les fameuses Panini. Version premier rideau : la feuille de vigne de silhouettes nues est ici remplacée par des étoiles colorées bien visibles. Version nocturne : les deux mêmes plans montrent de messieurs debout complètement nus. Une affaire de zizis, plus visibles cachés que nus !

No 5 : partie intitulée « Les déjections »

Il arrive qu’un crachat d’un joueur finisse sa course sur un autre joueur, généralement de l’équipe adverses. Ici le crachat est remplacé par un abondant liquide blanc dont l’adversaire reste imprégné, et plutôt dégoûté.

Cela vaut pour la version nocturne et est absent de la version 20h00.

No 10 : sujet intitulé la médecine du futur

Plutôt que de caractériser les footballeurs par leur ADN, les chercheurs du CERFA ont mis au point une méthode d’analyse d’urine, la récolte faite par un joueur de dos. L’une des expériences consiste à mouiller d’urine un doigt est à le porter à sa bouche.

Cette méthode originale est portée à la connaissance des téléspectateurs nocturnes, pas à celle du grand public de 20h00.

Pas envie de commenter. L’information est ici donnée avec un sourire plutôt large !

Rappelons que quelque fonctionnaire de l’orgueilleuse et capitaliste UEFA voulait faire interdire la présentation de «Futurofoot» à Genève sur la plaine à succès de Plainpalais. La tentative fit long feu, ridicule évité ! De quelle version s’agissait-il ? De la nocturne, avec son sujet « déjections » d’un bon goût douteux ? Et quelle version y projete-t-on ?

Mais ceci tout de même : pendant cet Eurofoot 2008, on assiste assez souvent à du beau ou passionnant football !!!!

L’UEFA comme le Pentagone ?

L’UEFA a gardé la haute main sur tout ce qu’il était possible de surveiller. Une exception : le coût de la sécurité généreusement abandonné à la charge des communautés publiques locales ! Une de ses filiales supervise la retransmission des trente-et-une rencontres, commanditées à des entreprises externes. L’UEFA peut donc contrôler toutes les images officielles des retransmissions en direct.

A Vienne, le dimanche 8 juin 2008, rencontre Croatie-Autriche : la Croatie marque d’emblée. Dans la foule éclatent des fumigènes qui seraient interdits de stades. C’est donc l’amorce d’un désordre ! Le vit-on sur notre petit écran ? Furtivement, paraît-il – je ne l’ai pas remarqué ! Nous n’aurons vu que des images bien sages d’un bon public discipliné. Et cela selon une volonté reconnue par les organisateurs, comme le relatait « Le matin bleu » du 10 juin 2008.

Donc l’UEFA a la possibilité d’écarter toute image qui lui déplait et semble bien n’avoir pas manqué de le faire une fois au moins pour la joie du public croate à Vienne. Anodin ? Peut-être. D’autres diffuseurs peuvent aussi filmer durant les rencontres.

Des précédents

Mais quand même : la communication sportive des rencontres est contrôlées par l’UEFA dans un sens bien précis. Ira-t-on bientôt jusqu’à ne pas montrer de vilains gestes de joueurs ? Et ce contrôle de la communication visuelle et sonore, ne rappelle-t-il rien ?

Il y a quelques semaines, sur le chemin de la flamme olympique, des amis du Tibet firent part de leur réprobation. La fait que la télévision chinoise n’ait diffusé dans son pays que des images d’un voyage harmonieux sans contestation a provoqué une large réprobation dans le monde entier : cette forme de censure étatique n’annonce rien de bon pour la période des jeux proprement dit.

Il y a quelques années, le Pentagone tint toute la communication sur la deuxième guerre d’Irak sous contrôle. C’était une guerre « propre », efficace, sans douleur ! Et aujourd’hui encore, les Américains n’ont pas de fréquentes occasions de voir arriver en retour au pays les cercueils de leurs morts et leurs blessés. Le maître de la guerre garde en mains sa communication.

L’UEFA avec son Euro 2008 fait la même chose. Qu’importe la marge entre des fumigènes ou des manifestants sur le parcours d’une torche et les morts d’une guerre en Irak, il y a volonté de présenter la réalité dans un sens décidé d’avance, ce qui revient donc à taire tout ce qui ne s’inscrit pas dans cette direction. Le principe reste le même : ce type de choix s’appelle « censure » !

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