Deux ça va parfois; trois c’est trop!

Le programme d’une chaîne généraliste, commerciale comme de service public, s’établit sur quelques rares grandes lignes : l’info au quotidien (les journaux), l’info développée parfois en direction de l’investigation (les magazines), la documentation et la fiction (venues de la télévision ou du cinéma, parfois des deux), le divertissement, qui va des variétés aux sports, de plus en plus rarement, la recherche et l’expérimentation, etc. (pour parer aux éventuels oublis !)

La forte présence des séries

La fiction, qu’elle soit reprise du cinéma ou production propre de la télévision, reste un pilier de la programmation sur le petit écran. Les séries, actuellement très appréciées, couvrent un spectre allant des minis d’une minute à de longues sagas de plusieurs épisodes chacun de plus d’une heure en passant par des dizaines de modules de vingt-cinq ou cinquante minutes regroupés en « saisons »

Une série est faite pour être présentée jour après jour ou semaine après semaine avec un numéro par séance de diffusion. Il en va ainsi de «Heidi» qui perd un peu trop rapidement une partie de son aura initiale.

La recherche du client fidèle

Présenter deux épisodes de cinquante minutes l’un après l’autre, c’est jouer sur la ressemblance avec le cinéma quand le film est de durée «normale». C’est parfois supportable, surtout avec les séries à personnages récurrents. Mais c’est d’emblée perdre un des points forts de la notion même de série qui raconte une longue histoire «à suivre». L’écriture, appuyée par la mise en scène, termine chaque épisode avec un point d’interrogation, une attente la plus forte possible. Un bon moyen pour s’assurer de la fidélité du «client» !

Le respect des horaires annoncés contribue aussi à la fidélisation. Les programmes de certaines chaînes de télévision ressortent de l’esprit CFF au meilleur de sa forme. Mais ARTE bat la TSR, les fins de soirées parfois séparées des horaires annoncés.

Des exemples de trois par trois

TF1 vient de balancer Dr House en trois par trois (mercredis soir). Un peu partout, on aligne aussi trois par trois Les experts, sans même changer le lieu de l’enquête. Récemment, la TSR a liquidé sur son deuxième canal Jeux de pouvoir en deux fois trois (mardis 1er et 8 janvier 2008) alors qu’ARTE s’en tenait à trois fois deux (samedis 5, 12 et 19 janvier). Le dimanche 10 février, TSR1 sert la nouvelle soupe intitulée Saved en trois pleines louches de 22h35 à 00h50. Mais les pub sont glissées entre deux épisodes, quand TF1 les insère à l’intérieur d’un épisode – le cerveau disponible est ainsi mieux surveillé. Mais il n’y a que treize numéros, la série ayant été arrêtée aux USA dès la première saison. Ce qui n’empêche pas d’avoir trouvé sur la toile des recommandations du genre : « A ne pas manquer ».

Un bide à l’audimat pour «Jeux de pouvoir» sur TSR2 le samedi 8 janvier 2008 : une sanction contre le trois par trois ? Une promotion insuffisante ? Une méfiance du public à l’égard de l’anglophone non américain ?

Risque de lassitude

Une soirée thématique est certes chose séduisante, mais animée par une programmation variée, par exemple une fiction, un document, un débat. Trois fois les mêmes personnages dans trois structures dont les rythmes se ressemblent, cela conduit à la lassitude ou provoque même de la fatigue. Et les effectifs, en fin de soirée, risquent de fondre, même si la part de marché résiste.

24 heures chrono est construit pour apparaître durant vingt-quatre heures, pas douze ! Et pourquoi diable faut-il que la TSR bourre certains samedis soirs de trois épisodes sur six d’une grande saga familiale ou fantastique à la française ? Les fidèles parmi les fidèles se recrutent parmi les couche-tard, plus nombreux le samedi soir qu’en semaine.

Etre en avant-première

La TSR, à peine comparable à une section régionale de FR3, veut absolument bénéficier d’un droit contractuel ou supposé : présenter une série nouvelle avant la France. Car elle ne peut pas, à elle seule, assurer la version française d’une série anglophone. Et si elle y participe, c’est en minoritaire, comme elle est minoritaire quand elle prend la responsabilité d’un Instit’. La première exclusivité est donc considérée comme indispensable pour le bon audimat. Et comme la part de marché la plus élevée possible reste un but à atteindre, le programmateur romand tient plus du détective que de l’organisateur. Mieux il sait ce que font les concurrents, mieux il fait son programme. Et comme certains programmateurs français, côté TF1 ou M6, abusent de séries de trois épisodes, la TSR se trouve dans l’obligation d’en faire autant. Sa liberté est restreinte par la concurrence. Regrettable obligation de faire au moins aussi mal que le voisin ! Mais il ne s’agit plus ainsi de « programmation » : un robot bien programmé, lui, pourrait aussi le faire !

Et si, de temps en temps, le concurrent français qui abuse du trois par trois avait un peu d’avance sur la TSR en restant au deux par deux, cela aurait quelle conséquence sur la part de marché annuelle : dans l’ordre du centième de point ?

Dr House en reprise un par un

Nouveauté : TSR 2 reprend Dr House dès la première saison, depuis le 11 février, épisode par épisode, dès 18h25, du lundi au jeudi ou vendredi, et semble s’installer pour quelques semaines dans la durée voulue par les créateurs, le un par un. Il est vrai que chaque numéro traite d’au moins un cas clinique. Bien sûr, les liens entre personnages évoluent, mais ils ne sont pas très nombreux.

Trois par trois, alors, vraiment non ! Deux par deux ? Pourquoi pas. Si c’étaient deux séries différentes en un par un, serait-ce ridicule ? Mais comme ils ne le font pas en France, et que la TSR a volontairement renoncé à son autonomie au profit de la part de marché, rien ne changera !

Les commentaires sont fermés.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives