“Zone d’ombre” sans accusé

Affaires criminelles en tous genres, gendarmes et voleurs, avocats et enquêteurs, tribunal et préventive, etc : la société est devenue un immense champ d’investigation par la fiction. Sur le petit écran, les séries triomphent, les plus sages aux heures de grande écoute, les plus pointues en deuxième rideau ! Le télésériophile est noctambule !

La victime remplace l’accusé

Souvent avec brio, Christophe Hondelatte fait entrer son accusé du jour par l’étrange lucarne de France 2, avec nombreuses reprises sur diverses chaînes francophones. L’ac cusé est au centre de chaque portrait, pour comprendre qui il est, ce qui ne veut pas dire prendre sa défense. Avec modestie, plus rarement, Daniel Monnat et ses collaborateurs de la TSR, reprennent des affaires dont la solution est restée dans l’ombre. Chez lui, c’est la victime qui occupe le centre des préoccupations, pour trouver éventuellement le chemin pour traverser ses zones d’ombre qui sont souvent traduites par des images à dominantes bleu-nuit. Les angles d’approche différents ne permettent pas d’affirmer qu’une série est meilleure que l’autre

Il est assurément plus facile de trouver un accusé parmi les affaires « spectaculaires » qui secouent les plus de soixante millions d’habitants de la France que de savoir qui en voulait à une victime ayant des liens avec la Suisse, réduite à deux millions d’habitants francophones. « Faites entrer l’accusé » est promis à longue durée alors que « Zone d’ombre » ne sera pas, de loin, éternel !

Moyens financiers différents

Les moyens financiers, qui ont pour conséquence entre autres des espaces de temps de travail liés à ces moyens donnent évidemment un avantage à France 2 plutôt qu’à la TSR. Hondelatte recourt à des documents d’actualité, visite les lieux de l’affaire, interroge des témoins, y compris parfois l’accusé, recourt parfois au noir/blanc plutôt qu’à la couleur réalistre, fait le point dans le temps même de la construction d’un sujet qui dépasse heure. Il arrive qu’une phrase d’explication puisse être interrompue par un effet de montage qui permet à un témoin de terminer tout logiquement cette phrase, en des moments très différents. On est ainsi souvent proche du montage d’un récit de fiction.

Fin ouverte au tribunal

Le 11 octobre 1987, un jeune politicien allemand promis à de hautes fonctions publiques, Uwe Barschel, est trouvé mort dans la baignoire de sa chambre d’hôtel à Genève. Il aurait participé à un trafic d’armes. Alors, assassinat ? Mais l’enquête s’oriente assez rapidement vers l’hypothèse d’un suicide. La Raison d’Etat n’aime pas que la mort rode. L’émission du mercredi 27 octobre offre un bon échantillon des qualités de cette série. (photo TSR)

Les témoins convoqués par Monnat sont réunis dans un seul décor, bleu sombre, avec des emplacements différentes, alignés derrière une table, avec un solitaire dans la profondeur du champ, un peu seulement comme peut l’être le dispositif d’un tribunal où les dialogues sont toutefois rares. Le lieu unique devrait permettre, sinon de briser la zone d’ombre, du moins d’en diminuer l’ampleur. « Faites entrer l’accusé « a une fin, qui reste ouverte dans « Zone d’ombre »

Supposons qu’il soit possible de pitonner à toute heure et que l’intérêt porte sur le divertissement à base d’enquête policière ou de fonctionnement de la justice. Il y a de fortes chances que l’on tombe sur un film, un téléfilm, une enquête, une série où policiers, témoins, enquêteurs, avocats, victimes d’une part, meurtres, violences, coups de feu, poursuites d’autre part, sont largement présents

Suivre un «conducteur»

Il est possible actuellement de se poser quelques questions à propos d’une mini-série de sept numéros proposée par la TSR quelques vendredis encore (jusqu’au 26 février) juste après 20h00, «Scènes de crime en Suisse» et profiter de l’occasion pour mentionner l’existence de «Faites entrer l’accusé» présenté par Christophe Hondelatte depuis longtemps sur France 2. Dans les deux cas, chaque numéro semble suivre les directives d’un «conducteur» général. La notion de série supplante un peu partout la présentation d’un numéro unique en vue d’une espérée fidélisation. Audimat quand tu nous tiens…

Le «comment» mieux abordé que le «pourquoi»

Reprendre sous forme documentaire une affaire qui a fait souvent grand bruit dans l’opinion publique n’offre pas mille possibilités dans ses structures. Il faut évoquer les faits avec d’anciens documents audiovisuels, interroger des témoins proches ou non de la ou des victimes en faisant appel à leurs souvenirs ou à leur point de vue au présent, revenir avec ou sans eux sur les lieux où se sont déroulés les événements. Généralement, le besoin se fait sentir d’un «guide» pour assurer l’unité du document, par les mots. Il trouve sa réponse dans un commentaire qui peut devenir envahissant ou impose la présence d’un présentateur qui dialogue avec les différents interlocuteurs. On ne prête guère attention à celui qui signe la réalisation. La notion d’auteur qui vaut toujours en cinéma ne se transpose pas facilement sur le petit écran. On attribue souvent une émission à celui qui la présente. En général, le «comment» est mieux abordé que le «pourquoi» d’une action violente.

«Faites entrer l’accusé» profite d’un temps d’antenne qui dépasse l’heure et dispose certainement de bons moyens financiers qui permettent de longues enquêtes. Large usage est fait des reprises d’une série qui existe de longue date. Hondelatte assume plutôt bien sa présence à l’antenne.

Bonne adaptation française

Réduites à trente minutes et à sept sujets, «Scènes de crime en Suisse» est nettement plus modeste, un brin minimaliste, même si notre pays n’est pas en reste d’affaires graves et sordides. On doit se féliciter que la diversité entre les entreprises de Zürich et de Genève autorise parfois une vraie convergence vers un «produit» commun qui ne reste pas séparé par la Sarine. Produite en Suisse alémanique, la mini-série est pour une fois visible en Suisse romande, avec une plutôt bonne adaptation en français.

 

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