Séries télévisées : modèles danois
B O R G E N : Un excellent départ sur Arte
L’élan est donné, tous les jeudis jusqu’au 9 mars, deux par deux, à 20h35, les différentes épisodes de « Borgen » seront en direct sur ARTE, lequel propose aussi des passages en nocturne et offre la possibilité d’une vision sur internet sept jours durant après la projection. Excellente mise en valeur, complétée par un site d’une belle richesse.

Sur le site d’ARTE, on s’amuse à inventer une magazine à potinstrès populaire, le « Skandal » qui pour un rien déshabillerait Birgitte Nyborg ( Sidse Babett Knudsen dans « Borgen » )
Le premier épisode couvre à peine trois jours avant le vote populaire qui va faire progresser de manière inattendue le parti du centre auquel appartient Birgitte Nyborg, le deuxième décrit les événements qui vont faire d’elle la première d’entre les ministres après des négociations tendues et plus ou moins correctes entre partie politiques du centre, de droite et de gauche.
Accumulation d’événements comme en pure fiction

Sidse Babett Knudsen en Birgitte Nyborg dans « Borgen », série danoise, ici l’épouse et mère de famille qui doit apprendre à coexister avec la première des ministres
Ceci d’emblée : il s’agit d’une fiction qui concentre sur une courte période des événements assez rares. Il y a la disparition inattendue d’un proche collaborateur du premier ministre sortant de charge qui meurt d’une faiblesse cardiaque dans son lit alors que sa maîtresse appelle au secours un proche de Birgitte dont elle fut aussi la compagne comme élément dramatique moteur principal. A Londres, le premier ministre commet une grave erreur en réglant des achats somptuaires de son acariâtre épouse avec une carte officielle, geste qui mettra en cause la légitimité de son poste, comme s’il était un président de banque dépassé par les spéculations de son épouse. La belle Kathrin prend peur devant un test positif de grossesse. Cette accumulation d’événements est bien le propre de la fiction cinématographique. Notons aussi en passant que la mort d’un président de la République française dans un attentat-suicide est aussi le carburant qui vient de faire démarrer en trombe « Les hommes de l’ombre » de France 2 !
Réalité politique plausible
Et pourtant, la réalité plausible est bien inscrite dans ce récit. Attachants ou crispants, les événements politiques, les conflits, les accords, les pressions en coulisses, les conseils des « spin doctor »,ces importants conseillers plutôt peu connus du grand public, le comportement individuel constamment contrôlé et mis en scène à cause de l’omniprésence des médias, la télévision plus encore que la radio et la presse, présentent de nombreux points de ressemblance avec la réalité politique dans toutes les démocraties. En Suisse,il y a quelques semaines, notre télévision semblait se réjouir d’assister à une nuit de longs couteaux en Bellevue de luxe pour empêcher une exclue de l’UDC de s’en aller cueillir sa réélection alors qu’un candidat de son ancien parti disparaissait suite à curieux comportement frisant une captation d’héritage.

Bigitte Nyborg ( Sidse Babett Knudsen ) dans « Borgen » au maquillage, quelques minutes avant un passage en direct à l’antenne
Le temps d’arrêt pour contempler
Un point commun à « Borgen » et « Les hommes de l’ombre », déjà fortement présent dans les deux versions de « Killing » et dans « Protection rapprochée » : la première place donnée à des femmes fortes, directes, moins barboteuses dans les combines que ces messieurs. Les actrices et acteurs sont dans l’ensemble excellents : le réservoir danois semble immense. Le rythme du récit est sans moments d’ennui qui fait intervenir d’indispensables temps d’arrêt permettant quelques dizaines de secondes de contempler la vie privée et intime inscrites dans le mouvement du combat politique.
D’emblée ce « Borgen » apparaît comme une série de haut niveau. Détail : en quelques jours, mon dossier personnel fait de coupures de presse et de références à des sites a grossi à peu près aussi vite que s’il s’agissait d’un blockbuster américain ! Curieux, ce succès sur papier !
Deux versions de « Killing »
De ce « policier » danois, il existe deux versions, l’originale née au Danemark et considérée par une chaîne américaine comme suffisamment intéressante pour devenir presque immédiatement une (bonne) « copie ». Il importe peu ici de rappeler un jugement de valeur personnel qui considère ces deux versions comme à peu près équivalentes formellement. Seattle remplace Copenhague. Sarah Lund devient Sarah Linden, J’ai une préférence personnelle pour l’actrice danoise.
L’enquête policière a le mérite de s’en aller voir dans plusieurs directions, les milieux de la politique dans la première saison, ceux de l’armée danoise – mais oui, elle existe – dans la deuxième. Cela change du petit milieu de policiers en commissariats que l’on ne quitte guère dans les séries françaises par exemple.
La première saison de « The KILLING » , signée Soren Sveistrup, a été présentée au Danemark en janvier 2007 et sur Arte en mai 2010. La deuxième est sortie au Danemark en 2009 et sur Arte en septembre 2011. La première saison de la version américaine a été présentée sur la TSR en octobre 2011. Une troisième saison est annoncée dans le pays d’origine en septembre 2012. La série se porte bien. Il est possible de présenter ici deux visages qui se ressemblent. Mais pourquoi la TSR n’a-t-elle pas présenté la version européenne doublée en français par Arte si comme beaucoup de ses cadres supérieurs le prétendent tout le monde parle d’ARTE sans jamais la regarder ?
Pourquoi ARTE accorde-t-elle une excellente heure de diffusion alors que la TSR, une fois de plus, propose une projection bien tardive d’une excellente série, comme si faisaient fuir le public du premier rideau.
Protection rapprochée
La première saison de cette autre série danoise est assurément moins séduisante que « Killing » ou « Borgen ». L’action y prend une grande place, mais la diversité des missions dévolues au PET ( Police d’Escorte Tactique) permet d’assister au fonctionnement de milieux politiques, militaires, terroristes et autres. ( Je suis si le PET existe vraiment sous cette forme ou une autre au Danemark – d’ailleurs, qu’en est-il de son existence en Suisse ?)
Voilà une série assurément plus intéressante que les anciens Navarro par exemple, à tout le moins apte à rivaliser avec « les Experts » puisqu’ aux actions s’ajoutent l’analyse des comportements personnels pas trop simplistes, par exemple en abordant la culpabilité après une bavure qui n’en était pas une.
Là aussi, une question : pourquoi diable cette excellente série a-t-elle été programmée par le TSR si tardivement, à se terminer parfois à près d’une heure du matin ?
Les incohérences de la programmation romande
Résumons : une fois de plus, les meilleures séries, celles qui rivalisent incontestablement avec le meilleur du cinéma d’auteur, américaines ou autres, pourquoi sont-elles si souvent programmées en fin de soirée, assez souvent affublées du logo rouge ou tout simplement rejetées ?
Pourquoi refuser de montrer les séries danoises comme « Killing » ou « Borgen » ou les présenter tardivement ( « Protection rapprochée » alors que l’on fait place à la version américaine ( même phénomène avec un autre apport scandinave, le suédois « Millénium » ) ?
Et une dernière : pourquoi la TSR dans le choix des sujets de ses séries n’ose-t-elle pas faire aborder des sujets politiques comme cela se passe au Danemark ?
Une amorce de réponse à cette dernière question peut être question. « Dix » et « Crom » valent assurément mieux que « T’es pas la seule » ou « Heidi ». La TSR progresse ; lentement. Et l’on risque bien de ne pas trouver des réponses à des questions peut-être gênantes….
PS : Criminal Minds remplace Blue Bloods
Ceci est une parenthèse qui n’a plus rien de danois mais qui pose une question de plus sur les mystères de la programmation des séries sur la TSR. Quelques semaines durant, une série policière américaine bien carrée et traditionnelle, « Blue Bloods » occupe le temps d’antenne du vendredi entre 21 et 23 heures. Le grand-père fut flic à New-York, le père est chef de la police qui doit se bagarrer avec le maire et d’autres politiciens ( excellent Tom Selleck à moustache ), dont trois des enfants sont dans la police ou la magistrature, un quatrième tué en service. Et puis, brusquement, voilà « Blue bloods » rélegué en ligue inférieure, celle qui occupe l’antenne dans les alentours de 23h00. Un affaire de part de marché ?
En lieu et place, le vendredi 10 février 2011, un « Criminals minds : suspect behavior » met en scène des enquêteurs du FBI et une rousse collaboratrice qui fait un travail extrêmement efficace sur son ordinateur qui sait tout de presque tout un chacun aux USA. Premier épisode: un tueur d’enfants. Deuxième épisode : un boucher saigne des corps de femmes les uns après les autres. On s’aperçoit que le tueur en série est une tueuse, possédée par un prisonnier tout puissant qui lui inspire les crimes que lui-même ne peut pas commettre. Ce deuxième épisode ressemble furieusement à un « Dexter » qui exécute des criminels en série restés impunis. Une autre forme d’incohérence.



mais non, on n’a besoin que des téléfilms à la c*n de TF1 diffusés chez nous en « prime time »!