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CROM, entre deux chaises

Des femmes à la tête d’un pays

Le cinéma populaire à grand spectacle et vocation commerciale ne fait guère belle place aux grands personnages féminins s’il continue d’affectionner les belles actrices qui savent répondre aux désirs masculins. Les séries télévisées, dans une certaine mesure équivalentes à ce cinéma des « blockbuster », qui disposent du poids littéraire de la saga de longue durée ( une page de roman vaut environ une minute d’audiovisuel), ont une vertu qui ne doit pas être oubliée : les personnages féminins y sont souvent choyés, dans une exposition équivalente ou parfois supérieure à celle des hommes. Des récits comme «A la Maison Blanche», « Les hommes de l’ombre » ou encore « Borgen » mettent en scène avant l’heure des femmes à la tête d’un Etat ou d’un gouvernement, sans masquer les difficultés et parfois les compromissions de la fonction. Ces séries pointues obéissent à de grandes exigences aussi sur le plan formel.

 Les invisibles

Tel est le titre d’un sujet récemment abordé dans « Télévisions – le Monde » ( lundi 20 février 2012). Il s’agit de considérations qui prennent en compte la fiction française et les classes populaires. D’intéressantes observations y sont faites : alors que les employés représentent le 14 % de la population, ceux-ci n’apparaissent que dans le «  5 % des personnes vues à la télévision, toutes catégories de programmes confondues ». Pour les ouvriers, les deux chiffres sont 12 % contre 2 %. Par contre, les cadres qui ne forment que le «  5 % de la population, représentent le  79 % des personnes vues à la télévision ». Ce sont là des résultats attribués à « un baromètre de la diversité à la télévision publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en juillet 2012 »

La télévision, un œil ouvert sur le monde ? Un demi-œil, en encore entr’ouvert,sur une toute petite partie de la société. I n’y a pas de raison de penser que la situation est Suisse Romande soit très différente de celle qui règne en France

Il vaut la peine de s’arrêter en passant sur deux citations. La directrice de la fiction de TF1 dit : « Si on raconte précisément ce que vivent les Français aujourd’hui, çà ne les fait pas rêver ». Celle qui occupe la même fonction à Arte avance : « Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles». Il y a là une intéressante différence de comportement entre une chaîne généraliste commerciale et un généraliste de service public !

Eboueurs en « orangé » de travail : Les histoires des gens normaux sont toutes exceptionnelles (Photos TSR/CAB)

Un podium mondial

Sur le podium des meilleures séries mondiales de grande ambition, la plus haute marche est occupée par les Etats-Unis, emmenés par les chaînes à péage. Sur le deuxième on doit probablement placer la Grande-Bretagne. Et il se pourrait que les pays scandinaves, Danemark en tête, soient de bronze à forte composante féminine. La France se place toute de même avant la Suisse romande, qui peut revendiquer une place honorable grâce à « Dix » et « Crom » plus que « T’es pas la seule » ou « Heidi »

Les éboueurs de CROM

Roland Vouilloz en Oscar Moreau, remarquable

L’ouverture de la fiction sur des milieux qui ne sont pas fréquemment représentés sur le petit écran peut et doit être considérée comme un élément positif. Dans une petite ville de province, Yverdon, une équipe d’éboueurs municipaux est observée dans son travail quotidien, en ses «orangés» de travail. De leur métier, on découvre un certain nombre de moments, de mouvements, de gestes, de problèmes. Un bon point pour le choix d’un tel sujet. Autour d’eux, il y a des épouses, des cadres, un journaliste de télévision, une aubergiste, une juge  et la jeune fille qui accomplit un Travail d’Intérêt Général » ( TIG)  plutôt que de se morfondre en prison.

Une autre mini-série récente, tournée elle aussi à Yverdon, «Romans d’ados» eut le grand mérite de faire des plongées dans des milieux qui n’étaient pas seulement de cadres ecclésiastiques. Encore un bon point ! La jeune fille du TIG pourrait bien être une des ados des « Romans » connaissant des difficultés d’adaptation arrivée à l’âge adulte.

Des personnages plutôt bien campés

Marina Golovine en Evelyne Moreau, excellente

La galerie de personnages de «CROM» est ainsi intéressante dans sa diversité. Oscar Moreau ( Roland Vouilloz), chauffeur de camion, voit s’éloigner de lui son épouse. Il s’installe d’abord chez une restauratrice avant de s’en aller vivre dans une caravane. Il souffre d’avoir perdu Evelyne ( Marina Golovine) séduite par un joli cœur  de la télévisIon  et d’être séparé de sa fille Mélodie ( Danaé Destraz), qui supporte mal les conflits de ses parents mais fait preuve d’une belle lucidité pour son âge. Raymond Debonneville (Jean-Luc Borgeat) se veut cadre efficace qui applique de méthodes de direction d’une équipe permettant d’améliorer le rendement ; croît-il. Tina Viorel (Julie Perrazini), affublé d’un bizarre petit ami prêt à vendre le bébé qu’elle porte, apporte sa fantaisie dans l’équipe par se franchise et ses réactions inattendues

Quand apparaît brusquement Madame Debonneville affublée de deux chiens de salon, pimbêche superficielle, on se prend à regretter qu’elle complète son mari de manière désagréable. Un scénario plus ambitieux aurait pu en faire un personnage surprenant, en contrepoint plutôt qu’en confirmation.

Une place pour l’humour

Julia Perrazini en Tina Viorel, virevoltante

Le comportement de Tina, anarchiste dans une équipe plutôt sérieuse au travail, fait souvent sourire par sa liberté provocatrice. Debonneville impose à l’équipe une gymnastique quotidienne de mouvements en groupe qui rappellent de très loin les exercices pratiqués dans l’armée au milieu de siècle dernier. La musique rythmée s’ajoute alors comme un commentaire souriant. Une autre forme sonore est employée pour prendre plaisir à partager avec Oscar qu’il porte à l’opéra, jusque dans la cabine de son véhicule

Un rythme assez vif

Jean-Luc Borgeat en Raymond Debonneville, intéressant

Bruno Neuville, le réalisateur, ne se contente pas de filmer des personnages qui se parlent comme c’est souvent le cas dans de telles séries ( « T’es pas la seule » ). Il fait mettre dans le cadre un détail du décor, un passant, la ligne de fuite d’un paysage et demande à ses acteurs d’ajouter aux mots un geste, un mouvement, un silence qui enrichissent image fort élégante. Dans une série courante, pour changer de lieu, on montrerait un personnage se dirigeant vers la sortie, fermant une porte, marchant deux/trois lieux différents pour ouvrir une nouvelle porte dans une autre maison. Ici, une porte fermée et un mouvement suffisent pour opérer un déplacement. Le récit est conduit sur un bon rythme, tout en sachant ménager des temps d’arrêt contemplatif associés à des moments d’émotion.

De bons moyens

La production disposait d’environ trois millions et demi de francs, pour treize fois vingt-cinq minutes,  soit environ dix mille francs la minute. En cinéma, cela représente un budget d’un million pour un film de nonante minutes : ce n’est pas beaucoup ! Mais on tourne et on monte quatre/cinq minutes par jour dans une série de ce genre, contre deux minutes pour un film. On est loin du confort américain qui dépasse le million de dollars pour un épisode de « Mad men

Bilan

«CROM» se veut donc populaire et de qualité, pour parodier les une formule de Nicolas Bideau quand il dirigeait de Berne le cinéma suisse. «CROM», qui ne manque donc pas de qualitgés, représente un réel progrès par rapport à « T’es pas la seule ». La programmation de ses épisodes, un par un  en premier rideau du samedi soir sur TSR1 et en reprise pleine soirée le lundis sur TSR 2 permet-elle de rencontrer  un vaste public qui en ferait une série populaire ? Je n’ai pas cherché à la savoir.

Danaé Destrat en Mélodie Moreau, lucide et frémissante

Oui, mais…

Mais quand on met en face de « Dix «  ou de «CROM», « Killing », « Millénium », « Protection rapprochée » et surtout « Borgen » qui viennent de Scandinavie, l’écart reste grand. Alors, pourquoi, mais pourquoi diable la TSR n’a-t-elle pas envie de faire aussi bien que la télévision publique danoise ? Question sans réponse ! Faudrait-il adopter la forme d’une lettre ouverte à Gilles Marchand, le grand patron, pour avoir une réponse sur le manque d’ambition de ses troupes ?

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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