La télévision vue par elle-même
Toute chaîne de télévision de service public avec son mandat de prestation qui n’est donc pas commercial et financier se diti de réfléchir sur elle-même sans complaisance, tant est grande son importance dans la communication contemporaine. Un moyen efficace d’y parvenir, la série de fiction !
« Borgen » : un cut final qui échappe à la télévision
Le Danemark a su en faire la démonstration dans la première saison de la remarquable série « Borgen » qui vient de s’achever sur Arte. On y évoque, en fin de série, un conflit conduisant la garde rapprochée de Birgitte à exiger le regard final ( cut final) dans la version d’un entretien conduit par Kathryn dans un moment délicat pour la première des ministres. Une bizarrerie : la présidente du gouvernement s’appelle seulement Brigitte, la journaliste vedette de la chaîne, Kathryn. Les personnages masculins sont aussi réduits à leurs prénoms. Il ne viendrait à personne l’idée d’employer seulement des prénoms pour les politiciennes et politiciens réellement au pouvoir. On ne dit pas Doris ou Simonetta ! Avec les seuls prénoms, la fiction montre le bout de son nez !
« The hour » pendant la nationalisation du canal de Suez
Au tour de la BBC de parler d’elle-même avec « The Hour » ( fin de la première saison sur RTS UN le mercredi 21 mars 2012). Quand la France et la Grande-Bretagne s’en vont faire, en 1956, la guerre en Egypte pour la maîtrise du canal de Suez, elles furent empêchées par l’URSS et la USA. C’est alors que la BBC ouvre une case d’une heure pour une télévision d’information sous forme d’enquêtes d’investigation. A « The Hour » ressemblera plus tard en France « Cinq colonnes à la une » et en Suisse romande « Continents sans visa » qui deviendra « Temps présent . La série est donc enracinée dans un événement politique réel.
Un trio de personnages forts

Bel Rowley ( Romola Garai), le productrice; Hector Malden (Dominic West), Freddee Lyon ( Ben Whishaw) – Photos BBC
Ils sont trois pour former l’épine dorsale de la série. Freddie Lyon est un journaliste d’investigation efficace qui aime son métier, y croît comme à un sacerdoce, tout en étant lié d’amitié à la productrice de l’émission. Bel Rowley est donc la véritable patronne de l’émission qui dispose du droit final de décider ce qui passera à l’antenne et sous quelle forme, même en ayant des comptes à rendre à sa hiérarchie. Hector Malden, le présentateur vedette de l’émission, la porte vers le public qui lui en attribue la paternité alors qu’il n’en est que le faire-valoir. Marié à une femme de la grande bourgeoisie mondaine qui s’habille pour les repas, il vit une liaison avec Bel, ce qu rend tout de même Freddie un peu jaloux. Autour de ces trois personnages en gravitent une bonne dizaine d’autres qui existent vraiment, évitant d’être seulement des marionnettes caricaturales. C’est là une caractéristique des séries bien écrites.
Trois lignes de force
Dans le contexte historique précis de 1956 qui en fait un sujet déjà historique, « The Hour » raconte donc la naissance d’une émission de télévision. Mais Freddie s’intéresse aussi à de curieux mots croisés dont il tente de déchiffrer l’éventuel message. On assistera donc aussi à une sorte de récit d’espionnage qui introduit peut-être une surveillance gouvernementale de l’action d’une télévision impertinente. De plus, il enquête sur un meurtre. Tout n’est pas toujours harmonieux dans les passages d’un sujet à l’autre. Mais « The hour », qui fait souvent penser à « Mad men », est une série de très bon niveau.
Fiction et réalité
« Borgen » et « The hour », de pures fictions ? Pas seulement. Mais quel lien avec la réalité ? Il faudrait enquêter tant au Danemark qu’en Grande-Bretagne. Ces fictions reposent sur des éléments d’une réalité plausible. Et près de nous, en Suisse romande, la télévision a-t-elle aussi le poids prêté par la fiction à une chaîne généraliste danoise et à la BBC ?
Vingt-fois la Suisse
Lointain souvenir au début des années septante. Un imposante série nationale traçait, sous le titre de « Vingt-cinq fois la Suisse » le portrait de vingt-cinq cantons. L’un deux déplut fortement à un gouvernement cantonal. Le téléphone fonctionnait alors facilement pour propager du mécontentement. La TSR d’alors avait réalisé une nouvelle émission donnant une image plus « officielle » de canton au gouvernement protestataire : l’art du contre-poids !
Tout près de nous, « Infrarouge » influent ?
On connaît au moins indirectement l’influence considérable attribuée à « Aréna » à Zürich, aussi pour les romands qui doivent être « compatibles » avec les exigences de l’émission pour se faire bonne réputation en Suisse alémanique. En Suisse romande, quelle est l’influence réelle qui est parfois prêtée à « Infrarouge »
Intéressante, la lecture du « Temps » du mardi 13 mars 2012, dans un commentaire sur « La communication ratée des opposants Valaisans » à l’initiative Weber :
C’est l’émission de la TV romande Infrarouge qui est la plus souvent citée comme l’exemple des dérapages et des excès. Christophe Darbellay, président du PDC, et Jean-Marie Fournier, promoteur, s’y sont montrés particulièrement virulents. C’est là que les adversaires de l’initiative ont perdu la votation, selon le conseiller national socialiste Stéphane Rossini » On a pu lire aussi que chaque fois que Jean-Marie Fournier intervenait, il contribuait à grossir le nombre des Oui qui furent finalement majoritaires. Exemple d’une influence à contrario. Plausible ?
Chaque pays pourrait raconter à sa manière dans une série quelle est la réelle influence supposée ou admise de la télévision dans son bassin de diffusion. Même au pays du consensus selon la formule magique tout de même contestée, où les choses sont apparemment atténuées, les médias audiovisuels sont importants. On attend donc d’ici à quelques années la vision de la RTS sur elle-même dans une série qui reste à inventer.



Insupportable Darius Rochebin et ses entretiens bon enfant. Le dernier avec Jean Nouvel est d’un ennui et d’une betise..comment se fait-il que la RTS choisit toujours le plus banal, le moins interessant dans tous les genres.
Navrant, on paie pour un TV locale, bete, tres limitee, qu’on ne
regarde que par hasard et qu’on zappe aussi vite que possible.