De « Clash » (France 2) à « Romans d’ados »
En France, le réveil de la créativité
Il vaut la peine de rappeler que la télévision en France, sous l’ère de l’ORTF, démantelé en 1975, fit bien souvent preuve d’une belle imagination créatrice, par exemple à travers le « Service de la recherche » de Pierre Schaefer, Jean-Christophe Averty ou « Les Shadocks ». Notre voisine s’est aussi illustrée avec des séries unitaires fondée sur un personnage, dont « Navarro » fut un excellent exemple, devenu poussif durant ses dernières années. Avec la commercialisation triomphante de TF1, l’ère de la ménagère de moins de cinquante ans imposa ses capacités castratrices pour le créativité. Mais la télévision publique se réveille dans un domaine important, celui des séries. Tant « Un village français » que « Les hommes de l’ombre » sont à inscrire dans le haut de gamme. Et assez nombreuses sont les séries actuellement terminées, en tournage ou en préparation. ARTE annonce pour cet automne un « Ainsi soient-ils » ( Prix de la Meilleure Série française au Festival Séries Mania à Paris en avril dernier) avec comme thème l’Eglise catholique et la vocation de prêtres. Jean-Luc Bideau y joue le rôle du père Fromenger, responsable controversé du séminaire des Capucins : un brin de présence romande qui ne doit peut-être rien du tout à notre télévision !
« Clash » dans ses grandes lignes
Ce bref survol historique permet d’attirer l’attention sur l’apparition récente sur France 2 d’une mini-série,« Clash », en modules d’environ une heure, présentés deux par deux. Des lycéens à la découverte de la sexualité arriveront-ils à en parler avec les parents qui ne sont pas toujours bien préparés au dialogue. Un personnage central de grand adolescent et sa famille occupent chaque épisode. On retrouvera ces ados les uns avec les autres dans le groupe d’une classe de lycée.
Robin Pons apparaît d’abord en crado métallisé et agressif avant de se transformer presque en ange propret quand il tombe amoureux ( 1/6 – « La maladie d’amour »). Olivia est d’une timidité presque émouvente ( 2/6, – « Hymen ») ! Gentils, les ados ou aptes à le devenir rapidement ? Parcourir le « forum » associé à la série provoque l’étonnement: les réactions, après le premier épisode, contre la verdeur du langage et contre certaines séquences assez sexuelles tout de même plus suggérées que montrées y sont très violentes.
Adultes à problèmes plus que les ados ?
Se pourrait-il que les portraits d’adultes soient les plus intéressants, puisqu’ils sont la cause des « clash ». Ainsi Adéle, la mère de Robin, institutrice, s’avère à l’excès protectrice à de son dadais de fiston, dans lequel elle craint de retrouver le déséquilibre psychique de son propre père. A côté d’elle, un peu trop absent, Jacques, le père a tendance à tout passer à son fils au nom du il-faut-bien-que- jeunesse-se-passe.
Yasmin, la mère d’origine iranienne divorcée peine à s’intégrer à la société française ( thème remis à l’ordre du jour lors de la dernière campagnée présidentielle ). Olivia est introvertie. Toutes deux amoureuses, elles n’arrivent pas à en parler ensemble
Toujours est-il que cette série mérite d’être suivie pour savoir si l’intérêt des deux premières parties se confirme( les 16 et 23 juin, épisodes bien exposés en premier rideau peu après vingt heures trente.
Pour mémoire, le succès de « Romans d’ados »
Le lundi 7 mai 2012, sur RTS Deux, a pris fin une deuxième diffusion d’une excellente série romande, ces « Romans d’ados » en quatre étapes observant l’évolution d’une demi-douzaine de jeunes de la douzième année à leur dix-huitième. Cette reprise suivait un passage sur TV5 Monde, preuve du succès mérité de cette série dont la première apparition date de fin 2010.
Constructions différentes
Une comparaison, intéressante à formuler, porte sur la structure des deux séries. « Romans d’ados » suivait le fil du temps – sur six ans – introduisant dans chaque épisode les six adolescents et leur milieu familial sans trop s’attarder sur la situation des adultes. Le groupe ados y était mieux décrit que le milieu familial.

Robin ( Thomas Soliveres) dans « La maladie d’amour », première partie de « Clash » ( Photo France 2)
Dans « Clash », un ado et sa famille prend la première place. Il est vrai que tout se déroule durant une courte période, peut-être quelques semaines. On examine ainsi assez sérieusement un comportement indivduel et les causes d’un clash. Le lien d’un numéro à l’autre se tisse à l’unité scolaire de la même classe. L’entité c’est le groupe.
Deux solutions différentes, deux regards sur l’adolescence et le monde adulte ; au travers des ados plus que des adultes, une réelle complémentarité.




