Les JO, forcément !
Durant les deux semaines des JO, j’ai joué le jeu du téléspectateur disponible en passant plusieurs heures chaque jour devant l’écran du téléviseur de salon, laissant les autres supports volontairement de côté. J’ai souvent pitonné entre les chaînes suisses, de Genève à Zürich en passant par Lugano ou en commettant quelques infidélités au patriotisme pour suivre Eurosports ou France Télévisions. J’ai profité de temps sinon morts du moins tendance normes pour mettre de l’ordre dans des dossiers composés de coupures de presse. Après plus de cinquante heures consacrées au JO, de jour et de soir, il me reste une trentaine de pages de notes serrées et déjà plus de quarante mille signes de brouillons sur des sujets divers, afin de m’interroger sur l’engouement pour les JO et la place immense accordée au sport sur le petit écran, et pas seulement celui de la RTS.
Avant les JO, le responsable de Swiss Olympic, Gian Gilli, annonçait une cible avec cinq à sept, ou sept à neuf médailles selon des sources différentes et une place autour de la vingt-cinquième dans le classement général par nations. Le compte n’y sera pas !
Le conducteur du puisant bulldozer qui a écrasé les programmes de la RTS en accaparant « La Deux », Masimo Lorenzi, a résumé ses intentions : consacrer la première semaine aux participants helvétiques et privilégier durant la seconde l’athlétisme surtout en soirée.
Première semaine : les médailles « suisses » se font attendre.
L’Or est bien sûr privilégié, tellement plus que l’Argent et le Bronze. Maigre récolte pour les athlètes suisses ! Et alors, un diplôme de septième contre la montre par un athlète diminué, ce n’est rien ? Deux points de retard pour un bout de bois qui tombe, cela devient énorme ! Un mérité quatrième rang devient « chocolat » – ! C’est pas bon, le chocolat ? Une médaille de caviar serait moins « humiliante » !
Un classement général, considéré comme « Tableau d’Honneur », qui donne une meilleure place à un pays n’ayant entendu qu’une seule fois son hymne national qu’à celui qui en aurait dix d’argent indique bien la hiérarchie des valeurs. L’Or d’abord! La formule « officielle » utilisée lors de la remise des médailles « attribuée à X, représentant du pays Y» est heureuse tentative d’éviter le nationalisme qui glisse parfois rapidement vers le chauvinisme. Ce n’est pas un pays qui gagne une médaille, même quand le gagnant la lui dédicace!
Deuxième semaine – triomphe de l’athlétisme en premier rideau
C’est souvent très beau, un sport, y compris ceux taxés de « petits », à découvrir tous les quatre ans, comme les ballets « synchronisés » en natation et gymnastique ou les duos en plongeons. ; enfin, presque tous. Le lever de barres de métal n’est certes pas particulièrement esthétique, ni le lancer du marteau. Paradoxe : le clou en soirée athlétique, ce sont des courses qui durent parfois moins de dix secondes ! Triomphe alors la technique, avec des caméras suivant la course sur un rail, des caméras devant, derrière, de côté, à la verticale plongeante, en gros plan sur un seul coureur, sur le groupe, sur l’entourage, au service de la réelle beauté du geste avant de suivre le tour d’honneur emballé dans un drapeau
Bilan suisse
Il est connu : deux fois l’Or, deux fois l’Argent. Il faut attendre la fin des jeux pour que le responsable de Swiss Olympic rappelle l’existence de quelques diplômes qui sont décernés à ceux qui occupent les rangs de quatre à huit. Si le critère pour mesurer entre elles les nations est celui que l’on vu partout, sur les écrans, dans la presse, alors ce bilan est apparemment maigre.
Le « Tableau d’Honneur » prend en compte le nombre de médailles d’Or. Pour départager les ex-aequo, on tient compte du nombre de médailles d’Argent. Le sous-ensemble des pays ayant obtenu le même nombre de fois l’Or et l’Argent est alors départagé par le Bronze. Et c’est ainsi qu’une nation ayant obtenu une seule médaille d’or serait théoriquement mieux classée qu’une autre qui en obtiendrait dix d’Argent : ridicule !
Un seul exemple pour le moment : la Suisse, avec ses deux Or et deux Argent est au 33ème rang. Ces quatre médailles ont donc plus de valeur que les dix-huit obtenues par la Canada, avec une seule fois l’Or, cinq fois l’Argent et douze fois le Bronze qui lui valent un 36ème rang mondial ? Ridicule, en effet !
Mais au fait : qui porte la responsabilité d’un tel classement qui mérite d’être rejeté dès lors qu’il contribue à flatter le sentiment de nationalisme tendance chauvin, lequel n’a rien à voir avec un patriotisme si possible discret mâtiné de fierté ? Qui conduit cet autre bulldozer ? On pourrait imaginer des classements un peu plus subtils.
