JO en double blockbusker

Résumé : deux bons cinéastes britanniques sont responsables des deux belles soirées d’ouvertue et de clôture des JO d’été de 2012. La première fut grandiose, la seconde presque autant. En avant-programme, la RTS a offert le 27 juillet une très bonne émission. La même ouverture, le 12 août, au soir de la clôture, fut une triste « cata » 

Daldry et Boyle

Pas loin de un milliard de téléspectateurs auraient assisté le 27 juillet 2012 au spectacle d’ouverture des JO. Les estimations pour la clôture oscillent, elles, entre 700 et 800 millions. En un seul soir, un spectacle éphémère eut autant sinon plus de succès que les plus grandes audiences cinématographiques mondiales, comme celle du blockbuster nommé « Avatar » et la très ancienne d’« Autant en emporte le vent ». Deux bons cinéastes britanniques partagent la responsabilité de ces spectacles qui furent donc  de véritables « blockbusters ». On ne sait pas comment se sont réparties les tâches entre Stephen Daldry ( « Billy Elliot » – 2000 ) et Dany Boyle ( « Slumdog millionnaire » – 2008 ). Les commentateur tv et les journalistes ne se sont guère intéressés à ceux qui ont conçu ces deux soirées mondiales de grande qualité.

Stephen Daldry

Stephen Daldry

La soirée d’ouverture

Les différents tableaux mis en scène évoquaient des pages de l’histoire de la Grande-Bretagne. Il n’ya pas lieu de s’étonner que le présent n’y soit pratiquement pas évoqué : ce n’était pas l’occasion de parler récession, chômage, ni même de se demander comment ont été financés les plus de dix milliards d’euros investis par les pouvoirs publics britanniques et quels seront les retours sur investissements.

Dany Boyle

Dany Boyle

Ce « silence » est certes compréhensible. Mais force est de reconnaître que les multiples compliments décernés sont mérités. Le 27 juillet, à travers plusieurs tableaux, ce sont quelques pages de l’histoire du Royaume-Uni qui ont été évoquées. Le prix payé par les ouvriers à l’avénement de la société industrielle n’est pas passé sous silence.  Un réel hommage aura été rendu à la sécurité sociale universelle pourtant si souvent décriée en Grande-Bretagne pour son coût et ses imperfections. Il fallait un brin de courage pour faire preuve aussi d’une certaine impertinence en montrant des images du rugby qui n’est pas actuellement admis comme sport olympique. Un considérable recours aura été fait à la musique dont les courants modernes doivent beaucoup au succès mondial des Beattles dans les années soixante. Et l’humour britannique y trouva place, avec le saut en parachute de la Reine prise en charge à Buckingham Palace par  Daniel Craig, le dernier James Bond ou la présence de Mister Bean au milieu d’un très sérieux orchestre interprétant le Vanglis des « Chariots de feu » . L’humoriste et le chef ‘orchestre saluèrent ensemble le public. Histoire, musique et humour firent bon ménage.

Clôture le 12 août

Le modèle pour le décor de la soirée de clôture

Le modèle pour le décor de la soirée de clôture

Alors qu’au soir du samedi 11 août se déroulaient encore certaines finales dans le stade, moins de vingt-quatre heures plus tard celui-ci était devenu un plateau géant. Efficacité de l’organisation transformant le stade en scène : l’anneau olympique est devenu autoroute sur laquelle circulent des dizaines de voiture transportant des invités ou d’immenses camions orchestre sur le pont pour saluer les quatre-vint mille spectateurs en de superbes tours d’honneur. La musique fut encore de la partie pour animer la soirée qui fit peu de place à l’humour. A plusieurs reprises, l’intérieur de l’anneau se transforma en Union, avec ses couleurs et ses segments de droite devenus grands boulevards fréquentés. Un balayeur en tenue fait son travail : il arrive de Rio, bientôt rejoint par Pélé. Belle occasion de rendre hommage aux petites « mains » d’une immense organisation qui doit beaucoup de sa réussite à des milliers de volontaires. Elégante manière de tisser un premier lien entre les jeux qui se terminent et ceux de 2016 à Rio.

JO Londres 2012

Bien entendu, feux d’artifice et interventions officielles furent insérées dans le spectacle avec une réelle fluidité.

A la RTS,  deux soirées thématiques

Début des cérémonies un peu tardif, à 22h00 : mais il fallait bien tenir compte du marché américain, une grande chaîne ayant acquis pour semble-t-il deux milliards de dollars les droits sur tous les jeux. Par conséquent, il était nécessaire en France comme en Suisse d’occuper la case de 20 :15 à 22 :00.

Le saut de Beamon à Mexico en 1968 : 8,90 m

Le saut de Beamon à Mexico en 1968 : 8,90 m

Le 27 juillet, ce fut fait avec élégance. On nous a raconté quelques moments importants de l’Histoire des Jeux, nombreux documents à l’appui. Revoici Jess Owens et sa récolte d’Or qui déplut tant à Hitler en 1936. Bolt n’aura pas eu cet impact politique en 2012 ! Revoici deux poings dressés dans le ciel de Mexico en 1968, ceux de Tommie Schmid et John Carlos. Et d’autres. Au passage, excellente allusion à des Jeux olympiques de la jeunesse à Singapour en 2010 qui ne sont pas dans toutes les mémoires, la mienne y compris. Voici des anciens champions malades, d’autres en pleine forme. Et puis, entre les documents « historiques », des invités qui ont à dire des choses intéressantes. Je ne sais plus à qui on doit cette belle formule pour caractériser un nageur comme Phels, « il ne nage pas, il glisse ». Intéressants passages de  Marc Rosset, Etienne Dagon, Pascal Richard, Sergei Aschwanden, etc. Remarquable présence d’un invité plein de lucidité et de sensibilité, Georges-André Carrel, responsable des sports à l’EPFL et à l’uni de Lausanne.

Une vivante, passionnante et belle introduction aux Jeux de Londres.

La cata du 12 août 2012

Il fallait bien en faire autant le 12 août avant le début de la cérémonie de clôture. Mais est-il possible, jour après jour, de faire un résumé cohérent de cinq/six minutes sur les épreuves quotidiennes ? Les journalistes, réalisateurs, monteurs et monteuses firent leur travail, comme on le leur demandait. Il y eut bien quelque part une volonté de ne pas se contenter de résumer jour après jour par de multiples extraits en faisant accompagner toutes ces images, non d’un commentaire, mais par plusieurs de ces musiques si proprement britanniques des années soixante ànos jours. Les responsables de la cérémonie de clôture ont donc eu la même idée de références musicales. Ils ont pris, eux,  le temps de préparer les diverses interventions musicales.

La prestation de la RTS revenait, elle, à un hâtif bout-à-bout. Les images vues et revues étaient au rendez-vous, les nouvelles rares. Pas de commentaire pour cette rétrospective forcément sans âme, sans regard sur le passé immédiat. Résultat ? La cata suant d’ennui.

Ce fut ainsi une grave erreur d’estimation de la part des responsables du programme, Masimo Lorenzi en tête, qui nous a habitués à mieux. Ils ont voulu du tout-tout-de-suite en oubliant qu’on ne construit pas des courts documents rigoureux de cinq minutes en un seul jour. Un peu à l’image de notre RTS se donne comme mission de mener la marche triomphale de bulldozer des sport qui écrase la moitié du programme sur son passage.

Du côté de l’audimate… ( à suivre )

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