Secret bancaire et Rousseau : hors routine
La rigidité des grilles de programmes dans l’audiovisuel est si grande que certaines dérogations surprennent. La RTS vient, dans la même semaine, de consacrer trois heures à Rousseau (RTS Deux, mercredi 12 décembre, de 22h00 à 01h00) et au secret bancaire (RTS Un, jeudi de 20h15 à 23 :59).
Il est intéressant de s’interroger sur les efforts de promotion engagés par les responsables des programmes pour mettre en valeur des soirées thématiques qui sortent donc de la routine. Parmi ces moyens, l’auto-promotion joue un rôle assez important. C’est ainsi que la présence exceptionnelle de «La puce à l’oreille», information culturelle du genre pudding, en premier rideau à 20h15 sur RTS Deux (le 13) aura été assurément mieux annoncée que le renvoi d’une excellente série de fiction médicale, «Nurse Jackie» à une heure du matin ( nuit du 12 au 13)!
La soirée consacrée au secret bancaire, composée d’un « Temps présent », d’un débat sans pugilat conduit par Romaine Jean dans le décor somptueux du Bellevue à Berne et de la reprise de «Cleveland contre Wall-Street» de J.S.Bron, a bénéficié de plusieurs annonces aux heures de grande écoute. Par contre, les trois heures consacrées à Rousseau ont fait l’objet d’une grande discrétion.
Personne ne peut voir tout ce qui se passe sur les deux canaux de la RTS chaque jour. Mais force est de constater que la promotion du hors routine qui touche l’information ( secret bancaire) semble bien avoir été nettement mieux faite sur le petit écran que celle qui concerne Rousseau avec ses approches cinématographiques et «Nurse Jackie». Ce n’est évidemment pas une surprise puisque c’est presque une règle générale!
C’est la faute à Rousseau
Pourtant, je m’en veux un peu d’avoir été inattentif, tout au long de l’année, aux nombreuses propositions autour de Rousseau et de ne me « réveiller » qu’en fin de saison. Sur internet, avec l’appui de Google, on rencontre de nombreuses informations en écrivant « C’est la faute à Rousseau ». Carte blanche a été donnée à une cinquantaine de cinéastes pour très librement actualiser la pensée de Rousseau. La série a été initié par le cinéaste Pierre Maillard et le Département cinéma/cinéma du réel de la HEAD de Genève, porté par Rita production. Dix de ces films ont fait l’objet d’une projection en nocturne entre minuit et une heure dans la nuit du 12 au 13 décembre.
Je n’ai ainsi pas raté ce qui était probablement une seconde diffusion, mais en me trouvant dans la position d’un spectateur qui ne sait rien d’autre que le titre de la série. A la fin de chaque document, un texte apparaît, dont les quelques minutes viennent d’être l’illustration. Ce choix signifie donc assez clairement que le spectateur pouvait se poser la question de l’origine du texte illustrant l’œuvre de Rousseau ou de la pensée sous-jacente. La série était plutôt destinée à un public de connaisseurs plutôt que de novices. C’était là un parti pris compréhensible. La « complicité » avec les films eut été différente si la citation avait été mise au début ou si le visiteur avait une connaissance préalable du l’esprit de la série.
Mais il n’en reste pas moins qu’une diffusion entre minuit et une heure du matin n’est guère favorable à une expérience audiovisuelle intéressante.
- Voir la première partie de Rousseau par Henri Guillemin (Archives RTS)
- Voir la deuxième partie de Rousseau par Henri Guillemin (Archives RTS)

Hier, Henri Guillemin fut orateur de magnifiques séries autour de ses passions littéraires, dont Rouseau bien entendu. On peut le retrouver parmi les « archives » de la RTS. Aujourd’hui, il serait diffusé à 23h30 sur RTS Deux. Hier, il avait presque droit au premier rideau ! Pour autant que ma mémoire point ne me trahisse!!

Bien entendu, j’ai réécouté les deux intervenions d’Henri Guillemin à propos de Rousseau avant de demander au webmaster de mettre un lien vers les originaux.
Quel plaisir de réentendre Guillemin, sa passion victorieuse, son sens critique non dénué d’une pointe d’excès ! Quel plaisir d’observer comment il met en scène lui-même son propre texte, avec les papiers qui apparaissent dans le champ, les silences, les mots qu’il connaît tout en faisant semblent de les chercher.
C’était là l’expression d’une télévision construite sur des mots, mais qui avaient tous un sens. ils sont rares, les grands « conférenciers » de petit écran. A découvrir, pour beaucoup probablement ! Et que vive encore longtemps cette « télévision-de-papa » !!!
Fyly ( 18.12.2012 – 12h18)