L’importance de « The Gatekeepers »
Une organisation israélienne
Le « Shin Beth » (ou Shabak) est une organisation de l’Etat d’Israël dont la mission principale, depuis des décennies, est la lutte contre le terrorisme, celui des Palestiniens, des islamistes, mais aussi des Israéliens extrémistes, de droite y compris. L’un de ses dirigeants, Ami Ayalon, se réfère à Clausewitz pour qui la victoire est la capacité de créer une réalité politique meilleure, ,mais reconnaît presque douloureusement que nous gagnons chaque bataille, mais nous perdons la guerre.
Une bataille perdue
Le « Shin beth » a reçu des gouvernements successifs mission de protéger Israël contre le terrorisme des Palestiniens, mais aussi celle de surveiller les extrémistes israéliens, associés souvent à la droite religieuse. Il a perdu au moins une bataille. Isaac Rabin, en 1995, auquel le responsable de l’organisation avait conseillé de porter un gilet pare-balles ce que le président du gouvernement refusa de faire, a été assassiné par un fanatique religieux. L’organisation n’avait jamais inscrit son nom dans les listes pourtant bien remplies des activistes à surveiller.
Le succès du document
« The gateekkpers » est un film israélien de Moreh Dror qui s’est retrouvé parmi cinq autres documents du monde entier dans la cour à l’oscar, sans l’avoir gagné. La RTS ( dimanche 3 mars avec reprise lundi 4 sur RTS 2 ) et ARTE ( mardi 5 ) l’ont proposé à leurs publics. Le passage sur ARTE a donné, en France, une part de marché de près de 4 %, frôlant le million de spectateurs.
Gros efforts de promotion
Un gros effort avait été fourni par ARTE pour sa présentation du mardi, avec force articles de presse. La RTS en a fait son « Histoire vivante » qui propose cinq heures de radio du lundi au vendredi de 20h00 à 21h00 sur « La première » alors que la RTS en fait l’attraction du dimanche soir. Un lien est aussi annoncé avec « La Liberté », associée à l’opération dans son édition du 1er mars, avec une page entière empruntée à Annette Lévy-Willard parue dans « Libération ».
La force du « Verbe »
« The gatekeepers » de Dror Moreh est un remarquable document de nonante minutes d’une grande simplicité. Les entretiens avec des anciens dirigeants du « Shin Beth » sont conduits devant un décor qui ressemble à un centre de commandement avec multiples cartes ou écrans. Entre les plans « parlés » en hébreu, mais traduits, sans masquer les voix de chacun, s’intercalent des documents filmés et des photographies qui évoquent des événements, dont quelques-uns désormais inscrits dans l’histoire. Le point fort, c’est le « Verbe ».
Les patrons en plein doute
Les anciens chefs du « Shin Beth » ont tous ou presque admis qu’il ne peut être question de morale dans la lutte antiterroriste, au point que le travail de l’organisation a ramené les attentats de quelques centaines à petites dizaines par année. L’efficacité du « Shin beth » était réelle, mais en quelque sorte amère.
La « mission » des antiterroristes, vaincre le terrorisme n’est donc pas créer de meilleures conditions politiques pour éviter la poursuite de la guerre. Il y a dans l’action dirigée par les témoins mis en confiance par Moreh une totale absence d’esprit de vengeance, mais aussi une totale impossibilité de s’en tenir à des règles de morale.
L’absence d’une vision politique
Faute d’une réponse politique, et clairement une vraie négociation politique entre Israël et les Palestiniens pour la création d’un état palestinien, la mission au final est un échec. Cet échec pour les anciens chefs du « Shin beth » est celui des politiciens qui n’ont pas su ouvrir de vraies négociations conduisant à la coexistence de deux états. Ils portent la responsabilité de la situation actuelle qui continue d’être dans une impasse
L’un des anciens patrons finit dès lors par expliquer que, une fois quittée l’organisation, il a couru le risque de devenir gauchiste tant est grande cette absence de vision politique, qui devrait forcément conduire à négocier les conditions de la coexistence de ceux états. Et c’est pour lui chose douloureuse que de le dire.
Les patrons du « Shin Beth » ont ainsi fait preuve d’un réel courage politique en exprimant leurs réserves fondamentales sur la mission qui fut la leur. Ils ont ainsi fait la démonstration de l’existence d’une totale liberté d’expression sur les limites d’une politique dans le pays qui est le leur et cela, semble-t-il, sans encourir de poursuites.
Le récent renouvellement des autorités législatives israéliennes fut décevant par Benjamin Natanayou. Un fort courant, 20 % des sièges, a suivi Yaïr Lapil, un ancien animateur de la radio devenu ministre des Finances, dans un gouvernement de coalition. Selon certains observateurs, la projection de « The gatekeepers » aurait contribué à succès d’un partisan de nouvelles négociations avec les Palestiniens.
L’attaque aveugle, par des drones.
L’un des participants évoque l’incroyable situation dans laquelle il s’est trouvé au moment où il fallait donner l’ordre de tirer sur une cible humaine repérée sans savoir si des innocents n’étaient pas aussi dans le champ. L’exécution réussie à l’aveugle n’allait pas sans profonde interrogation par la suite. Sur ce récit, l’image montre un véhicule suivi sur un écran qui se déplace et l’effet du tir.
En fait, la bataille qui alors se déroule est assez nouvelle. Elle est purement technique. C’est ainsi que l’Amérique d’Obama livre guerre en Asie, qui connut un sommet de réussite avec la mise à mort de Ben Laden, fait un recours aux drones.
De « Gatekeepers » à « Homeland ».
Arbitraires, les considérations qui suivent ? Peut-être bien. Dans une série israélienne, « Hatufilm », le scénariste Gidéon Raff relate le retour de deux soldats israéliens en Israël libérés après sept ans de détention. Il s’y interroge sur difficulté de réintégration dans la vie civile après un puissant traumatisme provoqué par la guerre.
Les Américains de HBO ont décidé d’adapter la série de Raff en associant le scénariste israélien à leur travail. Le résultat est largement connu, c’est « Homeland », La première saison a déjà été diffusée en Suisse. La décision de tourner une troisième est prise.

Carrie Mathinson ( Claire Danes ) et Saul Berenson (Mandy Patinkin, deux agents de la CIA, la première subordonnée du second
Il s’agit aussi de savoir comment des anciens prisonniers retenus en IRAK se réintègrent dans la société américaine. On verra le rôle fondamental joué par les dégâts commis par aveuglément par un drone dans la série, dégât qui a contribué au traumatisme causé sur des anciens combattants de retour au pays. « Homeland est ainsi en partie une réflexion sur cette nouvelle forme de bataille de pure technique, avec des drones qui eux sont aveugles quand ils obéissent à des ordres techniques.
L’audiovisuel contemporain, qu’il s’exprime dans « The gatekeepers », un document, que dans « HOMELAND », une série télévisée ou encore dans « Zéro Dark Thirty », le film de Kathryn Bigelov, aborde de front la guerre moderne et exprime ou fait sentir les réserves qui s’imposent.





