Séries et film d’auteur mal programmés par la RTS
Les séries étrangères programmées trop tardivement par la RTS sont souvent les meilleures : un avis personnel, certes, mais largement partagé. Une fiction helvético-argentine fortement soutenue par la RTS et récompensée par la SSR-SRG pour son succès artistique présentée à minuit sur RTS 1 : de quoi s’étonner !

L’équipe gagnante de « L’heure du secret », Elena Hazanov et Alain Monney. Il y aura une deuxième saison. Une série romande bien meilleure que « Port d’attache ».
Une œuvre audiovisuelle contemporaine, c’est aussi bien un film court ou long, de fiction, de documentation ou d’expérimentation qu’une série télévisée, de fiction et de documentation. Les séries sont à prendre désormais en considération comme n’importe quel film. C’est dans ce domaine que l’audiovisuel contemporain apporte les plus belles surprises.
La RTS met bien en valeur ses productions propres !
La conception générale, depuis des années, de la programmation de la RTS est bonne, puisque le temps de diffusion le plus suivi (entre 19 et environ 23h00, le premier rideau au sens large), fait place à la majorité des productions de l’entreprise. L’information, la documentation, les magazines, le divertissement sont ainsi bien mis en valeur. Une série romande ambitieuse mais décevante comme « Port d’attache » a été présentée en premier rideau. On peut certes regretter l’invasion de RTS 2 par les sports. Mais deux domaines sont actuellement malmenés, les séries haut de gamme, qui sont toutes étrangères ainsi que le cinéma d’auteur, suisse y compris.
Deux séries de séries
L’information moderne du multimédia traite souvent de questions même importantes en quelques centaines de signes dans « 20 minutes » ou nonante secondes dans un téléjournal. Faisons de même à la hache en employant insuffisant, suffisant et bon pour caractériser les séries de deux séries de séries inédites présentées entre le 23 février et le 1 mars 2013. Les semaines précédentes comme les suivantes lui ressemblent
En premier rideau, cela donne « esprits criminels », suffisant ; « Revenge », suffisant ; « NCIS », suffisant ; « Hawaï 5-0», insuffisant.
En deuxième rideau et en nocturne, on trouve « Mad men », 4ème saison, lundis dès 23h00 – bien ; « Damages », 3ème saison, jeudis dès 23h00 ( sur RTS 2). – bien ; « Hung », jeudis, dès 23h30, bien ; « The hour », 2ème saison, vendredis dés 23h00, bien. Et comme ces séries sont présentées en duos, cela se termine après 00h30. Le « suffisant » aux meilleures heures, le « bien » tardivement !
Le clan des défenseurs de séries gagne du terrain régulièrement. C’est ainsi que Sandrine Cohen ( TV 8 du 23.02.2013) déroule Le tapis rouge pour les séries. Sur le petit écran de « notre » télévision, les meilleures séries « bénéficient » donc d’une diffusion tardive : le feu rouge est mis, mais pour la programmation !
Le populaire de qualité
Pendant le règne de Nicolas Bideau sur le cinéma suisse à la section du cinéma de Berne, belle place fut faite à la notion de « film populaire de qualité ». On arrive à mesurer le populaire, avec le nombre d’entrées dans les salles ou l’audimate pour le petit écran. Mais là le nombre de téléspectateurs est plus révélateur que le pourcentage – un cinquante pourcent de PDM en Suisse romande quand huit cents mille personnes regardent le petit écran, c’est quatre cent mille. Quand il y a dix mille spectateurs encore éveillés à une heure du matin, cela donne cinq mille. Mais c’est chaque fois cinquante pourcent de pdm !
Comment définir la qualité ?
Le box-office comme l’audimate mesurent assurément la quantité. Bien plus délicate est la mesure de qualité, qui pourtant n’est pas seulement une affaire de goût personnel. On s’est rendu compte, en Suisse, comme du reste ailleurs, qu’il fallait trouver des indices de qualité. Tant le Confédération que la SSR disposent maintenant d’un instrument de mesure qui commence à être fiable. Il s’agit de porter à l’actif d’un film sa participation fondée sur des sélections à des manifestations, ce qui vaut aussi bien pour des césars, des oscars ou des quartz du cinéma suisse lors d’une présence dans des festivals reconnus d’une certaine importance, y compris sur la piazza grande le soir à Locarno.
Succès artistique SSR-SRG
C’est ainsi que la SSR-SRG a décidé de consacrer dès 2013 cinq cent mille francs par année à cette notion de succès artistique en créant quatre catégories, fictions, documentaires, courts métrages et courts films d’animation, séries exclues.
C’est ainsi que quatre long-métrages viennent d’être retenus, « L’enfant d’en haut » d’Ursula Meier (cent cinq mille francs ), « Giocci d’estate » de Rolando Colla, « Abrir puertas y ventanas » de Milagros Mumenthaler, ( chacun septante mille) et « L’intervallo » de Leonardo Di Constanzo ( trente-cine millle). Les montants ainsi obtenus sont loin d’être négligeables. Ils participent à la poursuite d’une carrière de production et de réalisation.
La SSR et Milagros Mumenthaler
La RTS a co-produit le film tourné en Argentine par Milagros Mumenthaler, qui a obtenu à Locarno le Léopard d’or en 2011. Cette récompense a permis à ce film helvético-argentin de participer à de nombreux festivals, mais aussi d’être distribué dans plusieurs pays, la France en particulier.
La SSR-SRG, avec son nouveau critère ci-dessus décrit confirme le succès artistique du film en lui accordant aussi une agréable récompense en bon argent. On admettra donc que la carrière du film et les réactions à son égard permettent de le classer parmi ceux qui ont indéniablement des qualités. Peut-être même que le film est populaire.
Aux oubliettes à minuit !
Certes, de ce film, il n’existe pas de version doublée en français seulement une sous-titrée. On comprend qu’il eut été autant difficile que délicat de le présenter dans « Box office » un lundi soir peu avant vingt-et-une heures.
Mais le proposer le 12 février 2013 sur RTS 1 à minuit, c’est aberrant et finalement méprisant pour tous ceux qui défendent ce film. La programmation du cinéma d’auteur montre une fois de plus sa toute-puissance dévastatrice contre le cinéma d’auteur dont la qualité a ici été largement reconnue par d’autres collaborateurs de l’entreprise. On pourrait citer d’autres exemples.
Quelques mots sur le film
Trois jeunes femmes se retrouvent dans une pavillon de banlieue, tristes, seules, à la mort de leur grand’mère qui s’occupaient de ces orphelines. Comment «ouvrir portes et fenêtres», (vague traduction du titre espagnol) d’une maison sur une vie normale, sur le travail, sur une formation, sur l’amour, quand on est plus ou moins enfermées dans une cuisine, un salon avec téléviseur, un jardin avec hamac ? Un film d’une belle sensibilité qui ne se donne pas facilement.



