Mort d’un président

Témoins du présent

Intéressante à observer, la manière dont la création audiovisuelle d’un pays rend compte des principaux événements qui le concernent, trace le portrait de ses plus fortes personnalités politiques, qu’il s’agisse du passé même lointain, de présent ou d’un futur plausible. Les Américains dominent largement tous les autres, eux qui ont déjà consacré plusieurs films à l’Irak ou décrit la présidence d’un noir ou d’une femme ( cf « 24 heures chrono »). Anglais, avec un portrait de la reine par exemple, ou Italiens, préoccupés par Berlusconi sont dans le coup La Suisse est à la traîne, même si l’on peut citer le seul « Grounding » de Swissair.

La prudence française

La France est en train de combler un retard considérable.Pendant une bonne quinzaine d’ années, « Les sentiers de la gloire » (1957) de Kübrick y furent empêchés d’être montrés en public, car il ne fallait pas évoquer les fusillés pour l’exemple de la guerre de 14-18. La guerre d’Algérie qui prit fin aux débuts des années soixante ne fut que timidement évoquée dans l’audiovisuel français. « Un village français » qui relate en cinq saisons la vie d’une petite ville de province sous l’Occupation est apparu sur le petit écran en 2009. Les choses semblent tout de même changer : on aura osé proposer différentes approches de de Gaulle ou suivre Mitterand en solitaire sur le champ de mars. Jean-Pierre Guérin, le producteur du « Grand Charles » de Bernard Stora, en 2005, est celui de la « Mort du président » dont la réalisation a été confiée à Pierre Aknine.

Le visage de Pompidou était gonflé par la cortisone. Jean-François Balmer a accepté d’être maquillé chaque jour. L’imitation de l’intéressait pourtant pas. Pour lui, il s’agissait “d’une évocation (pour) prendre un peu de sa musique”

Tenu secret, sauf par les initiés

France 3 ( mardi 12.04.2011) vient de un remarquable portrait du Président Pompidou (1911-1974) lors de la dernière année de sa vie dominée par une maladie impossible à contenir médicalement, mais qui fut longtemps cachée au public. Proches et politiciens, eux, savaient que la mort allait intervenir dans les mois puis les semaines suivantes. Les uns et les autres ‘étaient tout de même d’accord pour ne pas rendre publique cette maladie, dans un élan en partie surprenant de respect de la volonté du Georges Pompidou. Mais le problème de la succession envahit leurs préoccupations, avec son cortège d’intrigues. Et si ce rôle semble naturel de la part de politiciens au pouvoir ou dans son voisinage, on découvre aussi les intrigues menées par deux conseillers privés, sans mandat électoral, Pierre Juillet et Marie-France Garaud.

Les qualités de « La mort d’un président »

Le regard du réalisateur et des scénarises porté sur Pompidou président est fait d’une réelle empathie .L’attitude du premier ministre durant les événements de 1968, sa ligne politique générale sont à peine évoqués, puisque le sujet est ailleurs. Mais une longue période de maladie permet de faire comprendre la haute culture littéraire et le goût de l’art moderne de Pompidou et la solidité du couple qu’il formait avec son épouse. Le Centre Pompidou à Paris vaut comme témoignage de sa culture.

“Mort d’un président” donne l’image d’un couple solide, complice, uni aussi par sa sensibilité artistique. S’agit-il ici de contempler une oeuvre de Nicolas de Stael ?

Les mérites de cette fiction unitaire signée Pierre Aknine sont nombreux. La performance de Jean-François Balmer est à souligner, qui s’est mis avec force et respect au service de son personnage certes moins connu que de Gaulle ou Mitterand. La représentation de personnages plus ou moins célèbres, certains encore envie, pose un problème à l’audiovisuel.. Comment procéder sans courir après le clonage ?

Les moyens pour atteindre la plausibilité.

Parmi les moyens d’être plausible, il y a les détails. Ainsi en va-t-il de la clope que Pompidou avait souvent aux lèvres, parlant clairement tout en l’y laissant.

En documentation, les choses sont simples. Il suffit de choisir ce que l’on veut montrer parmi des dizaines ou centaines d’heures de documents qui existent et d’en faire un montage compréhensible souvent porté par un commentaire explicatif et une musique parfois « descriptive » même lé où le silence s’imposerait. On parle beaucoup actuellement ‘d’un document de trois heures, sans le moindre commentaire, une sorte d’auto-portrait par les choix effectués parmi des milliers d’heures de documents filmés souvent sur ordre d’un dictateur qui aimait sa propre image, «L’autobiographie de Nicolae Ceausescu » d’Andrej Ujuca.

Pour la fiction, c’est plus délicat. Faut-il à tout prix que l’acteur qui incarne une personnalité connue décédée ou encore vivante soit la plus ressemblante possible ? On peut le faire avec les astuces hautement techniques, mais qui reviennent à du clonage. Dans « Zélig », Woody Allen faisait un pas volontaire dans cette direction. Mieux vaut renoncer à cette ressemblance pour s’en tenir à une proposition de présence plausible. Le réalisateur a choisi un procédé qui le met à l’aise sans lui imposer le souci de la totale ressemblance : un titre écrit donne le nom et l’occupation de la grande majorité des protagonistes. Pas besoin ainsi de se creuser la tête pour savoir qui il est.

Une forme de visage ressemblante, avec une paire de lunettes épaisses permettent de confirmer qu’il s’agit de Jacques Chirac. Mais l’acteur a su saisir certaines particularités de la diction de Jacques Chirac pour renforcer la présence de celui qui représente.

Comme hier « Les dossiers de l’écran »

Autre point positif : cette fiction aura donné lieu à une soirée thématique puisque les nonante minutes de fiction furent suivies d’un débat fort intéressant. Rien de nouveau : ce type de soirée s’appelait du temps lointain de l’ORTF quand il n’y avait qu’une ou deux chaînes généralistes publiques en France.« Les dossiers de l’écran », l’émission d’Armand Jammot, aura tenu l’antenne de 1967 à 1991, sur l’ORTF solitaire d’abord, puis sur Antenne 2 le mardi soir tous les quinze jours.. La discussion, souvent, oubliait le film initial pour s’en tenir à de échanges parfois vifs débordant du sujet.

On peut se souvenir d’une émission des années 70. Il y a d’autres moyens de remonter le temps. Dans la cour de l’Elysée, voici “la” voiture de ces années, aussi célèbre que la “Onze cv”, le “DS” ( ou serait-ce une “ID” ?)

La présence du réalisateur, d’un cinéaste dont le père était proche de Pompidou, de journalistes ou d’écrivains ayant consacré un ouvrage à l’ancien président, placés sous la direction de Frédéric Taddei ( « Ce soir ou jamais » ) fut d’un bon niveau. L’occasion était ainsi offerte de compléter le portrait dont certains aspects n’avaient été qu’esquissés dans le film qui ne durait que nonante minutes ce qui n’est pas beaucoup pour raconter une année d’une vie d’occupations normales alors que la mort s’approche même en laissant quelques répits.

Marie-France Garaud

Marie-France Garaud avait accepté de participer au débat. Avant la projection, elle avait déjà fait connaître son désaccord avec le film, trouvant qu’il trahissait la véritable personnalité de Pompidou. Mais on sentit aussi que certaines de ses interventions étaient une protestation contre le portrait qui était tracé d’elle comme une intrigante orgueilleuse se croyant la mission de sauver la France. Pour trouver un bon successeur à Pompidou, il ne fallut rien de moins qu’une mise à mort politique de Chaban-Delmas. Il n’en reste pas moins que la confrontation d’une dame âgée avec son image de femme en pleine force de la maturité apporta des moments forts et intrigants dans la discussion.

Marie-France Garaud de 2011 n’a pas vraiment apprécié l’image d’elle en 1974. Mais les puissants qui détiennent un pouvoir sans avoir été élus sont plus propres à subir d’éventuelles distorsions.

L’intérêt d’une soirée thématique

Il faut saluer comme riche l’offre d’une soirée thématique qui propose une fiction sur un sujet suivie d’une discussion à son propos. Arte sait pratiquer avec bonheur de genre de soirée. France 3 s’en est somme toute fort bien tiré. Ce 12 mars 2011. On ne peut que regretter la rareté de telles soirées sur la TSR qui n’en offre que lors de souvent fort longues soirées sportives. Une soirée thématique comme celle évoquant la mort d’un président s’adresse au citoyen, le téléspectateur.

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