Grands spectacles grands encore sur petit écran
Il n’y a plus de sport de saison. Il y a tout le temps du sport sur les petits écrans. Le Tour de France coexiste maintenant avec la reprise du championnat suisse de football en superligue. Les problèmes liés à l’argent ne manquent pas de confirmer leur présence. L’achat russo-tchétchéne de Xamax fait du bruit. Prière pourtant de ne pas oublier un conseil donné par le président-propriétaire sortant de charge : que ceux qui n’ont pas d’argent à investir dans le club la ferment ! Autre problème : une grande régie dans les mains de la Confédération, Swisscom avec sa composante audiovisuelle, pique à coup de millions la priorité de rencontres hebdomadaires au nez d’un autre grand groupe qui ne doit son existence qu’à la Confédération qui lui accorde le septante pourcent de son budget à travers la concession. Ne manque que « La poste » dans ce conflit entre “régies” fédérales !!
Gymnaestrada
Enfin, du sport, sans compétition, sans conflit financier, avec un confortable budget désintéressé de plus de vingt millions : ils furent vingt mille gymnastes, aux trois quarts, des femmes, venus de plus de cinquante pays, pour offrir un spectacle de masse coloré souvent éblouissant. Cela se passait à Lausanne, au stade olympique, à la patinoire de Malley, au palais de Beaulieu, au bord du lac. Pas de compétition aura-t-on répété, tout en signalant en passant que tel groupe avait tout de même été plusieurs fois champion dans son pays. Pas de compétition durant le « gymnaestrada ni durant les précédents, ni lors du prochain à Helsinski. Rien que du spectacle, un plaisir pour ceux qui regardent le plaisir de ceux qui ont travaillé parfois de longs mois durant pour offrir des numéros brillants, gais, colorés. On passe des engins traditionnels de la gymnastique de concours à des présentations qui ne dépareraient pas la plus élégante des comédies musicales cinématographiques, qui parfois même confinent à l’étrange poétique et fantastique, comme ce corps aux seize bras bien installé face caméra.
On glisse le long de cordes de tissus, on manipule des sphères de toutes dimensions et couleurs assorties. On bouge constamment, dans des costumes variés de formes et de coloris, on se poursuit, on se croise en se frôlant sans se heurter. La souplesse des déplacements, la finesse des gestes ravissent l’œil. Tout au plus, au cours de certains numéros, l’éclairage type cabaret par frénétiques et rapides changements de lumières devient agressif. La synchronisation souvent impeccable des gestes parfois de centaines de participants donne une haute idée du travail accompli.
Le spectacle final fut par instants parfois laborieux, celui de l’ouverture très réussi. La télévision aura pourtant offert le sommet de beautés successives lors d’un gala en semaine, au soir du vendredi 15 juillet 2011. On a même un peu abusé des reprises immédiates après certaines phases de mouvements, puisqu’il fallait changer des éléments de décor. On aurait pu aussi montrer comment ce travail s’accomplissait, qui ressemblait parfois à un spectacle à lui seul.
Pas de dopage annoncé, pas de fric envahissant. Un sport qui n’a heureusement plus rien du style un peu militaire des fêtes fédérales de gymnastique en Suisse. Seulement des spectacles, beaux, colorés. Et cette multitude qui crée une nouvelle unité ( notre cliché “Gymnaestrada)
« Aïda en Orange »
Face à l’immense mur du théâtre antique d’Orange, ils sont chaque soir huit mille pour assister à l’un des plus beaux spectacles que puisse offrir l’opéra. Cet opéra élitaire, réservé à des privilégiés, le voici, donné par la télévision à un vaste public, qui peut, lors de soirées en direct, se compter par centaines de milliers, peut-être même en millions. Elle offre même un avantage sur le spectacle réel : il n’est pas facile de comprendre l’intrigue chantée, même dans la langue que l’on connaît. La sous-titrage discret donne des informations dont le spectateur de plein air, même en Orange ne dispose pas.
« Aîda », fille de roi d’Etyopie, est l’esclave d’Amnéris, la fille du pharaon. Le général Radamés vient de vaincre l’armée adverse et de faire prisonnier le roi.Amnéris aime Radamés qui aime Aîda qui répond à cet amour. La raison d’Etat coexiste très mal avec la force de l’amour. Mais l’opéra de Verdi célèbre aussi la grandeur de l’Egypte. Le décor planté devant le mur d’Orange accentue cette grandeur. Tout y est grand ; parfois trop à devenir un peu grandiloquent.
Les caméras nombreuses permettent de varier en offrant au téléspectateur des distances différentes, de plan d’ensemble très éloigné comme pour joueur au spectateur au gros plan presque indiscret, face à la scéne ou en coulisses. Voici en assez gros plan Indra Thomas qui interprète Aïda (photo France 3 Provence-Rhône-Alpes)
Le direct impose les entractes. La télévision peut alors choisir d’en dire davantage sur les interprètes ou, comme cela fut fait, visiter St-Petersbourg avec celui qui dirige l’orchestre des Chorégies d’Orange, le russe Tugan Sokhiev. Intéressante découverte, accompagnée de quelques mesures des plus grands compositeurs russes. Le comportement de la présentatrice, Julie Depardieu, fut par instants un brin bizarre .
Oui, la télévision , lors de ces directs annuels venus d’Orange, est alors grande puisque elle apporte à un vaste public potentiel cette culture trop souvent réservée à une minorité disposant du confort matériel.


