Sur le « web » : de « Break-ups » à « Brouillon de culture »

 Produire pour le seul web des modules en les tirant vers une bonne tenue qualitative professionnelle est chose possible. Le « Nuovo » de la RTS, né il y a une dizaine d’années, a ensuite trouvé une case sur le petit écran traditionnel. Actuellement, les interventions de la rédaction de « Nuovo » sont fréquentes à la grand’messe du « 19 :30 ».

Service public et publicité

On peut multiplier les supports, en plus de l’écran traditionnel : smartphone, tablettes et ordinateurs. Ces supports ne proposent pas de rendement publicitaire pour la SSR-SRG. Il n’en reste pas moins que pour une télévision généraliste de service public à financement mixte (redevance et publicité), le rassemblement du public le plus grand possible, devant le petit écran traditionnel, entre 18 :00 et 22 :00 reste fondamental pour les recettes publicitaires. On ne va tout de même pas facturer aux annonceurs la minute au même prix à 20h05 qu’après minuit !

Seulement sur le web ?

Financer des expériences destinées au seul web reste une piste à suivre. Près de 180 projets ont été déposés lors d’un concours organisé par la SSR-SRG. Cent mille francs furent mis à disposition des producteurs avec mandat de réaliser une mini-série formée de dix modules de trois minutes chacun, pour traiter  un thème commun. Trois mille francs la minute ? Le budget est correct. C’est ainsi que la RTS a pu financer deux mini-séries, « Break-ups » et « Brouillon de culture », actuellement accessibles sur internet.

Une jeune société romande, « Jump Cut production », a reçu un double mandat pour réaliser une mini-série en français pour la RTS et un autre en allemand pour de SRF, lesquelles séries sont déjà sous-titrées dans l’autre langue. Réalisation pour le web exclusivement ? Certes, la verdeur de certains textes impose de ne pas confronter le grand public du « 19 :30 » et de la « Météo » avec ces modules impertinents et drôles, d’une belle vivacité d’esprit, d’une efficace mise en scène parfois minimaliste. (voir à ce propos les compliments décernés à « Break-ups » dans le blog le 14 février 2014). Mais rien n’empêcherait la RTS  d’introduire les deux mini-séries, sur RTS2 par exemple, ce qui augmenterait la place faite à  l’humour.

Dérision pour aborder la culture

Vient d’apparaître sur le web une nouvelle mini-série intitulée « Brouillon de culture ». Il s’agit, en trois minutes aussi, de parler d’un livre, d’un film, pour le descendre en flammes par dérision. Encore faut-il connaître le japonais Sukamoto ou avoir lu « L’existence du domaine de la lutte » de Michel Houellebecq, pour comprendre le lien entre la sexualité, les diagrammes de Venn et une rétrospective Begmann à la cinémathèque.

L’Andromaque de Racine, analysée par un couple de coiffeurs, est une cougar. Il est probable que le film « Rasta rocket » soit plus connu que « Dans la peau de John Malkovic ». Ceux qui ont vu « Amour » de Michael Hanecke osent se demander pourquoi le résumé de certaines scènes conduit à des hurlements pendant une sorte de jeu vidéo à deux.

Loin d’ « Harakiri » ou de « Charlie-Hebdo »

Bref, la série, pas très bien faite, s’adresse à une petite minorité qui ont lu des livres ou vu des films parfois confidentiels et qui acceptent que la dérision soit une forme d’humour ; mais on est alors bien loin de « Charlie Hebdo » ou d’ »Harakiri » !

Tout le monde peut comprendre une rupture amoureuse et les multiples formes qu’elle prend, en français ou en allemand. « Brouillon de culture » s’adresse à un public ultra élitaire, qui devrait connaître les œuvres proposées en brouillons pour, peut-être, les reconnaître, au moins un peu, sous l’angle de la dérision.

Etrange ! Ce premier choix romand, parmi des dizaines de propositions, est complétement contradictoire, difficile à comprendre. Il serait intéressant de connaître le nombre de visites faites à l’une et à l’autre série. Mais où trouver cette information ?

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