Trois « classiques » de la RTS

Ces classiques, quels sont-ils ? Pourquoi les mercredis soirs méritent attention. Un récent « Temps présent » : bientôt un tueur dans le ciel suisse. Un court sujet de « Mise au point ». Un extrait paru dans « La puce à l’oreille » : des sujets indépendants les uns des autres.

TABLE DES MATIERES

  1. Les mercredis
  2. Temps Présent
  3. Mise au Point
  4. La Puce à l’oreille

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 La force de RTS1 est assurément d’en rester, sauf exceptions, à des émissions faites « maison » entre 19h00 et 21h00. Et le plus intéressant se trouve dans la case de l’heure qui commence peu après 20:00.

Ces grands « classiques « incontournables, actuellement, sont et restent « Mise au point » ( dimanches), « TTC » (lundis), « A bon Entendeur » ( mardis), « Temps présent » (jeudis), « Passe-moi les jumelles » ou les séries dans l’esprit de la documentation («Bienvenue au Pâquis » ou en ces jours de mai «  Sur tous les fronts avec le CICR » (vendredis).

Les uns comme les autres n’innovent plus beaucoup. Une même structure apparaît presque chaque semaine. Ne reste dès lors pour surprendre que le contenu, lequel peut bénéficier d’une forme parfois originale.

Les samedis sont consacrés aux divers tours de Romandie, avec « Un air de famille » actuellement,  parfois une série récurrente romande (Dernière en date, le seconde saison de « L’heure du secret » ) ou des « Coups de coeur d’Alain Morisod ».

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Les mercredis

Le mercredi soir est réservé à des émissions qui ne suivent pas un rythme hebdomadaire mais apparaissent avec une plus ou moins grande régularité. C’est là que règne « 36,9 ». Mais c’est aussi là que sont placées les nouveautés de ces dernières années, qui oscillent entre honorables et belles réussites :

« Zone d’ombre » depuis fin 2008

« Spécimen » depuis avril 2010

«  C’était mieux avant », première le 1 mai 2014

«  Les coulisses de l’événement » depuis janvier 2014.

Pendant le tournage des coulisses de l'événement : "la vengeance de Khadafi"

Pendant le tournage des coulisses de l’événement : « la vengeance de Khadafi »

C’est cette soirée du mercredi qui a ma préférence personnelle. Elle continue de me porter vers le plaisir d’être surpris ! Mais jouons à sauter comme mouton.

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« Temps présent » : bientôt un tueur dans le ciel suisse ?

Cela commence comme … une série récurrente, par une escouade de plans à toute allure, dont on se dit, une fois vu ce qui suit, que c’est un excellent résumé. Les ouvertures des séries récurrentes les plus ambitieuses offrent en effet d’efficaces génériques, pas toujours placéS au début du récit. Ils sont souvent d’une grande beauté et chaque plan que l’on retient à un sens. Mais comme on ne les retient pas tous, le plaisir d’assister à cette salve se renouvèle de semaine en semaine. Ce lancement d’émission, qui a pour thème l’éventuel futur achat de drones par l’armée suisse, peut faire penser à « Homeland ». Hasard ou coïncidence ? Dans la première saison de « Homeland », on apprend que Nicolas Brody a été retourné par son géolier suite à la mort de dizaines d’écoliers palestiniens dans une cour d’école atteints par un drone israélien !

Auto-critique israélienne

« The gatekeepers » est un document israélien de Dror Moreh qui propose un bilan sur l’action du « Shin Beth », l’organisation israélienne anti-terroriste. Un des anciens dirigeants interrogés y faisait alors part d’une décision qu’un jour il dut prendre : déclencher le tir d’un drone contre une voiture dans laquelle avait pris place un adversaire palestinien repérè mais sans savoir qui étaient ses accompagnants – des innocents peut-être. Ce film de 2013 était une critique ouverte de l’action efficace du« Shin beth », considérée comme un échec puisque après l’action qui ne se posait pas en terme de morale, la politique n’avait pas su ouvrir de vraies négociations avec les Palestiniens, dont les presque deux millions qui vivent dans la bande de Gaza. « The gatekeepers » passe pour avoir eu une certaine influence lors de l’entrée à la knesset d’un parti d’opposition préconisant des négociations politiques entre Israéliens et palestiniens.

Le document d’Isabelle Ducret et Stevens Artels fait des emprunts à un autre film, « The lab » et questionne son auteur, Yotam Feldman, qui enquête sur l’efficace industrie militaire israélienne, rapportant au pays chaque année des milliards de dollars. Les drones ont un mérite important pour les clients que sont les armées : ils ont subi de multiples tests grandeur nature, en particulier contre des habitants de la bande de Gaza.

Yotam Feldman, réalisateur de "The lab" ( Temps présent - 4 mai 2014)

Yotam Feldman, réalisateur de « The lab »
 a fait son film d’abord pour Israël, où il a provoqué de vifs débats

Il est important aussi de pourvoir s’appuyer dans un document sur des sources qui concernent un pays qui produit et vend dans le monde entier des drones puissants et efficaces, dont les performances technologiques ne sont pas contestées. Certes, il y a débat autour de leur mission . surveillance et/ou arme de frappe chirurgicale contre personnel ou équipement au sol. Difficile de croire qu’une armée, n’importe laquelle, s’offrirait des engins destinés à la seule surveillance d’un espace terrestre ou maritime.

Contribution à l’ouverture d’un débat

Les chambres fédérales seront prochainement sollicitées pour voter un crédit de quatre cent millions pour six engins achetés à un fournisseur israélien : près de septante millions la pièce ! Le document, en cours de route, signale que les caméras ultra-perfectionnées qui sont ou peuvent être montées sur le drone sont plus coûteuses que l’engin lui-même.

Après l’ouverture qui donc rappelle l’univers des séries récurrentes, la construction adopte un excellent rythme s’inscrit dans la ligne initiale : elle ressemble à celle d’un récit de fiction. L’équipe se rend en Israël et à Gaza, terrain d’expériences pratiques avec trois témoignages de survivants de civils qui introduit un fort sentiment d’émotion. Référence est faite à une manifestation à Genève qui pose l’aspect moral du prochain achat : l’armée suisse a-t-elle besoin de tels drones tueurs ? Bien entendu, la parole est donnée assez longuement à ceux qui préconisent cet achat. Mais le département militaire fédéral devrait s’interroger un peu plus sur sa communication faite en français par un collaborateur qui peine au point de faire croire qu’on assiste à un extrait de « 120 secondes »!

Des tueurs dans le ciel suisse " - Temps présent - 04.05..2104

Des tueurs dans le ciel suisse : un  étrange « insecte » à Temps présent

Le titre de l’émission est déjà une indication : le document proposé pose la question d’une telle acquisition sur le plan moral.

 Ce qui dès lors est particulièrement intéressant avec un tel sujet, c’est le moment où il apparaît dans l’opinion publique. En général, la télévision prend le train en marche et souvent aborde un problème après son apparition si rapidement que le recul de la réflexion est impossible. Ici, on ouvre un débat avant que le problème se pose dans le cadre politique fédéral. Elle précède la discussion en introduisant un problème de morale publique et pas seulement de stratégie militaire.C’est une précieuse démarche démocratique.

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Mise au point : « Comme si c’était hier »

Le dimanche 4 mai 2014, dans « Comme si c’était hier », une rubrique régulière de « MAP » est consacrée à une longue émission de près de nonante minutes présentée en 1984. « Au cœur du racisme » d’Yvan Dalain mettait ensemble, durant quatre jours dans un chalet isolé au-dessus de la Vallée–de-Joux, huit hommes, racistes, non-racistes ou victimes de racisme. Un sociologue, Jean-Pierre Fridman, se souvient : à la fin de l’expérience, l’harmonie régnait dans le groupe. Mais en revoyant plus tard certains participants, rien de changé malgré les quatre journées de rencontres. L’un d’eux, aujourd’hui décédé, fut co-fondateur d’un parti d’extrême droite à Genève. Commentaire d’aujourd’hui, un peu étonnant et désabusé !

Au coeur du racisme d'Yvan Dalain ( TSR - juin 1983 )

Au coeur du racisme d’Yvan Dalain ( TSR – juin 1983 )

Une première intervention de Guillaume Chenevière, en 1984 responsable de fiction et divertissement que « Au cour du racisme » fuut assez logiquement renvoyé à l’information. Parlait-on déjà de télé-réalité en ce temps-là ? Le « Loft », avec Loana, Jean-Edouard et la piscine, ce sera pour autour des années 2000, du moins en France !

Seconde intervention, de celui qui fut ensuite directeur de la TSR : On avait une mission morale, quelque chose à faire pour éduquer, même peut-être un peu pour transformer la conscience de nos compatriotes. (….)Et bien, ce n’était pas comme cela : c’est la société qui s’est emparée de la télévision…. Et d’ajouter : J’exagère peut-être un peu….

Hélas, non : pas d’exagération : cette une constatation à la fois lucide et amère de la « prise » de pouvoir de la « ménagère de cinquante-deux ans », considérée comme représentante du grand public. C’est aussi, si ma mémoire ne me trahit pas, vers 1985, qu’on se mit, à la TSR, à parler beaucoup d’audimat ! Un sujet qui mériterait un développement dans un autre cadre .

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Lelouch durant « La puce à   l’oreille »

 « La puce à l’oreille » est une émission produite pour  RTS qui passe assez tardivement vers 23h00 sur RTS1 (jeudis soirs). Son principe est discutable : les invités sont priés de s’intéresser à un autre domaine que le leur. Mais comme chaque invité est aussi là pour raconter ce qu’il fait, le plus habile parvient à insister sur sa propre marchandise. Claude Lelouch (jeudi 8 mai 2014) est ainsi parvenu à parler assez longuement de son film le plus récent, « Salaud on t’aime ». Il m’a donné envie de le voir – mais j’ai depuis longtemps un faible pour cet amoureux fou de cinéma et de caméra…

L'affiche de "Salaud, on t'aime", le dernier film de Claude Lelouch

L’affiche de « Salaud, on t’aime », le dernier film de Claude Lelouch

Lelouch n’a pas toujours été reconnu par le critique à la valeur qu’il estime être la sienne. Il a partiellement raison. Il n’aime pas la critique en général, l’accusant de ne pas savoir transmettre ce qu’elle aime pour lui souvent préférer la démolition. C’est assurément son droit le plus strict.

Les responsables de l’émission ont pensé qu’il fallait accompagner cette attaque de Lelouch d’une preuve. Cela se passait lors d’un très ancien « Spécial-cinéma » de Christian Defaye, avec deux invités, Christian Zeender et Freddy Buache qui n’aimaient en effet pas le film de Lelouch, invité lui aussi sur le plateau.

Buache, qui avait parfois la dent dure, fut et reste un splendide passeur; un « démolisseur? » C’est un homme qui sut et sait encore, en critique, par ses chroniques, ses livres, ses conférences, faire aimer le cinéma. La richesse de la cinémathèque suisse doit beaucoup à son co-fondateur. C’est à celui ou celle qui a choisi un tel extrait qu’il faut en vouloir de faire passer Buache pour un démolisseur dans une émission censée s’occuper de promotion culturelle.

 

 

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