Emissions au congélateur

Les images qui illustrent ce texte sont toutes tirées du site www.tf1.fr -cbs). Elles illustrent la série « Dexter ». Ce choix est expliqué à la fin de ce long texte où l’on peut d’ailleurs lire séparément chaque partie introduite par un intertitre.

Une partie du casting de *Dexter” prend la pose

La SSR-SRG se comporte comme une société anonyme. Ses actionnaires sont les payeurs de redevance alors que sponsors et annonceurs sont ses clients. Peut-être que certains proches de l’équivalent d’un conseil d’administration d’une unité d’entreprise souhaitent que ces actionnaires forment un club de gentils membres. Mais la SSR est aussi un service public au service du public qui doit à ses actionnaires une transparence plus grande qu’une SA commerciale ou industrielle. Il arrive qu’une unité d’entreprise décide de ne pas montrer une émission. L’information sur les raisons d’une telle mise au congélateur devrait être demandée par le « conseil du public » de l’organisation institutionnelle et portée à la connaissance de l’actionnariat. Une liste de « surprises » récentes ou même ancienne vaut d’être amorcée.

La bande des quatre

“Dexter” - Saison 2 - épisode 1 - L’ombre d’un doute

A en croire « L’Hebdo » ( 15 septembre 2011 – page 30), un « Temps présent » intitulé « Des parlementaires sous influence », qui aurait du être diffusé le même jour, a été retiré de l’antenne. Le titre est clair : « Pourquoi la TSR a congelé un Temps présent ». L’idée du congélateur est plus intéressante que celle du placard. Le sujet abordait le comportement de parlementaires sous l’influence du lobby des caisses qui assurent contre la maladie mais refusent la caisse unique, repoussée par le peuple à près de 70 % en mars 2007.

Une règle interne veut que du 5 septembre au 23 octobre, 2011 on évite de faire apparaître à l’antenne des candidats à la fonction politique qui fait l’objet d’une campagne électorale. Les responsables de « Temps présent » auraient-ils oublié l’existence de cette règle interne ? L’émission n’est peut être mise au congélateur que provisoirement. On pourra se faire prochainement une idée de son contenu. De plus, l’idée de la caisse unique fait son chemin. On peut supposer que cette mesure de renvoi d’une émission ne les fera pas apparaître comme vaincus par les lobbystes.

Bien entendu, la radio et la télévision fixent les règles qui conduisent à inviter des candidats. L’une d’elle privilégie les quatre partis gouvernementaux, soit l’UDC, le PRL, le PDC et le PS représentés au conseil fédéral. On oublie que Mme Widmer-Schlumpff a été rejetée par son propre parti, l’UDC. Elle ne représente qu’un parti peu important en pourcentage. Dans le « Mégaphone » du mercredi 21 septembre 2011, on fait bon accueil à Yvan Perrin, Christian Lüscher, Dominique de Buman et Alda Marra, représentants de la bande des quatre…partis gouvernementaux.

On aura l’occasion de revenir sur une règle tacite qui ignore le 20 pourcent environ de la représentation politique. Cette même règle conduit à différer une émission (sur la caisse unique) et à faire la promotion d’une autre (mégaphone).

Pas de sursis ?

“Dexter” - saison 2 -épisode 2 - Faire son deuil

La justice prononce parfois une peine assortie d’un sursis. La mise au congélateur d’une émission peut être comparée à une condamnation par le justice.

Une chaîne canadienne vient de sortir un document sur l’accident de Swissair à Halifax en 1998 qui fit plus de deux cents victimes. L’expertise conduite pendant quelques années mit en cause un incendie. Les enquêteurs canadiens semble défendre la thèse d’un attentat. C’est du moins ce que les extraits présentés au « 19 :30 » du samedi 17 septembre 2011 suggèrent. Il semble que la télévision suisse alémanique ait été proche des auteurs de ce document. Mais « Zürich » vient de renoncer à le diffuser, pour ne pas « propager des spéculations ». Pas de version allemande semble avoir pour conséquence« pas de version française ».

Dans le congélateur de chaque chaîne, on doit trouver bon nombre d’émissions qui y furent discrètement déposées, y compris pour cause de médiocrité. Il vaut la peine de jeter un œil dans celui de la TSR. Il y a plus de deux ans, « Temps présent » préparait un document qui avait pour thème plus ou moins central la consommation festive de drogues en établissements nocturnes. Un technicien de l’équipe avait alors pris la décision de passer à l’acte. La presse populaire allait en parler quand la direction de la TSR prit la décision de mettre l’émission au congelateur. Par la faute d’un seul, l’équipe qui travaillait sur le document a été traitée en complice, la peine étant le refus de porter son travail à la connaissance du public. On peut se demander si cette « peine » était assortie d’un sursis !

Le cas « Dexter »

Les policiers tentent d’arrêter le tueur au camion frigorifique (légende TF1)

On peut voir actuellement cette série américaine de six saisons le mercredi soir juste avant minuit, les numéros de sa deuxième saison présentés deux par deux. Comme toujours, nous connaissons mieux les programmes des chaînes françaises que ceux de la SSR en allemand ou en italien. Mais on sait que « Zürich » montre « Dexter » à son public. Pour des raisons d’éthique, la TSR ne montre pas « Dexter ».

Il vaut le peine di citer quelques lignes parues dans le meilleur hebdomadaire d’informations et de réflexions culturelles de France, « Télérama » aux lointaines origines catholiques. :

La deuxième saison des tribulations sanglantes du tueur en série de Miami estt, disons-le tout de suite, magistrale. Installant suspense et humour noir, le rythme reste en effet parfaitement maîtrisé, tandis que la psychologie des personnages portée par l’interprétation très convaincante des comédiens (Michael C.Hall en tête), s’avère de plus en plus passionnante.

En 2007 déjà, lors du festival « Tous écrans » à Genève, nous entendîmes Alix Nicole, responsable de la programmation des séries, affirmer que la TSR ne montrerait pas « Dexter ». Il semble aujourd’hui que la décision avait été prise par le responsable des programmes, Yves Menestrier, choqué par la gratuité du tueur de tueurs en série qui restait impuni tout en pratiquant son métier de policier spécialiste des traces sanguines. Depuis lors, le directeur actuel, Gilles Marchand, semble avoir « couvert » ses collaborateurs, selon « Télétop Matin » du 11.09.2011. On y cite des arguments comme la série ne correspondrait pas « aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre ». Il paraît aussi que la TSR « ne veut pas choquer gratuitement ». Ce genre de remarques vaut pour bien d’autres émissions, ne serait-ce que « 24 heures chrono » avec son efficace justicier solitaire sauveur des USA.

Bref, il y a très longtemps, un film censuré ou interdit en-dessous de 18 ans dans un seul canton romand, le Valais surtout, ne passait pas à l’antenne. Aujourd’hui, deux ou trois personnes décident souverainement de protéger les téléspectateurs romands d’une des meilleures séries américaines actuelles. Ils condamnent « Dexter » à la congélation. Quand prendra fin cette peine dont on ignore si elle a été assortie d’un sursis ?

Le silence du conseil du public

Une femme visiblement aisée est retrouvée morte. Dexter fait bientôt le lien entre la victime et deux autres meurtres : un point commun, le même thérapeute (Légende TF1)

L’organisation institutionnelle, la RTSR, représentation du public, a mis en place un « conseil du public » qui doit s’intéresser tant à la radio qu’à la télévision. Ses travaux se sont déroulés pendant des années en circuit fermé, entre professionnels et « experts » aux relations pas toujours harmonieuses quand l’esprit critique même motivé prenait le dessus. Une parrtie sélectionnée de ses procès-verbaux apparaissait dans l’organe d’information de la RTSR, le « Médiatic » puis sur les différentes versions du site rtsr.ch. Depuis quelques années, le conseil du public rédige des communiqués sur ses principaux centres d’intérêt. On y trouve en particulier les résultats de travaux de groupes de travail qui disposent parfois de documents « top secret ». Le problème de la non-diffusion de « Dexter » aurait fait l’objet de quelques remarques lors d’une récente séance. Certains membres du conseil du public se seraient félicités de cette interdiction faite à une œuvre assurément violente, mais pas plus que beaucoup d’autres.

Le refus de diffuser « Dexter » est une hypocrisie. Ce n’est pas de la sournoiserie comme j’ai fait l’erreur de l’écrire. Mais il serait souhaitable que le conseil du public de la RTSR publie des communiqués qui signaleraient aussi des échanges d’idées contradictoires, avec point de vue majoritaire ou minoritaire. Le silence public du conseil du même nom est regrettable.

En attendant, on peut donc voir « Dexter », entrecoupé de pub au milieu de chaque épisode, sur TF1, qui ménage sa ménagère de moins de cinquante ans en programmant la série à une heure où elle est au dodo. Et il faut rappeler aux responsables des programmes de la TSR que le logo rouge, çà existe. Et que son sens est parfaitement clair !

Une réponse à to “Emissions au congélateur”

  • freddy landry:

    Un échange de courriels avec un membre du « conseil du public » m’a mis en garde contre un manque de précision dans la partie « Le silence du conseil du public ». Le conseil n’a pas émis de vote à propos de « Dexter » lors de sa dernière séance. Mais des voix se sont élevées avec fermeté contre la mise au congélateur de cette série américaine. J’aurais du le dire clairement. C’est maintenant chose faite.

    Signé :: Fyly::

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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