Mégaphone 2
En juin 2011 « mégaphone 1 » dresse le portrait de quelques anonymes de Suisse romande. On les retrouve à Berne, invités dans le luxueux Hôtel Bellevue par des notables politiciens pour de brefs débats. Invitation inversée : quatre politiciens romands sont reçus par des anonymes pendant 24 heures au moins. On y retrouve deux « anciens » de « Mégaphone 1 ». Les débats ont cette fois lieu plus modestement sur la place fédérale.
Chapitre 1 : La formation des duos et les « chocs »
Le choix de formation des duos pousse à la confrontation, en mettant face-à-face un anonyme et un politicien qui ne sont pas de la même sensibilité politique ou sociale.
Perrin/Ekrem
On va donc observer ce qui se passe entre l’UDC Yvan Perrin et deux jeunes kurdes, les frères Ekrem, parfaitement intégrés, qui viennent d’ouvrir un petit commerce et sont sur le chemin de la naturalisation
Le vice-président de l’UDC débarque de sa montagne jurassienne avec des produits laitiers typiques de sa région qu’il offre avec simplicité. Chacun écoute l’autre. Ils ont tout pour s’entendre. Mais le naturel politique revient : Perrin insiste pour faire savoir qu’il n’a rien contre ses interlocuteurs ; ceux qu’il poursuit de sa vindicte forment une petite minorité parfois délinquante à chasser d’ici. Il n’en reste pas moins que le climat provoqué par son parti naît à coup sûr d’une tendance généralisatrice. On peut se comprendre, certes, mais pour être vraiment proches, il faudra attendre encore une ou deux générations.
de Buman/Dutoit
Le programme du PDC fait place importante à la famille. Parmi elles, “monoparentales” peinent, plus souvent formées de femmes avec enfant(s) que d’hommes. Mme Dutoit fait tout ce qu’elle peut pour s’occuper de sa fille. Il n’en reste pas moins que travailler et se recycler entre en compétition avec une présence permanente au côté d’un enfant.
M de Buman en vient à citer quelques exemples de la politique familiale de son parti. Il s’agit par exemple de défendre une déduction fiscale importante sur le revenu pour les frais de garde d’un enfant – dix mille francs par an. Encore faudrait-il que son interlocutrice dispose d’assez d’argent pour pouvoir bénéficier d’une telle aide qui suppose donc un salaire annuel assez convenable. Là, dialogue il y a par instants, mais l’exemple cité met en évidence une politique générale d’un parti qui en l’occurrence ne concerne guère le cas particulier envisagé.
Marra/Zbinden
Mais qui donc pourrait établir avec une personne comme Jim Zbinden, qui revient semble-t-il d’une sensibilité de gauche pour faire savoir qu’il n’est ni de droite ni de gauche, un vrai dialogue. Il trouve que tout va mal dans ce pays à propos de tout de ce dont on parle. Il ne reste dès lors qu’un moment où accord peut se faire, quand on décide de se dire « tu » pour partager une visite de Genève où chaque coin de rue est prétexte à revendication. Et lors de l’entretien en plateau, la distance réapparaît, le « vous » ayant refait surface. Pour un Ada Marra qui connaît bien ses dossiers et les lignes de force de son parti, le dialogue était devenu impossible. Alors elle doit se contenter de dire ce que son parti tente de faire dans les secteurs qui appartiennent à ses préoccupations.
Luscher/Capelli
Ce sera le plus étonnant des quatre duos. Un abîme séparer l’ouvrier qui gagne un peu plus de cinq mille francs par mois alors que l’avocat et politicien genevois gagne annuellement un peu plus qu’un conseiller fédéral. Si M.Capelli gagnait cent francs de moins par mois, quel serait le montant des aides sociales qu’il aurait pu obtenir. Et le politicien aurait très bien pû lui donner un conseil pour se faufiler dans cette jungle réglementaire où les effets de seuils sont cruels.
A peine arrivé que le politicien offre à cette famille du gros de Vaud un carton de vins genevois. Faut-il ainsi comprendre l’éloge du vin de ses électeurs face aux produits de la Côte, d’Aigle et du Lavaux. Au petit matin, M..Luscherr fait son footing mais M.Cappeli qu’il y entraîne peine à suivre. Et le tutoiement est général sans que l’on sache qui en fut l’initiateur. M.Luscher est un bon metteur en scène.
Deux mondes plus différents socialement que politiquement seront restés étrangers l’un à l’autre malgré les efforts du politicien pour sembler proche de ceux qui le reçoivent chez eux.
Conclusions
Ce ces quatre rencontres, on peut presque conclure que chaque fois deux univers séparés l’un de l’autre ne se sont guère rapprochés si on comprend plutôt bien ce qui les sépare. Même sans très bien savoir où classer politiquement les anonymes, il apparaît que les contraires arrivent un peu à se comprendre mais risquent bien de peiner à s’entendre. Mais c’est là une conclusion positive pour le principe même de l’émission.
Les remarques qui précèdent reposent plus sur la visite chez les anonymes que sur les débats brefs qui se sont déroulés sur la place fédérale, lesquels posent un problème d’ordre différente, celui de la place des diverses sensibilités politiques dans une telle émission.
Chapitre 2 : « Mégaphone », à l’image de la Suisse politique ?
Vingt minutes avec le représentant de l’UDC, autant avec ceux du PLR et du PS et dix seulement pour le PDC. Bizarre ! Voilà qui se veut ou est par hasard reflet du consensus helvétique qui fonctionna durant des années avec deux UDC, deux PS, deux PLR et un PDC au conseil fédéral. C’était la situation lors de la nomination du conseil fédéral pour la législature 2007-2011. Cela n’est plus conforme à la situation actuelle, sauf si on compte Mme Widmer-Schlumpf comme UDC modérée. Mais Mme Widmer-Schlumpf a été rejetée de l’UDC nationale. Elle se retrouve membre d’un parti modeste, le parti bourgeois démocratique. Finie, la « bande » des quatre ! Ils sont cinq désormais.
La Suisse en cercle électoral unique.
Au plan fédéral,les composantes des forces politiques sont actuellement en pourcentage :
- UDC un peu mois de trente
- PS autour de vingt
- PLR aux environs de quinze pour-cent
- PDC idem
- DIVERS, un peu plus de vingt pour-cent.
Un conseil fédéral à la proportionnelle donnerait aujourd’hui deux UDC, deux PS, un PLR, un PDC et un ECOLO ( un peu plus longtemps de gauche que de droite).
Ces DIVERS se composent de deux courants écologistes, les Verts et les Libéraux qui frôlent ensemble le15 pourcent, le solde allant au PDB et à un peu petit peu encore à droite et à gauche. La Suisse est pour un tiers à gauche et deux tiers au centre-droit. Le centre penche plus souvent à droite qu’à gauche. Une même répartition en Suisse romande donne une gauche d’au moins quarante pourcent, donc un centre droit pas plus de soixante pourcent.
Un conseil fédéral à la proportionnelle donnerait aujourd’hui deux UDC, deux PS, un PLR, un PDC et un ECOLO ( un peu plus longtemps de gauche que de droite).
« Mégaphone » sans la sensibilité écologique
A noter en passant que les six représentants de partis politiques invités pour le débat retransmis dans le monde par les différentes chaînes de TV5 venaient de la bande dite des quatre augmentés d’un écologiste vert et d’une libérale. Cela fait deux à gauche et quatre au centre droit, représentation plus équitable qu’avec les seuls quatre partis gouvernementaux. On se rapproche de la situation en Suisse romande.Mais les « écolos » furent complètement oubliés, ce qui est à tout le moins regrettable.
« Mégaphone » penche à droite
Lors des quatre débats sur la place fédérale sont apparus des « experts », Mme Miauton, directrice d’un Institut de Sondage, MM.Blaise Matthey, représentant du patronat romand, Eric Hoesli, d’Edipresse venus du centre droit. Mme Paola Ghillani a-t-elle encore une sensibilité de gauche ?
Impossible de savoir vraiment comment les quatre anonymes vont voter. Pour les notables, politiciens et invités, on en est à deux au maximim à gauche et donc six au moins à droite. Ce trois quarts un quart ne refléte plus la réalité des grandes tendances politiques suisse. Et la TSR devrait plutôt être proche de la Suisse romande que de l’ensemble du pays.
Et dire qu’à droite certains reprochent souvent à la RTS d’avoir une sensibilité de gauche. Dans un grand débat politique comme celui instauré par « Mégaphone », la droite pèse plus lourd que la gauche ! Mais le principe de « Mégaphone » reste novateur grâce aux « anonymes » confrontés assez longuement aux notables.
La RTS aurait intérêt à repenser ses équilibres politiques à moyen terme. Elle devrait aussi se servir des promesses de « Mégaphone » pour donner à cette émission un avenir qui dépasse les deux premiers numéros.
Prochainement :
- Chapitre 3 : qui est responsable de “*mégaphone” ?






Je trouve l’idée de cette émission pathétique et inutile.
Le remake de « rendez-vous en terre inconnue » version politique à deux francs c’est pas digne de la TSR