A Bon entendeur : quelle efficacité ?
Pour un montant compris entre quatre et huit francs, on peut louer pour quelques heures un film, auprès d’une société de « vidéo à la demande » (VOD). Il faut
parfois plus de dix francs pour une telle prestation, souvent plus coûteuse en Suisse qu’à l’étranger. C’est ce que nous apprend entre autres, « A bon entendeur (TSR1 – mardi 04.10.11 – « Vidéo à la demande :un film chez soi, trop cher ? »).
La forme est bonne

A Bon Entendeur, c’est une équipe :Luc Mariot, Daniel Stons, Manuelle Pernoud (Crédit RTS / Louvion Jay)
Depuis bien des années, « A bon entendeur » occupe une place de choix dans la grille de la TSR, solidement accroché à son premier rideau et récoltant de bonnes parts de marché. L’émission est bien faite faisant passer des documents pré-enregistrés à des entretiens, de l’explication verbale dans l’image à des informations chiffrées écrites. Rien à dire sur la forme, même si chaque émission ressemble à la précédente.
Informations numériques trop rapides
La comparaison d’une même prestation par des fournisseurs différents est un des points forts de l’émission. Mais consulter le site devient indispensable, car les informations numériques passent trop rapidement à l’antenne pour permettre d’en prendre note et surtout de les retenir en vue de modifier ensuite son comportement de consommateur. Et gare à qui aura refusé de participer à une émission qui risque de mettre un invité dans une situation désagréable. Son absence finit par passer pour un aveu de « culpabilité » !
Le consommateur suisse pas mieux protégé que d’autres
Et c’est ainsi qu’ « A bon entendeur » atteint ses limites. L’information donnée est importante, souvent originale. Mais contribue-t-elle à améliorer le sort du consommateur suisse qui continue de payer plus que ses voisins des prestations équivalentes ? Il est à craindre que la réponse soit non.
« Dexter » qui fait « coucou »
Vous voulez revoir « Apocalypse now » ? Le version proposée sera parfois doublée en allemand avec sous-titres en italien. Comme au bon très vieux temps des ciné-clubs des années cinquante où nous vîmes un film russe muet parlé en chinois et sous-titré en polonais !
Au hasard du besoin d’illustration, à propos des séries que l’on peut aussi s’offrir en VOD, apparaît une illustration. Pas n’importe laquelle : une image de « Dexter ». Tiens, serait-ce un moyen de rendre hommage en passant à la série américaine la moins coûteuse pour la TSR, puisqu’elle n’y sera point montrée pour cause de violences gratuites valant aussi par exemple pour « Les Borgias » ( première double apparition le dimanche 9 octobre 2011 en fin de soirée, mais sans logo rouge qui pourtant ne serait pas déplacé). A notre tour, saluons par l’image une décision absurde !

Un nouveau Pape est arrivé : les violences aussi, sans logo rouge. Jeremy Irons en gloire dans “Les Borgias” ( Crédit RTS/CBS paramount)
Rafales d’informations numériques
Quand une animatrice de débat télévisé prend un air pincé pour regretter que trop de chiffres soient lancés dans un débat, presque certitude il y a que ce débat risquait de devenir intéressant, avec pour une fois preuves à l’appui quand on prend le temps de situer correctement ces données. Mais un bombardement d’informations numériques risque aussi d’éveiller une curiosité qui reste sans réponse.
Ces remarques faites à propos d’une émission de « A bon entendeur » valent pour d’autres émissions. On apprit par exemple le 04.10.2011 que le marché mondial de vidéo à la demande atteint un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de dollars. Un peu plus tard, voici une estimation de la perte provoquée par le piratage sous toutes ses formes : 7,5 milliards dont cent millions pour la Suisse. D’où cela tombe-t-il ? Aucune source n’est citée. 7.5 milliards de dollars, c’est un petit peu plus qu’un dollar par terrien. Cent millions pour la Suisse, ce sont une quinzaine de dollars par habitant. Un suisse est donc dix fois meilleur pirate qu’un citoyen du monde ? Plausible ? Impossible de le savoir ? Et quel est le chiffre d’affaires du cinéma mondial dans les salles ? Combien les télévisions du monde investissent-elles dans l’audiovisuel ? Ce serait intéressant de pouvoir comparer ces données avec les 4,5 milliards de dollars de la VOD. Rien de tout cela. Si au moins « A bon entendeur » qui informe le consommateur prenait la peine de restreindre ses informations numériques pour les remettre dans un contexte comparatif intéressant. Mais disons à « ABE » : T’es pas la seule, hélas, à mal faire dans ce domaine chiffré….


