Le coût à la minute
« Le redevance, à quoi çà sert ? » se demandait-on il y a quelques semaines tant à Genève qu’à Neuchâtel où des téléspectateurs en petit nombre écoutaient le directeur de la RTS, Gilles Marchand, apporter quelques réponses à cette question. Fort intéressante rencontre ! En cours de route apparut dans la discussion la notion de coût à la minute. Combien faut-il dépenser pour une minute de temps d’antenne qu’il s’agisse d’une production-maison ou d’un achat. Renoncer aux séries américaines, un slogan à la mode chez les adversaires de la SSR, ne conduirait qu’à de très modestes économies tout en supprimant d’imposants temps d’antenne. Voilà au moins un efficace moyen d’affaiblir le service public !
Couleurs d’été : coût inconnu ?
Assisté en juillet à l’enregistrement d’un « Couleurs d’été » sur les hauteurs du Locle, dans une clairière : une demi-douzaine de véhicules TSR, trois caméras, une bonne dizaine de collaborateurs pour offrir une vingtaine minutes en direct. Question posée à une adjointe du chef de l’actualité : ce déploiement imposant, « Combien çà coûte à la minute ? » . Récolté alors un « je ne sais pas », suivi d’un « je vais me renseigner ». Réponse attendue !

Isabelle Caillat dans “All that remains” de Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli. Pour cc rôle, l’actrice a obtenu le quartz du cinéma suisse 2011 de la meilleure interprétation féminine.
Précautions à prendre pour comparer
Le coût à la minute est un moyen de comparaison, mais il faut prendre des précautions. Comparer ce coût pour la confection du « 19h30 » avec celui de « Top models » n’a aucun sens. Le mettre en face de la minute d’une série maison comme « T’es pas la seule » devient intéressant, puisqu’il s’agit d’actualité d’une part, de fiction populaire de l’autre. Les comparaisons les plus « parlantes » sont à faire à l’intérieur d’un genre, en fiction par exemple, nature indiquée. En clair, mieux vaut comparer… ce qui est comparable ou dire en quoi la comparaison est possible.
L’exemple de « T’es pas la seule »
« T’es pas la seule » est une série produite par une entreprise privée, avec un mandat donné par la TSR pour vingt fois vingt-six minutes, tournage étalé sur deux étés, pour des raisons de disponibilités budgétaires. Le budget total s’élevait à six millions de nos francs, pour cinq cent et vingt minutes. Première indication : une minute revient donc à 11′500 francs environ.
Pour cette co-production, la TSR appuyée par la SSR aura engagé 4,2 millions. Deuxième indication : la minute coûte à la TSR seule huit mille francs. C’est dans les normes suisses, en général inférieures aux normes françaises ou américaines que nous connaissons pour ce genre de séries ambitieuses.
Une co-production : « Al that remains »
Sort actuellement en Suisse romande, avec une demi-douzaine de copies, un film issu de la relève co-signé par Pierre-Adrian Irlé et Valentin Rotelli, qui ont tous deux moins de trente ans. Ce film est suisse par la nationalité de ses principaux collaborateurs techniques et artistiques et par son financement. Ses acteurs sont américaine, américain, japonais et suissesse. Isabelle Caillat a obtenu un quartz du cinéma suisse 2011 pour la meilleure interprétation féminine. Elle est aussi l’interprète principale de « T’es pas la seule ».
« All that remains » a été tourné en anglais, au Japon et aux Etats-Unis. Pour ces nonante minutes, la TSR a mis à disposition de la production 140 mille francs, si bien que le coût est voisin de 1.500 francs par minute. L’investissement de la TSR est naturellement plus modeste pour une co-production de débutants que pour une série destinée au premier rideau. Plus le nombre de rediffusions sera grand, plus bas sera ce coût minute.
Il est important de signaler que« All that remains » n’existerait pas sous sa forme actuelle si la télévision n’y avait pas apporté son soutien.
Pistes à suivre
Combien coûte à la TSR un court-métrage soutenu par elle ? Acheter une série américaine, anglaise, danoise ou française destinée au deuxième rideau, soit pas avant 23 heures, combien coûte-elle ? Pas grand chose !
Une autre piste à ouvrir permettrait de mieux comprendre ce que la démarche créatrice implique : quelle durée utile tourne-t-on par jour ? Ou encore, durant les finitions, au montage, combien de minutes utiles sont-elles achevées par jour de travail. Tourner ou monter deux petites minutes par jour devrait donner des résultats bien meilleurs que si quatre minutes ou plus sont imposées par les conditions financières. C’est là une différence qui subsiste au moins en fiction entre la télévision des séries populaires et le cinéma spectaculaire.


