13 novembre 2015
Lundi 16.11.15 – 17h10
Entendu par hasard, en pitonnant, que lors de la dernière course de formule 1, un des responsables auquel on demandait une minute de silence pour « Paris » aurait répondu vouloir volontiers le faire pour les 3.500 morts sur la route chaque jour ! Je dois avoir rêvé, dimanche après-midi. Les pilotes ont porté, paraît-il, un brassard noir.
Il faut bien sûr qu’une information sache présenter les faits. Bonne réaction du journal « Le temps » qui sort sur internet une édition spéciale dimanche dans l’après-midi. Bonnes réactions de la RTS au « 19 :30 », en particulier avec des premiers commentaires de Xavier Colin, Jean-Philippe Schaller et Bernard Rappaz. Bonne réaction, ce dimanche encore, avec une édition spéciale regroupant les équipes de « Mise au point » – avec Catherine Sommer – et « Infrarouge » – Esther Mamarbachi – durant 75 minutes.
L’émotion douloureuse subsiste, mais pas au point d’interdire d’essayer de comprendre. Et de s’interroger sur la manière dont l’effort d’information et l’amorce de réflexion sont consentis par le média que l’on observe.
Etonné par le commentaire de J.Ph.Schaller qui glisse vers Nicolas Sarkozy et Marine le Pen. Apprécié la lucidité de Xavier Colin. Bonne idée de s’en aller à Lyon pour savoir comment on réagit hors de Paris. Bonne idée aussi, à mettre aussi au bénéfice de « Mise au point », de revenir sur d’autres événements récents, annonciateurs peut-être, la chute d’un avion russe dans le Sinaï, le fuite des touristes russes et anglais de Sharm el-Sheikh, la négation de l’attentat par certains égyptiens.
« Infrarouge » ? Avec cinq invités sur le plateau, plus deux à l’extérieur, Pascal Couchepin à Sion, Bernard Comment à Paris, cela fait beaucoup de monde pour peu de temps de parole! D’où tombe ce public, ce dimanche soir, qu’il a bien fallu recruter ? Et ces applaudissements pas très nourris, à la fin de l’édition spéciale, sont-ils vraiment indispensables, surtout dans le contexte du sujet traité?
Les commentaires s’installent évidemment sur des documents repris des chaînes de télévision présentes sur les lieux sans voir grand chose, sur les apports de téléphones portables, avec des témoins interrogés après la nuit des événements. Le commentaire affirme que le public du stade a été surpris par deux explosions mais il affirme aussi que les joueurs ne se sont rendus compte de la situation qu’à la fin de la rencontre.
La RTS a fait ce qu’il fallait qu’elle fasse. Mais il n’est pas facile d’être immédiatement lucide devant des faits confus et la difficulté des les interpréter à « chaud ».
*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*=*
Ordre chronologique ? Il en fallait bien un, samedi 14 pour évoquer vendredi 13!
21h00, sur ARTE : « Les Noces de Figaro ». Sublime opéra, la musique, le livret, le spectacle, ces gens qui chantent, ces chanteurs qui jouent parfois même les acrobates, entre l’émotion et le grotesque. Tant de beauté, à regretter qu’un opéra soit un acte culturel élitaire, dans sa consommation. Mais au moins, en un seul soir, sur un petit écran, le partage se fait avec un grand nombre…Magnifique.

Les noces de Figaro, version ARTE, 13.11.2015
En bord de mer, on y arrive en portant des valises, et non à cheval…
Au cours de l’entracte, occasion de constater que la France mène un à zéro, ou deux à zéro contre l’Allemagne. Stade comble, rien à signaler. La Slovaquie mène contre la Suisse, trois à zéro, ou à un : étrange.
Peu après 23h00 : quitter Mozart pour s’en aller sur RTS 1. Il y a « Occupied », une série norvégienne de fiction politique prometteuse, déjà par son existence dans un pays de cinq millions d’habitants. Encore de la pub. En attendant, pitonnage : TF1, gros titre au bas de l’image « Attentats à Paris ». Sur France 3, même gros titre. Que se passe-t-il ?
Curieuse réaction personnelle : tant de fictions, sur le petit écran, avec des affrontements, des morts. Alors comparons « Occupied », cette fiction même attendue, avec la réalité, dont on ne sait pas grand chose Puis vient assez rapidement une réaction contre cette mauvaise idée, qui consistait à se servir de la réalité montrée par la télévision pour comparer théoriquement réalité et fiction!
Tout de même un contrôle : devant ce qui apparaît assez rapidement comme très grave, que font les chaînes de télévision ? Passé en revue trente chaînes. Programmes inchangés, sauf deux fois. Pitonner souvent entre TF1 et Fr 3, pour savoir au moins de quoi il s’agit. Pas de différentes notables : des équipes suivent les événements, avec leurs propres moyens, le mieux possible.
Il n’y a donc pas d’image du désastre. Les caméras sont tenues éloignées des lieux des attentats. Au stade de France, elles montrent de tribunes qui se vident, et une foule qui attend sur le terrain. Les journalistes sur place disent ce qu’ils savent : peu de choses. Le conditionnel est de mise, le nombre de morts varie, les lieux sont imprécis autour du Bataclan. On sait seulement qu’il y a prise d’otages, que deux ou trois terroristes restent à l’intérieur. Les forces spéciales du RAID vont intervenir.
Le président de la République intervient une première fois, sous le coup de l’émotion. Plus tard, sans renier son émotion, il sera grave, ferme. On entend les premiers témoins, parfois seulement des voix. L’image reste implacablement inerte. Elle n’apporte rien. C’est presque normal. Pas encore d’images prises par téléphones portables.
Des images sans informations : ce vide amplifie l’incertitude sur les événements. Je suis un téléspectateur passif, mais incapable de regarder autre chose, incapable d’arrêter de regarder : témoin impuissant d’un événement. La réalité se déroule selon son rythme à elle. Impossible de fuir : difficile de comprendre mon comportement, durant ces trois heures, entre 23h00 de ce vendredi 13 et 02h00 du samedi 14.
Après ? Evidemment, sur internet arrivent de multiples informations. Il y a eu huit tueurs. Plus ? Il y a plus de cent morts. Et combien de blessés ? Le retour à la télévision maîtrisée est rapide. On construit une première chronologie des événements, on entend les premiers commentaires. Parfois surpris : faut-il vraiment se demander déjà si le FN va en profiter lors de la prochaine élection ? Au stade de France, on entend deux explosions qui envahissent l’image, comme s’il n’y avait que le son. La réalité ? Ou déjà l’événement mis en scène ?
Bouleversant. Envie de le dire sur ce blog. Maladroitement. Texte relu pour éliminer les scories, mais sans changer sa structure.
Dimanche 15 – 12h00 : samedi dès 19h30
La RTS a expédié à Paris Darius Rochebin. Elle a prolongé son 19h30″. Je ne voulais pas, ensuite, des « 26 minutes » avec ce public qui crie sa joie sur ordre. Passé ainsi sur TF1 et France 2 : deux heures d’émission spéciale, toujours de bon niveau. Mais faut-il vraiment se demander au conditionnel sit tel terroriste est entré comme migrant en France sur la foi d’une passeport ? Entre le service privé et le public, tout de même une différence. TF1 reprend son programme normal. Fance 2 remplace « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier par « On est solidaires » et reçoit uniquement des invités pour parler de attentats devenus pour certains très proches..( Dimanche 14 – 12h00)



