Infrarouge : il faut en changer!

Pour alléger ce mini-dossier, qui se compose de paragraphes parfois autonomes annoncés par des intertitres, malgré la violence des événements récents qui auraient pu toucher n’importe qui, un moyen de résistance: l’humour de dessinateurs, même difficile à supporter

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 En cette période d’événements tragiques, chacun réagit à sa manière. J’ai peine à m’arrêter, depuis quelques jours, à une télévision de la futilité, de pur divertissement, aussi clinquant soit-il, tel «Générations» et ses publics bruyants. A chacun son choix de détente: le mien est ravitaillé, et largement comme souvent, par le sport bien présent sur les deux chaînes de la RTS.

28 minutes arte coco 13 novembre 2014

Première attitude à adopter: quels sont les faits? Dans la rapidité de l’information qui arrive en direct, il n’est pas toujours facile de savoir où situer les certitudes. Mais suit rapidement un autre besoin: celui de commencer à comprendre alors que continuent d’arriver de nouvelles informations.

La télévision, comme la radio, sont avides d’instantanéité: tout, tout de suite, sur presque tout. C’est dans les téléjournaux que l’on trouve la première amorce de réflexion. La RTS, comme beaucoup d’autres, a su consacrer le temps qu’il convenait à l’information immédiate en cassant les grilles horaires.

13 novembre 2015

Reste ensuite à trouver réponse à ce besoin de comprendre, sans trop attendre. Certaines chaînes disposent de rubriques quotidiennes qui remplacent ou complètent le journal télévisé. Sur ce point, la RTS est plutôt en état de fragilité: seules «Mise au point» et «Infrarouge» permettent de réagir assez rapidement devant l’actualité.

La télévision s’auto-critique enfin…

Il convient donc de s’interroger non seulement sur le contenu de l’information et des premiers commentaires, mais aussi sur la manière dont la télévision répond à un besoin. Dans la presse écrite, la télévision fait rarement l’objet de chroniques régulières. Mais la télévision n’aime pas tellement s’interroger sur elle-même. Paradoxe: la RTS vient de tolérer l’introduction d’une rubrique dans «26 minutes». Samedi soir, 21 novembre, «ils» y sont pas allés très fort. L’ «Infrarouge» du 17 y fut mis à l’honneur pour ses confrontations assez inaudibles ou presque (pendant une minute, la dixième), «hommage» ainsi rendu à la provocatrice du désordre, Mme Amaudruz, complété par Cassandre Freysinger triste d’avoir toujours raison (sur canal 9). Les deux Vincent ne se sont pas dérobés devant l’actualité avec la présence de Jean-Pierre Garnier, porte-parole de l’Elysée, même si ce qui n’était pas le meilleur de leurs sketches. Plus de cent mille admirateurs de «26 minutes» ont donc eu droit à des extraits d’ «Infrarouge», dont les assidus sont moins nombreux!

28 minutes arte coco 13 novembre 2014 marine récupère

 Il est presque normal que les pugilats repris par «26 minutes» perturbent «Infrarouge». Voici pourquoi: depuis des années, «Infrarouge» n’est pas un débat d’idées: c’est une confrontation entre ceux qui, à une question répondent oui et les autres non. C’est même souvent l’occasion pour ceux qui disent oui de s’en prendre à ceux qui disent non sans s’expliquer sur leur oui. La réciproque est vraie. Le décor en «U», un animateur au centre, deux tables qui se font face, participe à la mise en scène de l’affrontement.

Bonne décision, dimanche 15, de proposer une émission spéciale de 80 minutes présentée par Catherine Sommer («Mise au point») et Esther Mamarbachi («Infrarouge»). Cinq minutes de présentation en commun, apports intéressants de «Mise au point» avec un résumé des faits (douze minutes), une prise de température à Lyon (quatre minutes) et un reportage en Egypte (douze minutes) qui rappelle les plus de deux cents morts russes de l’avion abattu dans le Sinaï, quarante-cinq minutes pour «Infrarouge», avec cinq invités en plateau et trois en duplex, dont deux à Paris et l’un à Sion.

Siné mensuel - Mix&Remix

Forcément, comme d’habitude, trop de monde, auquel le temps va manquer pour s’exprimer avec nuance. Une partie de ce temps doit être utilisée par certains invités pour recadrer la discussion puisque l’animatrice, Esther Mamarbachi mit sur cette table de débats ouverte à tous les vents le problème (la nécessité?) de la fermeture de nos frontières suisses, chose, déjà techniquement, impossible à faire!

Un débat à partir d’une banlieue de Marseille

13 novembre 2015

Soirée spéciale du mercredi 11, autour de l’éducation, avec le l’excellent film «Spartiates» de Nicolas Wadimoff suivi d’un débat, «Education: le retour du bâton?», Etrange, cette soirée thématique, qui s’appuie sur un film soulevant des problèmes et une solution apparus dans une grande ville française, Marseille, assez éloignés de ceux qui se posent en Suisse. Avec six invités, plus une éducatrice entourée d’une dizaine d’adolescents, c’était trop de monde aussi, chacun n’ayant que de peu de temps pour s’exprimer vraiment sur des sujets partant en tous sens.

Le 17 novembre vers 23h00

 «Terreur : et maintenant, on fait quoi?»: un peu trivial, ce titre, avec son côté langage parlé. Longtemps, je me serai demandé si une certaine allergie face à «Infrarouge» tenait à la présentatrice. Partielle erreur: il y a autre chose. D’abord, trois «Infrarouge» en sept jours, c’est peut-être trop pour une équipe habituée à des débats hebdomadaires rarement préparés au dernier moment.

coco - arte - 28 minutes - 13 novembre 2015

Ce mardi 17, les invités forment trois groupes qui auraient pu servir de base à trois émissions différentes, le tout pourtant en à peine plus d’une heure. Voici donc deux représentants de la classe politique, deux genevois, une UDC, Céline Amaudruz, un socialiste, Carlo Sommaruga, infrarougement incompatibles: affrontement droite-gauche. Voici deux intellectuels, Philippe Gonzalez, sociologue des religions et Haounes Seniguer, philosophe, qui ne se heurtent pas, mais semblent un peu égarés dans ce débat qu’ils n’arrivent pas à élever: amorce d’un débat d’idées presque philosophique. Voici, de Paris, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère français de la défense en duplex, avec Jean-Paul Rouillier, directeur d’un centre d’analyse du terrorisme et Denis Froidevaux, président de la société suisse des officiers, trois «spécialistes» qui se complètent. Une conversation de grand intérêt aurait pu s’amorcer entre trois hommes de «terrain».

coco arte - 28 minutes 13 novembre 2015

Il fallut attendre près de vingt minutes pour entendre une première fois M.Rouillier qui fit carrière dans le «renseignement». C’est – évidemment – la représentante de l’UDC qui mit le feu au poudre, même si sa dextérité verbale n’atteint pas des sommets escaladés avec quelques «euh»! Un David Berger, débordé, permit à «Infrarouge» d’alimenter «26 minutes»!

Trouver une autre formule…

Avec «Infrarouge», la TSR dispose d’un peu plus de soixante minutes par semaine pour commenter des sujets souvent liés à l’actualité. Les trois dernières émissions ont fait appel sept invités au moins. France 5, avec «C…dans l’air», dispose de plus de cinq heures par semaine, avec quatre invités chaque jour et un animateur. Les invités ont le temps de s’exprimer. Ils se trouvent en face d’un (d’une) animateur(trice) qui maitrise son dossier et sait profiter de l’occasion d’en savoir davantage à la fin de l’émission. Les dérapages sont rares. Les invités sont là pour expliquer pourquoi ils pensent avoir raison, pas pour démolir les autres.

13 novembre 2015

«Infrarouge» se déroule en public, qui applaudit au début probablement pour remercier la puissance invitante. Mais comment interpréter les applaudissements finaux: comme un indice de satisfaction? Une émission dite de débats mériterait, en principe, mieux qu’un soir de semaine aux environs de 23h00, quand les téléspectateurs se font rares.

Le temps est venu de trouver une autre formule pour «Infrarouge». Pourquoi pas s’inspirer du modèle de «C..dans l’air», deux fois au moins par semaine…

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Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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