« Temps présent » en terre kurde
Lundi 16 novembre 2015, « Temps présent » reçoit le feu vert pour expédier une équipe de cinq collaborateurs dans les territoires sous autorité kurde du nord de l’Irak. Retour en Suisse le lundi 23. Présentation d’un document le jeudi 26 novembre à 20h15 sur « Temps présent » sous le titre « Comment en finir avec l’Etat islamique » – sans point d’interrogation ! Il était donc faux d’écrire récemment : Seules « Mise au point » et « Infrarouge » permettent de réagir assez rapidement devant l’actualité
Dans le conflit syrien, aux implications multiples, un élément apparaît comme essentiel contre Daech : l’intervention de troupes au sol. Les seules qui agissent actuellement sont d’origine kurde, probablement plus de la partie irakienne que turque. Le premier mérite de ce « TP » est de s’intéresser à cette armée kurde, formée aussi de mercenaires qui ont parfois quelque souci avec leur solde. En s’emparant de Sinjar le 12 novembre, les peshmergas viennent de couper la route qui mène de Moussoul à la frontière turque, sur laquelle roulaient des centaines de camions transporteurs de produits pétroliers vendus à bas prix mais rapportant à Daech des montants imposants. Pourquoi cette route n’a-t-elle pas été coupée il y a déjà très longtemps, se demande un des témoins, le photographe Reza, français d’origine iranienne, qui intervient avec une précieuse lucidité. Bonne question, mais il est difficile d’y répondre dans l’urgence.
Dans ce document, pas d’image de combats, mais le constat du résultat de ces combats. L’information indispensable passe ainsi par la parole de quelques témoins. La préparation et l’enquête sur place ne sont dès lors qu’une seule et même démarche. Les mots sont clairement attribués à ceux qui les ont prononcés, mais l’équipe dispose d’éléments qui assurent leur plausibilité. Loin du tapage des « scoops » tonitruants rectifiés le lendemain, ces témoignages soulèvent des problèmes intéressants.
Il y a des bombardements américains et français contre Daech. On entend parler de contributions de certains pays occidentaux, sans intervention au sol. Sur place, dans le kurdistan irakien, des soldats allemands instruisent les peshmergas à l’utilisation d’armes qui doivent être d’origine allemande. Une allusion est faite à une aide italienne composée de cinq cents casques … trop grands ! Un combattant kurde regrette que les salaires soient en retard. C’est alors qu’un silence de quelques secondes prend une intéressante valeur informative, avant que le combattant suggère d’interroger son chef plutôt que lui….
Ce « carnet de route » de réelle valeur informative est le résultat d’une décision rapidement mise à exécution et portée à l’antenne à peine dix jours après la décision de production. Il apporte une amorce de réflexion sur des situations assez rarement mises en évidence. Dans sa grille, la RTS ne dispose pas assez de place pour cette forme d’information qui mérite de s’étendre sur une vingtaine de minutes. Ce « Temps présent » complète ainsi « Mise au point » avec ses modules qui ne dépassent que rarement le quart d’heure. « Infrarouge », par sa formule même, n’apporte pas une information disons « sereine ».
Il faut donc saluer la réalisation par « Temps présent » de ce « Comment en finir avec l’état islamique », juste étape pour une meilleure et plus complète information sur la situation au Moyen-Orient. Pour une fois, on aura pu « voir » dans un document de durée suffisante ces « pershmegas » kurdes qui sont les seuls à se battre au sol contre daech. On peut regretter la rareté de cette forme d’information télévisée, qui s’inscrit entre l’immédiateté des « téléjournaux » et l’enquête d’investigation de plus longue durée.
