Comment devenir une bête politique ?
Un Temps présent en déséquilibres !
Face aux partis (mais la série est terminée), puis, fin septembre et début octobre, Le débat des Etats, dans chaque canton, en attendant la Grande soirée du 11 octobre et la longue journée des résultats le 21 octobre 2007 : voilà pour les émissions politiques inscrites dans la tradition. Il y eut en plus de partielles innovations, le Si j’étais élu(e) sans grand intérêt et le plutôt curieux DesperateElectrices, intéressant, inégal, énervant, avec sa « promo » de petit « blockbuster » (chose rare, appuyée par des annonces dans la presse écrite).
Le presque tout-politique
La politique s’est glissée un peu partout, dans Infrarouge, bien entendu, dans Mise au point, bien entendu, dans Temps présent, presque bien entendu. Temps présent est peut-être mieux dans sa vocation avec l’excellent La classe moyenne n’a plus les moyens (13 septembre 2007) qu’avec Comment devenir une bête politique ? (20 septembre 2007), au titre animalier inscrit dans la ligne du provocateur et déjà ancien Comment masturber un éléphant (qui me reste coincé en gorge; je ne suis pas seul). Et l’on ouvre le document sur la bête politique, qui n’est pas celle de Gévaudan, par … un combat de reines valaisannes avec premier commentaire « freysingérien ».
En période électorale, mais pas seulement, la TV se donne quelques règles à respecter pour maintenir un certain équilibre entre les principaux partis, les grands assurés d’avoir des sièges et des petits qui font un ou deux petits tours et s’en iront. Mais, par exemple, que sont les libéraux romands ? Petits, grands, en fusion radicale ?
Egalité dans le temps de présence !
Supposons que ces règles soient appliquées à des émissions qui ne sont pas directement inscrites dans le cadre de la campagne officielle. Quant le sujet consiste à comparer quatre « bêtes politiques » issues des quatre partis représentés au Conseil fédéral, donc les plus nombreux au parlement, l’égalité dans le temps de présence à l’écran s’imposerait, certes pas à la seconde près, mais disons à la minute.
Déséquilibres
C’était donc à Temps présent, sur TSR1(jeudi 20 septembre 2007). L’émission s’est étendue sur cinquante-six minutes. Huit minutes, occupées par la présentation, les adieux, le générique, des parties générales indépendantes de quatre « bêtes », laissent donc quarante-huit minutes à disposition pour quatre personnes. Seize minutes trente pour Christophe Darbellay, quinze trente pour Pierre Maudet, huit minutes pour Pierre-Yves Maillard et autant pour Oskar Freysinger. Les représentants des partis du centre disposent de trente-deux minutes. Il en reste seize pour les partis des bordures ! Le centre-droit occupe quarante minutes. Il en reste huit pour la gauche. Déséquilibres au chrono en période électorale !
Glane-t-on des voix en passant à Temps présent ?
Les quatre politiciens (où sont les femmes ? Mais oserait-on les traiter de « bêtes » même politiques ?) sont effectivement de fortes personnalités. Se montrer partout devrait leur profiter. Même en récoltant des voix ? A noter que MM.Darbellay et Freysinger sont candidats, alors que Pierre-Yves Maillard ne l’est plus et que Pierre Maudet ne l’est pas (pas encore ?).
Un chien apporterait des voix !
Une réponse aura tout de même été fournie par l’incontournable rédacteur en chef des Matins colorés, Peter Rothenbühler. Voici en effet Christophe Darbellay avec son amie – pas le temps de se marier en 2007, le président du PDC est l’époux de la campagne électorale ! – en cuisine, salon, chambre à coucher avec incursion en salle de bains. Il faut bien que les uns et les autres jouent le jeu « pipole ». Et M.Rothenbühler de savourer : la « news », c’est elle, la compagne, tendrement posée dans les bras du politicien ! Un homme seul sur la Une ne fait pas vendre. Mais s’il a un chien, alors il fera des voix ! En donnant une fois de plus la parole à Peter Rothenbühler, la TV fait « pipole « !
Analyses différentes
Ces portraits inégaux en temps d’antenne se prêtent aussi à quelques considérations qui ne sont pas forcément de la promotion complimenteuse. Deux spécialistes ont été sollicités. Pascal Décaillet homme de radio et de télévision locale genevoise s’est expliqué sur de multiples présences de Pierre Maudet dans ses émissions, y compris il y a plus d’un an à la Radio Suisse Romande. Un spécialiste québecois, Philippe Truchet, analyse les comportements physiques de MM.Maudet, Freysinger et Maillard. Il ne parle pas de M.Darbellay qui eut droit à des remarques de son tailleur. Sa méthode ? Observer les gestes et les attitudes sans les mots. Il prend alors Oskar Freysinger pour un homme de gauche: puissance de la queue de cheval oblige mais en même temps limite de la méthode. Encore une inégalité de traitement dans l’analyse : Darbellay est oublié. A son avantage ?
Comme un Arrêt sur images romand !
La télévision, plus peut-être que la radio, contribue-t-elle à confectionner des bêtes politiques ? Quel rôle joue dans ce système Infrarouge ? Voici Michel Zendali et Romaine Jean de service pour nous mesurer le poids de la TV, le sens de sa contribution, importante peut-être pas, mais effective assurément. Et Temps présent de se transformer, subtilement, durant quelques minutes en un timide Arrêt sur images.
Aujourd’hui, à la télévision comme ailleurs, il faudrait faire mieux avec moins de moyens, ou au moins faire aussi bien mais avec moins. Le numérique permet d’accumuler du matériel audio en grande quantité. Le temps pour le visionner n’augmente pas. Dans ce Temps présent, il y a accumulation de déséquilibres. Et c’est pourquoi ce qui se fait maintenant est parfois un peu moins bien que ce qui se faisait hier.