Créativité : ça existe encore ?

De La minute kiosque à Desperate Electrices

SRG SSR idée suisse vient de boucler un assez long processus, plus ou moins lié à la révision de la Loi sur la radio et la télévision, avec des statuts révisés et une Charte d’entreprise rajeunie. Dans cette dernière, on trouve trois parties, Mission, Vision et Principes. Cinq paragraphes concernent ce dernier point : Crédibilité, Indépendance, Pluralité, Créativité et Loyauté.

Arrêtons-nous à une notion qui ne trouve qu’une place minime dans les télévisions du début de ce XXIe siècle en pays démocratiques, la Créativité, difficile à cerner quand les producteurs et surtout les programmateurs ont le vrai pouvoir hier détenu par les journalistes et les réalisateurs. Citons :

« La créativité est à la fois la condition et le moteur de notre succès. (…) Nous misons sur l’inventivité et soutenons la créativité de nos collaborateurs pour relever le défi d’une concurrence internationale toujours plus sévère. »

Appelons à la rescousse Diogène se promenant avec sa lanterne qui va tout de même découvrir, en cette rentrée de bientôt l’automne à la TSR, deux secteurs l’un au principe très prometteur, La minute kiosque, l’autre innovateur par transposition, Desperate Electrices. Mais ces lignes sont écrites avant de pouvoir observer le résultat de l’une comme de l’autre série.

La minute kiosque

Voilà qui pourrait bien être (qui est, espérons-le), un exemple de ce que l’on peut en 2007 appeler « créativité » en télévision. Créativité il y a dans le concept de l’opération, même si le module court d’une minute possède des ancêtres, parfois un brin plus longs, des Shadocks à La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Pour les premiers, il faut remonter à 1968, les personnages de Jean Rouxel et René Bord, portés par la voix de Claude Piéplu, jouant à leur manière les trouble-fête dans l’esprit de Mai ! Les seconds naquirent sous la houlette le Serge Moati en propulsant les textes surréalistes et poétiques de Pierre Desproges. On peut se souvenir aussi de la veine de Paul Auster observant ses compatriotes d’un quartier de New York depuis une boutique.

Au départ, une innovation économique : la Loterie Romande sponsorise si largement l’opération que le budget à disposition permet de rémunérer les uns et les autres d’une manière fort correcte. Dix mille francs environ sont disponibles par minute, à en croire 24 Heures (23 août 2007). Le sponsor est salué au début et à la fin de chaque module. Pas de malaise : les bénéfices de la LORO contribuent à aider, dans toute la Suisse romande, le social et le culturel. Sans eux, la vie culturelle serait beaucoup moins vivante. Impossible au MacDo’ d’en faire autant sans provoquer un scandale ! La TSR reçoit la série clés en mains !

Une dizaine de scénaristes se sont attelés à écrire les gags qui se produisent devant un kiosque à journaux, tenu par l’acteur valaisan Roland Vouilloz. Excellent lieu de rencontre avec le kiosquier Marcel.

Soixante modules sont déjà terminés. Il est question d’en tourner quarante-cinq autres et qui sait, si l’accueil est bon, plus encore. La série n’aura certainement pas d’influence sur l’audimat. Elle est programmée juste après le 19:30 et la météo. Sous la houlette de Chantal Bernheim, voici peut-être le coup le plus risqué par la TSR ces derniers mois.

Reste à espérer, après quelques rencontres avec le kiosquier, que la réussite remplace l’espoir de réussite. J’ai envie de sortir l’expression : «on se tient les pouces». Et on y reviendra !

Une question de programmation

La TSR, et elle n’est pas la seule à le faire, présente les séries de fiction de 55 minutes ou de 90 l’unité, faites pour être présentées séparément, d’un jour à l’autre ou d’une semaine à l’autre, très souvent en les regroupant par deux ou même trois. Comme les plus « tordues » des séries américaines n’ont pas forcément leur place en premier rideau, on s’est parfois retrouvé devant le petit écran à une heure du matin ou même plus tard – enfin, plus tôt. Difficile à comprendre pourquoi les programmateurs refusent de jouer sur l’attente de la réponse à la scène ouverte qui termine régulièrement chaque module. Fidéliser les spectateurs peut être un grand bénéfice pour le très précieux camarade audimat. Deux fois cinquante minutes, passe encore ! Mais systématiquement deux fois nonante, ou trois fois cinquante, c’est pesant !

Et voilà que pour un module d’une minute, on les montre un par un, jour après jour. Croit-on vraiment que le téléspectateur va s’organiser pour se retrouver devant le petit écran de la première chaîne romande tous les soirs du lundi au vendredi pendant les dix prochaines semaines ? Qui serait assez naïf pour le croire ?

J’ai bien regardé l’avant-programme de la TSR (semaine du 8 au 14 septembre). Où se trouve la « compile » de six/sept minutes qui permettrait la reprise des cinq modules de la semaine ? Nulle part !

Alors suggérons : il faut trouver une place, si possible pas à deux heures dans la nuit ou en pleine matinée pour une compile qui assurerait une meilleure visibilité à un bon exemple de créativité télévisée dont on espère qu’il soit réussi.

Desperate Electrices

Six émissions, concoctées par Michel Zendali et Nathalie Randin, de vingt-six minutes environ, vont occuper le lundi en premier rideau dès le 3 septembre. Six fois des rencontres dans six lieux différents avec des femmes qui s’exprimeront sur ce qu’elles attendent de la politique. Il s’agit d’une mini-série liée aux élections fédérales de cet automne.

La créativité, là-dedans ? Un peu dans le fait de donner la parole seulement à des femmes, un petit peu plus dans le titre qui affirme la source d’inspiration, la série américaine de bon niveau vaudevillesque, ce qui lui aura valu une bonne exposition en premier rideau, Desperate Housewives. S’agit-il de donner à cette série d’information politique le ton de la série américaine qui tire en bonne partie sa force de la présence des mêmes personnages d’un épisode à l’autre ? Même méfiants, saluons l’intention, avec son petit pois de créativité. Et suivons au moins les deux premiers épisodes pour se faire une idée (3 et 10 septembre 2007).

D’emblée on peut formuler une remarque. A peine connue l’intention de la TSR, une pétition s’est mise à circuler sur Internet pour exprimer une forte réserve à l’égard de la tentative qui ne devrait tout de même pas être anodine, sous prétexte que «La TSR ne respecte pas son mandat de service public et prend les femmes pour des imbéciles politiques». Et Zendali ne se croira pas forcément à Infrarouge.

Donc, il y a quelque part quelques-uns ou quelques-unes qui savent ce que sera l’émission et qui décident qu’une pétition s’impose. M.Blocher n’est même pas allé aussi loin avec les caricatures de Mix et Remix. Une censure préalable ne se justifie pas. Si l’émission déplait, si elle imite naïvement une série qui dispose de grands moyens, si elle est ridicule, il sera bien temps après projection de le dire. La TSR comme bon nombre d’autres chaînes n’a pas (plus ?) l’habitude d’organiser des avant-premières. Mais haro sur les auteurs d’une telle pétition pleine d’idées préconçues.

Les commentaires sont fermés.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives