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Station Horizon : avant l’épisode « 3 »

Revu, les samedis 28 février et 7 mars 2015, les prometteurs épisodes 1 et 2, dans d’excellentes conditions, autrement dit devant un téléviseur, en spectateur «lambda» ( quoique à l’horizontale), sans prendre de notes, sans arrêter la projection, ni revenir en arrière, simplement dans la continuité de ce pourquoi est faite toute fiction, se laisser aller au rythme du récit, ici durant une cinquantaine de minutes.

Confirmation : c’est vraiment bien: bien écrit, bien dialogué, bien filmé, en général bien joué par de bons acteurs, bien monté, bien fignolé autour d’excellentes images, avec une bonne musique, des sons agréables.

Lavinia Longhi (Cheyenne)  (Photo RTS - Rebecca Browning)

Lavinia Longhi (Cheyenne) (Photo RTS – Rebecca Browning)

Auteurs et commanditaires ont tout lieu d’être satisfaits. La part de marché du premier épisode est mieux qu’acceptable, plus élevée qu’espéré, à trente-cinq pourcent. En principe, le premier épisode fait un score plus élevé que les suivants. Il sera donc intéressant de savoir comment se comporte l’audimate durant toute la série.

Juste en passant, une information: le plus récent des «Coups de cœur d’Alain Morisod» aurait retenu l’attention de cent mille romands un précédent samedi soir peu après vingt heures alors que le score du premier épisode de «Station horizon» tournerait autour des cent quatre-vingt mille.

Une certaine audace n’a pas fait fuir le grand public du premier rideau du samedi soir. Les actions se succèdent rapidement sans laisser aucune place à quelque temps d’arrêt qui imposerait au téléspectateur de s’interroger sur des comportements ambigus ou subtils de certains personnages. Occuper la case d’une chaîne de service public généraliste à l’heure de grande écoute du samedi soir impose une certaine prudence: l’action sans mort violente mais sans temps mort fait le compte avec un nombre de personnages intéressants dans des situations variées.

Jean-Marc Morel (Père Maurice, en activité, parfois aussi radiophonique9

Jean-Marc Morel (Père Maurice, en activité, parfois aussi radiophonique, assez inattendu personnage « secondaire »

A propos des acteurs

Les personnages principaux ou même secondaires qui ne sont pas réduits à une silhouette sont presque une vingtaine. Dans la distribution, on trouve un comédien d’origine albanaise vivant en Italie (Klaudio Hila – Elvis), une italienne (Lavinia Longhi – Cheyenne), des belges ayant parfois fait belle carrière en France ( Alexandra Vandernoot- Nicole Héritier/ Bernard Yrlès – Joris Fragnière), une majorité de suisses, romands, parfois partiels émigrés, certains ayant aussi travaillé hors de nos frontières. Voici un bon ensemble de bons acteurs.

Un grain de sable pourtant, avec Anna Piéri, qui joue le rôle de Suzy Fragnière, «mère de famille pimpante et bipolaire»; c’est ainsi qu’elle est présentée dans le dossier de presse. La crise qu’elle doit interpréter dans le deuxième épisode est assurément exagérée, frétillante plus que frémissante, avec une diction si pointue qu’on en a presque envie de baisser le son. On peut voir actuellement dans «Homeland» un personnage bipolaire, Carrie, avec Claire Danes qui porte cette maladie en finesse, avec nuances sans en masquer la violence qui s’installe sans brusquerie.

Anna Pièri (Suzy Fragnière) dans "Station HORIZON"

Suzy Fragnière (Anna Pièri, parfois un peu crispante dans ss colères)  (Photo RTS)

Chaque jour, pendant le tournage d’une série, il faut réaliser cinq/six minutes de rushes utilisables dans la version finale. C’est beaucoup plus que pour un film normalement financé, où la norme tourne autour de deux minutes utiles. Qui est en cause dans ce cas: l’actrice trop rageuse, le metteur en scène qui n’a pas eu assez de temps pour refaire une prise?

 Deux fois Bernard Yerlés

 Le samedi 7 mars 2015, vers 21h00, fin de l’épisode 2 de «Station horizon». Le même soir, dès 20h50, sur France 3, un téléfilm, «Meurtres à l’île d’Yeu». J’ai donc glissé, grâce à une proche plus attentive que moi, de RTS 1 sur France 3, pour y retrouver avec sa barbe Bernard Yerlès, l’ancien détenu devenu capitaine de police menant une enquête criminelle.

Bernard Yerlés dans "Meurtres à l'île d'Yeu"

Bernard Yerlés dans
« Meurtres à l’île d’Yeu » (Photo France 3)

Il est beaucoup plus intéressant, pour un acteur, d’interpréter un personnage qui reste à découvrir (pourquoi Joris était-il en prison?), qui ne se comporte pas tout d’une pièce (dans la relation amour/haine avec son frère), qui continue de surprendre par ses comportements, plutôt que dans le rôle d’un capitaine de police qui conduit une enquête criminelle tout en se sentant attiré par une navigatrice. Il «séduit» évidemment beaucoup mieux dans le rôle d’un personnage complexe que dans celui d’un enquêteur.

Bernard Yerlés (Joris) dans "Station horizon" (Photo RTS)

Bernard Yerlés (Joris) dans « Station Horizon » (Photo RTS)

Certes, intervient alors un problème de préférences personnelles. J’aime mieux une série faite sur un amoncellement d’actions successives sans meurtre qu’une enquête de plus sur un crime plus ou moins sordide. J’aime mieux voir évoluer des personnages qui surprennent que d’en suivre d’autres dont la personnalité est noyée dans un côté «polar» qui ne varie guère durant tout le récit!

 Episode 3 : Double jeu

“Station horizon” est fort bien mise en valeur par la RTS et aussi son service de presse, avec une triple présence à l’antenne

Samedi 14 mars 2015, sur RTS 1, à 20h10, pour grand public

Dimanche 15 mars, sur RTS2, à 01:40, pour noctambules

Lundi 16 mars, sur RTS 2, à 11:25, pour la ménagère de moins de cinquante ans préparant son repas ou pour pensionnaire d’EMS

Les épisodes restent ensuite encore accessibles sur le site

Voici comment le service de presse de la RTS résume le troisième épisode
Déstabilisé par le départ de Suzy, Charly commet des excès en tous genres. Joris, débordé, doit désormais s’occuper d’Axelle, de la station et préparer la course, lui qui développe une relation amoureuse avec Cheyenne, une danseuse qui lui fait tourner la tête. A la veille des hostilités, la relation entre les deux frères est plus tendue que jamais.

Jessy, une jeune fille en quête d’indépendance, est de plus en plus présente à la station. Eprise d’Elvis, elle le tire d’affaire en se mariant avec lui. Le matin de la course, alors que Charly est absent, Elvis prend les commandes de la voiture de Jessy et affronte Bernard et son bolide. Sur la ligne de départ, le regard que se lancent les deux hommes trahit des sentiments partagés. Sur la route des falaises, tout ne se passe pas comme prévu.

La poursuite en voiture, spécialité du cinéma de divertissement, on l’attend; au contour, bien sûr!

 

« Station Horizon »: prometteur!

 Au vu des deux premiers parmi les sept épisodes de 48 minutes chacun, pas de doute, c’est prometteur. Tout produit audiovisuel peut entrer dans l’une des trois catégories suivantes: l’insignifiant où les défauts dominent, l’intéressant où qualités et défauts s’équilibrent et le bon avec ses qualités dominantes. A l’intérieur de chaque catégorie, le bas, le moyen et le haut. Ce qui fait neuf degrés différents pour exprimer une appréciation globale, qui n’est pas uniquement personnelle. Mais il ne suffit pas alors de cent soixante signes pour fonder une analyse.

Une moto, une station-service, un mas et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin - RTS)

Une moto, une station-service, un mât et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin – RTS)

Juste à titre d’exemples: «Timbuktu» de Sissako, qui vient de rafler sept césars et «Américan Sniper» de Clint Eastwood se situent en milieu de haut de gamme. Par contre, «Cinquante nuances de gris» est à placer dans la bas de gamme, certes en haut pour ses qualités techniques. Ce qui ne suffit pourtant pas pour comprendre cet étonnant succès auprès du public féminin!

Dans ma hiérarchie établie pour les récentes séries de la RTS, «Station horizon» est aussi intéressant que «Dix», que j’hésite à mettre entre le haut du milieu de gamme et le bas du haut. Traduit en note sur 9, ce sera entre 6 et 7 à un demi-point près! «Crom» comme «L’heure du secret» (première saison) siègent en haut du milieu. Au début de «A livre ouvert», j’espérais ce haut de milieu, mais l’inspiration s’est vite dissipée pour frôler le bas de la gamme médiane.

Station horizon - Bernard Héritier, le fils ( Baptiste Gillièron - sa soeur s'appelle Lauriane), personnage densément ambigu (photo Rebecca Bowring)

Station horizon – Bernard Héritier, le fils ( Baptiste Gillièron – sa soeur s’appelle Lauriane!), personnage densément ambigu (photo Rebecca Bowring)

Les qualités

Deux fois l’an, au maximum, la RTS propose une série de fiction «maison». Il s’agit assurément d’un événement important. Entre l’idée initiale qui retint l’attention des responsables du programme  et la décision de mettre la série en production, il se sera passé au moins deux ans. Et il aura fallu plusieurs mois avant de pouvoir tourner au cours de l’été dernier. Montage et finitions ont occupé des équipes bien plus légères que celles du tournage de septembre 2014 à janvier 2015. Une série de cette importance, pour une chaîne de télévision tout de même modeste, s’étend donc sur une période d’au moins trois ans. Normal, alors que l’investissement financier total se situe entre trois et quatre millions de francs, montant relativement modeste par rapport à des pays grands producteurs de séries de prestige, comme la Grande-Bretagne, la France ou le Danemark, assez loin derrière les Etats-Unis.

Roman Graf et Pierre-Adrian Irlé sont co-scénaristes, co-réalisateurs et co-producteurs de la série. «Station horizon» a donc deux auteurs associés à la série d’un bout de la chaîne à l’autre, ce qui est plutôt rare dans ce domaine. Ils font donc une apparition assez tonitruante sur ce marché de l’audiovisuel d’auteur où la série joue, depuis deux décennies environ, un rôle essentiel. La différence entre le cinéma et la télévision tend à s’effacer, chose qui n’est pas encore très largement admise ou comprise.

Romain Graf et Pierre-Adrian Irlé, co-scénaristes, co-dialogistes, co-réalisateurs et co-producteurs de "Station Horizon" ( Photo Jay Louvin, rts)

Romain Graf et Pierre-Adrian Irlé (Photo Joy Louvin, rts)

La diffusion, pour une fois normale – un épisode par semaine, le samedi en premier rideau – va donc durer sept semaines. On aura donc le temps de s’y intéresser sans trop s’occuper du résultat quantitatif, qui n’a que rarement un réel lien avec la qualitatif. Ce temps sera aussi mis à profit pour s’expliquer sur les qualités apparues dès les deux premiers épisodes.

Bonne structure de la construction d’ensemble, avec deux clans familiaux, les Fragnière et les Héritier, dans lesquels l’harmonie n’est certes pas parfaite, qui vont s’opposer avec vivacité lors du retour du fils plus ou moins prodigue, Joris Fragnière, qui sort de prison. Une dizaine de personnages importants sont entourés d’une vingtaine d’autres apparitions plus ou moins furtives. Rares sont ceux qui peuvent être caractérisés comme «tout-d’une-pièce»! Là réside un enjeu de taille: va-t-on s’intéresser, éventuellement s’attacher, à la majorité de ces personnages? Il faudra tout de même accepter quelques dialogues dont la verdeur pourrait bien être choquante pour des oreilles habituées aux dialogues lénifiants. Comme il faudra accepter qu’un homme puisse en embrasser un autre avec passion et que le curé du village soit assez peu conforme au rigorisme d’Ecône.

Le Valais…

Station Horizon - le paysage, zone "bois de finges" ( Photo Rebecca Bowring - rts)

Station Horizon – le paysage, zone « bois de Finges » (?) (Photo Rebecca Bowring – rts)

Par la diversité de ses paysages, discrètement indispensables, le Valais est une mine d’or. La construction d’une autoroute, un des ressorts de la dramaturgie, y prend autant sinon plus de place quel la beauté des paysages alpestres. On reste souvent au fond de la vallée, en milieu rural – pas de ville à l’horizon! Ce qui va permettre d’imprimer au récit l’esprit du western par le comportement des personnages et leurs affrontements . Les scénaristes ont inventé un personnage qui s’intéresse aux chevaux, lesquels prennent moins de place que les motos et autres side-cars qui fascinent les amateurs d’espaces à parcourir. Les deux premiers épisodes mettent en place un défi motorisé à venir entre deux voitures qui devrait être fort différent des poursuites dans le centre d’une ville américaine.

Station Horizon - Joris et Charly Fragnière ( Bernard Yerlés et Gaspard Boesch ). Manque le "treize étoiles" sur le mas ( Photo Jay Louvin -  rts)

Station Horizon – Joris et Charly Fragnière ( Bernard Yerlés et Gaspard Boesch ). Manque le « treize étoiles » sur le mât ( Photo Joy Louvin – rts)

Au passage, mais là aussi sans insistance, la Suisse est présente avec son système de surveillance après libération conditionnelle, la chasse à un travailleur clandestin menée par la police, les difficultés d’une radio locale à se faire entendre.

….et l’Amérique.

Qualité importante, pour qui souhaite qu’une série suisse romande ne ressemble pas trop aux autres séries, pas de ville importante, pas de mort violente, donc pas d’enquête avec fausses pistes pour découvrir un coupable.

On aura par la suite l’occasion de relever en quoi la série est aussi un hommage à un certaine Amérique, celle des espaces ruraux et montagneux, celle de personnages forts et contradictoires, celle d’une certaine sonorité qui passe aussi par la musique, qu’elle soit en situation dans le dancing local, issue d’un instrument «à- bouche» ou contribue à créer un climat.

«Station horizon» devrait confirmer le talent d’une équipe de trentenaires qui ont déjà quelques belles réussites à leur actif, (« Big sur », « All that remains », « Pixeliose » ) dans la cadre d’une jeune société qui va désormais compter dans la production cinématographique ambitieuse à partir de la Suisse romande.

« Made in Europe »

  1. Le croque-mort
  2. Salamander
  3. Meurtres à Sandhamn


«Made in Europe» est le titre que la RTS réserve pour ses choix de séries récurrentes tournées en Europe, qui sont proposées le vendredi soir de 22h30 environ à plus de minuit, selon l’habitude trop bien établie d’une offre non par un épisode à la fois, mais deux. ARTE, chaîne généraliste et culturelle franco-allemande, met mieux en valeur ses cueillettes en les diffusant aux environs de 21h00, aussi du reste par duo, voire en trio! Ce titre, reflet d’un souci honorablement promotionnel, détourné, est ici utilisé pour évoquer trois productions, «Le Croque-mort» (Suisse), «Salamander» (Belgique) et «Meurtres à Sandham» (Suède).

Le croque-mort

(DRS, saisons 1 et 2, adaptation française présentée par la RTS du 8 janvier au 5 février 2015 peu après 21h00)

Le croque-mort - photo famille drs-rts-ssr-srg

Le croque-mort – photo famille drs-rts-ssr-srg

Ce qu’ARTE réussit souvent, associer l’Allemagne et la France, la SSR-SRG peine à y arriver entre suisses alémanique, italienne et romande. Ses sociétés régionales, qui insistent trop souvent que les «sensibilités» considérées comme différentes, restent happées chacune par son grand pays voisin. Alors, il faut saluer l’adaptation française d’une série qui fait un tabac en suisse alémanique, se féliciter de l’heure de programmation avantageuse, 21h00. L’audimate, quel qu’il soit, pourrait donner une indication sur l’esprit d’ouverture d’une région par rapport à un programme apprécié dans l’autre.

 

Le croque-mort, le patron et son employé

Le croque-mort : le patron Luc Conrad et son employé Fabio. Mike Müller, l’acteiur connaît de grands succès en Suisse alémanique.

«Le croque-mort» n’est pas générateur d’un grand enthousiasme au plan de la créativité. Ces récits unitaires qui veulent résoudre une énigme en moins de cinquante minutes en décrivant des milieux différents ne créent pas forcément un désir d’adhésion régulière. L’intérêt varie beaucoup d’un numéro à l’autre. Les personnages récurrents doivent tout de même évoluer pour s’inscrire dans un récit qui pourrait prendre une certaine autonomie. Mais les liens entre l’ancien inspecteur de police, son nouvel assistant «moderne», la policière et ses collègues, malgré des souvenirs communs et des coïncidences rendant le croque-mort proche de certains de ses anciens «clients» suspects, sont tout de même un peu ténus.

Prenons un risque, celui d’intercaler au niveau d’un jugement (ou sentiment) de qualité sur cette série alémanique entre certaines romandes de ces dernières années. «Dix» reste en tête, suivi de «Crom» et de «L’heure du secret», surtout la première saison. Vient alors «Le croque-mort» au même niveau que «Livre ouvert», assez clairement devant «Port d’attache» et les deux saisons de «T’es pas la seule».

Il est absolument normal qu’une telle série d’une chaîne suisse passe sur une autre chaîne suisse à une heure de grande écoute, pour des raisons de «cohésion» nationale, au moins dans le secteur de la télévision. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour lui trouver des qualités qui ne s’y trouvent pas pour lui permettre de s’inscrire dans le «haut-de-gamme», que seul jusqu’ici «Dix» a frôlé.

De plus, on se souviendra peut-être de « Six feet under », de l’intense vie de  la famille Fischer, de la diversité des « clients » de la société « Fischer and Sons », les morts ne survenant pas dans des conditions nécessitant une enquête policière, en cinq saisons et soixante-trois-épisodes apparus il y a une dizaine d’années.

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Salamander

(RTS Un – vendredis aux environs de 22h30, 12 épisodes, du 9 janvier au 13 février 2105)

Pourquoi donc la RTS francophone ignore-t-elle ce qui se passe sur les petits écrans du Québec et de Belgique, accaparée par son obsession de présenter les séries généralement anglophones avant la chaîne française détentrice des droits, considérée comme concurrente qu’il faut prendre de vitesse. Ce n’est ainsi pas témoigner d’un souci culturel de programmation, seulement d’une recherche de succès qui se mesure quantitativement en parts de marché? Oui, pourquoi ce manque d’intérêt en général?

Petit miracle qui valait bien de mettre l’eau à la bouche: «Salamender» est une série belge! Oui, cela existe! Et puis surprise: ce n’est pas une série francophone. Elle est flamande si une bonne partie de son intrigue se à Bruxelles, la capitale du pays, beaucoup moins connue que Paris, et même que Rome, Londres ou Berlin.

Une affiche de "Salamander" en anglais : la BBC se propose d'en faire une adaptation.

Une affiche de « Salamander » en anglais : la BBC se propose de faire une adaptation de cette série flamande (Belgique)

«Salamander» est le nom d’une association plus ou moins occulte, une sorte de discrète franc-maçonnerie composée de notables belges de différents milieux de la haute bourgeoise d’affaire. Les liens entre-eux remontent à un passé trouble des derniers mois de la guerre de 39/45. L’argent qui donne le pouvoir et permet de manipuler le politique est carburant des comportements. Une efficace équipe de voleurs dérobent le contenu d’une soixantaine de casiers d’une banque qui ne contiennent pas d’argent, seulement des documents qui sont ou deviennent compromettants pour leurs titulaires. Mais qui donc agit en coulisses pour que ce vol ne soit surtout pas rendu public?

Paul Gerardi (Filip Peeters), personnage principal de "Salamandre", seul ou presque contre tous - pas trouvé d'image sans son arme, c'est dommage !!

Paul Gerardi (Filip Peeters), personnage principal de « Salamandre », seul ou presque contre tous.

Paul Girardi, un des meilleurs d’une brigade d’enquêteurs, veut autant savoir qui est l’instigateur des vols que découvrir ceux qui font tout ce qu’il faut pour que subsiste le secret sur cette affaire. Mal soutenu par sa hiérarchie, de chasseur il se voit transformé en gibier. Sa femme est tuée dans l’explosion de sa propre voiture. Il doit tout faire pour protéger sa propre fille! Girardi est devenu non pas l’ennemi public, seulement l’enquêteur qu’il faut empêcher discrétement de trouver le fonctionnement des rouages de la «salamandre». Il ne peut compter que sur l’aide d’un ancien collègue qui fut brièvement l’amant de sa propre femme, devenu jardinier dans un couvent de religieux. Peut-il faire confiance au procureur qui semble vouloir lui permettre de poursuivre son enquête? D’un épisode à l’autre se posent des questions qui restent sans réponse ou m’en reçoivent que des contradictoires. On se trouve au cœur des pouvoirs du pays, politique, économique, judiciaire. Et même royal, au point d’apprendre que ce que veut le Roi sert un ordre incontournable, même si c’est pour couvrir les exploits sexuels avec mineure d’un membre de la famille. Tout puissant, ce roi des Belges!?

"Salamander" : deux notables en luxueux décors reflets de leurs pouvoirs...

« Salamander » : deux notables en luxueux décors reflets de leurs pouvoirs…

Cette série, assez remarquablement construite, bien interprétée, fait découvrir des paysages inhabituels, Bruxelles et certaines régions des Flandres, même si les immersions dans le passé ne sont pas d’une clarté exemplaire. C’est bien emballé, avec un personnage principal auquel on finit par s’attacher, en justicier pratiquement seul contre tous. Il n’y a de personnages positifs que lui, sa fille et sa femme; et encore. Le scénariste prend le risque de l’éliminer de mort violente, à mi-chemin. Mais les autres? Presque tous des salauds qui n’ont de raison d’agir dans leur seul intérêt, même si leur comportement peut les faire changer de clan. Si les secrets de la salamandre sont révélés au grand jour, c’est le pays tout entier qui n’existera plus, du Roi au plus humble des policiers qui mène une enquête de routine, en passant des détenteurs de divers pouvoirs. Mais quand on met en scène le Premier Ministre, certains de ses proches collaborateurs, des épouses plus ou moins fidèles, des banquiers, des gens de justice, dans un pays précis, on s’interroge sur la plausibilité de l’écriture. Tous pourris, vraiment! Trop de pourris, face à un seul «juste»? Trop c’est trop. Mais peut-on croire qu’il s’agit d’une pure fiction?
L’équipe flamande maîtrise son sujet dans une réalisation efficace qui passe de scènes d’actions tonitruantes à des affrontements à deux personnages en gros plans avec une certaine fluidité parfois surprenante. Une bonne surprise. Avec «Salamander», on s’installe dans le haut du milieu de gamme. Il n’y manque qu’une touche de plausibilité!

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Meurtres à Sandhamn

(ARTE, 29 janvier et 5 février 2015, saisons 1 et 2, six épisodes en trios)

Carte de la Scandinavie sur le site D’ARTE : un signe attire l’attention sur la présence d’une auteure de romans policiers. Une quarantaine en tout, dont vingt-cinq en Suède. Dans ce vivier, Viveca Sten, «grand succès mondial», ventes de trois millions d’exemplaires, pour ses «La reine de la Baltique» ou «Du sang sur la Baltique», adaptés par la télévision suédoise. La cinquième saison est en cours, les deux premières présentées récemment par ARTE dans un curieux attelage de trois épisodes à la suite qui finissent par ressembler à un long-métrage de deux heures qui serait coupé par deux inutiles et trop longs entr’actes. On peut ne pas apprécier cette forme de programmation en une courte rafale. Mais, puisque c’est scandinave, il y a de bonnes chances que cela soit inscrit dans le haut de gamme. Ce sera dans le bas du haut!

viveca Sten, auteur de "Meurtres à Sandhamn" http://nordique.zonelivre.fr/viveca-sten-biographie-et-bibliographie/

Viveca Sten, auteur de « Meurtres à Sandhamn »
http://nordique.zonelivre.fr/viveca-sten-biographie-et-bibliographie/

Inutile de revenir en détail sur les sujets: la première saison revient à savoir d’abord qui est le cadavre empêtré dans un filet retrouvé par Nora, une mère de famille qui prenait un bain de bord de mer avec ses enfants pour ensuite chercher à comprendre qui est le meurtrier. La deuxième raconte le coup de feu mortel porté à un équipier d’un voilier qui vient de remporter une coupe entre richissimes propriétaires et pourquoi il s’est fait occire. De toute évidence, les deux histoires d’enquête policières sont bien menées, de façon à retenir l’attention, la progression des informations suivant le rythme des acquis par l’inspecteur Thomas. A un récit policier, on demande bien entendu qu’il séduise par lui-même, sans sauter des étapes, dans une certaine logique qui passe d’hypothèses reposant sur des indices à des déductions qui s’avèrent efficaces.

Meurtres à Sandhamm Thomas Anderson, inspecteur de police et Nora Linde, ( Alexandra Rapaport)  mère de famille et employée de banque. ( saisom 2)

Meurtres à Sandhamm
Thomas Anderson, inspecteur de police et Nora Linde, ( Alexandra Rapaport) mère de famille et juriste. ( saisom 2)

On est en droit de demander à une série plus qu’une histoire bien troussée. Alors intervient la séduction du paysage peu connu. Nous ne sommes ni à New-York, ni à Chicago, hauts lieux de bien des meurtres. Nous sommes sur une île proche de Stockholm, à trois heures en navigation, là où il n’y a pas une seule voiture. Seulement des voiliers ou des bateaux rapides qui relient l’île à la ville. De jolies maisons colorées tant de vacances que d’habitation pour les habitants (une centaine de résidents permanents sur l’île), donnant sur la mer, des plages de sable, des rochers, des forêts de pins rappellent au vieux cinéphile le séduisant cinéma de Bergman.

Meurtres à Sandhamm: sur l'île sans voiture mais avec voiliers de plaisance

Meurtres à Sandhamm: sur l’île sans voiture mais avec voiliers de plaisance

L’inspecteur, Thomas, connaît des pannes d’oreiller, avale des calmants, vit en solitaire. Il est donc du genre «à problème», comme un peu dans tous ces polars nordiques, dont on ne dévoile pas tous les aspects immédiatement. Mais il est du genre «sympa» avec sa jeune collaboratrice. Le spectateur ferait volontiers de lui un ami. Thomas, dans la première saison, reconnaît en Nora, qui a découvert le cadavre ficelé, une ancienne camarade d’école. Quelques signes vont ouvrir une piste, celle des retrouvailles d’un amour ancien resté exprimé. Nora amorce une crise qui va s’amplifier avec son mari, le couple proche du divorce à la fin de la deuxième saison, comme on pouvait le pressentir dès le début, à travers un regard, un geste. Seulement Nora s’ennuie un peu, au point de se mettre à jouer le détective qui enquête et apporte son aide à Thomas qui l’accepte d’autant mieux que cette complicité prend un aspect très personnel. Ficelle un peu grosse? Amorce d’une complicité entre Thomas et Nora pour rechercher les assassins lors des prochaines saisons? L’île compte moins d’une centaine d’habitants permanents… et paraît-il depuis les romans et ses adaptations des milliers de touristes….

« Games of Thrones » face à « Downton Abbey »

A saluer d’emblée comme enfin une programmation novatrice et audacieuse sur RTS 2, celle du vendredi 26 décembre 2014 : en reprise, dès 22h40 et jusqu’à vers 02h30, les quatre premiers épisodes d’une série haut de gamme à forte valeur ajoutée en même temps succès public mondial, la fantaisie médiévale puissamment complexe de HBO, « Game of Thrones », qui serait la série championne du monde au nombre de piratages ( pas loin de dix millions ? Faut-il être cul et chemise avec les grandes oreilles américaines pour le savoir ?).

 

Daeneryss Targaryen (Emilie Clarke), personnage "magique" de Game of thrones, invulnérable au feu et à la chaleur ( HBO)

Daeneryss Targaryen (Emilie Clarke), personnage « magique » de « Game of Thrones », invulnérable au feu et à la chaleur  (HBO)

Dans le domaine des séries récurrentes, il n’y a que deux attitudes qui respectent leur conception : présenter les épisodes un par un pour faire fonctionner le suspens d’une semaine à l’autre ou choisir la rafale, au moins quatre à la fois sinon plus. En ce sens donc, RTS2 a parfaitement raison. Il est rare de trouver une raison de se féliciter d’une décision de programmation de la RTS, dans le domaine des séries. L’occasion n’est pas ratée. « Games of Throne », série de très, très haut niveau est de même importance que les films de Peter Jackson autour de l’œuvre de Tolkien, les trois « Seigneurs des anneaux » complétés par les trois « Hobbitt ». Et le tir en rafale se poursuit, en nocturne,  jusqu’aux premières heures de 2015 !

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Révélatrice programmation sur l’ensemble RTS1 et RTS 2 le 26 décembre 2014 :

De 20h15 21h15

Qui du convivial et régional « Dîner à la ferme » ou du « Davos-Team Canada » attirera le plus de monde ? La proximité ou le sport ? Premier dilemme.

De 21h15 à 22h30 environ.

La série nord-américaine « Motive, le mobile d’un crime » en concurrence avec la coupe Spengler. Deuxième dilemme

De 22h40 à 00h30 environ

Encore un « Motive » de rab, le troisième, avant l’épisode 7 du remarquable « Downton Abbey » seulement vers 23h30 qui affrontent le début de la rafale de « Games oh throne ». Nouveau dilemme.

Downton Abbey - Mary, la comtesse veuve (Michelle Dockary) et deux soupirants, Brendan Patrick (Evelyn Napier) et Charles Blake (Julian Owenden)

Downton Abbey – Mary, la comtesse veuve (Michelle Dockary) et deux soupirants, Brendan Patrick (Evelyn Napier) et Charles Blake (Julian Owenden)

Après 00h30

Les derniers résistants hésiteront entre l’épisode 8 de « Downton » et la fin du tir en rafale de « Games op throne ». Il sera alors plus de deux heures du matin

Ma soirée

Hockey-sur-glace au complet, peut-être un bout de « Motive » pour m’assurer de son insignifiance avant de passer au premier épisode de « Games », suivre au complet « Dowston » et … je verrai bien, dodo ou Thrones. Dix plans de « Motive » m’auront suffi pour m’en aller ailleurs, du cirque du Soleil ou d’un festival mondial, de la beauté et de la poésie par fragments, sur ARTE ( 26.12.14 à 15:

 

 

Pleins feux (colorés) sur des séries

 ( Mise en ligne du 24.12.14 à 09h00 : « Downton Abbey »)

Une dizaine de sujets parfois vastes mis en ligne dans ce blog ces deux derniers mois, sur des thèmes associés à l’actualité des programmes (vieillesse, votations fédérales), des problèmes de principe ( emploi du logo rouge, case-horaires des séries), portraits de créateurs ( Picasso, Truffaut), hommage à un grand classique du cinéma (La grande illusion de Jean Renoir), avec bien entendu le reflet d’une forte addiction personnelle pour les séries ( « The Knick », le retour salué d’ « Un village français », un à première vue sur « Masters of sex » ).

Bleu pour vert, noir pour orange, rouge pour rouge!!

Vu, bien sûr, beaucoup de séries, un genre qui continue d’être propice à la fiction créative ! Envie d’y revenir, même en rappels ou avec des remarques parfois brèves ! Volonté d’établir une hiérarchie personnelle, argumentée même brièvement, en feux colorés, bleus souvent, noirs parfois et rouges rarement, ceci pour éviter que le  vert-orange-rouge de la circulation routière choque certaines sensibilités. Le rouge pourrait être utilisé pour une bonne partie des séries unitaires que TF1, M6 ou la RTS exposent avantageusement entre 21 et 23 heures, les « Camping paradis », « Castle », « Mentaliste », « Grey’s anatomy », « Esprits criminels », « Léo Mattei, brigade des mineurs », « Motive, le mobile d’un crime », etc, en général des « polars », avec personnages récurrents qui n’évoluent guère d’un numéro à l’autre, des intrigues souvent compliquées et mais résolues en quatre petites dizaines de minutes, plutôt bien faites en général, mais oubliées à peine vues.

Premières listes, en ordre décroissant de préférences, pour des séries sorties depuis mi-octobre 2014 (en gras = présenté par la RTS / )

« P’tit Quinquin » (ARTE), « The Knick », « Silex and the city » (ARTE) , « Un village français »(France 3),  « Ainsi soient-ils », « Downton Abbey »,  « Luther », « Rectify »(ARTE)

Faible représentation américaine actuellement (deux), bonne présence française (quatre) et britannique (deux)!

« La petite Dorrit »(ARTE), « Lilyhammer »(ARTE) , »Masters of sex », « Girls ».

« Motive, le mobile d’un crime »

RTS avec sept mentions, ARTE cinq et FRANCE 3, une !

Une fois par jour en semaine (Silex, à 20h45)), une fois par semaine (The Knick, vers 23h00), en duos pour tous les autres, entre 21h00 et 23h00 ( Arte quatre fois, France 3 une fois, RTS une fois – « Motive), entre 23h00 environ et presque une heure du matin (RTS, cinq fois).

Pas besoin de commentaire; ce sont là des informations !!

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 Bleu (très pour)

 Downton Abbey

La sixième saison de cette série britannique est en cours de réalisation, le cinquième a déjà été présentée sur ITV en Grande-Bretagne. La quatrième, qui se déroule en 1922, se termine sur RTS1 en duos dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 décembre 2014. Télé Monte-Carlo vient d’en débuter la diffusion, en trio, le 20 décembre et enchainera dès janvier avec la cinquième saison.

On s’est donc installé chez les Crawley dans leur château, depuis 1912, entre aristocrates (« upstairs) et domestiques (« downstairs »). On y évoque politique, classes sociales, fin d’un monde et conflits individuels. Certains personnages féminins commencent à s’affirmer. De grands acteurs, de splendides décors, le mobilier, les vêtements, les meubles contribuent à la réussite. Et la plupart des quarante personnages sont présentés avec subtilité. Ce sera l’objet d’un prochain texte.

downton abbey : photo de groupes, les deux mondes réunis, au moins sur cette image. (Photo RTS)

Downton abbey : photo de groupes, les deux mondes réunis, au moins sur cette image. (Photo RTS)

L’heure de diffusion

L’heure de diffusion joue un grand rôle pour assurer la liaison entre une création audiovisuelle de haut de gamme avec le public qui s’y intéresse. TMC place la série en premier rideau, à partie de 20h50, programmation plutôt à contre-courant pour une chaîne du groupe TF1 qui ne se livre pas souvent à de très subtils choix qualitatifs. La RTS s’en tient à ce qui semble bien être pour elle une règle qui ne souffre presque pas d’exception : a-t-elle acquis les droits de la projection prioritaire d’une série récurrente de haut de gamme à fort valeur ajoutée qu’elle la « condamne » à passer à des heures tardives où, tout naturellement, le public se fait rare. Après minuit, même « Plus belle la vie », « Top Models  y perdraient une grande partie de leur public

Ce vendredi 26 décembre 2014, un record est battu : « Downton Abbey » commence à 23h30 pour se terminer vers 01h30 du petit matin. Il faut en effet faire place, en premier rideau, à trois épisodes d’une série unitaire insignifiante présentée habituellement en duos, aussitôt oubliée à peine vue, « Motive, le mobile d’un crime ». Aberrant ! Ridicule ! Méprisant pour la qualité ! A moins que l’on tienne « Motive » pour qualitativement supérieur à « Dowton », si tant est que la part de marché espérée soit le critère de qualité !!!

downton Abbey - Deux personnages importants, la douariére, comtesse Violet Crawleyy (Maggie Smith) et la demeure familliale

Downton Abbey – Deux personnages importants, la douariére, comtesse Violet Crawleyy (Maggie Smith) et la demeure familliale

 Mieux servir la qualité

Mais vaut-il la peine de pousser des « coups de gueule » au royaume des sourds et des sourdes obnubilés par le chasse au « grand public » dont on attend qu’il fasse de belles parts de marché ?

Solution il y a : on pourrait présenter à 21h00 un épisode de « Motive » et vers 22h00 un épisode de « Downton Abbey », quitte à proposer à 23h00 une reprise d’une autre série. La moyenne annuelle en parts de marché n’en serait guère affectée !

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 Silex and the city

Arte diffuse actuellement la troisième saison de quarante épisodes de chaque fois trois minutes, en semaine, à 20h45, d’après les albums de Jul, éditions Dargaud, adaptés par Jérémie Hoarau et Jean-Paul Guigne.

A la fin de l’an 2014 de l’ère chrétienne, nous en sommes à la troisième glaciation en ayant dépassé la trentaine pour rester en quarantaine. On aura connu « 50 nuances de graisse », passé quelques jours en « silex and sun », bataillé durant « La guerre des Etoiles(de feu), fréquenté une « Néandertaule », assisté à des « Jeux Paléolympiques », dansé au rythme de « New-RocK, New-Rock », baguenaudé sur le « Paléollywood Boulevard » avant l’ouverture du « Festival de Carne » où l’on y présente « Bachirmama mon Zemmour ».

Un album de la BD

Un album de la BD

Ces quelques (cha)titres cinématographiquement choisis donnent d’emblée une première idée de l’usage à faire de ce « Silex » dans la ville : on y jongle avec les mots, dans la petite famille des Dotcom, maman Spam, papa Blog, fifille Web, fiston Url et grand’père Julias, absent sur la photo.

En vérité, cela se passe quarante mille ans avant JC, lequel plus tard marchera sur les eaux, dans une vallée qui résiste à l’évolution. Les dessins sont animés avec simplicité et efficacité, tenant parfois de la caricature. La famille Dotcom a reçu d’on ne sait où un don, celui de dévider à la mitrailleuse chaque soir une salve de jeux de mots allusifs impossible à saisir dans leur totalité.

L'orchestre des "Shadoks" nés Rouxel en 1968

L’orchestre des « Shadoks » nés Rouxel en 1968

Mieux vaut avoir au moins soixante ans pour comprendre la valeur du compliment comparatif qui suit: « Silex and the city » est aussi génialement savoureux que les ancêtres « shadocks » de Rouxel nés en 68 en leurs deux cents huit déclinaisons.

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Rappel : « P’tit Quinquin »

Un cinéaste d’une extrème et presque hautaine rigueur, Bruno Dumont, que l’on peut inscrire dans la « descendance » cinématographique de Robert Bresson, signe pour Arte la meilleure série de l’année 2014. « Les cahiers du cinéma » ( no 703- septembre 2014), « Positif (no 643 – Septembre 2014), les deux revues les plus exigeantes de langue française, faites par et qui s’adressent à des cinéphiles purs et durs, font entrer la série dans leur ghotta des meilleurs films. Mieux encore : en décembre, chacun des quinze rédacteurs des « *Cahiers » désigne ses dix meilleurs films de l’année. Grand vainqueur, mentionné quatorze fois, « P’tit Quinquin ». La série télévisée d’ARTE, qui aura en principe une suite, vaut à Bruno Dumont de devancer Jean-Luc Godard, Jonathan Glazer, David Cronenberg, Hayao Miyazaki, Lars von Trier, Xavier Dolan, Ira Sachs, Alain Cavalier, Hong Sang-soo, illustres inconnus du grand public des premiers rideaux télévisés.

P'titQuinquin - une série signée Bruno Dumont Arte, 18 et 25 septembre 2014

P’tit Quinquin ( Alain Delfage) et Eve (Lucy Caron), deux des enfants qui se comportent et s’expriment comme de « vieux » adolescents amoureux, (Arte, 18 et 25 septembre 2014, une des meilleures audiences de l’année 2014)

 Rappel : The Knick ( A suivre)

 

 

 Noir( pour et contre à la fois)

 

 Rouge (fortement réservé)

Entre 23h00 et 01h00 !

Sur RTS1 et parfois RTS2, des séries dites haut de gamme à forte valeur ajoutée, épisodes présentés en duos, comme «  Downton Abbey » ou « Luther » se terminent après minuit alors que « The walking dead », « Masters of sex », « Girls » , ou « Damages », souvent porteuses de logos rouges, déroulent leur générique de fin parfois peu avant 02h00 ! L’observation porte sur une période allant du samedi 8 novembre au vendredi 4 décembre 2014. « Girls » vient de remplacer « Californication ».

Silicon Valley ( Photo RT/HBO)

« Silicon Valley » aborde la vie de scientifiques, mais sur la RTS entre minuit et deux heures du matin, jusqu’au 2 novembre 2014 ( Photo RT/HBO)

Durant la même période de quatre semaines, en premier rideau, entre 21 et 23 heures, on trouve entre autres « Esprits criminels » , « New-York Unité spéciale », « Camping paradis », « Grey’s anatomy ». Ces séries unitaires, en général plutôt bien emballées, sont des divertissements destinés au grand public. On les voit en France souvent sur TF1 ou M6.

Les titres cités dans le premier paragraphe sont certes aussi des divertissements, mais qui ont l’ambition d’apporter un plus, ne serait-ce que par leur caractère récurrent. Leur potentiel d’enrichissement culturel ou informatif, parfois leur côté provocateur ou libertaire sont assez largement admis. Actuellement, ARTE vient de proposer « Lilyhammer » ( série norvégienne et américaine, présentée sur Netflix) en premier rideau et offre, en nocturne vers 23h00, une reprise de « L’Hôpital et ses fantômes » de Lars von Trier (jeudis).

Une chaîne comme la RTS oscille entre le divertissement d’une généraliste qui tire ses revenus de la publicité comme Tf1 ou M6 et la vocation culturelle d’Arte et dans une certaine mesure France 5. Il devrait être possible de faire tout de même un peu mieux que de ressembler  à TF1 ou M6 (les imiter?) entre 21 h00 et 23h00 et de se rapprocher d’ARTE, pas seulement entre 23 heures et deux heures du matin !

Ainsi soient-ils - saison 2 Le père Fromenter (Jean-Luc Bideau) avant son départ-exil pour la Chine (Photo RTS/Zadic)

Ainsi soient-ils – saison 2
Le père Fromenter (Jean-Luc Bideau) avant son départ-exil pour la Chine (Photo RTS/Zadic)

Un cas particulier : « Ainsi soient-ils »

L’excellente série française consacrée à l’église catholique et au catholicisme, « Ainsi soient-ils », largement reconnue comme appartenant au haut de gamme, est un exemple révélateur du comportement nocturne du public. La série a été présentée par duos d’épisodes du 19 septembre au 20 octobre 2014. Les numéros1,3,5,7 démarraient en moyenne cinq minutes avant 23 heures, alors que les 2,4,6,8 commençaient un dizaine de minutes avant minuit.

Sur RTS1, en milliers (arrondis), voici ce qui se passe à 23 heures : 15 + 16 + 24 + 17, soit un total de 72 mille spectateurs puis entre minuit et une heure 5 +   7 + 7 + 11, soit un total de 30 mille spectateurs

Ainsi soient-ils - saison2 (Clément Rossier) et ses petites nièces

Ainsi soient-ils – saison2
Raphaël Champseaulme (Clément Rossier) et ses petites nièces (Photo RTS/Zadig)

Il ne reste à minuit que le 40 % des spectateurs présents à 23 heures !

Aux mêmes heures, les mêmes jours, sur RTS 2, sans avoir repéré de quelles émissions il s’agit, on observe le même phénomène : case 23h00 : 88 mille, case minuit 36 mille.

Il ne reste à minuit qu’environ le 40 % des spectateurs présents à 23 heures. 

Pour toute l’année 2011, sur RTS 1 et RTS 2, la moyenne des spectateurs qui regardent la télévision entre 23 et 24 heures est de 46 mille, puis de 22 mille entre minuit et une heures et enfin 12 mille entre 01h00 et 02h00. Mais quand les nombres sont petits, on peut avoir des doutes sur ces précisions à mille près. Et s’il existait des tableaux de moyennes annuelles pour 2012 et 2013, le résultat serait fort probablement le même.

Il ne reste à minuit qu’un petit peu moins de 50 % des spectateurs présents à 23 heures.

Ainsi sans grand risque d’erreur, car on peut certainement multiplier les exemples, la moitié des téléspectateurs devant un téléviseur présents à 23 heures ne le sont plus à minuit.

Donc, mettre au programme deux épisodes d’une série, comme « Ainsi soient-ils », si tardivement, c’est admettre que la moitié du modeste public de 23 heures quitte son petit écran après minuit.

Suggestion : plus de première vision après minuit !

 On pourrait ainsi abandonner parfois un autre principe dans la programmation des séries : présenter les épisodes un par un et non plus en duos. La RTS vient d’en faire l’expérience avec THE KNICK, en version originale sous-titrée, dans la case de 23 heures, avec un réel succès, semble-t-il, puisque en moyenne il y aura eu environ vingt-six mille spectateurs. C’est plus que les dix-huit mille de « Ainsi soient-ils » à peu près aux mêmes heures.

Le corps médial dans l'amphithéâtre des oéprations / The Knick ( Photo RTS/HBO)

Le corps médial dans l’amphithéâtre des opérations / The Knick ( Photo RTS/HBO)

Présenter les épisodes un par un  conduirait peut-être, dans un premier temps, à perdre quelques dizaines d’heures de visionnement, perte invisible dans une moyenne annuelle qui vient d’être améliorée lors de la coupe Davis de tennis!

La RTS devrait s’interdire à elle-même de programmer toute émission de première vision après minuit, qu’il s’agisse d’une série, récurrente ou non, surtout si sa forte valeur ajoutée est admise, ou d’un film, souvent d’auteur quelque fois même suisse, ou encore d’un autre type d’émission, un document de création par exemple; sauf exceptions !

Un village français

La notion même de série rappelle celle du feuilleton qui paraît chaque jour en laissant à la fin de chaque épisode un point d’interrogation. Pourquoi diable faut-il que bon nombre de chaînes francophones continuent de présenter, semaine après semaine, en soirée, ces épisodes en duos ? Pour que cela rappelle la durée habituelle d’un film de long-métrage ? Il semble bien qu’aux USA l’habitude soit mieux ancrée d’un épisode par semaine. La RTS vient d’expérimenter la présentation de « The knick » un épisode après l’autre, sans perdre la fidélité de son public. Dans le domaine de l’information, rares sont les émissions qui durent plus d’une heure ( cf chez nous « TTC », « Temps présent »m « Mise au point »). Cette manière de transformer une série construite épisode par épisode en un long-métrage cinématographique est regrettable. Les chaînes commerciales comme TF1 ou M6 proposent souvent même plus de deux épisodes d’une série le même soir.

Un village français - France 3- saison 6 -L'affiche

Un village français – France 3- saison 6 -L’affiche

Dans sa nouvelle et heureuse formule, « TéléOBS » consacre plus de place aux textes qu’aux programmes détaillés. C’est ainsi que la livraison qui recouvre la période allant du 15 au 21 novembre 2014, six pages sont consacrées à la sixième saison d’ « Un village français » en donnant la parole à huit collaborateurs différents. C’est chose rare et précieuse que de prendre connaissance du témoignage du chef décorateur ou du créateur des costumes, pas seulement de ceux du réalisateur et de certains interprètes.

 De l’introduction de Marjolaine Jarry, ceci : « Un village français explore, sur la durée, le politique et l’intime, et fouille, avec une virtuosité parfois insoutenable, l’inextricable écheveau de la morale humaine. Rarement a-t-on approché, de façon aussi palpable, ce qui hante notre (mauvaise) conscience collective. » « Un village français » est …la série française la plus audacieuse que l’on connaisse ». Le compliment est mérité, d’autant que la série ne tient ni du « polar » avec crimes, ni du « médical » unitaire!

un village français - saison 6 - scène de tournage (photo Fr3)  avec Audrey Fleurot (Florence Larcher)

Un village français – saison 6 – scène de tournage
(photo Fr3) avec Audrey Fleurot (Florence Larcher)

 Les responsables de RTS ont su tisser des réseaux avec certaines chaînes françaises pour faire bénéficier les téléspectateurs romands d’une priorité sur la France. Cela fonctionne mieux avec TF1 qu’avec Fr3. Pour cette série assurément de haut de gamme, ce sera à 20h45 sur Fr3, dès mardi 18 novembre 2014, avec deux épisodes !

Masters of sex

Guide tv, du 8 au 14 novembre 2014 : «Audacieuse, savoureuse, magnifiquement interprétée par Michael Sheen et Lizzy Caplan, et invitant à la réflexion, cette série canadienne a constitué, en 2013, l’un des événements majeurs dans le monde des séries télé »

 Télétop Matin du 9 au 15 novembre 2014 : « Une série …. stimulante (..) retraçant avec maestria le parcours de Virginia Johnson et William Masters, qui ont révolutionné la sexologie. (Saskia Galitch)

 Tv 8 , du 8 au 14 novembre 2014 : « L’histoire vraie du gynécologue William Masters et de Virginia Johnson, pionniers de l’étude scientifique de la sexualité, accouche d’une série chaudement recommandée. (..)Parler de sexualité au mitan des années 50, c’est déjà tabou.(..) En surface, notre série parle de sexe, mais en fait çà va beaucoup plus loin. On parle d’intimité, de relations humaines, d’amour, des complications que l’expérience sexuelle peut entraîner(..) ( Pascal Busset )

Le casting de "Masters of sex". [RTS/SONY/Showtime, LLC All rights reserved]

Le casting de « Masters of sex ». [RTS/SONY/Showtime, LLC All rights reserved]

http://www.rts.ch/emissions/series/toutes-les-series/6225174-masters-of-sex.html : Pionniers de la sexologie et de l’étude de l’orgasme féminin dans l’Amérique puritaine des années 50, le docteur William Masters (Michael Sheen, ex-« Tony Blair ») et la sulfureuse Victoria Johnson (Lizzy Caplan, « True Blood ») forment un couple de chercheurs iconoclastes, auteurs de la plus grande étude moderne jamais réalisée sur la sexualité humaine. Sérieuse autant que loufoque, la série créée par Michelle Ashford (« The Pacific ») est adaptée des confidences de Virginia Johnson à l’écrivain Thomas Maier.

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Masters_of_Sex#Commentaires « Si les personnages de la série peuvent être analysés au travers de leur rapport au sexe, clé de leur identité (l’époux volage, la femme frustrée, la prostituée, la femme libérée, l’homosexuel honteux), cette série de stéréotypes est très vite nuancée par une construction psychologique très fine20. »

Ces diverses citations devraient suffire : « Masters of sex » doit donc s’inscrire dans la liste des séries tendant au haut de gamme à réelle valeur ajoutée. Seulement, voilà : c’est vers 01h30, dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 novembre, que confirmation sera probablement faite des qualités annoncées de la série. On saura aussi si le logo rouge était de service, ce qui est probable!

Ensuite?  Belle occasion de s’interroger sur la programmation tardive par la RTS  de ces séries haut de gamme, à des heures où en principe les téléspectateurs sont rares. Restera aussi à savoir si « Master of sex » sera accueilli en vision dans «  7+ » ?( 10.11.14 – 19h00)

A première vue

 Vu donc, lundi 10 à partir de 23 :35, les deux premiers épisodes de « Masters of Sex ». Difficile d’entrer dans cet univers après avoir revu sur ARTE, « Breaking the Wawes » (1996) de Lars von Trier, plus de deux heures d’un film tendu, éprouvant, d’une forme éblouissante, où le temps et l’espace sont oubliés pour créer une suite de chapitres thématiques, qui ne sont du reste pas sans rappeler la structure des séries. Rappelons que Lars von Trier venait de signer, entre 1994 et 1996, une série récurrente d’excellent niveau, « L’Hôpital et ses fantômes ».

Belle occasion pour rappeler à l’admirateur que je suis de certaines séries récurrentes, que la mise en scène reste une démarche fondamentale pour la réussite du toute « produit » audiovisuel de fiction. Il est bon de se rappeler que des réalisateurs comme David Fincher (« House of cards »), Eric Dumont (« P’tit Quinquin »), Jane Campion ( « Top of the lake »), Martin Scorsese (« Boardwalk empire) ou encore Steven Soderbergh (« The Knick ») sont auteurs ou co-auteurs de splendides séries.

Ce n’est pas par sa mise en scène que « Masters of Sex » s’inscrit plutôt modestement dans ce haut de gamme. La reconstitution de recherches médicales est meilleure dans « TheKnick ». L’évocation de l’époque des années soixnte par les habitudes vestimentaires et certains comportements dans « Mad men » est nettement plus séduisante que celle de « Masters of Sex ».

Recherches médicales assez peu conformistes

 

L'affiche de "Masters of sex" (Showtime), sur RTS 1 dès le lundi 10 novembre ers 23h30, épisodes en duos

L’affiche de « Masters of sex » (Showtime), sur RTS 1 depuis le lundi 10 novembre 2014 vers 23h30, épisodes en duos

La mise est scène de « Masters of Sex » est pourtant d’un bon niveau. Ses plus évidentes qualités tiennent dans l’interprétation, assez piquante de Lizzy Caplan (Virginia Johnson), plus pondérée et sérieuse de Michael Sheen (William Masters). Mais c’est la marque d’une différence de comportements entre deux personnes qui deviendront de très proches collaborateurs, comme s’il fallait un accélérateur d’abord étranger au milieu médical pour les curiosités scientifiques d’un chercheur presque intimidé par l’audace des idées qu’il veut expérimenter, qui ne s’inscrivaient pas facilement dans l’air d’un temps où le sexualité féminine n’était pas forcément un sujet d’études scientifiques.

Bien sûr, on y montre certaines expériences, mais les scènes d’amour physique sont somme toute assez brèves, laissant pourtant le temps de connaître la nature de l’expérience mesurée. Il y aura d’abord des observations à faire même quand la femme simule le plaisir, avant que celui-ci ne devienne un droit. C’est d’ailleurs l’occasion de glisser dans le film un brin d’humour. Et puis, peut-être bien que la notion de plaisir fera surface plus souvent par la suite.

Bien entendu, mais c’est tout de même un caractéristique du genre « série », les dialogues sont presque constamment présents. Le silence, les regards, l’intensité d’un gestes restent la force du meilleur cinéma ; et des plus grandes séries si elles ne mettant pas l’action au premier plan.

S’inscrivent d’emblée dans la série des problèmes de société. C’est ainsi que Masters dont presque se cacher pour faire ses recherches. Son directeur administratif finit par lui permettre de les conduire mais reviendra vite en arrière quand elles seront rendues publiques, donc inacceptables dans l’ambiance des années 1955. La stérilité de l’épouse de Masters perturbe la vue du couple, mais plus celle de la femme que du chercheur. La société américaine est bien présente.

Un logo rouge tardif

Il y a, bien sûr, le « logo » rouge, qu’on ne retrouve pas sur le site de la rts, rubrique  » +7″ qui propose durant sept jours les deux premiers épisodes! Le téléspectateur est « protégé », pas l’internaute! Avec « Masters of Sex », on vole assez haut. Mais il faut peut-être avouer une petite déception. Elle est peut-être liée à la fatigue due à la projection tardive qui s’est terminée le mardi peu avant 01h30 – problème sur lequel nous reviendrons prochainement. (12.11.14 – 19h00)

Du logo rouge à Picasso

Chaque diffuseur dispose d’un signal d’alarme pour avertir qu’une émission n’est pas à la portée de tous les yeux et de toutes les oreilles, puisqu’elle risque de heurter certaines formes de sensibilités. Pour la RTS, le parfois hypocrite avertissement qui soulage les consciences du diffuseur, est le « logo rouge ». Encore ne faudrait-il pas l’utiliser comme une sauce à usage trop fréquent. Depuis plusieurs semaines, le logo est au rendez-vous durant plus de trois heures le dimanche soir avec deux duos, « Esprits criminels » et « New-York, unité spéciale ». Il s’agit de deux divertissements américains à caractère unitaire et policier, avec des personnages qui ne changent guère d’un épisode à l’autre.

Nuse Jackie

Edie Falco (Jacky Peyton) dans « Nurse Jackie ».
Que fait-elle donc pour mériter son logo rouge ?
Elle se « pète » aux « médics » et elle a un amant : c’est « immoral »…. A ne pas oublier : c’est aussi une grande professionnelle aux méthodes parfois peu orthodoxes !

Record en septembre !

 Durant quelques semaines, pire il y eut, le logo rouge affublant aussi l’impossible « Nurse Jackie » après minuit, durant plus d’un heure. Abusives, ces quatre heures de « logo » ! Pas très compatibles avec un service public qui aime bien son « grand » public ! Ou bien on use trop facilement du logo rouge, ou bien on revoit la programmation de ces séries policières américaines à cent balles la minute.

Depuis quelques semaines, moins de rouge : à minuit, la série « Silicon Valley » aborde un problème économique et de société sans tueur ou violeur en série. Plus de logo rouge ! Mais il est minuit : le très cher « grand public » fait dodo !

Un poster pour "Girls" (Production HBO).  De gauche à droite : Jemima Kirke (Jessa), Allison Williams (Marnie), Lena Dunham (Hannah), et Zosia Mamet (Shoshanna). √√

Un poster pour « Girls » (HBO).
De gauche à droite
:Jemima Kirke (Jessa), Allison Williams (Marnie), Lena Dunham (Hannah), et Zosia Mamet (Shoshanna).
RTS, dès le 09.11.14, à 00h15, donc le 10!

Question ouverte : une nouvelle série américaine, dont le première vertu est de ne pas être policière, « Girls », apparaît dès le 9 novembre, de 00h15 à 01h20, excellente case horaire pour lui assurer un large public dit de « niche » en compagnie de quatre jeunes femmes assez libres dans leur comportement amoureux. Avec ou sans ? Il y avait bien un logo rouge pour « Nurse Jackie ».

Masters of sex

Masters et Johnson ? Tout le monde (ou persque) connaît. La RTS propose cette série américaine  de John Madden , sans criminels, produite par showtime, dès le lundi 10 novembre 2014 vers 23h30. « Notre » télévision serait-elle la première chaine généraliste francophone à le faire en Europe après la discrète OCS City en France ? Bravo. Dans quelle version ? Originale avec sous-titres français ou doublée ?  Mais pourquoi continuer de proposer deux épisodes à la fois, ce qui met fin à la diffusion après une heure du matin ? Pour presque personne ? Programmation audacieuse, mais l’audace est démolie par l’horaire. Un par un, cela irait tellement mieux : mais l’audace manque pour changer des habitudes internes.

L'affiche de "Masters of sex" (Showtime), sur RTS 1 dès le lundi 10 novembre ers 23h30, épisodes en duos

L’affiche de « Masters of sex » (Showtime), sur RTS1 dès le lundi 10 novembre vers 23h30-

Avec ou sans logo ? On peut parier sur le « rouge » ….

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Rencontre avec Picasso

 Or donc, à vingt-et-une heures, comme chaque dimanche, je fuis RTS1, ses polars unitaires américains et leur logo rouge de sang, souvent au profit de RTS 2 et de se documents. Le 26 octobre, au dernier moment, je consulte tardivement les programmes, pour me rendre compte qu’ARTE vient de consacrer quatre documents à Picasso à l’occasion de la réouverture du Musée à lui consacré à Paris.

Quelle formidable, belle et émouvante immersion dans la vie d’un créateur polyvalent, que ce « Picasso, l’inventaire d’une vie ». Une idée sert de fil rouge : l’œuvre retrace la biographie à travers ses femmes ou compagnes inspiratrices. Cet « inventaire d’une vie » est co-réalisé par Hugues Nancy et Olivier Widmaier Picasso, petit-fils du peintre, ce qui contribue à donner au document une sorte d’intime complicité.

Portrait de Dora Maar- Musée Picasso - PARIS ( photo ARTE)

Portrait de Dora Maar- Musée Picasso – PARIS
( ARTE)

Il vaut la peine de retenir quelques points qui montrent la richesse du document. Il ne faut pas réduire Picasso à des visages méconnaissables ou torturés. Les constructions d’œuvres avec des formes géométriques élémentaires, souvent des carrés, ne représentent d’une petite partie de l’œuvre. Picasso savait s’inspirer d’Ingres ou de Matisse pour parvenir aux « Demoiselles d’Avignon ». Vélasquez, Goya, Le Gréco furent pour lui des rampes de lancement.

Après le décès de Picasso en 1973, Maurice Rheims prit des années pour faire l’inventaire de toutes les œuvres, des esquisses aux plus grandes, que Picasso souvent conservait pour lui dans une de ses demeures. En plus de septante ans, ce sont cent vingt mille travaux qui furent recensés, entre mille cinq cents de deux mille par année, cinq par jour ; tous les jours ! L’absence de testament et des problèmes juridiques liés aux enfants naturels et aux autres rendirent complexe le partage des biens. Ministre de la Culture, André Malraux, habilement, fit voter une loi permettant aux héritiers d’un artiste de « payer » les droits de succession non en argent mais en œuvres. Sans cette loi, il n’y aurait pas beaucoup d’œuvres de Picasso dans les musées de France.

Picasso, l'inventaire d'une vie d'Hugues Nancy et Olivier Widmaier Picasso ( photo ARTE)

Picasso, l’inventaire d’une vie d’Hugues Nancy et Olivier Widmaier Picasso (ARTE)

Vidéo indisponible

Il y a quelques années, la TSR devenue RTS donnait des informations sur des canaux de diffusion proches d’elle, « TV5 France, Belgique, Suisse », « Tv 5 Monde » et ses plus de deux cents millions de téléspectateurs potentiels. Il fut aussi souvent question de la proximité entre ARTE et la TSR à l’occasion de certaines collaborations.

ARTE, comme d’autres, propose de voir et revoir une partie de ses propositions sur son site « ARTE+7 », mises à disposition pendant sept jours. J’ai voulu revoir « Picasso, l’inventaire d’une vie ». Surprise d’apprendre que « Cette vidéo n’est pas disponible pour votre pays ».

La RTS aurait-elle fait l’achat de ce document qui serait mis en réserve pour une future diffusion plus ou moins lointaine ? ARTE ne dispose-t-elle des droits que pour la France et l’Allemagne ? Et ce n’est pas la première fois que la « porte » est fermée aux Romands. Mais à qui poser la question pour connaître la cause de cette « interdiction » d’accès ?

 

 

The Knick : une réussite

Une affiche "promotionnelle" de "The Knick", le Dt Tharkery dans une posture presque "mystique

Une affiche « promotionnelle » de « The Knick », le Dt Tharkery dans une posture presque « mystique

Chose rare : une « VOST »

 Il fallait, bien entendu, suivre régulièrement « The Knick » , une production de HBO, en version originale sous-titrée, trois semaines seulement après la sortie américaine et quelques jours après son apparition en France sur la chaîne spécialisée OCS City. Enfin une programmation audacieuse d’une série par la RTS. Il faut en effet remonter dans le temps une vingtaine d’années pour se souvenir d’une autre série en version originale sous-titrée, celle de Dream One  qui racontait les déboires en amours de Martin Tupper avec extraits de films américains des années 30-50, un régal aussi pour les cinéphiles. Et c’était déjà HBO !

Que cette audace coïncide à quelques jours près avec l’apparition de « Netflix » en Suisse est un pur hasard, bien entendu. La RTS n’a rien à craindre de ce nouveau rival sur le marché des fictions puisque tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Enfin, presque

Le racisme de Thackery

Réaction alors d’emblée positive et cela fut écrit dès le premier épisode. Un peu de peine, ensuite, pour faire vraiment connaissance avec les personnages. Certes, les visages sont inscrits dans la mémoire, mais la mienne n’a jamais été très habile à retenir noms et prénoms. Fonctionne alors un frein : qui est- ce ? Mais au gré de épisodes, les personnages sont devenus suffisamment présents pour pouvoir suivre leur évolution, comprendre leurs comportements, se demander dans quelle mesure il vont être capables d’en changer. C’est ainsi que le Dr Thackery va mettre un frein à son racisme, conscient du dévouement social du dr Edwards– l’hôpital quasi-clandestin installé des les sous-sols du Knickerbocker – que de ses compétences professionnelles. Restera entre eux une sorte de rivalité-compétition qui va contribuer à faire faire des progrès à leurs gestes chirurgicaux.

The KNICK - HBO - DR John Thackery ( Cline Owen), avec sa petite valise qui resssemble à celle d'un généraliste d'aujourd'hui !

The KNICK – HBO –
DR John Thackery ( Cline Owen), avec sa petite valise qui resssemble à celle d’un généraliste d’aujourd’hui !

 On aura beaucoup insisté sur les scènes d’opérations avec chairs incisées et sang qui dégouline, en effet difficiles à supporter. Elles seules expliquent la présence du logo rouge. Ces interventions ont lieu dans un auditoire avec public de médecins qui n’assistent pas à un spectacle mais participent à un cours de formation en chirurgie au début des années 1900.

Le coût de la médecine

La chirurgie, la médecine, l’existence même d’un hospital, ont un coût. Edison peut bien inventer un appareil à rayons x : l’équipement n’est pas gratuit. Les anti-douleurs n’existent pas : on se sert de morphine parfois rare sur le marché. Herman Barrow doit se battre pour trouver des fonds. L’évêque onctueux ne peut rien donner, les charges de ses hôpitaux catholiques étant trop Lourdes. Le “mécène” refuse sans véritable raison une aide supplémentaire. Il est donc aussi question de la gestion d’une entreprise.

Des individus douteux vendent des corps à autopsier. Un couple va-t-il adopter le bébé qui lui propose soeur Harriet qui s’occupe de meres célibataires? Les services de la santé qui luttent contre le risque de choléra. C’est un tribunal qui doit libérér une cuisinière qui est peut-être porteuse de la maladie. A travers des cas individuels, ce sont les problèmes d’une société qui s’inscrivent.

La délicieuse infirmière Lucy Elkings va tomber amoureuse de l’insupportable Tharkery sans voir que Bertie est amoureux transi d’elle.

The Knick - Steve SODEBERGH Dr Bertie Chickering  Michael Arganon) et Lucy Elkins ( Ewa Houson), l'infirmière dont il est amoureux.

The Knick – Steve SODEBERGH
Dr Bertie Chickering Michael Arganon) et Lucy Elkins ( Ewa Houson), l’infirmière dont il est amoureux.

La reconstitution de la ville

Dans les rues animées de New-York passe l’“ambulance”. On y côtoie la pauvreté, celle surtout des populations noires Des échoppes, un restaurant de luxe, un établissement de stupre , des appartements confortables sont brillamment reconstitutes. C’est toute une société urbaine du début du XXe qui revit sous nos yeux avec une élégante présence spectaculaire.

En John Thackery s’inscrit bien la synthèse d’une société et de ses contradctions. Raciste, mais il cessera de l’être, amoureux, il restera insupportable. Génial dans ses inventions et trouvailles professionnelles, il reste dépendant de drogues, cocaïne et morphine, pour s’évader de lui-même. Il est tout et son contraire, repoussant et attachant. “The Knick” possède bien les qualités qui inscrivent cette série dans le haut de gamme.

Les épisodes un par un

Il faut aussi insister sur ce délicieux plaisir qui permet de déguster la série épisode par épisode. Les regrouper deux par deux comme cela se fait un peu partout, c’est reconstituer la séance de cinema avec entr’acte. Mais la durée et la sensation du temps qui passe ne sont pas les mêmes dans une chambre d’où l’on peut s’échapper, déjà du regard, que dans une salle obscure.

Tout épisode d’une série récurrente se termine sur une question ou une attente, qui doivent exciter l’attention et nourrir l’envie de savoir la suite. Les impatients adoptent une autre attitude : ils se débrouillent pour voir autant d’épisodes qu’ils veulent d’un seul coup, là où ils savent très bien les trouver. Et ce n’est pas après 23h00 sur de RTS. Ils évoluent dans la grisaille de l’illégalité. Offrir des séries à forte valeur ajoutée en version originale sous-titrée est peut-être une bonne réponse aux exigences d’un jeune public.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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