« Ainsi soient-ils » : promesses tenues
En guise d’introduction : Ainsi soient-ils à l’audimate ?
21.900 personnes le 16 septembre pour les deux premiers numéros d’ « Ainsi soient-ils », avec une part de marché de 4.6 % sur RTS 2 dès 22h00 : « Embêtant », écrit le « Guide TV cinéma » qui trouve l’heure de passage regrettable.
21.900, cela signifie-t-il que cet ensemble a vu les deux épisodes en entier ou seulement une partie ? En principe, il doit s’agir d’une information issue de la fréquentation sur téléviseur. Encore qu’avec l’importance accordée aux autres supports, l’ordinateur, le portable, peut-être sait-on maintenant mesurer leur impact et l’additionner à celui du l’étrange lucarne!
22 mille personnes, pendant 90 minutes un même soir, est-ce beaucoup ? Sur grand écran, pour atteindre une pareille audience, il faut plusieurs jours et il ne doit pas y avoir plus un film sur cinq qui dépasse les vingt mille en Suisse romande. Cette comparaison petit et grand écrans permet de dire : pas mal !
Mais le petit écran en général dépasse largement le grand. 22 mille, admettons que cela ne soit pas un bien important. Cette série d’esprit catholique de gauche, ni un polar, ni un médical, passe sur TSR 2 alors que les séries sont en général offertes sur TSR 1. De plus, en face d’elle, dès 22h40, il y avait sur RTS 1 le 16 septembre les derniers épisodes des « Tudors ». Les 23 et 30 septembre, ainsi que le 7 octobre, la concurrence est plus forte encore, avec le très attendu « Homeland ». Il ne reste plus qu’à féliciter le ou les responsables d’une telle programmation, qui ressemble à un attentat contre la qualité d’ « Ainsi soient-ils » destiné à lui offrir l’audience la plus médiocre possible. Embêtant ? Plus que cela : regrettable. Mieux : le choix d’un vocable plus « colérique » est laissé à l’imagination du lecteur….( Fyly – 23.09.2012 à 17:00)
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Le sériophile qui fréquente le haut de gamme attendu est fort mal traité par les programmateurs de la RTS : les dimanches 23 et 30 septembre, ainsi que le 7 octobre 2012, entre 22h40 et 23h50, il est possible de suivre sur RTS1 « Homeland » et sur RTS 2 « Ainsi soient-ils ». Passer d’une chaîne à l’autre pour deviner ce que sont deux excellentes séries est un non-sens! Solution personnelle choisie devant une provocation programmatique : donner la priorité à « Homeland » et m’en aller ensuite sur internet pour « Ainsi soient-ils » durant quelques jours seulement ou, mieux, attendre sa projection sur ARTE à partir du 11 octobre 2012 !
Souci et respect de l’esthétique
Plus l’écran est grand et meilleure est transmise au téléspectateur sensible la beauté d’une forme audiovisuelle rigoureusement soignée. Images et sons d’« Ainsi soient-ils » sont traités avec une haute exigence, qu’il s’agisse des cadres, de la lumière, des chants, de la musique. Le spectacle des rituels catholiques séduit aussi par la beauté de ses couleurs.
L’esthétique est une préoccupation de créatifs. Elle n’occupe guère les programmateurs : à chacun son métier ! Il y a sur l’écran souvent petit d’un ordinateur tout de même quelques beaux restes.
Deux grands acteurs
Les qualités de la série sont nombreuses. Arrêtons-nous à un aspect pas assez souvent souligné, l’interprétation. Le père Fromenger, Supérieur du séminaire des capucins, ancien prêtre ouvrier, appartient à la mouvance du catholicisme social de gauche. Monseigneur Roman, Président de la conférence des évêques de France, représente un catholicisme traditionnel respectueux de l’autorité pontificale. A Rome, il intrigue contre Fromenger et à Paris, ce dernier doit se plier devant son supérieur. Les deux hommes de Dieu se détestent cordialement, mais ils y mettent les formes d’une riche élégance verbale, mais agressive en demi-mots. Admirables, Jean-Luc Bideau et Michel Duchaussoy, dans la finesse d’un geste retenu, la simplicité d’un regard, la discrétion d’une suggestion, la subtilité d’une intonation. L’affrontement de ces deux grands acteurs est un régal. Bideau, assez inattendu dans un tel rôle, est tout simplement formidable.
Très bonne prestation aussi de Thierry Gimenez, en père Bosco qui a grande confiance en son mentor, Fromenger. Mais il ne va plus très bien savoir quel comportement adopter devant les imperfections de celui qu’il admire.
L’église entre tradition et modernisme
A travers ces trois personnages, voici une composante importante de la série, la vie de l’église catholique entre tradition et modernisme, orthodoxie et engagement social, alors même que la crise des vocations est grande, et les doutes des futurs prêtres plus forts que leurs certitudes.
Cinq milieux différents
Chacun, avec son cursus personnel, permet de côtoyer des milieux très différents, Emmanuel ( David Baïot), l’archéologue qui fuit se démons, Yann ( Julien Bouanich), l’idéaliste qui va connaître des désillusions, Guillaume ( Clément Manuel), chef de famille par substitution, José l’écorché vif qui sort de prison ( Samuel Jouy),et Raphaël ( Clément Roussier), en conflit avec sa riche famille et le pouvoir de l’argent.
Et le temps dont dispose tout créateur de série permet de s’intéresser avec soin et précision aux différents milieux dont sont issus les cinq séminaristes sur leur chemin difficile vers la prêtrise. C’est évidemment là une des forces des séries haut de gamme que de pouvoir faire vivre sur l’écran à travers plusieurs personnages des événements dans une ampleur proche de la saga. Huit fois cinquante minutes, c’est l’équivalent indéniable d’un roman de cinq cents pages….




Très belle série en effet ! Je voulais voir comment Jean-Luc Bideau, qui revendique son agnostisme, aborderai ce rôle. Et là, je dois dire qu’il est vraiment bluffant ! Il s’est parfaitement glissé dans la peau de ce personnage en y ajoutant sa sensibilité que l’on découvre ici, lui qui aime se donner des airs bourrus ! L’intrigue est imaginée en corrélation avec ce que l’on peut imaginer des intrigues vaticanes et des dilemmes que doit affronter aujourd’hui l’église catholique. Tout y est: les façons de manipuler le Pape, le respect aveuglant du Dogme, et, surtout, les doutes et les hésitations des jeunes séminaristes dans la transition de la vie laïque à l’accomplissement d’une vocation naissante.