« Homeland » : confirmation d’une réussite

Que la puissante RTS1, avec « Homeland », fasse concurrence à la modeste RTS2, avec « Ainsi soient-ils » durant environ une heure pleine mais trop tardive le dimanche soir tient du ridicule. Mais le ridicule ne tue pas.. les programmateurs. Deux séries de haut niveau s’affrontent sur des rythmes opposés avec deux importants sujets de société, la paranoïa américaine d’après septembre 2001d’une part, l’actuelle crise des vocations dans l’église catholique de l’autre.

Carrie Mathison (  Claire Danes), apparemment fragile (Photos RTS/FOX)

Carrie Mathison ( Claire Danes), apparemment fragile (Photos RTS/FOX)

D’une série israélienne à une américaine

L’auteur de la série israélienne, Gédéon Raff, collabore pour l’adaptation américaine avec ceux qui déjà signèrent « 24 heures chrono », Howard Gordon et Alex Gamba. Personne, en Europe, ne semble avoir été attiré par la série originale. Elle a fait »tilt » chez les américains de « Showtime ». L’attention aux séries  est grande aux USA prompts à adapter le meilleur des autres, comme par exemple « Killing »

Nicholas Brody (Damian Lewis), prisonnier en Irak

Nicholas Brody (Damian Lewis), prisonnier en Irak

D’Irak aux USA

Le spectacle conduit d’emblée d’Irak aux USA en s’installant dans différents milieux, dans la famille de  Nicholas Brody, « héros » de retour après huit ans de captivité.  Carrie Mathison voit en lui un terroriste retourné par Al Qaida. Le rythme rappelle, en mieux, celui de « 24 heures »

De Jack Bauer à Carrie Mathison

Jack Bauer était le vengeur solitaire qui punissait tous les ennemis de l’Amérique, islamistes y compris, en ayant toujours raison, sans la moindre hésitation sur les moyens même illégaux. Les personnages de « Homeland », dans leurs contradictions, sont beaucoup plus complexes autant par ce qu’ils montrent que ce qu’ils dissimulent. Le doute généralisé a remplacé les certitudes. Carrie Mathison souffre d’une maladie qui devrait  même lui valoir d’être repoussée de la CIA. Brody est-il ce terroriste qu’elle se donne mission de traquer? Les acteurs, par leurs gestes, leurs mouvements, leurs mots portent autant le spectacle que les événements.

Samuel Berenson (Mandy Patinkin), le supérieur hiérarchique proche de Carie

Samuel Berenson (Mandy Patinkin), le supérieur hiérarchique proche de Carie

De l’action à la psychologie

Amorçons une autre différence entre « 24 heures » et « Homeland ». Dans la première, tout pour l’action, presque rien pour la psychologie des comportements. Dans la deuxième, renversement complet : priorité est donnée aux informations par le dialogue et la mise en scène qui permettent de comprendre petit à petit le comportement des personnages et avec eux des institutions.

David Estes (David Harewood), un grand patron de la CIA

David Estes (David Harewood), un grand patron de la CIA

Du comportement de Carrie à sa maladie

Pourquoi diable Carrie se sent-elle investie d’une mission si importante, démontrer que Brody est un dangereux terroriste prêt à attenter à la sécurité des USA ? EN 2001, elle fut de celles qui auraient pu éviter les actions du 11 septembre mais qui en ayant passé à côté ! On ne sait du reste pas comment, du moins dans les premiers épisodes. Et on ne revient pas sur ce lointain comportement signalé par une seule phrase dans une courte séquence. A se demander si la maladie dont souffre Carrie, qui s’apparente à la schizophrénie, n’est pas en cause. Là aussi, au cours des deux premiers épisodes, il est question de la médication qu’elle emploie en « piquant » des pilules à son père qui souffre de la même maladie qu’elle. Mais sa maladie ne doit par être connue de la CIA dont elle dépend. On ne revient pas si cette question médicale, du moins dans les épisodes 3 et 4.

« 24 heures » n’était qu’action vengeresse après septembre 2011 alors que « Homeland » est recherche pour comprendre ses conséquences.

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