Thierry Béguin : culture et audiovisuel

Thierry Béguin dans le cloître du Château de NEUCHÂTEL

Thierry Béguin dans le cloître du Château de NEUCHÂTEL

Radical très à droite durant sa jeunesse à la Chaux-de-Fonds dans l’anti mouvance de « soixante-huit », aujourd’hui plutôt à  l’aile gauche de grand vieux parti devenu le PLR, évolution assez rare,  avocat, puis juge d’instruction et procureur général de la république et canton de Neuchâtel, conseiller aux Etats (1987-1999), conseiller d’Etat (1997- 2005), Thierry Béguin, né en 1947,  est un retraité « politique » très actif.  Il est membre coopté du comité régional de la RTSR. Il préside aussi la nouvelle Fondation romande du cinéma. Voilà qui permet de décrire comment il prend la défense du service public, quels sont ses nouveaux liens avec le cinéma, quel est son comportement comme consommateur d’audiovisuel.

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L’institut Neuchâtelois et « L’expérience de la ville »

Thierry Béguin est membre d’une vingtaine d’autres associations. Il préside en particulier l’Insitut Neuchâtelois qui vient de prendre une part active à l’édition d’un ouvrage de photographies sur la Ville de la Chaux-de-Fonds. A la fin de notre rencontre, dans une parenthèse, il s’est mis à parler de manière séduisante d’un livre qui a permis à trois photographes qui se sont plongés dans sa ville natale de la « raconter »  chacun à sa manière libre et inattendue.

A peine de retour devant mon ordinateur, j’ai consulté « google » avec «  L’expérience de la ville ». Les premières images confirmèrent la qualité de la prochaine publication dont l’un des initiateurs dynamique fut l’Institut Neuchâtelois que Thierry Béguin préside. Coup de chance supplémentaire : dans son édition du 4 octobre 2012, « Le temps », sous la signature de Caroline Stevan présente sans la pression d’un nombre restreint de signes  le style de chacun des trois photographes. Nous lui empruntons l’esprit de ses textes.

Pour savourer l’illustration

Les initiateurs de “L’Expérience de la ville” ont donné aux trois artistes-photographes invités  de l’automne 2009 à l’hiver 2011 carte blanche, mais dans une ligne souhaitée plutôt urbanistique. Dit autrement, ils devaient remplacer la photographie humaniste par des compositions plus froides.

Matthieu Gafsou  le frontal,  lausannois habitué aux enquêtes photographiques, qui ne connaissait pas la “Tschaux”, a pris le parti d’un travail poétique en se détachant de certains clichés, comme des rues rectilignes et brumeuses, la présence de Le Corbusier, etc. Il s’est donc inspiré de sujets “pauvres”,  comme un tas de neige, une façade éclairée, une petite tache de couleurs.

Yann Amstutz, pas loin du peintre avec son chevalet, neuchâtelois, s’est arrêté sur le végétal, frappé par des essences locales. A travers feuillus et sapins, les branches s’écartent pour dévoiler la ville plus ou moins proche.

Milo Keller est à l’intérieur, avec des clichés du théâtre, d’un temple, de l’hôpital, d’un centre commercial, lieux publics connus qui pourraient se situer ailleurs, montrés comme quelqu’un habitué à l’architecture mais en renonçant à regarder l’endroit dans son ensemble

Pour en savoir davantage, ceci

  • « L’expérience de la ville », Matthieu Gafsou, Milo Keller et Yvan Attinger, Editions Attinger
  • Exposition au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, du 7 octobre 2012 au 20 janvier 2013
Une première image de Yann Amstutz

Yann Amstutz

2 – Thierry Béguin et le Cinéma

Comment devient-on président de la Fondation Romande du cinéma ?

Le cinéma, aujourd’hui, en Suisse, n’existerait pas sans l’intervention des communautés publiques – confédération, cantons, villes principales – ou semi-publiques – télévision, loteries. Regrouper des forces disparates devenait indispensable dans un milieu souvent traversé d’homériques batailles. Dans la plupart des cantons, l’aide au cinéma, démarche culturelle, dépend des départements de l’Instruction Publique. Une réelle volonté est intervenue il y a quelques années pour remplacer le premier “Fonds Régio” dont le principe d’aide automatique a été préservé. La “Fondation romande du cinéma”  innove sur deux points essentiels : elle introduit la notion d’aide sélective et celle d’une contribution  à l’écriture des sujets.  Il devient ainsi  possible de financer de temps en temps et assez correctement des productions pas trop coûteuses à deux, en liaison avec la RTS sans la Confédération. La Fondation est dirigée par une dizaine de représentants des cantons et cinq professionnels. Genève, Ville et Canton, y apporte près de la moitié des dix millions à disposition. La contribution vaudoise, importante aussi, est supérieure à celle du Valais dont le total correspond aux apports de Fribourg, Neuchâtel et du Jura réunis. Une présidence “lémanique” aurait peut-être posé problème. Certains conseillers d’Etat se sont souvenus de leur ancien collègue. C’est ainsi que Thierry Béguin est devenu président de la nouvelle fondation depuis deux ans.

Matthieu Gafsou

Matthieu Gafsou

Garantie de la diversité de l’aide

En Suisse romande, désormais,  la majorité de l’aide provient de la Confédération, de la RTS et de la Fondation. Deux des trois sources de financement acquises permettent donc de se passer éventuellement de la troisième. La Fondation romande intervient aussi bien dans le domaine de la fiction que de la documentation, de l’animation que de l’expérimentation. Quatre fois par année des experts tiennent séance. Mais ce ne sont pas les mêmes d’une session à l’autre. Les demandeurs peuvent revenir trois fois à la charge avec leur projet complété ou modifié. Une grande attention leur est ainsi garantie.

 Yann Amstutz

Yann Amstutz

Dialogues de qualité

Bien entendu, le  président ne se prononce pas sur les projets. Il veille au bon fonctionnement de la nouvelle institution, dirige les travaux de consolidation des structures, surveille l’application des principes en  restant en contacts étroits avec l’équipe dirigée par Robert Boner, ancien opérateur, cinéaste et producteur devenu secrétaire général. Les contacts sont aussi fréquents avec la direction de la RTS, laquelle gère le “Pacte Audiovisuel” qui lie la télévision nationale au cinéma indépendant, en lui attribuant chaque année un peu plus de vingt millions de francs dont une dizaine passe par la RTS. Le Président de la Fondation  rencontre souvent Gilles Marchand, le directeur général de la RTS ou Alberto Chollet, le responsible de la fiction. Il peut aussi s’assurer que le cinéma de documentation de Suisse romande continue d’être bien soutenu par les responsables des “Docs” de la RTS qui  obtiennent des heures de diffusion souvent excellentes. Le président de la Fondation est le garant du bon fonctionnement d’une nouvelle institution et d’un dialogue de qualité avec l’Office fédéral de la culture, les responsables de la RTS, tout en ayant la confiance des autorités politiques des cantons de Suisse romande. Une des occasions annuelles de tels contacts s’offre pendant le festival de Locarno, à la jonction de l’utile et l’agréable.

Thierry Béguin, Président Cinéforom, et Gilles Marchand, Directeur RTS, lors du festival Visions du Réel à Nyon

Thierry Béguin, Président Cinéforom, et Gilles Marchand, Directeur RTS, lors du festival Visions du Réel à Nyon

3-Thierry Béguin et la défense du service public

La SSR, puissant service public

En Suisse, le service public est puissant avec son budget de 1.5 milliards provenant de la redevance pour le 70 %, de sponsoring et de publicité pour le solde. Il doit pourtant faire face à une intense concurrence des pays voisins, particulièrement forte en Suisse romande. A l’intérieur même du pays, le partage du marché sportif entre Swisscom tv et la SSR donne lieu à des tensions. Le service public est aussi l’objet d’attaques idéologies ou économiques venues surtout de milieux de droite, en particulier l’UDC.

Matthieu Gafsou

Matthieu Gafsou

La composition du comité régional

Si la Suisse romande formait un cercle électoral unique, en s’en tenant aux courants de gauche modérée, du centre et de la droite modérée,  la droite dominerait d’assez peu la gauche. Pendant des années, le conseil d’administration de la RTSR a connu une majorité absolue regroupant le PLR et le PDC. Il se pourrait que l’actuel comité régional nouveau qui a succédé à l’ancien conseil d’administration refléte encore cette situation. A noter d’ailleurs que rien n’impose d’avoir une représentation proportionnelle politique pas plus que des quotas féminin. Quatre anciens conseillers d’Etat sont actuellement membres de ce conseil régional. Faut-il voir là un reflet d’un pouvoir longtemps exercé par des conseillers d’Etat jusque dans les années 80 du siècle dernier, souvent par l’intermédiaire d’appels téléphoniques ? Formuler ces remarques m’aura valu une belle « leçon » de pragmatisme politique.

Yann Amstutz

Yann Amstutz

Pas d’appel téléphonique.

C’est un genre que Thierry Béguin, conseiller d’Etat de 1997 à 2005 n’a jamais pratiqué pour faire pression sur la radio et de la télévision. Des rencontres régulières parfois annuelles entre la direction de la Radio et de la Télévision et les conseils d’Etat incorpore permettaient d’intéressants échanges au cours desquels il était possible de formuler remarques,  réserves ou compliments,

Le clef de répartition avantage les minorités

La RTSR en Suisse romande fait partie d’une organisation à la base démocratique de la SSR-SRG souvent donnée comme unique au monde. Mais ceci impose à notre interlocuteur et à ses collègues du comité régional d’être solides défenseurs d’un service public généraliste fort dans tous les domaines. Il est essentiel de soutenir la redevance liée à la clef de réparation qui accorde à la suisse romande le tiers du budget annuel de la SSR, avantageant ainsi notre minorité linguistique, comme l’est aussi celle de la Suisse italienne.

Milo Keller

Milo Keller

Les attaques contre le service public, plus virulentes en Suisse alémanique qu’au Tessin et en Romandie, proviennent d’une part de milieux proches de l’UDC pour des raisons de comportement politique jugé trop à gauche et de l’autre de représentants d’une économie libérale qui tendent à restreindre les moyens à disposition du service public. Les attaques de la gauche contre le service public sont rares.. Pour s’opposer à ces attaques venues d’une droite extrême et d’une droite souvent liée au pouvoir économique, mieux vaut des personnalités qui s’inscrivent dans la mouvance politique du centre.

Bonne cause en effet que cett forme de défense du service public.  Et lucide justification de la composition actuelle du comité directeur de la RTSR.

4-Thierry Béguin en consommateur d’audiovisuel

A titre personnel, comment Thierry Béguin consomme-t-il radio et télévision ? En tout début de matinée, il écoute souvent la radio dont il apprécie l’information. C’est en milieu de soirée qu’il donne place au petit écran. Il doit aussi concilier sa consommation d’audiovisuel entre son domicile suisse de St-Blaise et sa résidence secondaire du Midi de la France, pays où la RTS n’est pas facilement accessible. C’est ainsi en se branchant sur TV5 Europe qu’il peut rester fidèle au «19h30 », grâce à la reprise du téléjournal en fin de soirée.

Milo Keller

Milo Keller

Ni sports, ni séries

Il avoue ne guère fréquenter deux secteurs de l’offre télévisuelle : les sports et les séries. Dommage : j’aurais bien voulu trouver un allié pour déplorer la trop grande place accordée aux sports et la programmation fort tardive de bon nombre de séries haut de gamme. Il sait pourtant que la minute d’une série suisse revient à la RTS à dix mille francs au moins et que l’achat d’une série américaine ne  dépasse pas les quatre cents francs pour le même minute. Mais il aura aussi consenti une exception pour « L’heure du secret » dans sa dimension horlogère et locloise, un peu songeur lors des premiers épisodes avant de se laisser séduire par la force du récit .

Yann Amstutz

Yann Amstutz

Entre la Suisse et la France

Le double domicile fait de lui un auditeur et téléspectateur qui fait ses courses aussi bien sur le RTS que sur les chaînes françaises. Sa curiosité du soir le conduit à suivre des débats politiques, des reportages informatifs, des téléfilms ou des films de documentation. Il privilégie donc l’information mais dans le confort d’un salon installé devant un téléviseur. La radio, il l’écoute souvent dans sa voiture.

Il apprécie en particulier le « C.. dans l’air » de France 5  avec des invités qui certes se disputent mais en s’écoutant sous la direction d’un animateur qui évite de transformer son émission en pugilat comme cela se produit à  « Infrarouge ».

Une envie de cinéma venue de la radio

Avant notre rencontre d’un samedi matin, il venait d’écouter la prestation radiophonique de Frédéric Maire, directeur de la cinémathèque, admiratif devant la précision de sa pensée, qui  lui a donné envie d’aller voir un film qui parle cuisine à  l’Elysée concoctée par Catherine Frot pour un président incarné par un acteur inattendu, Jean d’Ormesson. Bel hommage ainsi rendu à la radio qui sait donner la parole à un « passeur » qui  lui sait donner envie d’aller  au cinéma.

Un film parmi d’autres à Locarno : « The end of time »

A travers des branches, une lune, dirait-on, dans une curieuse lumière. Mais ce n’est pas du « Yann Amstutz » : rencontre inattendue dans le végétal. Voici une image tirée de « The end of time » de Peter Mettler, en octobre 2012 sur les écrans romands.

A travers des branches, une lune, dirait-on, dans une curieuse lumière. Mais ce n’est pas du « Yann Amstutz » : rencontre inattendue dans le végétal. Voici une image tirée de « The end of time » de Peter Mettler, en octobre 2012 sur les écrans romands.

Radio, télévision et cinéma s’inscrivent naturellement parmi les activités du membre du comité régional de la RTS et du président de la fondation romande qui se rend désormais régulièrement à Locarno, haut lieu estival de rencontre. Belle occasion de savoir s’il en avait profité cet été 2012 pour voir la coproduction entre le Canada et la Suisse, d’un réalisateur double national ayant eu des liens avec Neuchâtel dans sa jeunesse, Peter Mettler,« The End of time ». La rigueur de la démarche scientifique du réalisateur, la justesse d’un hommage rendu à DostoÏevski, la force du témoignage d’une mère, la beauté de la lave d’un volcan en fusion,  la splendeur de certaines images passant de la réalité aux formes géométriques abstraites et colorées valent à ce poème cinématographique notre admiration partagée.

5-Pour terminer, en dire davantage sur “The end of time” de Peter Mettler – Canada/Suisse

Le cinéma suisse de documentation se porte actuellement bien. “Sahdu”, d’un jeune valaisan, Gaël Métroz, tourné en complicité amicale profonde avec un ermite saisi de doute aux Indes et au Népal, fait brillante carrière publique. “Hiver nomade” de Manuel von Sturler reçoit au Festival de Film Francophone de Namur le pris du public, son opérateur Camille Cottagnoud est récompensé par le “*Bayard d’Or de la Meilleure Photographie. Ces deux films ont été co-produits par la RTS.

“The end of Time” de Peter Mettler a fait grande impression lors de sa présentation au festival de Locarno. Thierry Béguin n’est pas le seul a avoir apprécié ce film d’un suisse qui travaille entre le Canada et son pays d’origine, avec un film qui a reçu l’appui de la DRS. Voici quatre images du film ( Look Now !) sur les écrans romands depuis le 17 octobre. Un texte paru dans L’EVENEMENT SYNDICAL (10.10.2012), en fait un emprunt personnel, permet d’en dire davantage sur cet excellent film.

Des nuages aux formes qui se déforment; un parachutiste qui s’élance dans le vide de trente kilométres de haut; des nuages encore, qui incitent le cinéaste à se demander ce qu’est le temps. Chacun peut énoncer des phrases avec le mot “temps”. Il prendra rapidement conscience qu’une définition unique et rigoureuse est impossible à formuler. Avec le cinéaste, il y aura une première plongée dans le commencement du temps lors d’une visite au CERN. Un immense accélérateur de particules permet de provoquer dans l’infiniment petit de l’espace et du temps des collisions entre particules élémentaires supposées par des théoriciens, le boson, de Higgs, dont l’existence est désormais confirmée. A la TSR, Darius Rochebin, sourire en coin, avait donné trente secondes de temps à un scientifique pour expliquer le sens de cette révolution!

Nous voilà partis ensuite à la recherche du temps des géologues, près d’un volcan avec sa grise lave pétrifiée ou celle rouge en fusion et en mouvement avec blocs qui déboulent le long d’une pente brulant tout sur leur passage. Un solitaire dans sa maison épargnée médite sur la situation. En un autre temps, voici un immense parking à Détroit, dans un ancien cinéma. Des maisons abandonnées sont montrées de droite à gauche dans un lent mouvement de caméra accompagné d’une musique triste. Mais au retour, mouvement de gauche à droite, la vie réapparait au milieu de ces ruines industrielles dans la ville où  Ford construisait des voitures que ses ouvriers pouvaient acheter. Nous voici près d’un d’un observatoire aux coupoles sphériques, après avoir assisté à une cérémomie bouddhiste. Le CERN réapparait, tandis que des formes issues du réel deviennent abstraites, telle la demi-sphère d’une coupole transformée en cercle. Mettler, esquissant des définitions possibles du temps, s’est mis à rêver. Il apporte la beauté, celle d’un arbre qui se reflète dans l’eau, celle d’un visage, celui de sa mère qui sait profiter de ce temps qui passe de plus en plus vite quand l’âge avance. La poèsie des formes, des couleurs, de la musique s’est glissée dans cette quête des temps. Le film est devenu poème. Pas forcément aisé d’y accéder !

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Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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