Tout sur tout tout de suite partout
A propos de l’illustration : le choix a été fait de huit séries parmi celles citées dans ce texte. Elles sont classées de la meilleure à encore assez intéressante. Histoire de donner aussi une appréciation personnelle, afin que l’on sache ce que l’on entend par haut de gamme…Retour scolaire sur un maximum de 6 : excellent, c’est entre 5,5 et 6, fort bon entre 5 et 5,5, assez bien entre 4,5 et 5 et encore intéressant entre 4 et 4,5. On atteint donc au moins le suffisant !!
Chacun de son côté sur son écran personnel…
Le « tout sur tout tout de suite » qui séduit l’audiovisuel, la télévision en particulier, est en train de s’enrichir d’un « partout » avec le multiplication de l’offre sur différents canaux. Dans une intéressante contribution parue dans « Le Matin-Dimanche » ( 30 septembre 2012), le directeur de la RTS, Gilles Marchand, admet que « l’hyperactivité ne provoque pas nécessairement l’hypercuriosité ». (..)Nous avons connu les délices de la liberté en décalant à l’infini les consultations : « Quand je veux, où je veux ! ». Et voilà que nous nous retrouvons tous ensemble, en même temps, mais chacun de son côté, sur son écran personnel », pour suivre un « TJ » ou des jeux olympiques ! Progrès réjouissants ou inquiétante uniformisation ?
Ceci conduit à un manque de diversité dans la « consommation » des offres sur ce que de Gaulle nommait il y a cinquante ans l’étrange lucarne désormais multiples sur téléviseur, écran d’ordinateur, portable de lecture ou téléphone.
Tous ensemble pour la «même » émission
Voici un exemple d’uniformisation inquiétante, à la RTS.
En milieu de premier rideau, aux alentours de 21h00, qu’offre RTS1 ?
Dimanche, deux « Experts » ; mercredi, deux « Desesperate Housewives » ; jeudi, deux « NCIS, enquêtes spéciales » ; vendredi, « Le mentaliste » deux fois et parfois le samedi non pas deux mais trois « Castle ». Onze fois cinquante minutes, onze fois une origine américaine, neuf fois du polar avec meurtres et enquêtes, un cadavre enterré-déterré alourdissant « Desperate housewives » en huitième saison sombrant dans le vaudeville .
Hécatombe à Wisteria Lane !
Et encore, à en croire « Télétop Matin ( no 42- du 14 au 20 octobre), il s’agit d’une « série tueuse ». En huit saisons, soit 180 épisodes de 42 minutes chacun : « On assiste à sept naissances, tandis que soixante personnages plus ou moins importants ( dont un opossum, un hamster et un rat ) sont passés de vie à trépas. Les femmes meurent plus que les hommes ( trente-deux contre vingt-cinq ) et l’on comptabilise vingt-six morts provoquées, dix-huit accidents et treize morts naturelles ». Merci à Saskia Galitch pour ces savoureuses informations. Je n’aurai pas su les apporter, car j’ai pris de grandes distances avec cette série depuis assez longtemps. Tout de même, au compte de morts, voilà qui dépasse « Dexter » !!
Mais mieux encore, donc pire…
Durant cette même semaine type sont proposées encore d’autres séries : dimanche, « Homeland » de 22h40 à 00h25, vendredi, « Borgen » en deuxième saison de 22h50 à 00h50. Enfin de second rideau, ce sont là les deux meilleures séries proposées actuellement par la RTS. Durant les quatre semaines précédentes, il y avait un sucre en plus, « Ainsi soient-ils » offerts en même temps que « Homeland ». Gageons que l’on pourrait bien trouver à la RTS quelqu’un qui aime assez l’audimate pour affirmer que la qualité de ces deux séries est inférieure aux « Experts », « NCIS « , « Castle » et autres « Mentaliste ».
Les séries de minuit
Et ce n’est pas tout, car on occupe aussi le troisième rideau, parfois au-delà de 24 heures avec des séries à tout le moins parfois intéressantes :
Lundi, « Weeds » de 00h25 à 00h55, mercredi « Lie to me » de 23h45 à 01h15. Jeudi « Californication » de 00h20 à 00h50, ou encore sur RTS 2 , « Vampire diaries » de 23h25 à 00h50, vendredi « Gold case » de 00h00 à 01h30, samedi l’efficace et rude « Sons of anarchy » de 23h35 à 00h50. Là. Il y a du bon et du moins bon qu’il n’est pas nécessaire de défendre !!
Bon nombre de chaînes publiques généralistes se plaignent discrètement que leur public fidèle soit d’un plus grand âge que la population dans son ensemble. Elles veulent offrir du miel pour attirer les jeunes. Mais ceux-ci sont-ils des noctambules insomniaques ?
Et pourquoi par duos ?
A l’origine de toute série, il y a un choix précis : offrir chaque jour ou chaque semaine UN épisode, afin de provoquer une fidélisation du public. Ainsi font en général les américains qui sont en avance sur tous les autres dans le domaine des séries haut-de-gamme. La RTS, sauf quand il s’agit de ses propres séries ou de quelques autres d’après-minuit, juge bon de les grouper deux par deux et parfois trois par trois. E ce sens, elle ne fait qu’imiter ce qui se passe en France voisine où tout le monde s’est une fois pour toutes alignéssur les chaînes commerciales, donc sur TF1 suivi par M6. On subit donc en Suisse romande l’esprit d’une programmation imposée par la télévision commerciale, notre télévision généraliste de service public y perdant son autonomie avec l’importation d’une telle programmation.
Nombre de places limitées en premier rideau
Il n’y a que quatorze heures chaque semaine entre 21h00 et 23h00. Mais il y aurait place pour dix séries si on abandonnait la présentation en duo. Il y a donc une solution au moins pour revaloriser la programmation assez lamentable des meilleures séries par la RTS, surtout les plus pointues, les plus riches, celles qui son capables de rivaliser avec le bon cinéma d’auteur.
La RTS donne excellente place à son information quotidienne ( les différentes versions des TJ), à ses émissions propres ( ses magazines de premier rideau ), à la création dans la documentation issue de la seule télévision ou du cinéma. Aux sports bien entendu, le direct ayant souvent toute priorité
La programmation des séries les meilleures est tout simplement lamentable. Faut que çà change et que la RTS trouve un passionné de séries pour en prendre la défense dans l’ambiance conformiste et molle qui règne dans ce secteur de programmation.
Et un PS pour « Dexter »
Pour de bien mauvaises raisons de morale mal placée qui se perdent presque dans la nuit des temps et ont pris valeur définitive, la RTS seule au monde en tous cas francophone pour suivre l’avis d’un seul ancien responsable des programmes refuse de présenter une série certes éprouvante mais assez largement considérée comme d’excellente qualité. Il s’agit de « Dexter » ! Le moralisme soit encore en odeur de sainteté, quand dans le « Télétop » déjà cité, on peut liree : Qu’un médecin légiste (se) métamorphose en criminel la nuit ne corresponc pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre. C’est énorme : dommage que Christophe Pinol ne mentionne pas l’auteur de cette leçon de morale. Il serait facile de transposer ce texte aux dames des « Desperate housewives » et leurs dizaines de cadavres, au Jack Bauer de « 24 heures chrono », aux suceurs de sang de « True blood » et ainsi suite.
Force est dès lors de recommander à ceux qui savent ce que vaut cette série de se brancher ces prochaines semaines sur TF 1, le mercredi de 23h15 à 00h55, bien entendu en duos, à une heure tardive pour une fois compréhensible, avec équivalent au « logo rouge »
Et un second PS à propos d’ “Emmanuelle” !
350 millions de spectateurs dans le monde ont vu “Emmanuelle”, avec Sylvie Kristel, un porno doux et élégant du milieu des années septante, d’après un texte de je ne sais plus quel romancier, dans une mise en scène de je ne sais plus quel réalisateur. Le “19h30” du 18 octobre 2012 a voulu rendre un bref hommage à l’actrice qui vient de disparaître.
Quelle curieuse idée pourtant de faire appel à un témoin de 1975, très remonté contre le film qui fut en son temps un temps paraît-il interdit dans les cantons de Vaud et Genève ( on ne dit rien alors du Valais ) considéré comme répugnant. On apprit alors que l’on ne devrait jamais voir “Emmanuelle” passer sur le petit écran romand car “ un tel film ne correspond pas aux valeurs qu’une chaîne publique doit défendre”.
Depuis lors, sur le petit écran et les autres supports, on en a vu d’autres qui font d“Emmanuelle” une bluette esthétisante. Et puis, mieux vaut suggérer ou voir de temps en temps des gens qui font l’amour plutôt que d’assister à des meurtres sanguinolents comme dans nombre de séries pourtant actuellement présentées en premier rideau.
Heureusement, des moralisateurs, hier, veillèrent à la bonne santé des téléspectateurs en leur évitant des choses comme “Emmanuelle”.
PS 1 : les lignes ci-dessus ont été rédigées au soir du 18 vers 20h15. Depuis lors, une lecture de la presse matinale remet en mémoire le nom de la romancière, Emmanuelle Arsan et celui du réalisateur, Just Jaeckin.
PS 2 : “Emmanuelle” a-t-il connu déjà un passage sur notre petit écran ? Aucun souvenir ! On pourrait le reprendre en lieu et place de “Dexter”







