Une deuxième saison pour « L’heure du secret »

Avertissement :pour illustrer ce texte, quelques images souvenirs de la première saison de « L’heure du secret » (photos RTS)

Le sériophile gâté

Avec “Homeland” ( RTS1- dimanches –heure trop tardive), “Ca!in” ( France 2 – vendredis –en premier rideau), “Dexter” ( TF 1 – TF1 – heure tardive et interdit d’antenne romande ), “Ainsi soient-ils” ( Arte – vendredis – premier rideau et grand succès avec près de 6 % de part de marché), le sériophile est particulièrement gâté. Et “Borgen” ( RTS 1 – vendredis – heure trop tardive) confirme en deuxième saison ses qualités, en mélanges subtils de comportements individuels, d’affrontement politiques, de conflits avec les médias. Chaque numéro traite un sujet de politique alors que les relations entre personnages, personnelles, sociales ou professionnelles, continuent d’évoluer. La RTS devrait pouvoir faire aussi bien que la télévision danoise. Quand on lance cette affirmation devant des responsables de notre chaîne, personne ne se trouve pour dire que ce n’est pas possible.

Elena Hazanov, réalisatrice et Alain Monney, scénariste

Elena Hazanov, réalisatrice et Alain Monney, scénariste

La notion de succès pour une série

Il est bon de commencer par s’interroger sur les conditions à remplir pour pouvoir parler du succès d’une série. Une bonne part de marché dans sa zone de diffusion est nécessaire, mais de loin pas suffisante. D’excellentes séries peuvent être des échecs d’autant plus si elles sont bêtement programmées ( suivez mon regard qui se porte vers “Ainsi soient-ils” saboté à la RTS !). Mais il faut remplir d’autres conditions. Il est important d’être sélectionné en confrontations internationales, autrement dit en festivals ou équivalents. Un prix ou une mention est chose intéressante, qui peut préparer l’étape suivante, trouver des “clients” qui achètent la série pour la diffuser sur ses propres antennes. Et si une chaîne cryptée américaine achète les droits d’adaptation, ce sera la cerise sur le gâteau.

En Suisse, apparaître sur le marché national du divertissement est un exploit, tant l’autonomie est chère aux trois régions, l’alémanique et rétho-romanche, la tessinoise et la romande qui s’ignorent trop souvent

Elena Hazanov et Frédéric Recrosio

Elena Hazanov et Frédéric Recrosio

Les qualités de “L’heure du secret”

En deuxième saison, il faudra savoir conserver les qualités acquises lors de la première: production solide, bonne mise en scène et en image, montage efficace, interprétation de bon niveau,  personnages intéressants, suspens réussi, bon enracinement dans le paysage jurassien, juste inscription dans l’artisanat horloger. Abandonner les allusions au conflit entre Haut et Bas serait un gain réel : pas besoin de faire du Cuche et Barbezat ! La ville, en objet d’urbanisme, avec mélange entre Le Locle et la Chaux-de-Fonds aura été bien présente. On a même fait quelques incursions ferroviaires dans d’anciens dépôts plus ou moins hors de service.

Marie Duc, un personnage qui mériterait d’être développé…

Marie Duc, un personnage qui mériterait d’être développé…

Trop de cadavres

Le temps d’une prise de distance avec flics et cadavres est peut-être venu. Voici quelques extraits de presse: “ le retour des éternels Experts, Esprits criminels et Mentalistes”…Flics, flics et encore flics…Le genre policier prime car il est efficace et rassemble un public large”. Et bien non, ce n’est pas là une appréciation qui concerne la RTS. C’est tiré de “Libération” ( 06.09.2012) et la rentrée d’automne 2012 sur TF 1. Mais c’est aussi une assez parfaite description de l’esprit de la programmation de la RTS dans un secteur où notre service public généraliste imite la chaine commerciale française. Une réelle lassitude commence à se faire sentir : trop de flics et trop de cadavres!  “L’heure du secret” en première saison aura été assez généreuse en matière de cadavres.

Catherine Renaud

Catherine Renaud

Ecrire autrement

L’écriture est peut-être  déjà en cours. Mais il doit être permis d’émettre un voeu : le suspens avec cadavres lors de la première saison de “L’heure du secret” était assurément réussi. Mais les cadavres ne sont pas indispensables pour une bonne histoire à suspens. On peut se contenter d’un petit nombre, comme dans une autre série danoise, “The killing”. Il y a assez de possiblités pour éviter des morts qui éloignérent la première saison de la réalité plausible d’une petite cite jurassienne horlogère : conflits financiers, contrefaçons, espionnage économique. Les casses en regions horlogères se font de plus en plus nombreux, mais mieux vaut voler de l’or que des montres de luxe plus difficiles à écouler. Politiquement, les affontements peuvent être mis en évidence autour de la notion de swissmade, qui n’a pas le même sens si l’on exige 50 %  de composants fabriqués et de montage en Suisse ou si l’on grimpe à 80 %. On peut aussi passer de l’artisanat qui était raconté durant la première saison au comportement de grands groupes industriels introduits sur les marches internationaux. Des problèmes sociaux se posent avec la présence dans l’horlogerie de nombreux frontaliers qui permettent de s’intéresser aux relations entre deux pays dans de nombreux domaines, santé, chômage, salaires versés en euros et ainsi de suite. Il serait même possible d’inventer un gouvernement qui aurait à négocier différentes questions tout en étant dans un assez bel état de faiblesse, l’un de ses membres l’ayant quitté pour un poste national prestigieux, un autre oblige de démissionner, une troisième renonçant à solliciter un nouveau mandat, un quatrième démissionnant de son propre parti pour se retrouver solitaire après une nuit agitée dans un bar.

La monde réel est suffisamment riche pour écrire une histoire passionnante sans avoir besoin de multiplier les cadavres. Assez de flics à la recherche des coupables de meurtre, pas assez d’inspecteurs qui traquent les contrefaçons, de douaniers qui tombent sur des actes de contrebande.

Agnés Soral

Agnés Soral

Etre plus proche de la réalité plausible

Les séries danoises qui comme “Borgen”, “Killing”, “Protection rapprochée”, même avec policiers et parfois quelques cadavres l’ont bien montré : en s’approchant d’une réalité plausible, on peut construire des séries passionnantes sans multiplier les cadavres et mettre la police constamment plein centre. On peut faire autre chose que les sempiternelS “Experts”, “Esprits criminels” ou encore “Mentalistes” sans devenir ennuyeux.L’exemple en Suisse romande de “Dix” mérite d’être rappelé.  “L’heure du secret” y gagnerait à éviter les cadavres. Le personnage de la policière rouquine était riche de promesses sans insister sur le déplacement de Neuchâtel à Locle.

Un pas en avant peut-être important serait accompli si le commanditaire fixait aux auteurs de la série un cahier des charges sans surcharge cadavérique !!

Une réponse à to “Une deuxième saison pour « L’heure du secret »”

  • Dubied:

    Vous souhaitez éviter de parler du conflit entre le Haut et le Bas du canton de Neuchâtel mais il ffaut constater qu’il est à nouveau bien réel après la votation du TransRun … Alors pourquoi souhaiter l’esquiver ?

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