Le clinquant de l’actu contre la dignité de l’info
« Amour et cravache : pourquoi çà marche ? » : voilà un habile titre titillant pour un « Infrarouge » (RTS, 13.11.2012), consacré à un roman porno doux destiné aux ménagères de moins de cinquante ans, la cible préférée de TF 1 à laquelle trop souvent se met à ressembler la RTS.
Dans son édition du 18.11.2012, Télétop-Matin s’est en une page interrogé d’un “Infrarouge” : racoleur ? “. Bien sûr que non, répond Esther Mamarbachi, qui est probablement assez télévisuellement grande pour choisir ses sujets, à condition, bien sûr, que la part de marché reste bonne. La semaine suivante, la même publication offre cinq interventions, trois plutôt contre, un pour et un “ni-ni”. Voilà une “polémiquette” bien dans le ton d’ “Infrarouge”.
Une incursion dans le passé s’impose, en rappelant aux bons souvenirs de quelques-uns le très ancien “Table ouverte” dominical. Ce fut souvent une émission où l’on y parlait de ce dont beaucoup de gens ensuite parleraient. “Infrarouge” choisit comme sujets de parler de ceux dont tout le monde parle déjà. La différence est de taille. Elle permet de relever la différence entre une télévision de service public généraliste (“Table ouverte”) et une télévision généraliste de tendance commerciale versant tendance pugilat.
La présence de Joël Dicker
Son roman “La vérité sur l’affaire Harry Québert” qui récolte prix importants et surtout milliers d’acheteurs qui deviennent assurément lecteurs valut ainsi à Joël Dicker une invitation à manier la cravache, ce que point il ne fit se demandant un peu ce qu’il faisait dans cette coquine assemblée d’esprits rieurs. Enfin, sa présence était due à une vertu appréciée à “infrarouge”, la notoriété même naissante.
Il est pourtant intéressant de noter que le “Fifty shades of Grey” aura fait parler de son contenu seulement, personne parmi ceux vus, entendus ou lus n’ayant fait la moindre allusion à l’écriture, comme si le style pouvait intéressant les amateurs de pugilat. Le style d’écriture, qui tout de même compte dans l’art du roman, a parfois été mis en valeur ou contesté à propos du livre de Dicker. S’intéresser à la forme et pas seulement au fond est certes démarche de minoritaire !
Et pour une fois, “La puce à l’oreille” ( jeudi 29.11.2012) qui invite Dicker aura une belle occasion de compenser le manque de curiosité littéraire de la télévision, mais c’est une entreprise de l’extérieur qui doit s’en charger puisque la RTS n’a pas su trouver parmi ses collaborateurs des personnes aptes à défendre sur le petit écran un éventail culturel mieux accueilli sur les ondes.
Le manifeste des 313
En avril 1971, elles furent 343 “salopes” à signer un manifeste rédigé par Simone de Beauvoir qui reconnuren avoir avorté, ce que la loi interdisait. Quatre ans plus tard, la ministre de la santé faisait adopter une loi dépénalisant l’avortement. Le manifeste des 343 avait été efficace.

Isabelle Demongeot, 46 ans, une des « 313″. Son violeur vient d’être condamné à sept ans de réclusion !
Elles sont 313, en novembre 2012, à déclarer “avoir été violées”. Ce manifeste aura-il le même poids que l’ancien. Il s’inscrit dans un contexte délicat : en France, une femme est violée toutes les huit minutes. Dans le 80 pourcent des cas, la violée l’est par un proche. Et sur dix violeurs, un seul finit par être condamné par la justice. Impossible ici d’expliquer le contenu du dossier ouvert dans le NOUVEL OBSERVATEUR du 22 au 28 novembre, dont la lecture demande bien trente minutes. “Viol, elles se manifestent”, sur France 2 ( dimanche 25 novembre de 22h25 à 23h35) est la forme télévisée du ddossier du NO, lequel collabore au document audiovisuel de l’entreprise CAPA. Et déjà France 5 ( mardi 20 novembre 2012, de 20h40 à 21h30) avait abordé le même problème parfois avec les mêmes témoins, dans “Viol double peine”.

Clémentine Autain, qui pris d’importantes responsabilités dans l’appel des « 313″, dans le décor plutôt détérioré du document d’Andréa Rawlins-Gaston et Stéphane Carrel pour Capa
Des différents témoignages, d’une intense dignité, surgit l’évidence du silence des victimes qui se prolonge parfois durant de longues années. S’ils parviennent à aider les victimes à briser ce silence, à trouver autour d’elle une réelle écoute, alors ils auront atteint un but essentiel, permettre de se reconquérir dans un climat qui finit par les étouffer d’une culpabilité dont elles ne sont pas responsables.
Et alors qu’en France on aborde ce problème du viol dans une émission nommée “Infrarouge”, “Infrarouge” suisse s’amuse avec la cravache !



