Molle cohésion nationale
Les trois principales chaînes linguistiques du pays, qui forment la branche télévision de la SSR-SRG, ne brillent pas par l’intérêt qu’elles se portent les unes aux autres. Dans un texte intitulé « Quand la SSR joue avec sa concession », Nicolas Dufour ( «Le temps», 29.01.2013 ) constate que la cohésion nationale est plutôt molle, certains experts affirmant que «Moins de 1% des thèmes régionaux traités concernent une autre région». Gilles Marchand, directeur de la RTS, reconnaît qu’ «il est certainement possible d’accorder encore plus de place à la réalité des autres régions ». Encore que le « encore » apparaisse habilement pour minimiser l’importance du problème ! Voici un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, présenter un film à la sauvette ou le contre exemple d’une réussite, une série documentaire consacrée à des «Médecins assistants
A la sauvette : Synesthésie – Erik Bernasconi : ce qu’il ne faut pas faire !
« Synesthésie », d’Erik Bernasconi, produit par Ville Hermann, largement soutenu pour la TSI, qui plus est en version doublée en français, chose rare pour un des rares films tessinois, a été présenté au soir du mardi 22 janvier 2013 sur RTS1 à 24h00, case-horaire qui sert à accueillir bon nombre de films suisses suspectés de ne retenir que l’attention de rares cinéphiles.
Quatre chapitres sans chronologie
Un accident, un type cloué dans une chaise – prologue / Epilogue, juste avant l’accident de 2006. Entre les eux quatre chapitres : le premier est consacré à l’épouse Françoise que se rend à Genève pour assister au procès qui suit l’accident d’Alan. Le deuxième dresse le portait d’Igor qui rencontre Michela, qui accompagnait Alan lors de l’accident. Dans le troisième, Alan et Igor évoquent certains souvenirs dans une vallée isolée où Igor meurt d’un infarctus. Le dernier chapitre est consacré à Michela privée de son amant par l’accident.
Chaque partie fait place à deux personnages au moins. Pas de chronologie. Parfois les mêmes événements sont vus de manières différentes, occasion aussi de passer d’un genre de cinéma à l’autre, de manière un peu confuse. Il s’agit d’un jeu sur le temps, sur la mémoire, dans un contexte d’amitié et d’amour. Ce film ambitieux et attachant est tout de même artificiellement compliqué, mais retient l’attention pour sa structure. Le spectateur est curieux de savoir comment le réalisateur se débrouille avec les complications qu’il s’impose et s’en tire plus ou moins bien. Passer du Tessin à Lucerne en se rendant à Genève permet de parcourir presque naturellement d’intéressants paysages suisses.
Un tel film risquerait de ne pas retenir l’attention des foules qui en général suivent les propositions de « Box office » en premier rideau le lundi soir. Le présenter à minuit dans la plus parfaite discrétion est somme toute assez révélateur d’une forme de « cohésion » nationale qui fait semblant d’exister n’importe comment. Mais c’est au moins permettre au film de profiter du « passage » antenne.
La programmation de la fiction à la RTS, des films de cinéma produits, co-produits et achetés, comme celle des séries télévisées, n’est pas la meilleure qui puisse exister. Mais ceci est une autre question qui se pose aussi dans la perspective de la cohésion à travers les programmes repris d’une région à l’autre.
Le contre-exemple paradoxal d’une réussite
Admettons que la règle soit, en effet, le manque de curiosité d’une région pour les démarches créatrices culturelles y compris informatives des deux autres. Un miracle serait donc en train de se produire si le produit audiovisuel de l’une est porté intelligemment à la connaissance de l’autre, piqué dans ce « 1% » cité ci-dessus dont on doit d’ailleurs se demander s’il reflète vraiment la réalité
Les médecins assistants
Du vendredi 18 janvier 2013 au 15 février 2013, à une excellente heure d’écoute, une série documentaire venue de « Zürich », « Les médecins assistants » est adaptée pour le public romand. On y suit la formation de futurs praticiens attachés à certains services de l’Hôpital régional d’Interlaken. On y assiste au travail à l’intérieur de l’établissement, aux rapports entre personnels soignants, à certains dialogues avec des patients. Le service de garde nocturne peut se dérouler à l’extérieur lors d’une grande kermesse ou conduire à suivre un jeune médecin dans une intervention en haute montagne, un cinquante pourcent de son emploi se déroulant au service de la Rega. Avec beaucoup de discrétion, peut-être même trop, le problème de la mort a été abordé. On ne peut réussir à soigner tout le monde.
Bien sûr, passer d’une langue dans l’autre est essentiel. La version originale fait alterner commentaires, réponses à des questions, discussions entre soignants ou entre ceux-ci et patients. Il y a presque autant de voix différentes à entendre que de visages à découvrir. Il est donc nécessaire, traduction faite, de disposer de plusieurs voix différentes, associées à ces visages différents. Ce peut être un exercice de haut vol. Cette diversité, pour l’oreille, est indispensable. On ne peut pas imaginer n’entendre qu’une seule voix. Toutefois, on y perd une information, la langue originale et, puisque on se trouve en Suisse, la « musicalité » parfois un peu rauque des dialectes. Faire entendre les voix d’origine est – ou plutôt serait – une bonne chose qui associerait à un visage, un corps, la couleur de la diction . On pourrait très bien alors renoncer à traduire les « bonjours » et autres « comment allez-vous ». Il existe bien sûr un autre moyen de faire comprendre de temps en temps un texte, celle du sous-titrage.


