Après « Vol spécial » : « Le monde est comme çà »
« Vol spécial » est film soutenu par la RTS qui dénonce les renvois de sans-papiers dans leur pays d’origine. Mais après, que se passe-t-il ? Il était important que le réalisateur, Fernand Melgar, donne des nouvelles de certains d’entre-eux dans un indispensable suivi, « Le monde est comme çà ». Les illustrations et légendes des portraits dessinés sont tirées du site http://www.volspecial.ch/fr/
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Ils s’appellent Wandifa qui se trouve en Gambie, Geordry au Cameroun, Ragip au Kosovo, Dia au Sénégal, Jeton et Slavica restés en Suisse. Il y a aussi Serge, mais il était trop dangereux de se rendre en RDC à Kinshaha, Julius blessé reexpédié au Nigaria mais sans nouvelle de lui ou Pitchou, presque miraculé resté en Suisse, peut-être à cause du film qui venait d’être tourné à Frambois.
Une voix qui dit « je », celle du cinéaste probablement, prend acte de ces trois absences. « Le monde est comme çà » évoque donc huit parmi la trentaine de détenus dont les noms sont inscrits à la fin de « Vol spécial ». La même voix, au début du film, a rappelé ce qu’était « Vol spécial », un film produit par Climage, soutenu par la Confédération, la RTS, la SSR, Arte, la Fondation romande, et d’autres, qui fut salué avec respect au Festival de Locarno en 2011.
Une polémique injuste
Paulo Branco, président du jury de Locarno, provoqua une polémique qui du reste aida le film à trouver et son public et une large diffusion internationale. L’accusation de fascisme était profondément injuste. Selon Branco, il aurait fallu dire que tous ceux qui avaient à s’occuper des détenus de Frambois, ces sans papiers en attente d’expulsion, étaient des salauds. Melgar a aussi donné la parole aux gardiens, aux responsables du centre, à des policiers chargés de prendre en compte les expulsés, qui font parfois avec indifférence, mais aussi sympathie, leur métier. La dureté de certaines règles, en partie issues d’une volonté démocratique, permet de brutaliser des demandeurs d’asile qui refusent de partir de leur plein gré. Melgar n’était, par choix, ni pour ni contre les gardiens, mais il n’eut point besoin de proclamer qu’il comprenait et défendait les sans-papiers, qu’ils soient expulsés de force en un vol spécial ou presque miraculeusement autorisés à rester en Suisse.
Passer rapidement d’une chose à l’autre
Sur le grand écran des salles du pays, face au films suisses, le public s’intéresse beaucoup plus à l’information documentée qu’à la fiction . Un document qui soulève un problème, provoque l’émotion, dénonce, étonne, révolte, pendant son passage sur le petit écran. Et puis après ? L’oubli s’installe, car la télévision passe à autre chose, dénonce un autre scandale, fait naître une nouvelle émotion.
L’importance du suivi

Musicien souvent en tournée, il perd son permis de séjour après 15 ans en Suisse. De retour à Dakar sans argent, il vit dans la honte et le non-dit, avec la souffrance d’être séparé de ses quatre enfants
Et pourtant, le « suivi » devrait parfois s’imposer. Que sont-ils donc devenus, deux ans plus tard, les expulsés du « Vol spécial » ? La réponse existe, pour certains, en partie. Fernand Melgar a su suivre cinq de ceux qu’il rencontra à Frambois. Il donne aussi de brèves nouvelles de trois autres dont un resté en Suisse. Et ceux qui sont totalement absents ? Si tout allait bien pour eux après leur expulsion, cela se saurait. Car pour ceux qui ont été retrouvés, cela ne va pas bien. Geordry, rendu à la rue, a été battu de quatre cents coups de bâton sous la plante de pieds, à ne plus d’abord pouvoir marcher. Ragip et Dia sont séparés de leurs familles restées en Suisse, rejetés par leurs proches confinés dans leur incompréhension. Parfois restés en Suisse durant des années, ils pouvaient venir en aide à leurs proches. Et même pour Jeton et Slavica restés en Suisse, l’angoisse subsiste.

Ragip a travaillé plus de vingt ans en Suisse avant d’être expulsé au Kosovo. Sa femme et ses enfants ont réussi à se cacher pour éviter de subir le même sort…
Pour ne pas perdre la mémoire
« Vol spécial » était déjà une manière de suivre le problème de l’accueil en Suisse après « La forteresse ». La suite de « Vol spécial », ce document de cinquante minutes, « Le monde est comme çà », au titre évoquant l’impuissance, sera certainement montré sur le petit écran. Les moyens modernes permettent d’accélérer le processus important du « suivi », sous la forme d’un DVD à deux galets audiovisuels et un document d’une trentaine de page. Et un site existe, http://www.volspecial.ch/fr/, qui offre commentaires et compléments d’information.

Après 16 mois à Frambois, le retour en Gambie est très difficile : les deux ou trois cents francs que Wandifa envoyait régulièrement permettait à une quinzaine de personnes de se nourrir, de payer l’école et les soins médicaux…


