Fictions en costumes
Faire une première approche de trois séries de fiction en costumes, « Le trône de fer » ( RTS1), « Odysseus » (Arte) et « Miss Fischer enquête » (France3), profiter de l’occasion pour s’interroger sur la notion de « série historique », observer les principes de leur programmation, en duos ou trios, et dans quelles cases horaires : vaste sujet
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Information du dimanche 23 juin 2013
Sur D8, début le mercredi 26 juin d’une nouvelle série américaine, la première saison d’un western, « Hell of Wheels » qui en compte déjà trois, dix fois cinquante minutes, avec les trois premiers épisodes. Les premières lectures à ce propos mettent l’eau à la bouche. Le série s’inscrirait dans le sillage de l’immense « Deadwood ». Voici une première image :
Et voici un résumé emprunté à Wikipédia
La série commence dans les années 1860, après la fin de la guerre de sécession et se concentre sur Cullen Bohannon, un ex-officier confédéré à la recherche des soldats de l’Union qui ont assassiné sa femme. Sa quête vengeresse l’emmène à l’ouest, dans la colonie itinérante appelée « Hell on Wheels » au Nebraska, qui suit la construction du premier chemin de fer transcontinental aux États-Unis. Toutefois, les choses se compliquent quand une tribu Cheyenne attaque la construction ferroviaire, de peur de voir leur terre envahie par « le progrès ».
On en reparlera…..
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A lire l’article « La part de l’autre » du 22.05.2013 avant la mise en ligne prochaine d’une sujet sur les « Soirées thématiques »
Trois séries historiques
« Game of Thrones » ( Trône de fer) , est une série HBO, actuellement présentée par la RTS les lundis soirs vers 22h40, en duos, les vingt épisodes des saisons 1 et 2 proposés du 3 juin au 5 août 2013. La 3ème saison est actuellement diffusée au USA et la 4ème serait en cours de tournage.

Games of Throne
Pour s’y retrouver avec les lieux : voici Le Mur derrière lequel règne un froid hivernal permanent
Au XVéme siècle ?
Cette « Heroïc fantasy » ( le « y » a tout de même un autre sens que le « ie » qui termine « fantaisie ») est tirée d’une série de livres de George R.R.Martin, adaptée par HBO par David Benioff et D.B.Weiss. Elle se déroule en sept lieux d’Angleterrre, probablement au XVéme siècle, plus ou moins inspirée par la Guerre des Deux-Roses. La première saison, aux USA, a vu le public passer d’un peu plus de deux millions à près de trois. Et certaines sources indiquent plus de quatre millions de spectateurs pour la deuxième saison. En Belgique, elle attirerait environ deux cent mille spectateurs, qui représentent une part de marché de dix pourcent. Elle est assez largement donnée comme un remarquable succès international partout où elle passe.
Cent mille francs la minute
Cinquante millions de francs suisses auraient été dépensés pour la première saison de dix épisodes de cinquante minutes environ. Le coût –minute en francs suisses s’inscrit donc aux environs de cent mille francs ( rappel – la locloise série romande « L’heure du secret » se contentait d’environ quatorze mille francs la minute ). L’investissement est imposant pour « Game of Thrones » qui se révèle ainsi un peu équivalent à un « blockbusker » cinématographique. En effet, un certain nombre de scènes d’action, un duel à cheval, des affrontements entre armées de clans différents dans des paysages grandioses font parfois penser à certaines séquences de la trilogie du « Seigneur des anneaux » de Peter Jackson. C’est dire la qualité souvent tonitruante du spectacle, avec des paysages, des foules, des cris, de la fureur.
Du sang et du sexe
Un prudent logo rouge accompagne le film sur la RTS. A juste titre : les scènes violentes sont fréquentes, de rapières à larges lames pénètrent les corps des adversaires à faire jaillir le sang en cascade, des têtes sont coupées d’un rageur coup d’épée et pas seulement celle d’un cheval. Un prince peut bien réclamer sa couronne d’or : il la recevra faite de métal en fusion et y laissera immédiatement sa vie. De fougueux combattants fréquentent des établissements qui offrent repos au guerrier dans des scènes d’amour ahanantes. Et les princes ne sont pas en reste dans l’art des rapports amoureux, une partie d’entre-eux toutefois situés hors-champ. Mieux vaut en effet proposer cette série en fin de soirée. Encore que son accès soit possible durant sept jours après diffusion sur le site de la RTS, et sans logo rouge.
Abondance de lieux et de personnages
Le générique annonce sept lieux dont des seigneurs, princes ou rois, vont se disputer la principale place, celle du trône centralisateur. Les personnages principaux sont une bonne vingtaine et les secondaires plus encore. Les blondes dénudées et les combattants en armures finissent par se ressembler. On risque de peiner à les reconnaître tous sans se tromper. Il n’est pas facile de deviner toujours en quel lieu on se trouve, vers quel autre conduit le chemin emprunté.
Une certaine réserve personnelle…..
Je reste un peu « paumé devant ce grand spectacle tonitruant à tant des personnages. Perplexe aussi, à ne pas savoir si la densité des personnages, des lieux et des actions n’est pas proposée dans une certaine confusion.En résumé, au petit jeu des notes scolaires sur le 6 maximum, c’est pour le moment un 4 ½ d’attente prudente…
A lire: le site de la RTS vers Game of Throne
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A consulter : le site d’Arte consacré à Odysseus
« Odysseus » est une nouvelle série propulsée par ARTE en co-production avec la RAI, la télévision du Portugal et TV5 Monde, sans sombrer le moins dans le « pudding » européen. Les douze épisodes de 52 minutes sont présentés en deux trios ( 13 et 20 juin 2013) et trois duos ( 27 juin, 4 et 11 juillet 2013), avec début en une heure abordable de premier rideau (20h50).
L’atelier d’écriture
Condition nécessaire à la réussite d’une série : la qualité de son écriture. Arte a fait confiance à Frédéric Azemar, associé à Frédéric Krivine, qui sont deux des co-signataires heureux de l’excellente série « Un village français » ( Cinquième saison annoncée pour cet automne 2013 ). Azemar porte le titre de “Directeur de collection et d’atelier d’écriture. » Il a signé le scénario de quelques épisodes.
Il y a désormais un petit monde des auteurs de séries qui s’inspirent les uns des autres. Dans l’entretien paru sur le site d’ARTE, Frédéric Azémar rappelle l’importance de HBO, cite le nom de David Simon, responsable de « The wire – A l’écoute ». Il se réfère aussi à David Milch, un des créateurs de “Deadwood”. La notion d’atelier est presque indispensable quand il s’agit d’écrire pour les six cents minutes d’une série comme “Odysseus”, l’équivalent de six longs-métrages de cinéma, avec les mêmes exigences.
Homère au VIème avant JC
Assurément, il ne fait pas oublier l’origine du texte d’Homère qui raconte, au VIIIe avant JC, dix ans après la guerre de Troie, l’attente à Ithaque du retour d’Ulysse. Ce serait bluffer que de vouloir jauger la fidélité ou non au texte initial tant est loin le temps de la lecture personnelle. Notons simplement qu’Azemar revendique une certaine liberté d’adaptation.
Un lieu unique: Ithaque
La reine Pénélope, (Caterina Murino) tisse sa toile en élevant son fils Télémaque (Niels Schneider) qui n’a pas connu son père, sous la surveillance plus ou moins bienveillante de son beau-père Laerte (Carlor Bandt). Pour eux, Ulysse n’est pas mort. C’est ce qu’un conteur leur confirmera durant le 3ème épisode, Ulysse réapparaissant incognito dès la fin du quatrième épisode.
A Ithaque A Ithaque, autour du prétendant Léocrite, les notables veulent que celui-ci épouse la reine, ce que celle-ci refuse, soutenue dans sa résolution par Mentor (Joseph Maluba). Télémaque est amoureux d’une apparente esclave, Cléa (Karine Testa). Autour de ces personnages gravitent des dizaines de silhouettes. Le lieu presque unique, Ithaque, des personnages bien campés, mais aussi présents dans une mémoire même lointaine, évitent les difficultés de compréhension qui nuisent à “Game of Throne”). C’est ainsi souligner d’emblée la qualité de l’écriture.
Deux acteurs suisses : Todeschini et Brandt
A noter que Bruno Todeschini, Carlo Brandt, acteurs suisses, trouvent dans cette imposante série internationale sous la houlette d’Arte, des rôles importants. Et c’est la même chaîne culturelle qui a donné un beau rôle aussi à Jean-Luc Bideau dans “Ainsi soient-ils”, qu’on vient de voir dans “DétectiveS” où il prend plaisir à se caricature un brin. Comment se fait-il qu’ils soient absents dans les séries suisses – à l’exception récente d’une brève apparition de Brandt dans “L’heure du secret”? Un problème de moyens financiers pour obtenir la signature de contrats ?
La mise en scène de Giusti
A s’interroger sur l’écriture, on s’éloigne ainsi de la mise en scène. Celle de Stéphane Giusti, un français d’origine italienne, est à première vue honorable sans être tonitruante. Les paysages, les costumes, les acteurs ou les amorces de scènes de foule sont bien mis en valeur. L’oreille, parfois, est un peu choquée par certains accents dont on ne comprend pas forcément la raison. Le recours est assez fréquemment fait à des séquences à deux personnages, avec un montage simple qui se veut efficace mais s’avère peu nuancé en champ et contre-champ. Et il y a une sorte de retenue un peu maladroite lors de certains affrontements. Les scènes d’amour ont une certaine tendance à ressembler les unes aux autres. Il se pourrait bien que la réalisation ne soit pas à la hauteur de l’écriture… Et peut-être que les finances disponibles étaient un peu étroites…
Note actuelle personnelle, un cinq sur six qui pourrait bien se revoir à la baisse !!
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Avant 1928 !
Il s’est passé plein de choses pour Miss Phryne Fisher, d’une famille australienne pauvre mais devenue plus confortable après la guerre de 14-18 qui a décimé la branche anglaise des Fisher. Phryne est devenue très anglaise, élégante et aisée. Mais elle décide en 1928 de rentrer au pays natal pour y poursuivre éventuellement une enquête sur la très ancienne disparition de sa petite sœur. A Melbourne, elle se donne pour mission de donner une éducation aux jeunes filles sans perdre son temps sur les bonnes manières, en leur donnant le goût de la liberté et le sens de l’auto-défense. Ainsi trace-t-elle une sorte d’auto-portrait.

Le commissaire Jack Robinson (Nathan Page) et Miss Phryne Fisher (Essa Davis), assis et le sergent Hughes Collins ( Hugo Johnson Bert) et Dorothy dit Dot Williams ( Asleigh Cunnigham)
Un quatuor entre en action
A peine arrivée en Australie qu’elle découvre qu’une mort apparemment naturelle est due à un empoisonnement au cyanure. Et c’est ainsi qu’en peu de temps voici Miss Fisher détective privée, aidée par son assistante Dorothy, souvent en opposition avec le Commissaire Robinson qui est séduisant et son assistant, le gentil sergent Hughes Collins, attiré et par Dorothy. Efficace quatuor, qui va résoudre une énigme par épisode, sans que l’aspect policier pose des problèmes à épuiser la tête pour les résoudre. L’intrigue n’est pas la principale préoccupation dans cette série. L’important, et l’intérêt sont ailleurs.
Des milieux différents
D’abord, cela se passe en Australie, autour des années trente. Et il est toujours intriguant et ici savoureux de découvrir un pays qui n’est pas au centre des préoccupations des séries que nous suivons. Chaque affaire permettra de fréquenter quelques personnages de milieux différents, des anarchistes lettons, un peintre français, des communistes chinois ou les amateurs d’un club de jazz. Miss Fisher, dans son extréme élégance, a l’air de ne jamais y toucher. Mais elle est d’une efficacité inattendue. Et quand elle s’empare de son arme dorée, ce n’est pas pour la salve des polars habituels : une ou deux balles suffisent pour l’action qui n’est pas la priorité du récit.
Une riche garde-robe
Miss Fisher s’offre le luxe de tenues plus élégantes les unes que les autres. Sa garde-robe est d’une richesse confirmée par les images qui illustrent ce récit. Miss Fisher est aussi d’une très grande liberté dans son comportement amoureux. Il se pourrait que sa préférence politique penche à gauche. C’est une croqueuse d’hommes délicieuse. Même si elle se sent de plus en plus attirée par le commissaire qui n’apprécie guère son comportement de détective privée mais ne reste pas insensible, loin de là, à son charme.
Sans coups de feu multiples
Il y a ainsi un pays peu connu, l’Australie dans les années trente, avec une jeune femme à l’humour délicieusement britannique, dans une série de divertissement policier sans excès de violence ni multiplication de coups de feu, lors d’enquêtes pas trop difficiles à dénouer, où les liens se tissent, subtils, avec l’entourage et où un quatuor conduit un ballet fait d’élégance et de charme.













