De « Hatufim » à « Homeland »
La première saison de « Hatufim » vient de se terminer (jeudi 6 juin 2013) sur ARTE. Après son passage sur RTS1, « La deuxième saison » de « Homeland » apparaît pour les abonnés de CANAL + (en France dès le 6 juin en premier rideau). Les deux séries, étroitement liées, ont été, sont et seront encore l’objet de bien des attentions. Dans le supplément « CinéTéléObs » ( Samedi 1 au vendredi 7 juin), quatre pages permettent de suivre un « Itinéraire de deux séries chocs »
La version israélienne joue avec finesse sur l’émotion, en particulier dans les liens familiaux, alors que l’américaine donne dans le grand spectacle qui tient du « polar » politique. « Hatufim » est très proche du cinéma d’auteur alors que « Homeland » est l’équivalent d’un « blockbusker » ; deux réussites. En résumant les deux séries par une appréciation personnelle dans un bon vieux système scolaire ( du 4 suffisant au 6 parfait) ce serait un 5 ¾ pour « Hatufim » et 5 ½ pour « Homeland ».
Gidéon Raff en trait d’union
Raff est l’auteur principal d’ »Hatufim » dont il signe scénario et mise en scène alors qu’il n’est qu’un co-scénariste important de la version américaine. Questionné sur son éventuelle préférence, il a répondu :
J’aime les deux. Je trouve qu’il y a des idées brillantes dans « Homeland » dont celles de donner comme référent au téléspectateur une héroïne bipolaire à laquelle il ne sait pas s’il peut se fier. Mais je dois avouer que, devant « Hatufim », je ne peux pas m’empêcher de pleurer.

Gidéon Raff (à gauche), auteur, scénariste et réalisateur de « Hatufim », co-scénariste de « Homeland »,avec les deux principaux auteurs de « Homeland », Howard Gordon et Alex Gansa.
L’idée brillante à laquelle Raff fait allusion ne lui est peut-être pas étrangère. L’exemple permet de comprendre un peu comment le passage s’est effectué d’une version à l’autre. La bi-polarité médicale de Carrie est un ressort dramatique important sinon essentiel pour « Homeland ». Iris, l’assistante du psychiatre Haïm Cohen très soupçonneux, chargé discrètement par l’armée de surveiller Nimrod et Uri, a pour mission de se lier avec ce dernier. Mais elle tombe amoureuse de celui qu’elle surveille et décide alors de démissionner d’une charge devenue insupportable pour elle. Ainsi oscille-t-on entre deux pôles.

Haïm Cohen, le psychiatre de l’armée, en quelque sorte le « *tortionnaire » au nom de la sécurité des anciens prisonniers Uri et Nimrod
Arte a publié un excellent dossier sur son site lors de la sortie de la première saison d’ « Hatufim ». Voici un lien qui permet de trouver de précieux renseignements sur la série : Lien N°1 Cet autre lien conduit à un entretien avec l’auteur : Lien N°2
Une différence importante, le coût-minute
Il est un point sur lequel la différence entre les deux séries est éclatante. Raff l’a signalé lui-même : le coût d’un épisode de « Homeland » est le même que celui des dix épisodes de la première saison de « Hatufim ». Autrement dit une minute américaine chez Showtime coûte dix fois plus cher qu’une minute israélienne.
Voilà qui incite à se poser une question sous une forme nouvelle : pourquoi la RTS ne pourrait-elle pas réaliser, elle aussi, une série comme la télévision israélienne vient de le faire ? Il est fort possible qu’une comparaison des coûts à la minute montre une certaine proximité, comme cela s’est produit avec les exemples venus du Danemark, « The killing » et « Borgen ». Il est utile de regarder de Suisse vers la Scandinavie. Ce pourrait l’être tout autant de s’intéresser à Israël. Il faut rappeler que le coût-minute d’une série romande comme « L’heure du secret » est assez proche de quinze mille francs.
Quel impact sur le public ?
Peut-on comparer le public israélien avec celui de Suisse romande ? Ou plus encore comparer le public d’Arte, chaîne franco-allemande de service public à vocation culturelle avec une chaîne cryptée américaine comme Showtime ?
La Suisse romande compte un peu moins de deux millions d’habitants, Israël huit millions. Arte s’adresse à un marché francophone en Europe qui touche soixante-cinq millions de français, un peu plus de quatre millions de belges et nos deux millions de romands. Aux USA, Showtime, firme à péage qui produit « Homeland » compte vingt millions d’abonnés.

Drody et sa fille Dana qui, dans sa révolte, saura poser de bonnes
quesitons ( Homeland, saison 2, Une partie de campagne)
Difficile de faire des comparaisons, mais on peut tout de même fournir quelques informations numériques. En Israël, « Hatufim » a touché les trois quarts des foyers du pays. Aux USA, Homeland » a d’abord retenu l’attention d’un million d’abonnés avant de s’approcher des deux millions, ce qui est considéré comme un succès pour une série récurrente. Même satisfaction en France chez Canal + lors de la première saison de « Homeland » avec près d’un million et demi de spectateurs, audience là aussi considérée comme un réel succès. Arte a annoncé une part de marché d’environ cinq pourcent pour « Hatufim », nettement supérieure à sa moyenne annuelle sur la France.
Il semble que la deuxième saison d’ »Homeland » en Suisse romande proposée pour une fois à une heure de bonne écoute – peu après 21h00 – n’a pas répondu aux attentes. Mais comme on ne connaît pas la part de marché, ni l’attente attendue, cette absence de réponse aux attentes n’a pas de sens.
Pas facile de mesurer l’impact de ces deux séries dans différentes zones de diffusion. On semble pourtant partout satisfait, sauf en Suisse romande!
Pistes à suivre
Mieux vaut peut-être alors s’engager dans une autre voie. Il pourrait être intéressant de comparer les deux séries, pour leurs ressemblances autant que leurs différences. Avant d’esquisser quelques pistes, voici une première comparaison.
« Homeland » commence par un « H », possède trois syllabes et huit lettres. En francophonie, « Hatufim » a sept lettres, trois syllabes et commence aussi par un « H ». Le hasard y est pour beaucoup…
(à suivre en effet, prochainement, avec d’autres exemples plus sérieux !!)
- A lire aussi D’«Homeland» à «Hatufim», texte datant du 7 mai 2013