« Dallas2.0 » : en France mais pas en Suisse romande
Que peut donc offrir le retour de « Dallas », plus de vingt ans après le dernier de 357 épisodes ? Qui s’y intéressera, des fans de « DallasO.1″ ou du jeune public qui en ignorait l’existence ? Une incursion vers la diffusion aux USA, en France sur TF1 et son absence sur la RTS s’impose.
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Mais d’abord un rappel :
Une deuxième saison pour la série SSR-SRG, chose rare encore….
Avis aux cinéphiles sériophiles : SSR-SRG et ses quatre entreprises du média télévision se sont unies pour proposer une deuxième saison entièrement consacrée au cinéma suisse. Ce seront donc, sur la RTS, dix portraits de cinéastes de vingt-six minutes, suivis d’un long-métrage nocturne, dix jeudis soirs dès 22h45. Le 27 juin 2013, ce fut Ursula Meier (« Home »). Pour le 4 juillet, place à Fernand Melgar (« Exit »)
Fernand Melgar
Ursula Meier tient son Ours à (ou de) Berlin
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« Dallas 2.0 »
Souvenirs plausibles
Des magazines les plus populaires consacrés à l’audiovisuel avec beaucoup plus de place pour la télévision que la radio aux plus exigeants comme « Télérama », ils s’y sont tous mis pour saluer le retour de « Dallas ». Il faut pourtant avoir au moins quarante ans pour se souvenir des derniers des 357 épisodes des quatorze saisons proposés en francophonie de 1981 à 1989. Mais il y a aussi les plus jeunes pour qui « Dallas 2.0″ est une nouveauté. Sans avoir retrouvé d’anciens textes, je me souviens pourtant d’avoir alors mis du temps avant d’apprécier la subtilité de l’écriture qui déjà dépassait l’unitaire en introduisant dans chaque épisode la fin d’une anecdote, le développement d’une deuxième et l’amorce de la troisième. Les affrontements souvent violents des Ewing entre eux et avec les autres, autour du pétrole, de l’élevage bovin, de l’argent, du pouvoir, du sexe, c’était – un peu – l’élan et la fureur de la tragédie antique avec JR (John Ross), Bobby, Sue Ellen, Pamela et les autres? Admettons.

Larry Hagman, JR, décédé d’un cancer le 23.11.2013. Dans l’épisode 8 de la deuxiéme saison de « Dallas 2.0 », Jr sera enterré entouré des siens.
Avoir 20 ans et regarder « Dallas 2.0 »
Exercice difficile : j’ai donc désormais l’espace d’un intertitre et durant deux mille signes vingt ans seulement. Je viens de découvrir sur TF1 les samedis 22 et 29 juin 2013 en deux trios les six premiers épisodes d’une série appelée « Dallas 2.0 » dont je ne sais rien, sinon qu’elle comporte dix épisodes d’environ quarante minutes, qu’une deuxième saison a déjà été montrée aux USA et que la troisième est en tournage, ce qui fait en tout une trentaine d’épisodes.
Cela fait donc une fréquentation de plus de quatre heures avec huit personnages principaux, quatre couples de deux générations différentes, les pères et leurs femmes avec les fils et leurs compagnes. Les liens directs existent entre les hommes. John Ross III, fils de JR II et de son épouse Sue Ellen, est le digne successeur de son père, un parfait salaud lui aussi. Christopher est le fils adoptif de Bobby, frère de JR, qui s’est remarié avec une assez exquise et touchante Ann. Les femmes n’ont guère de liens entre-elles sinon que mariées elles portent le nom d’Ewing. Rebecca Sutter est l’épouse de Christopher qui cherche des occasions de gagner beaucoup d’argent. Elena Ramos, l’ex-fiancée de Christopher, est tombée dans les bras et le lit de JR III. Les femmes de la jeune génération sont peut-être plus ambitieuses et plus dures que celles de l’ancienne. Une certaine « gentillesse » s’incarne chez Bobby et Christopher.
On s’affronte en de multiples domaines, forer à nouveau du pétrole ou s’intéresser à des sources d’énergie plus écologiques, décider de l’avenir du ranch de Southfork dont on ne sait plus très bien qui est le vrai propriétaire : voilà quelques causes de conflits permanents qui pourraient tout de même être plus violents.
La série est-elle « impitoyable » comme le chante le générique ? Pas vraiment. Les personnages sont-ils presque tous plus vénéneux les uns que les autres ? Ils manquent d’aspérités. La jeune génération est–elle aussi féroce que l’ancienne ? Ils ne sont pas aussi méchants et sardoniques que JRII ! En fait, voici une série qu’il est difficile de classer dans le haut de gamme à forte valeur ajoutée. Mais en étant indulgent, ce n’est pas trop mal !!!
La diffusion de « Dallas2.0″
Dallas2.0 aux USA : le succès ?
Ressusciter en 2010 un « Dallas2.0 » dans le sillage d’un « Dallas1.0 » vingt ans après « Dallas1.0 » n’est pas une démarche culturelle. Elle est commerciale. « Dallas2.0 » a donc été produit par une télévision privée américaine cryptée, TNT. Il fallait tenter de profiter de l’ancien succès pour en connaître un nouveau sur le marché intérieur et bien entendu le vendre le plus souvent possible dans le plus grand nombre de pays, ce qui représente tout simplement un bénéfice net. Est-ce une bonne affaire ?
Aux USA, il semble bien que la nouvelle mouture soit considérée comme un succès. Les audiences de TNT en millions de spectateurs pour les dix épisodes de la saison 1 furent les suivantes : 6.86 – 6.86 – 4.76 – 4.08 – 3.36 – 3.63 – 3.88 – 3.25 – 3.25 – 4.29. Difficile savoir ce que signifient dans un pays de 315 millions d’habitants ces données pour un chaîne privée cryptée dont on ne connaît pas le nombre d’abonnés. Mais on peut noter que départ a presque sept millions n’a pas été confirmé dès le troisième épisode suivi d’oscillations entre le 4ème et le 9ème avec une légère remontée au dernier. Aurait-on joué sur le départ pour les ventes mondiales ?
Par contre, il est important de signaler que les dix épisodes ont été présentées en neuf soirées, le deux premiers liés, ce qui respecte évidemment l’esprit même de toute série sur petits écrans, passer par petites doses en créant à la fin de chaque épisode suffisamment de curiosité pour espérer maintenir l’audience d’une semaine à l’autre
Dallas2.0 sur TF1 : l’échec
Le samedi 23 juin 2013, les trois premiers épisodes ont été suivis respectivement par 3,83 millions de téléspectateurs, puis 3.40 et enfin 3.20 – une perte de vingt pourcent en cours de soirée. Les informations numériques du deuxième samedi sont en baisse, qui vont de 2.88 à 2.66 en passant par 2,78. La baisse en cours de soirée n’est que de 10 % ce qui signifie peut-être que ceux qui sont restés fidèles à « Dallas2.0 » résistent mieux à cette accumulation d’épisodes de quarante minutes qui trahissent l’esprit même de série et deviennent ainsi un long-métrage occupant près de deux heures agrémenté, bien entendu, de coupes publicitaires non pas entre épisodes mais durant leur développement.
3.5 millions le premier samedi contre 2.8 le deuxième , c’est une perte de 20 % d’une semaine à l’autre. Le 30 juin, ces 2.8 millions représentent une part de marché d’à peine 14 %, largement inférieure à la moyenne annuelle de TF1. Il y avait ce samedi soir vingt millions de français devant leur petit écran dans une population de 64 millions. C’est l’échec, peut-être même un accident industriel. On ne sait pas encore si « Dallas2.0 »sera déprogrammé. Car dans une chaîne généraliste commerciale, on ne badine pas avec les échecs.
Dallas2.0 sur la RTS : l’absence !!!
L’alignement des responsables des programmes de la RTS dans le domaine de la fiction en séries américaines qui envahissent le premier rideau sur TF1 est un fait. On s’étonne de l’absence de « Dallas2.0 ». La RTS s’efforce de proposer les séries qui sortent en France en particulier sur les réseaux commerciaux avant leur passage dans l’hexagone. Récemment encore, la RTS figurait au générique d’une opération commerciale de TF1 centrée autour du pâle « JO » qui n’aura pas de deuxième saison malgré les annonces de victoire lors du lancement de la première saison. La RTS se serait-elle heurtée à un problème contractuel, faute d’avoir su en signer un qui lui donnait la priorité sur la chaîne française ?
A noter en passant que suivre « Dallas2.0 » sur TF1, c’est rester tout de même en territoire publicitaire connu puisque la chaîne française accueille à bras ouvert la publicité suisse ! On se sent « chez nous » !
Et bien non, l’absence de « Dallas2.0 » qui n’est ni meilleur ni pire que des séries américaines comme « Hawaï5.0 », « Les experts », « Le mentaliste » et autres séries si prisées pour le premier rideau procède d’une origine culturelle.
Dans « TélétopMatin » du 16 juin 2013, à la question « Fallait-il relancer « Dallas » ?, Alix Nicole, discrète responsable de la programmation des fictions sur RTS répondait « non ». Voici son argumentation : « Les producteurs ont perdu l’esprit de l’ancien Dallas : on ne retrouve pas le côté vénéneux, çà manque d’aspérités. Il y a un trop grand décalage entre les vieux acteurs et la nouvelle génération. Des gamins bodybuildés côtoient un JR presque grabataire. On essaie de mélanger l’eau et l’huile, du coup, la sauce ne prend pas. En voulant attirer les nostalgiques tout en draguant les jeunes, la série part dans tous les sens et on se demande à qui çà pourrait bien plaire. Les fans d’hier seront déçus et les autres n’y trouveront pas leur compte ».
Ce rejet se fonde uniquement sur une comparaison qu’une partie du public ne saurait faire. On n’a pas souvent l’occasion de lire dans la presse romande une aussi brillante démolition d’une série américaine qui devait être de qualité et populaire autrement dit de faire bonne figure. Une telle sévérité pourrait aussi s’exercer à l’égard d’autres séries proposées par la RTS. Mais il faut laisser à Mme Nicole d’avoir deviné l’échec admis par TF1 et de pouvoir affirmer sans hésitation que les fans d’hier seraient déçus et les autres, autrement dit les jeunes, ce public qui ne représente pas les meilleures audiences de la RTS, n’y trouveraient pas leur compte. Et que dire alors de « T’es pas la seule » ou » Port d’attache » : « Dallas2.0″ leur est tout de même supérieur !!
Mais n’est-ce pas aussi avec une telle sévérité lucide dans l’argumentation que la RTS oublie de montrer « Hatufim » d’Israël, « Miss Fisher enquête » d’Australie, « Détectives » de France 2, « Real humans » de Suède ou encore « Dexter » des USA ?




